Chapitre 768
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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Chapitre 768 : Le nom de la crise est Jaxon
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« Quoi ? »
À la vue de ce qui se déroulait au loin, l’un des elfes à la peau bleu sombre — l’un des elfes noirs — ouvrit la bouche.
Il n’avait pas l’air particulièrement surpris. Il avait vu le pouvoir divin d’innombrables fois.
Mais l’étendre aussi largement pour barrer le passage était une méthode plutôt inhabituelle.
Naturellement, le châtelain n’était pas le seul à vivre dans la Forteresse de Boisépine. Plusieurs autres y résidaient également.
Outre les Créatures démoniaques aux ordres du châtelain, il y avait des gens chargés de l’assister dans ses recherches, deux sorciers versés dans les arts interdits et plusieurs Créatures démoniaques dépourvues d’intelligence, mais capables de se battre aussi bien que des chevaliers.
Trois elfes noirs montaient la garde au sommet du rempart de bois épineux. Leur rôle consistait à signaler tout événement et à harceler les intrus.
Plus précisément, ils devaient rouer les intrus de coups, les épuiser, puis offrir leurs dépouilles au châtelain.
Tel était leur devoir.
Ils exprimaient leurs émotions plus librement que les elfes ordinaires. Devenus une partie de la Terre Maudite, ils avaient oublié leur nature elfique.
Ils observèrent le lointain mur de lumière blanche et échangèrent quelques mots.
« Ils peinent.
— Quel plaisir de voir des mortels s’agiter en vain.
— Ils ont arrêté les Goules pestiférées et s’imaginent que tout est fini.
— Le pouvoir divin, vraiment… »
Les trois elfes noirs s’étaient imprégnés de l’énergie de la Terre Maudite, communément appelée énergie démoniaque, au lieu de la vitalité elfique. L’un d’eux pouvait ainsi maîtriser l’esprit des Créatures démoniaques, tandis que les deux autres étaient de bons archers.
Naturellement, ils pouvaient aussi imprégner leurs flèches d’énergie démoniaque.
Bien sûr, ils étaient loin d’égaler l’archer qui avait pris pour cible le groupe d’Enkrid en premier.
C’était pour cette raison qu’on les avait affectés ici comme sentinelles.
La corruption n’avait pas non plus effacé les dons naturels des elfes. Ils avaient toujours le corps agile.
« Il faudra écorcher cette femme qui possède le pouvoir divin et l’examiner. La peau d’un Demi-Géant est-elle aussi dure ? Si c’est le cas, elle pourrait servir à fabriquer des chimères. »
La peau des Géants était semblable à de la pierre. Si la sienne l’était aussi, elle pourrait servir à bien des choses.
Ils étaient d’une cruauté inconnue chez les elfes. Nul ne savait si elle venait de l’influence de la Terre Maudite, du temps qu’ils y avaient passé, ou des deux.
À leurs yeux, ils avaient abandonné leur vie d’enfants de la forêt et des fleurs pour devenir les enfants adoptifs de la Terre Maudite, gagnant ainsi en puissance et en capacités par rapport aux elfes ordinaires. Même pour un observateur, la différence entre eux et de véritables elfes sautait aux yeux.
*Insensibles.*
La différence était encore plus frappante si on les comparait à Sinar ou aux elfes de la cité elfique qui avaient rejoint la Garde-frontière.
Les véritables elfes prenaient soin du moindre brin d’herbe et évitaient de l’abîmer par négligence. Conscients que leur sensibilité pouvait se retourner contre eux, ils réfrénaient et maîtrisaient leurs émotions.
Les elfes devant lui n’étaient pas ainsi.
Ils affichaient ouvertement leurs émotions et menaient sans hésiter de répugnantes expériences biologiques. Ils n’étaient plus aussi sensibles que des elfes auraient dû l’être.
Jaxon ignorait tout cela. Il savait seulement que les choses qu’il percevait étaient moins sensibles qu’il ne l’aurait cru.
Cela lui suffisait.
Après avoir abattu quelques Goules pestiférées, Jaxon remonta le courant et se dirigea vers la horde de Créatures démoniaques qui fonçait sur eux.
Même Enkrid aurait trouvé impossible de se faufiler discrètement parmi ces créatures à la bouche cousue, qui voulaient mourir quitte à se faire exploser.
