Chapitre 781
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Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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Chapitre 781 : Ridicule
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Rem n’était pas en état de se battre, et Ragna constituait un poids supplémentaire. Cela voulait-il dire qu’il devait rester là à encaisser les coups ?
Pas question.
Il n’en avait pas la moindre intention. Il avait déjà traversé le toit pour s’échapper. Rem fit face à son adversaire tout en courant à reculons. Il allait pourtant aussi vite que s’il sprintait à pleine allure. Cette course à reculons était une technique née d’un jeu auquel tous les enfants de l’Ouest jouaient en grandissant.
« Si je t’attrape, tu meurs sur-le-champ. Ou tu résistes et tu meurs. À toi de choisir. »
L’homme qui le poursuivait portait une épaisse armure et tenait un bouclier et une épée. Il tentait de réduire la distance, mais c’était peine perdue. Il n’avait pas les pieds rapides. En revanche, il avançait avec constance.
Il savait que ce jeu du chat et de la souris finirait bien par s’achever, alors il continua simplement d’avancer.
Et si son adversaire lançait quelque chose ?
Et alors ?
Les hachettes ne pouvaient pas transpercer son armure et son bouclier. Il le savait.
Rien qu’en épuisant peu à peu son adversaire, il avait donc déjà l’avantage. Sa démarche cuirassée respirait l’assurance.
Boum.
Le poids combiné de son corps massif, de l’armure qui l’enveloppait, de son épée, de son bouclier et de ses armes secondaires faisait trembler le sol à chaque pas.
Si l’endurance était l’arme en jeu, celui qui virevoltait avait plus de mal. C’était naturel : celui qui bougeait le plus dépensait davantage d’énergie.
Il lui suffisait de réduire la distance. Emprunter le chemin le plus court possible ferait l’affaire.
Une fois à portée, tout serait facile.
Sa tactique consistait à acculer son adversaire jusqu’à l’étouffer. Elle n’avait de sens que si l’autre se battait, et il était persuadé que le temps finirait par jouer en sa faveur.
Rem ne voyait pas les choses ainsi. Depuis l’instant où il avait jeté Ragna sur son épaule et traversé le toit jusqu’à maintenant, il n’avait pas changé d’avis.
Pourquoi s’obstiner à combattre au corps à corps ?
Il n’y avait aucune raison.
Voilà pourquoi il avait quitté la maison. Le terrain alentour avait changé radicalement, d’un seul coup, mais il y avait largement la place de courir et de manœuvrer. Pour l’instant, ça suffisait.
Il laissa de côté les questions sur la raison de ce changement et sur leur situation.
Si son adversaire avait défié Rem en duel sans mêler Ragna à l’affaire, il n’en serait pas arrivé là.
Rem était du genre à se battre lorsqu’on lui demandait de risquer son honneur.
Mais son adversaire ne l’avait pas fait. Les lèvres de l’homme aux cheveux blonds, bouclés et ébouriffés se retroussèrent.
Sa bouche méprisante lança :
« Choisis. Tu abandonnes le poids que tu portes et tu t’enfuis, ou tu meurs avec lui ? »
L’homme n’arrêtait pas de lui imposer des choix. Rem, parfaitement indifférent, leva le majeur de sa main libre.
Un doigt d’honneur dont la tradition était aussi ancienne qu’illustre sur tout le continent.
« Tu ne sais pas rester à ta place. »
Son sourire ne disparut pas, mais l’irritation perça dans sa voix. Rem avait quitté le terrain désavantageux et traversait maintenant la vaste zone en décrivant un cercle autour de son adversaire. À part les moments où il devait accélérer lorsque l’homme changeait de direction, il avait l’impression qu’on ne l’attraperait jamais.
L’endroit où ils se faisaient face était devenu une clairière. À l’origine, il s’agissait des potagers cultivés par les villageois.
Le propriétaire de l’armure traça une ligne invisible entre Rem et lui, faisant peser la pression sur son adversaire. Son intention était claire : en changeant sans cesse de trajectoire, il voulait obliger celui qui courait à parcourir davantage de terrain.
L’un décrivait un large cercle, l’autre un petit. Comme celui qui courait le plus dépensait davantage d’énergie, il était naturel qu’il s’épuise plus vite.
