Chapitre 769
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Traducteur : Hydrogen B
Révision : Abstract
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Chapitre 769 : Que pouvons-nous faire, demandez-vous ?
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« Contrôler les informations. »
Ruagarne murmura ces mots. C’était ce qu’elle avait demandé à Jaxon de faire.
Les soi-disant châtelains de la Terre Maudite semblaient avoir déserté leurs postes, confiants dans la capacité des Créatures démoniaques sous leurs ordres à tenir la ligne.
L’idéal serait que ça marche ; sinon, ce ne serait pas une grosse perte. Mais la mesure s’était révélée judicieuse et efficace. La réaction de l’ennemi n’avait rien d’inhabituel.
Même alors que le groupe se tenait si près du mur. Ce qui allait se produire n’avait donc rien d’extraordinaire : c’était une réaction à laquelle ils s’attendaient.
« La prochaine arrive. »
Sinar murmura derrière Enkrid. Les hurlements des esprits vengeurs qui hantaient le mur d’aubépine étaient assourdissants.
Des ténèbres, de part et d’autre du mur de la forteresse, des Créatures démoniaques s’avancèrent lourdement, comme si elles les attendaient.
Des loups-garous et des ours-garous à quatre bras, entre autres.
Les ours-garous étaient anormalement imposants, et certains tenaient des gourdins d’un noir de jais.
Quatre gourdins brandis par quatre mains avaient de quoi impressionner.
Plus encore, chacun d’eux dégageait une aura plus menaçante que tout ce que le groupe avait affronté à l’extérieur. Eh oui. C’était la Terre Maudite, après tout.
« Tenez bon et foncez. »
Ruagarne prit la parole.
Parfois, la tactique la plus simple était la plus acérée des lances.
Avec une telle puissance de feu, pourquoi s’embêter à escalader les murs ou à chercher des portes invisibles ?
Jaxon avait ses astuces : il se déplaçait comme s’il volait au-dessus du mur, assassinant ses cibles pour contrôler les informations. Mais les autres n’avaient pas besoin de faire pareil.
Non. Plus précisément, inutile de s’en donner la peine.
Et puis, qu’avait dit ce salaud tout à l’heure ? Qu’est-ce qu’ils pouvaient faire ?
Ruagarne voulait lui donner la réponse la plus impressionnante possible.
Au-delà des Créatures démoniaques qui fonçaient sur eux, au moment où le groupe s’approcha du mur, des engins alignés au sommet se mirent à bouger d’eux-mêmes. Ils étaient faits d’os et tiraient d’épaisses flèches osseuses. C’étaient des balistes habitées par des Esprits maléfiques, chacune étant à elle seule une Créature démoniaque.
Kriiiik.
Une corde d’arc faite de tendons violets torsadés s’enroula et se tendit toute seule, arma une flèche, puis la décocha.
Boum.
La corde claqua, et un lourd projectile fila vers le centre du groupe.
Dès qu’ils furent à portée, le mur réagit comme pour se défendre.
On aurait pu les appeler les Créatures démoniaques chargées de protéger le mur d’aubépine.
Juste avant que la flèche ne les atteigne, le regard d’Enkrid balaya le sommet du mur.
Même à l’intérieur de la Terre Maudite, ils ont tout ce qu’il leur faut. Ils ont transformé des armes de siège en Créatures démoniaques et les ont laissées ici.
À ce stade, leur acharnement était presque admirable.
Sa main reposait sur la garde de Forgecrépuscule, mais Enkrid n’avait pas besoin d’intervenir.
Quelqu’un, devant lui, bondit et fendit l’air de son épée.
Tonc.
Une lame vive dévia la flèche. Le projectile de baliste ayant encaissé le coup était fait d’os torsadés. Dévié, il frappa le sol dans un tonc et rebondit vers l’un des loups-garous qui approchaient.
La créature avait des plaques de fourrure manquantes un peu partout, mais ses avant-bras étaient anormalement épais.
S’ils attrapaient quelqu’un et le serraient, un bras humain ordinaire se briserait comme une branche morte.
Bien sûr, il n’y avait pas d’humains ordinaires ici.
Le loup-garou bloqua le projectile d’os qui rebondissait et s’en saisit, comme s’il comptait s’en servir d’arme. Il fit tournoyer ce gourdin improvisé dans de grands cercles.
Une Créature démoniaque capable d’improviser une arme sur-le-champ devait être fort intelligente.
Mais, à voir ses grognements et le pus qui lui dégoulinait de la bouche au lieu de salive, elle avait moins l’air intelligente que d’un pénis de chien à visage humain.
