Chapitre 767
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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Chapitre 767 : Le talent de trouver la victoire dans l’adversité
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Un seul Oiseau Noir tournoya, prenant de la vitesse, puis replia ses ailes et plongea. Sa vitesse ne semblait pas convenir à son corps gigantesque. Peut-être son poids le faisait-il tomber encore plus vite.
Dans un grondement, l’air se déchira. Lorsque l’Oiseau Noir passa en rase-mottes, Rem avait disparu de l’endroit où il se tenait.
« Ce taré ? »
Fell avait vu ce que Rem avait fait et lui adressa le plus grand compliment possible.
Il s’était demandé ce que Rem ferait quand on lui avait demandé d’apporter son soutien.
Juste avant que l’oiseau ne fonce sur eux, le fou de l’Ouest avait enroulé une corde autour d’une hachette, puis l’avait fait flotter dans les airs.
L’Oiseau Noir descendit, la pointe du bec tendue devant lui comme une lance gigantesque. Ropord et Fell balayèrent l’air de leurs épées, frappant le bec et le déviant. La hachette et la corde lancées par Rem s’enroulèrent alors autour du cou de l’oiseau.
Rem put ainsi grimper sur son dos, et l’oiseau reprit son envol.
« Capitaine. »
Ropord interpella Enkrid. Celui-ci savait qui était la personne au monde dont il avait le moins à se soucier.
« C’est Rem. »
Autrement dit, Rem était du genre à faire parfaitement son travail, même dans les airs.
« Rul-lu-lal-la ! »
Un cri étrange résonna dans le ciel. C’était la voix de Rem.
Sa gaieté forcée était probablement due à la chanson que Teresa entonnait en contrebas.
Après tout ce temps, quelques paroles des chansons qu’il avait chantées dans l’Ouest lui revinrent en mémoire.
Il n’y avait pas une histoire de corbeau qui croasse et porte malheur ?
Assis sur le dos de l’oiseau, Rem invoqua un ami par la sorcellerie. Dès que la silhouette d’un aigle gigantesque se matérialisa derrière lui, il raidit les doigts de sa main gauche et les enfonça entre les plumes de l’Oiseau Noir. Tels les serres d’un aigle, ses doigts percèrent le plumage, déchirèrent la chair et s’y agrippèrent.
Piiiiii.
Il pinça les lèvres et produisit un son qui résonna comme le cri d’un aigle.
Prenant appui sur sa main gauche, Rem se baissa et avança. Ses mouvements ne différaient en rien de ceux d’un guide qui escalade une falaise.
À ceci près qu’au lieu d’une falaise, il chevauchait le dos d’une Bête magique gigantesque, dans les airs.
Arrivé près de la tête de l’Oiseau Noir, il abattit la hache qu’il avait faite de son Arme héritée. Ses mouvements ne trahissaient pas la moindre hésitation ; il semblait incroyablement rapide.
L’Oiseau Noir se contorsionna, se débattant pour se débarrasser de l’intrus sur son dos, mais Rem ne tomba pas.
L’issue était certaine.
La hache fendit son crâne.
Crac !
Le sang noir et la cervelle jaillirent de sa petite tête et tombèrent en pluie. Sa main gauche toujours enfoncée dans le corps de l’oiseau, Rem se pencha en avant et se redressa à moitié.
En levant la tête, il aperçut au loin le soleil gris cendré, déformé et pâlissant dans le ciel. Un autre oiseau passa devant lui.
Rem avait déjà anticipé ses mouvements. Il avait accroché son Arme héritée au fermoir de sa ceinture, puis avait aussitôt arraché la hachette fichée dans l’oiseau mort et l’avait lancée.
Un grand corps offrait davantage de prises.
Frrt.
La hachette fendit l’air et s’enfonça dans le dos de l’autre oiseau avec un bruit sourd. L’oiseau mort tombait, mais il pouvait encore servir de point d’appui un instant. Rem en profita.