Le chevalier en armure lourde se contentait de bouger le moins possible, comme s’il économisait ses forces. Cela suffisait. De toute façon, ils se trouvaient dans le Labyrinthe. Ici, il ne se fatiguerait pas facilement.
« Tu vas courir jusqu’à en mourir, ou tu vas mesurer ta force tant qu’il te reste de l’énergie ? »
Le chevalier en armure aimait briser le moral de ses adversaires en les forçant à choisir. Il agissait comme toujours, tandis que le Barbare de l’Ouest ignorait tout cela avec entrain.
À vrai dire, Rem était trop occupé à imaginer ce que ça donnerait de se servir du fainéant comme projectile pour entendre correctement un seul mot de son adversaire.
« Prends ça, voilà l’Épée démoniaque du Fainéant. Non, l’Épée démoniaque du Fainéant qui ne sait pas s’orienter, ce serait mieux ? »
Il voulait le balancer, mais il n’en avait pas l’occasion. Alors il se contenta de l’imaginer. Le crétin désorienté semblait économiser soigneusement ses forces, comme s’il se préparait à une grande bataille.
Tu as aussi un mauvais pressentiment ?
Moi aussi, petit con.
Puisqu’il n’avait pas besoin de garder ses insultes pour lui, Rem ouvrit la bouche.
« Quand tu te réveilleras, on en reparlera, espèce de fainéant. »
Après cette remarque marmonnée, il tira habilement sa fronde de sa ceinture d’une main. Puis, de cette même main, il fouilla dans sa sacoche et saisit un projectile imprégné de Sorcellerie.
Il en avait plus de dix sur lui, mais il n’aurait pas besoin de tous les utiliser ici.
Ce qu’il fit ensuite tenait d’un tour. Du moins, cela n’en avait l’air que pour les autres. Pour Rem, c’était un geste ordinaire.
Tout en courant, il lança un projectile en l’air et fit tournoyer sa fronde pour le rattraper.
Tac !
Le projectile se logea dans la poche de cuir avec un claquement sec. Une fois le mouvement amorcé, il l’accéléra et fit tournoyer la corde.
Rem tenait fermement en main la poignée reliée à la poche de cuir par la corde bien serrée.
La poche de cuir contenant le projectile décrivit alors un cercle autour de la main de Rem, qui servait d’axe. Avant même que la force centrifuge n’ait atteint son maximum, la fronde traçait déjà un cercle parfait, sans la moindre irrégularité.
Fouuu—
Le son de l’air fendu était fluide. À mesure qu’il faisait tournoyer la corde de cuir, ce bruit se répandit dans toute la zone.
Le souffle se transforma en un grondement plus profond.
L’homme en armure observait les gestes de Rem.
Un projectile ?
Il se servait d’une fronde, apparemment. Même ainsi, il n’y avait pas de raison de paniquer. Il avait confiance en son bouclier et en l’armure qui lui couvrait le corps.
C’était une armure invincible, qui n’avait jamais été brisée avant sa rencontre avec Balrok.
Rem avait l’air indifférent, mais il était un peu occupé intérieurement. Il devait estimer la distance qui le séparait de son adversaire tout en courant, faire tourner la fronde et transmettre en même temps sa Sorcellerie au projectile.
Les projectiles façonnés grâce aux arts secrets de l’Ouest et à la Sorcellerie interdite que Rem avait lui-même perfectionnée absorbaient facilement la Sorcellerie. Il en imprégna ensuite le projectile, comme s’il lui lançait une malédiction.
Édit du Tonnerre.
C’était le nom de cette Sorcellerie.
On racontait que lorsque le dieu de l’Ouest entrait en fureur, des flammes jaillissaient de sa voix.
La Sorcellerie transférée s’écoula dans le projectile. Le son de la corde qui accélérait passa du grondement à un sifflement aigu et continu.
Ce son fluide était chargé d’inquiétude et d’effroi. Le mouvement circulaire qui prenait naissance dans la main de Rem pouvait s’achever à tout instant ; même parfaitement maîtrisée, cette menace n’avait rien à voir avec celle d’une épée immobile.
Ce disque menaçant dépassait de loin une corde d’arc tendue à son maximum.
Rem ne prévint pas son adversaire. Usant des sens qu’il avait aiguisés au fil des décennies passées à manier cette arme, il libéra la force emmagasinée dans le disque en rotation.