C’était Fell qui avait dévié la flèche. Les deux mains serrées autour de la poignée de son épée, il parla sans changer la posture d’extension qu’il avait prise en frappant.
« Je m’occupe de celles d’en haut. »
Fell trouvait que c’était l’endroit idéal pour s’exercer à l’Épée qui bloque les vagues. Les projectiles des balistes étaient lourds, mais, aux yeux d’un chevalier, ils n’étaient pas particulièrement rapides. La tâche n’avait donc rien de difficile.
« Je vous en prie », répondit Audin, qui se tenait au centre du groupe.
Grrrr.
La meute de Créatures démoniaques, parmi lesquelles se trouvaient des loups-garous et des ours-garous, réduisit encore la distance. Pas une seule ne se précipita. Elles avançaient toutes d’un pas traînant et, malgré leur allure lente, leurs imposantes silhouettes furent sur eux en un instant.
La vision des Créatures démoniaques qui les encerclaient des deux côtés aurait pu inspirer la peur, mais tous les visages du groupe restaient calmes. Fell surveillait le ciel. Les autres observaient les Créatures démoniaques. Sans le moindre tremblement, chacun régula silencieusement sa respiration.
Fchhh.
Teresa tira son épée. Dans sa main, elle avait l’air d’une épée longue ordinaire, mais c’était une épée à deux mains comparable à Ilchul, l’espadon de Ragna.
Le fait qu’elle la manie d’une seule main sans même y penser suffisait à prouver que du sang de Géant coulait dans ses veines.
Aaah.
Elle entonna doucement un hymne. À mesure que la mélodie, plus proche du fredonnement que du chant, s’élevait de sa gorge, une lumière blanche scintilla sur tout son corps.
La divinité était le pouvoir surnaturel le plus visible de ce monde.
Il aurait fallu un degré considérable d’éveil pour accomplir une telle chose avec la seule Volonté.
Enfin, Enkrid savait mieux que quiconque que chaque pouvoir avait ses propres caractéristiques.
La divinité manquait toutefois de puissance offensive. Par nature, elle servait à guérir et à accueillir, plutôt qu’à détruire. Pour pallier cette faiblesse, Audin s’entraînait sans relâche, au-delà des limites de la chair.
Non, c’était tout l’Ordre des chevaliers sacrés. Audin avait simplement poussé plus loin que les autres.
La force compense les lacunes.
Vu sous cet angle, la divinité convenait peut-être parfaitement à quelqu’un ayant du sang de Demi-Géant.
À condition, bien sûr, d’avoir la foi et un talent naturel.
Le coin des lèvres de Teresa se releva. Si la Teresa qui fredonnait son hymne un instant plus tôt était Teresa investie par la divinité, celle-ci était une Demi-Géante assoiffée de carnage.
La lumière blanche qui flottait autour de Teresa tandis qu’elle fredonnait n’était pas un pouvoir de guérison ou de réconfort. C’était la manifestation d’une force martiale qui soutenait sa puissance monstrueuse innée.
Bam.
Son épée à deux mains s’abattit sur le crâne d’un ours-garou qui approchait. La tête de la créature ne se fendit pas.
Du sang noir jaillit, mais sous sa peau, la créature était dure comme le fer. C’était un Ours cuirassé, une Créature démoniaque de type ours-garou dotée d’une carapace extérieure durcie.
Le coup de Teresa marqua le début des combats.
Boum.
Fell dévia une flèche. Ropord protégeait un flanc. L’épée d’Ilchul, dans les mains de Ragna, tranchait et brûlait sans répit tout ce qu’elle touchait.
Tssss.
Une fumée blanche s’éleva du cou tranché d’un loup-garou. C’était la marque laissée par Ilchul. Ragna décrivit un long arc et trancha la gorge de six Créatures démoniaques d’un seul mouvement.
L’Épée fluide d’Aoara.
Inutile d’économiser sa Volonté ici : tous déployaient leurs forces.
« Un chevalier en abat mille à lui seul. » Ce dicton signifiait qu’un chevalier pouvait tuer plusieurs centaines de Créatures démoniaques en solitaire.
À plusieurs, côte à côte, il était donc naturel que les Créatures démoniaques qui s’approchaient soient taillées en pièces et jonchent le sol comme de la viande dans une boucherie.
Audin avança à travers le carnage et finit par atteindre les douves de vomi. Ce que certains esprits vengeurs avaient recraché gisait au sol, répandant une puanteur infecte.