Jaxon, lui, en était capable.
*L’air de la Terre Maudite est différent.*
Une fois cette différence comprise, il ne lui restait qu’à s’y adapter.
L’Assimilation : une technique réservée aux chevaliers, appelée « flou » dans la Lame de Georg. Son nom venait de sa capacité à estomper la présence de celui qui l’employait.
Qu’importait son nom, au fond ?
*Il est inutile de les distinguer.*
Il l’avait compris depuis longtemps.
Il pouvait dissimuler sa présence parmi les Goules et remonter le courant ; il le fit donc. Baissé, il fila le long du bord extérieur de la horde, les pieds rapides.
Puis, ayant repéré sur le rempart de bois épineux un esprit vengeur drapé d’un linceul qui brillait, il prit appui et bondit dans les airs.
Plusieurs Esprits maléfiques tendirent les mains pour l’arrêter, en vain. Jaxon se servit même de leurs mains tendues comme de prises pour escalader le rempart. Quelques Spectres poussèrent de longs cris lugubres en émergeant à moitié du bois épineux et en tendant les bras vers lui, mais Jaxon tira une dague imprégnée de pouvoir divin et la balaya devant lui pour les repousser.
Kiiiik !
Un Esprit maléfique hurla en mourant, mais son cri fut enseveli sous le chant des esprits vengeurs qui résonnait à travers le rempart de bois épineux.
Seuls quelques-uns, parmi les plus sensibles, réagirent.
C’est ainsi que Jaxon trompa même le regard des esprits vengeurs. Cela lui venait naturellement : c’était l’art qu’il avait cultivé toute sa vie.
S’ils avaient été aussi sensibles que de véritables elfes, même Jaxon aurait été repéré. Plusieurs facteurs s’étaient conjugués pour aboutir à cette situation.
Ils étaient insensibles, et la Forteresse de Boisépine, celle de la Terre Maudite, n’avait jamais subi d’incursion de cette ampleur.
Au fil des ans, certains de ceux qu’on appelait chevaliers avaient aperçu la forteresse et appris son existence, mais ils avaient jugé qu’ils ne pourraient pas s’en occuper dans l’immédiat.
Y aller seul aurait été un suicide, tandis qu’une attaque concertée les aurait laissés en sous-effectif ailleurs.
Surtout, ceux qui se trouvaient à l’intérieur n’avaient encore causé aucun problème majeur. De l’extérieur, ils semblaient simplement vivre tranquillement dans la Terre Maudite.
Tout cela avait conduit à la situation actuelle.
Jaxon avait instinctivement exploité chacune de leurs faiblesses. C’est ainsi qu’il avait escaladé le rempart et était arrivé jusque-là.
Après avoir repéré les trois sentinelles qui surveillaient depuis le rempart, il se glissa derrière elles. Un stylet dans chaque main, il transperça la nuque de deux d’entre elles.
De leur point de vue, la scène était terrifiante.
« … ! »
Le troisième elfe noir ne parvint même pas à pousser un cri. Il se retourna, les yeux écarquillés.
À ses yeux, une ombre venait de surgir et de poignarder deux de ses compagnons.
Il brandit le long arc qu’il tenait comme une massue. Jaxon se déplaça avec la fluidité d’une épée, reculant tandis que les deux elfes noirs, qui auraient dû mourir, s’immobilisaient en pleine chute.
Jaxon les dévisagea. Ce n’était pas une réaction normale chez quelqu’un qui venait d’être poignardé.
Mais il n’avait pas à s’en étonner.
C’était la Terre Maudite. Tout pouvait arriver, même ce à quoi il ne s’attendait pas.
Le torse des deux elfes noirs poignardés se figea à mi-flexion, puis ils relevèrent la tête. Leurs cous craquèrent lorsque leurs os se déplacèrent. Ils bougeaient comme des poupées brisées et leurs yeux perdirent toute expression. Il ne restait que le blanc ; leurs pupilles avaient disparu.
Alors, à la base de leur nuque, exactement là où Jaxon avait percé leur peau, la chair enfla dans un gargouillement humide. Au lieu de sang noir, de nouveaux organes se formèrent.
De longues masses de chair ondulèrent comme d’énormes pythons et pendirent jusqu’au sol.