Le projectile jaillit de la fronde comme un éclair. L’homme en armure ne put en percevoir ni le départ ni l’arrivée. Il était plus rapide que l’Acuité visuelle dynamique d’un chevalier.
Se fiant uniquement à son instinct, l’homme leva son bouclier devant lui, comme une tortue se réfugiant dans sa carapace.
Au moment où Rem lâcha le projectile, il enroula par réflexe sa Sorcellerie autour de ses tympans pour les protéger.
Kkwa—
Le son s’interrompit.
… Kkwaaaang !
Quand le son coupé revint, il se transforma en grondement de tonnerre. Le projectile lancé par Rem fendit l’air et provoqua trois ondes de choc avant de frapper sa cible et d’exploser. La pression créée par l’explosion souleva une tempête. Le bruit de la détonation lui-même était menaçant.
Kkwaaaaaa.
Après le grondement, le vent attiré par les ondes de choc souffla dans toutes les directions. Au loin, plusieurs villageois baissèrent la tête et tremblèrent.
Personne ne s’était approché, naturellement. Rem avait attiré l’homme ici dès le départ pour pouvoir faire ça.
L’explosion souleva de la poussière, qui retomba rapidement. Près de la limite de la Terre Maudite, la poussière semblait étrangement lourde.
Rem croisa les bras et baissa sa posture pour se protéger des débris projetés par l’explosion. Ragna gisait derrière lui.
Plusieurs éclats s’enfoncèrent dans les avant-bras de Rem. Voilà ce qui était arrivé malgré la Sorcellerie qui le protégeait. À quoi ressemblait donc l’homme qui avait reçu le projectile de plein fouet ?
« Fils de… »
La voix provenait d’une silhouette chancelante au milieu de la poussière qui retombait.
L’homme, dont la moitié de l’armure était détruite, fixait Rem d’un regard noir, un bouclier cabossé et éventré dans sa partie inférieure à la main.
Son écu en forme de cerf-volant n’était plus qu’un bouclier brisé. Fissuré et éclaté, il pendait en lambeaux.
« Toi. »
L’homme parla sans parvenir à cacher sa stupeur.
« Quoi ? »
Rem abaissa les bras qui l’avaient protégé, chargea un deuxième projectile et se remit à faire tournoyer la corde. Son adversaire n’était pas particulièrement rapide et ne pouvait pas rattraper Rem, même avec Ragna sur l’épaule. Rem avait mis autant de distance qu’il le souhaitait, et les attaques à distance étaient l’un de ses points forts.
« Fils de… »
L’un des combattants les plus puissants du Labyrinthe de Balrok s’effondrait après avoir rencontré un prédateur naturel. Pour Rem, rien de particulièrement remarquable.
* * *
Enkrid oublia le temps qui passait et même la situation dans laquelle il se trouvait. Il ne faisait que brandir son épée, endurer et combattre.
— Bien.
Balrok lui communiquait parfois ses intentions par la Volonté. Enkrid ressentait la même chose.
Quoi que fasse Balrok, Enkrid bloquait, déviait et ripostait. Comment appeler ces attaques irrégulières qui surgissaient de toutes parts ?
Elles contournaient sans peine le rempart défensif appelé Briseur. Si Balrok l’avait enfoncé par la force, Enkrid aurait pu l’accepter. Mais Balrok le contournait par la technique, pas par la puissance.
Ses pieds.
Balrok se servait de ses pieds d’une manière qui ne convenait pas à sa taille. En même temps, un fouet qui semblait vivant attirait le regard. Les attaques de Balrok formaient un ensemble complexe.
Harmonie.
C’était exactement ce qu’il ressentait. Tout était en parfaite harmonie. Aussi, quelle que soit la technique que ce corps déployait, Enkrid ne pouvait que s’incliner devant sa justesse.
Enkrid se déplaçait par brusques accélérations, brandissant Forgecrépuscule pour écarter l’épée de son adversaire, puis fondait sur lui pour lui donner un coup de tête ou lui faucher une jambe.
D’un esprit vif, Enkrid poussait Balrok à se battre au corps à corps. Chaque fois, Balrok lâchait son épée et engageait aussitôt le combat rapproché.
Balrok frappait avec la Lame à une main, donnait des coups de poing, agrippait Enkrid et tentait de le disloquer. Pendant ces échanges, même le fouet restait à l’écart.