Prenant appui sur l’oiseau en chute, il fléchit légèrement les genoux, contracta les cuisses et tira sur la corde attachée à la hachette. L’Oiseau Noir qui tournoyait battit des ailes ; un bref instant, il fut entraîné vers Rem et resta suspendu dans les airs.
Ce ne fut qu’un instant, mais cela suffit. Rem tira sur la corde et bondit, les deux bras écartés pour prendre le vent et grimper sur le dos de l’oiseau suivant.
Les bras ouverts, il volait dans le ciel et ressemblait presque à un aigle.
Pendant ce temps, l’oiseau qui lui avait servi de point d’appui s’écrasa loin du groupe, toujours aux prises avec ses ennemis.
Boum.
Au son de l’impact, la hache de Rem fendit le crâne du deuxième oiseau.
Piiiiii.
Son sifflement résonna de nouveau dans le ciel.
* * *
Comment comptait-il redescendre de là-haut ?
Il aurait été naturel de se poser la question, mais Enkrid ne le fit pas.
Il était convaincu que Rem trouverait tout seul le moyen de redescendre. Rem n’était pas du genre à grimper sans réfléchir à la façon de revenir. Les solutions ne manquaient pas. Il pouvait s’aider des arbres pour ralentir sa chute et, si rien d’autre ne fonctionnait, demander à Audin de le rattraper.
Il pourrait se casser une jambe, mais ça semble peu probable.
Il n’était pas monté si haut qu’on ne le distinguait plus que comme un point, alors tout devrait bien se passer.
À peine cette pensée lui traversa-t-elle l’esprit que le dernier des trois Oiseaux Noirs s’envola dans le ciel, pris de panique, au moment où Rem grimpait sur son dos.
Même Enkrid comprit que c’était un réflexe de peur, mais le résultat revenait au même que si l’oiseau avait essayé de les emporter tous les deux dans sa chute.
Les humains ne pouvaient pas voler. Cela restait vrai, même s’ils devenaient chevaliers. L’oiseau qui avait projeté une ombre noire au-dessus de leurs têtes rapetissa jusqu’à ne plus être plus gros qu’un être humain.
Enkrid se demanda si Rem allait fracasser son crâne et trouver un moyen de redescendre, mais Rem se contenta de trancher le cou de l’oiseau.
Le sang noir se déversa une nouvelle fois du ciel. Du sang giclait, des plumes tombaient, un oiseau s’écrasait encore, et une personne aussi.
Rem prit de nouveau appui sur le corps de l’oiseau mort et exécuta un tour stupéfiant.
Après être descendu suffisamment bas, il vola dans le ciel.
Rem n’était pas un chevalier. C’était un sorcier.
Il invoqua l’esprit d’un aigle et souleva son corps. Il ne pouvait pas vraiment voler, mais, les bras et les mains grands ouverts, il semblait plutôt planer que tomber.
Le problème, c’était que…
« On dirait qu’il est perdu. »
Après s’être débarrassé des Goules porteuses de peste, Ragna s’approcha et fit cette remarque. Enkrid ne répondit pas ; Ragna insista, comme pour souligner son propos.
« Il y a un idiot là-haut qui ne sait même pas retrouver son chemin. »
Ragna semblait presque enthousiaste.
« … Il retrouvera son chemin. »
L’Oiseau Noir avait emporté Rem très loin. Impossible de savoir si la Bête magique l’avait fait exprès. Elle était déjà morte.
Si elle avait voulu porter un dernier coup en mourant, Enkrid estima qu’elle s’en était assez bien tirée.
Cela ne signifiait pas qu’il s’inquiétait. Il pensait vraiment que Rem retrouverait son chemin.
Rem n’était pas Ragna. Un chasseur de l’Ouest savait s’orienter même dans la Terre Maudite ; inutile donc de l’attendre.