La puanteur elle-même était chargée de poison, mais elle n’avait aucun effet sur Audin. Il ne s’était pas mêlé au combat contre les Créatures démoniaques.
Il laissait aux autres le soin de s’occuper des Créatures démoniaques qui les attaquaient des deux côtés.
Guaaah.
Les esprits vengeurs du mur de la forteresse poussèrent un cri. Audin les regarda et prit position, le pied et la main gauches en avant. Il pivota sur la cheville et la taille, et son poing droit, qu’il lança devant lui, brilla d’une lumière blanche.
La force de rotation qui parcourait tout son corps se concentra en un seul poing, et cette rotation se propagea également dans la divinité.
« Seigneur. »
À ces quelques mots, l’air autour de lui sembla rugir en convergeant vers Audin, qui en occupait le centre. La divinité accumulée mit l’air en mouvement, et un petit tourbillon s’éleva autour de lui.
Frrrr.
Ses cheveux se soulevèrent et voltigèrent au-dessus de sa tête. Dans cette posture, Audin tendit le bras. Le vent, la lumière blanche, tout s’enroula autour de la trajectoire de son bras et jaillit d’un seul élan.
Vroum.
La lumière blanche tournoya le long de la trajectoire de son poing tendu et percuta un esprit vengeur drapé d’un linceul d’épines.
Bam.
Un coup de tonnerre retentit, et la pression explosa à l’endroit de l’impact. Les matériaux qui composaient le mur d’aubépine volèrent en éclats dans toutes les directions, accompagnés des hurlements des esprits vengeurs.
Un seul coup envoya des dizaines d’esprits vengeurs au ciel.
« Seigneur, c’est à Vous de décider si ces âmes méritent le pardon ou le jugement. Je ne ferai que les renvoyer auprès de Vous. »
Audin ramena son poing et pria. Nul ne pouvait savoir ce que les esprits vengeurs pensaient de cette prière adressée au ciel. Difficile de dire s’il leur restait la moindre raison.
Son coup avait creusé dans le mur de la forteresse une cavité de la taille d’un homme.
Les esprits vengeurs tissés dans les épines n’étaient pas restés passifs, et ils n’avaient pas manqué de résister, mais rien de tout cela ne l’avait atteint.
L’Armure de lumière sacrée rudimentaire qui recouvrait tout le corps d’Audin avait repoussé et dissipé leurs attaques.
Le sol trembla à la jonction entre le mur brisé et la terre.
« Les fondations sont molles », dit agréablement Audin en faisant quelques pas de côté. Les cris des esprits vengeurs, qui vrillaient les oreilles de tous, s’interrompirent un instant.
Ils ne le pensaient sûrement pas, mais s’il leur restait un peu de raison, ils devaient bien hurler : « C’est quoi, ces salauds ? »
L’Apôtre du Dieu de la Guerre, convaincu qu’aucune malédiction n’oserait lui nuire, ramena de nouveau son poing.
« Quel sacré coup de sonnette », lança Enkrid en observant la scène. Une remarque en l’air. Étrangement, elle lui rappela l’époque où, à la Garde-frontière, ils avaient fouillé la Guilde de Gielpin et découvert l’entrée souterraine.
Quelqu’un avait déjà parlé de sonner à la porte, avant de la défoncer. Depuis, pas grand-chose n’avait changé.
À part la cible, qui était à présent le mur d’une forteresse bâtie au cœur de la Terre Maudite.
Kwaaang.
Le second coup fit de nouveau retentir le tonnerre. Deux coups portés de toutes ses forces ouvrirent un trou dans le mur. La cavité commençait déjà à se tordre et à se réparer, comme si le mur était une créature vivante.
Sinar l’observa en fronçant les sourcils. Son mécontentement sautait aux yeux.
« Elle imite une cité elfique ? »
Sa cité — ou, plus précisément, celle où elle avait vécu et qui portait son nom — était faite d’arbres vivants et mobiles. Les fondations de la ville étaient vivantes. La forteresse de la Terre Maudite imitait ce principe, et cela lui déplaisait profondément.
Cela signifiait clairement que quelqu’un avait utilisé ici une partie du savoir des elfes.
La réparation n’était pas lente, mais une chose était certaine : les poings d’Audin allaient plus vite.
Et, après deux coups, il y avait au moins une ouverture, à peine aussi large qu’une orbite, à travers laquelle on pouvait voir l’espace derrière le mur.