Le serpent de feu se tenait un peu plus loin, la tête dressée, à les observer. Enkrid, bien sûr, n’avait pas le loisir de le regarder.
Il s’efforçait de bloquer les mains, les pieds, les genoux et les coudes qui s’abattaient sur lui, tout en cherchant désespérément une ouverture où enfoncer le poing ou un doigt.
Crac.
Au cours de ce combat rapproché, trois doigts de la main gauche d’Enkrid se brisèrent.
Sa main fut prise un instant, mais il parvint vite à la dégager. Dans cet intervalle, Balrok tordit ses propres doigts et son poignet, brisant trois doigts d’Enkrid. Juste avant cela, un coup aux côtes lui avait déjà rendu la respiration difficile.
Ses blessures s’accumulaient. Malgré tout, Enkrid tint bon et combattit jusqu’au bout.
Et à présent, tout ce qui venait de se passer pouvait se résumer en un mot.
Je perds.
Balrok avait eu l’occasion de frapper Enkrid au cou, mais parfois, il lui laissait le temps d’esquiver, comme s’il lui permettait de reprendre un coup aux échecs.
Cela s’était déjà produit plusieurs fois. Balrok lui demanda par la pensée, presque comme s’il récitait ces mots :
— Tu peux encore te battre un peu, non ?
Après avoir enfin rencontré quelqu’un qui méritait de se battre depuis si longtemps, Balrok s’amusait avec Enkrid.
La différence de niveau.
De l’escrime à la Manifestation de la Pression.
Enkrid pourrait-il devenir comme Balrok s’il perfectionnait toutes ses compétences au maximum ? Son instinct lui soufflait qu’aucune réponse certaine ne pouvait trancher la question.
Balrok se dressait devant lui comme un mur, haut et solide.
Le jeu ne pouvait pas durer éternellement. À la fin, la lame appelée Urtran, faite de flammes noires, transperça les entrailles d’Enkrid.
Avant cela, trois doigts et deux côtes s’étaient déjà brisés, l’articulation de son genou s’était tordue et celle de sa hanche avait commencé à grincer. Au terme d’un combat à sens unique, l’épée lui entra dans le ventre et lui porta le coup de grâce.
À cet instant, Forgecrépuscule traça une ligne. Balrok ne s’y attendait apparemment pas, car une partie de sa corne fut tranchée net.
« C’était juste. »
Balrok se contenta de parler calmement.
Ses entrailles se mirent à brûler et le feu se répandit dans tout son corps. Les flammes noires provenaient d’un enfer qui ne s’éteindrait qu’à la mort de sa cible.
C’était aussi l’un des pouvoirs divins de Balrok.
Pour endurer la douleur, Enkrid dut se mordre la langue. Elle aurait dû se déchirer et saigner, mais les flammes avaient déjà brûlé l’intérieur de sa bouche. Au lieu du sang, seule l’odeur de la chair calcinée s’y répandit. Il lui sembla qu’elle lui emplissait la tête.
— Tu renaîtras dans mon Labyrinthe. Nous nous battrons et nous nous amuserons ensemble pour l’éternité.
Les pensées de Balrok parvinrent à Enkrid dans cet état.
Il serait plus juste de dire qu’elles lui parvinrent à peine. Même après avoir connu la mort d’innombrables fois, il ne pouvait pas s’habituer à la douleur. S’il les entendit malgré tout, ce fut uniquement grâce à sa force mentale.
Balrok plongea son regard dans les yeux brûlants d’Enkrid. Ses yeux bleus ne s’éteignirent pas, même tandis qu’il mourait.
On aurait dit que des flammes bleues y brûlaient. Cela aussi plaisait énormément à Balrok.
— À bientôt.
Balrok manifesta sa joie à l’idée que ce ne soit pas la fin. Enkrid atteignit un instant qu’il avait vécu un nombre insensé de fois. Lorsque le monde s’assombrit, il traversa une grotte noire, sans le moindre point de lumière. La mort. Il était encore mort.
Et alors.
— Tu te fiches de moi ?
Au bout de la grotte, Enkrid entendit un autre être lui transmettre ses pensées. Le passeur.
C’était la réponse du passeur aux paroles de Balrok, prononcée au moment de la mort. Bien sûr, ces mots ne parviendraient pas à Balrok.
Seul Enkrid, mort, pouvait les entendre.
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