Pour une raison ou une autre, l’elfe noir qui se tenait au sommet de la flèche avait lui aussi quitté son poste. Celui qui était sorcier ou châtelain avait également disparu.
En vérité, ils étaient partis parce qu’ils savaient que ce groupe téméraire devrait combattre jusqu’à l’épuisement.
Les Goules porteuses de peste étaient des Créatures démoniaques redoutables ; les éliminer ne serait pas facile. Et il n’y avait pas que des Goules.
Des Bêtes magiques ressemblant à des corbeaux modifiés volaient au-dessus d’eux et, après les Goules porteuses de peste, viendraient des Créatures démoniaques créées au moyen de recherches et d’arts interdits.
Surtout, ils se trouvaient dans une forteresse ceinte d’une muraille de bois épineux. Ils pouvaient se permettre de prendre leur temps.
Du point de vue de l’elfe noir, après avoir tiré tant de flèches sur eux, il fallait aussi qu’il économise ses forces.
Leur plan était évident, limpide.
Ils les observeraient d’en haut et se moqueraient de ces idiots une fois qu’ils seraient épuisés à force de combattre les Goules.
« Oui, vous vous êtes bien battus. Maintenant, il est temps de jouer avec un loup-garou à quatre bras. Ah, pardon. J’avais aussi derrière celui-là une Créature démoniaque d’élite à laquelle j’ai consacré tout mon cœur. Vous l’avez vue ? »
Voilà ce qu’ils diraient en les observant depuis le rempart.
L’affrontement leur réserverait donc une difficulté d’un autre ordre que les Goules porteuses de peste.
Ils tireraient des flèches depuis l’arbre-flèche et enverraient des chevaliers de cristal vêtus d’une armure noire.
Enkrid ne pouvait pas deviner les intentions du châtelain ou de l’elfe noir disparus.
Il comptait simplement briser leur confiance s’ils s’en remettaient à cette muraille.
Les deux s’étaient éclipsés, mais cela ne signifiait pas que plus personne ne se trouvait sur le rempart. Quelques ombres y erraient. Aux yeux d’Enkrid, elles semblaient onduler.
À l’instant où il s’en aperçut, il réalisa aussi que Jaxon avait disparu.
Jaxon ferait ce qu’il avait à faire. Ceux qui restaient n’avaient plus qu’à en faire autant.
Enkrid ouvrit la bouche.
« Rua. »
La Grenouille ne répondit pas à l’appel d’Enkrid. Ses grands yeux se contentèrent de rouler sans cesse.
La muraille, les Créatures démoniaques, les flèches, l’elfe noir, le terrain et la situation.
La Grenouille absorba tout et en dessina un tableau dans son esprit.
La Grenouille Ruagarne savait trouver le chemin de la victoire malgré l’adversité. C’était sa spécialité. Tacticienne, elle transformait une position perdante en situation favorable ou équilibrée.
Tout reposait sur l’instinct de combat particulier de la Grenouille ; il ne serait donc pas facile de l’apprendre ni de l’enseigner. Mais ce talent était bien réel.
Celui qui pouvait transformer une situation défavorable en un affrontement équilibré ferait preuve d’un talent encore plus grand au combat si la situation lui était déjà favorable et que ses forces étaient supérieures.
Naturellement, il était plus facile de bien se battre quand on avait l’avantage.
Voilà le fondement de l’escrime tactique de Ruagarne.
Enkrid en avait lui aussi appris une partie au fil d’innombrables morts.
Pas étonnant que Ruagarne se soit tant attachée à Enkrid. L’instinct de combat ne s’apprenait pas simplement parce qu’on vous l’enseignait, et pourtant Enkrid apprenait quand on lui montrait.
Quoi qu’il entreprît seul, il finissait toujours par comprendre d’une manière ou d’une autre.
La capacité d’apprentissage d’Enkrid avait éveillé la curiosité et le désir de la Grenouille ; c’était pour cela qu’elle se trouvait ici.