« La porte est ouverte », dit doucement Teresa. Elle venait d’attraper le gourdin d’un ours-garou et de le jeter sur le côté. Avant cela, plutôt que de lui trancher la gorge, elle avait battu un Ours cuirassé à mort en réduisant son corps en miettes à la seule force de ses bras. Elle reprit son souffle un instant avant de parler.
« Tu ne devrais pas dire qu’elle est apparue plutôt qu’ouverte ? » demanda Fell en déviant un projectile de baliste en os. En plein vol, Fell repoussa habilement la flèche, faisant pivoter son épée grâce à la force de rotation, sans aucun appui pour prendre son élan. C’était un exploit incroyable, surtout sans le moindre point d’appui.
Enkrid pensait que Fell avait raison, mais ne le contredit pas. Qu’est-ce que ça pouvait faire ? L’important, c’était qu’un passage s’était ouvert.
Et, à première vue, il semblait pouvoir prêter main-forte.
Jing.
Forgecrépuscule semblait lui demander pourquoi il ne l’avait toujours pas dégainée. Enkrid fit un pas en avant, comme pour apaiser son épée.
Au sommet du mur, Jaxon s’activait et détruisait les balistes d’os l’une après l’autre.
Le nombre de projectiles tirés diminuait régulièrement grâce à lui.
Il n’était donc plus nécessaire de rester en arrière pour arrêter ceux que Fell pourrait laisser passer.
Enkrid bondit en avant.
Les griffes d’un loup-garou. Un gourdin noir qui s’abattait d’en haut. Un pied qui jaillissait vers sa cheville tandis qu’une créature, appuyée sur ses quatre bras, brandissait des griffes pareilles à des dagues, capables d’arracher des lambeaux de chair au moindre effleurement.
En haut, au milieu et en bas, tout à la fois. Chacune savait se battre.
Forgecrépuscule dans la main droite et Penna dans la gauche, Enkrid avança d’un pas léger.
Pas d’estocades, seulement une succession de coups tranchants, alternant d’une lame à l’autre. Cela suffisait. Les membres des Créatures démoniaques se détachaient et tombaient au sol.
Avant même que leurs attaques ne l’atteignent, le Golem éclair né d’une pensée parfaitement maîtrisée leur trancha les bras et les jambes.
À force de se succéder ainsi, ce Golem éclair devint la Foudre.
Zzzt. Krrraaa-boum.
L’épée franchit le mur du son, encore et encore, et déclencha le tonnerre.
Une longue traînée de sang noir marqua le chemin qu’il parcourut.
Ce genre de combat était facile, à présent. Il avait progressé en s’efforçant sans cesse de porter le meilleur coup possible, où qu’il soit et à tout moment.
Ce sont les gens qui manient les épées.
Même si l’escrime était divisée en cinq catégories, c’étaient toujours les gens qui la pratiquaient.
Cette idée prolongeait une pensée qui lui était déjà venue. Pour l’instant, il n’en distinguait qu’un fil ténu : une voie de l’épée dont il ne comprenait pas encore les liens.
Il chassa cette pensée.
Une fois à portée de bras du mur de la forteresse, Enkrid rengaina Penna.
Ses muscles étaient parfaitement tendus et la Volonté qui circulait en lui était plus que suffisante.
Enkrid avait l’impression de sortir d’un profond sommeil, reposé et débordant d’énergie.
Par une journée pareille, il avait l’impression que tout était possible. On aurait pu appeler ça une poussée d’omnipotence. Cela ne signifiait pas qu’il allait tenter bêtement l’impossible.
« Bonjour, mes chers esprits vengeurs. »
Après cette brève salutation, Enkrid leva Forgecrépuscule à l’horizontale. La lame diffusa une lueur bleu ciel et vibra dans un doux tintement, comme si elle le voyait bouillonner d’enthousiasme.
À vrai dire, l’épée ne vibrait qu’en résonance avec la Volonté d’Enkrid. Mais libre à celui qui la tenait d’interpréter cela comme bon lui semblait.
Audin ouvrait le passage grâce à la divinité. Ajouter sa propre force aiderait.
La Volonté jaillit et se déversa dans la lame. C’était la Terre Maudite, et devant lui se dressait une forteresse de la Terre Maudite.
Tout cela lui traversait déjà l’esprit. Et alors ? Qu’avait dit ce salaud tout à l’heure ? Qu’est-ce qu’ils pouvaient faire ?
Grrrrr.
« Cinglé. »
Il crut entendre Ruagarne marmonner derrière lui. Enkrid ne souriait pas. Il était parfaitement sérieux.
Que pouvait-il faire, là, maintenant ?
Voilà la réponse à cette question.
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