On ne pouvait parler de queue ni de bras, puisqu’ils poussaient de leur nuque. Comment les appeler, alors ?
Impossible à dire.
Des mains-nuques ? Des queues-nuques ? Quoi que ce fût, les nouveaux organes des elfes noirs difformes pendaient au ras du sol et se contractaient par endroits, comme si des muscles s’y déployaient. En un instant, leurs extrémités s’aiguisèrent et fusèrent vers Jaxon.
Ils étaient rapides comme des flèches. Jaxon observa ces organes fraîchement formés.
De grosses veines noires ressortaient sur leur chair bleu sombre. Ils ressemblaient presque à des lombrics gigantesques.
Jaxon esquiva et taillada l’un d’eux de son stylet.
Ffuit.
Même ces organes difformes avaient des creux semblables à des articulations. Il fendit l’un d’eux à cet endroit. Il appliquait la Souplesse et l’Épée fluide, retournant contre l’ennemi la force de sa charge.
On aurait peut-être pu appeler cela le sommet de l’Épée de la Chance.
Sa coupe était si calme qu’on aurait cru qu’il avait tout prévu.
Si Enkrid avait été là, il aurait applaudi le regard remarquable de Jaxon. Il n’aurait pas non plus pu retenir son admiration devant sa façon de retourner contre son adversaire la force de sa charge.
Du sang noir gicla de la plaie, mais l’organe difforme n’en tint aucun compte. Tel un serpent changeant de direction, il s’enroula pour viser l’arrière du crâne de Jaxon.
« Saloperie. »
Pendant ce temps, le troisième elfe noir, encore relativement intact, encocha une flèche à son arc. À l’instant même, une lame le frappa au front.
Paf !
Le bruit de la lame fendant le crâne fut étrangement net. C’était la dague silencieuse que Jaxon avait lancée en esquivant.
Tandis que Jaxon évitait les deux organes vermiformes qui l’attaquaient par-derrière, l’elfe noir frappé au front perdit lui aussi la lumière dans les yeux. Ses pupilles se vidèrent et son corps se mit à trembler.
Jaxon observa de nouveau.
*Une malédiction ? Ou la mort déclenche-t-elle tout ça ?*
Quelque chose semblait avoir été implanté dans leurs corps pour les faire fonctionner ainsi.
L’obscurité s’épaissit et réduisit son champ de vision, mais Jaxon était plus à l’aise dans le noir.
Il n’avait aucun mal à percevoir les choses dans l’obscurité. Il lui suffisait de compenser le manque de vision par ses autres sens.
Alors qu’il regardait, écoutait et ressentait, la dague silencieuse fichée dans le front de l’elfe noir s’arracha d’elle-même.
Grrr. Boum.
La dague silencieuse tomba au sol. De la chair poussa ensuite dans le trou du front, formant un autre organe identique à ceux qui visaient toujours Jaxon.
Même alors, Jaxon continua de regarder, d’écouter et de ressentir. À force d’observer, il remarqua quelque chose d’étrange.
Les lignes qu’il avait prises pour des vaisseaux sanguins, saillantes sous la peau des organes vermiformes, n’en étaient pas.
Ces grosses lignes traversèrent la peau, s’élevèrent et s’épanouirent en Fleurs Noires.
*Ils ont implanté des graines maudites.*
Qu’est-ce qui les faisait donc bouger, à présent ?
La Volonté était à l’œuvre.
La Volonté de Jaxon agissait différemment de celle des autres membres de l’Ordre des chevaliers du grand-duc d’Azpen. Celle qui stimulait ses cinq sens ne se contentait pas d’observer ses adversaires : elle les fouillait et examinait leurs entrailles.
*Continuer à bouger même après la mort…*
Il fallait devenir un mort-vivant ou un Esprit maléfique pour cela.
Après avoir affronté les Goules pestiférées en contrebas, il avait l’impression de mieux comprendre les préférences de son ennemi.
*Ils ont implanté des Esprits maléfiques porteurs de peste dans les Goules.*
Quant à ces elfes noirs, ils avaient été infestés par d’étranges plantes qui poussaient dans la Terre Maudite.
Des sens très développés pouvaient accomplir des choses qui tenaient de la magie. Pour Jaxon, c’était naturel ; pour les autres, c’était stupéfiant.
Dans les trois créatures difformes qui bougeaient, Jaxon distingua des formes ovales noires et palpitantes.
Une poudre noire se dispersait depuis les Fleurs Noires écloses sur les organes difformes qui jaillissaient de la nuque des trois elfes noirs.
C’était une Toxine extrême, capable d’empoisonner un chevalier qui l’inhalait et de tuer un homme ordinaire au simple contact de sa peau. Pourtant, depuis son enfance, Jaxon avait absorbé des dizaines, voire des centaines de poisons dans son corps.
Cela ne signifiait pas qu’il comptait boire tranquillement un poison qu’il ne connaissait pas.
Il sortit une petite cagoule et se couvrit la bouche. C’était un objet magique fabriqué dans la cité elfique, qui purifiait l’air passant par la bouche et le nez.
Même lorsqu’il faisait partie de l’Escouade des Fous, il avait conclu des marchés un peu partout. Il avait le don d’obtenir ce dont il avait besoin, même auprès de la cité elfique.
Personne ne le savait, pas même Enkrid.
Son système respiratoire protégé par l’objet magique, le poison qui pénétrait par sa peau ne pouvait pas lui nuire.
Les vers de chair se tordaient et s’enroulaient, dispersant de la poudre dans toutes les directions en frappant le sol et en fendant l’air. Pourtant, leurs mouvements sauvages étaient moins menaçants que les coups de hache d’un barbare enragé. À force de combattre les fous, Jaxon avait clairement progressé dans le combat frontal.
Il détestait l’admettre et ne le dirait jamais à voix haute, mais oui, ces lunatiques lui avaient été utiles.
Jaxon se faufila entre leurs attaques, repéra les graines dans les trois corps et les transperça.
Maîtriser l’information était la base du combat. Il était tout à fait d’accord avec Ruagarne.
Voilà pourquoi Jaxon s’était avancé. Cela retarderait, ne serait-ce qu’un peu, l’arrivée aux oreilles de ceux qui se trouvaient dans la forteresse des nouvelles sur ce qui se passait devant ses murs.
Jaxon était satisfait. Ce n’était pas la première fois qu’il employait sa force à autre chose qu’à tuer des gens pour des couronnes, mais il aurait menti en prétendant ne pas y prendre plaisir, cette fois.
Il aidait quelqu’un, et cette personne poursuivait un idéal grandiose.
La voix de son maître lui revint comme un écho fantomatique.
« C’est ça, espèce d’abruti. Tu as fière allure, nom d’un chien. Sers-toi de ton talent naturel. Mais fais-le pour défendre ce que tu crois juste. Je te l’ai répété des centaines de fois. Tu ne saignes toujours pas des oreilles ? »
Son maître avait toujours eu un ton d’une légèreté désarmante. Jaxon comprenait désormais que c’était parce que lui-même avait été si sombre.
*Je sais.*
Il avait entendu ces paroles jusqu’à en avoir les oreilles en sang, et ce n’est que maintenant qu’elles s’étaient gravées dans son cœur.
Depuis quand était-ce ainsi ?
Jaxon avait appris ce qui était juste en observant Enkrid. Par conséquent, tout ce qui faisait obstacle à Enkrid était un ennemi.
Par chance, cette justice et tout le reste approchaient de la forteresse.
* * *
Les Goules pestiférées avaient éclaté et empesté l’air alentour. Il aurait donc dû être difficile d’approcher autant. Pourtant, l’hymne de Teresa purifiait le chemin qu’ils empruntaient.
Enkrid leva les yeux. Plusieurs ombres qui arpentaient le rempart tombaient les unes après les autres.
On aurait dit qu’elles étaient soudain prises de convulsions avant de s’effondrer. Mais nul besoin de préciser que la crise avait pour nom Jaxon.
*Qu’est-ce que c’est encore que ça ?*
Les créatures à terre changèrent de forme et le combat s’engagea. Ce ne fut qu’alors que la silhouette de Jaxon apparut.
Devait-il l’aider ? Enkrid n’y réfléchit qu’un instant et ne bougea pas. Ce n’était pas nécessaire.
Bientôt, les trois créatures difformes s’écroulèrent au sol.
Il ignorait pourquoi des choses semblables à des serpents avaient jailli de corps à l’apparence humaine.
Notes :
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