Tandis que Ruagarne observait la muraille, Enkrid se mit à réfléchir dans le même sens.
Expérience des sièges.
Enkrid se rappela les fois où il avait attaqué une forteresse dans ses vies passées. Elles n’avaient pas été nombreuses.
Inutile de s’attarder sur les avantages de la défense ou les faiblesses de l’attaque. Il n’y avait pas de douves, et il semblait peu probable qu’on leur jette de l’huile bouillante depuis les remparts.
En revanche, dès qu’ils approcheraient de la muraille, des esprits vengeurs drapés de ronces tendraient les bras pour tenter de les mordre.
Il le savait sans avoir besoin d’en faire l’expérience.
Ce n’est pas une forteresse ordinaire. Les tactiques habituelles ne fonctionneront pas.
En temps normal, les défenseurs s’abriteraient derrière les douves de la forteresse et enverraient des unités de harcèlement couper les lignes de ravitaillement à l’arrière de l’ennemi.
Les défenseurs se battaient depuis chez eux, tandis que les assaillants campaient sur un sol humide avant de lancer leur attaque.
En temps normal, la défense a l’avantage.
Bien sûr, l’inverse était aussi possible. On pouvait encercler une forteresse aux réserves de nourriture limitées et l’affamer.
Rien de tout cela ne s’applique ici.
Leur groupe était une petite troupe d’élite sans ligne de ravitaillement distincte, et la Forteresse de Boisépine, au cœur de la Terre Maudite, n’avait rien d’une forteresse ordinaire.
Ses réflexions semblaient longues, mais l’esprit d’Enkrid était rapide. Tout lui traversa la tête en un instant ; il ne resta que deux questions essentielles.
Qu’est-ce qui leur manquait ?
L’absence d’engins de siège.
Même s’il ne s’agissait pas d’un siège ordinaire, disposer d’un engin de siège tel qu’un mangonneau aurait été un avantage. Il apercevait au sommet du rempart des balistes qui semblaient faites d’os. L’ennemi possédait des armes qui leur faisaient défaut.
Vint alors la deuxième question.
Qu’avaient-ils, eux ?
Neuf forces qualifiées de calamités. Non, huit.
Ils seraient neuf quand Rem reviendrait. En attendant, ils avaient huit calamités et une Grenouille capable de trouver une brèche dans les défenses ennemies.
Le regard d’Enkrid se posa sur Ruagarne.
Ruagarne ne gonfla pas les joues une seule fois. Sans émettre le moindre son, elle observait simplement la scène en silence.
La lumière gris cendré du soleil pâlit. Ou, plus exactement, les ténèbres l’engloutirent. On aurait dit que de la suie noire se répandait sur le crépuscule de la Terre Maudite.
Quelqu’un avait pris un pinceau noir et se mettait à peindre le ciel jusqu’au sol.
Juste avant que cette peinture noire ne les engloutisse, la joue de Ruagarne bougea.
Glouglou.
« Ça va être amusant. »
Puis elle reprit :
« Enfonçons tout par la force. »
L’explication de Ruagarne fut brève et directe.
Elle avait une idée générale des capacités de chacun.
Leur demander de contourner la muraille et de se battre d’une manière ou d’une autre, sans plan sérieux, aurait été une mauvaise décision.
La Volonté n’est pas inépuisable.
Même Enkrid, dont la Volonté ne tarissait pas, n’avait pas une endurance infinie.
Il leur suffisait donc de percer d’un seul coup.
Ils en avaient la force.
L’ennemi avait sous-estimé le groupe d’Enkrid, qui était arrivé jusque-là. Ils avancèrent ensemble, puis s’étirèrent en une longue ligne vers la gauche et la droite à mesure qu’ils approchaient du rempart.
Ruagarne ne s’embarrassait pas de raisonnements compliqués. Parfois, la réponse la plus simple était aussi la plus claire.
S’ils perdaient du temps à trop réfléchir, ils laisseraient l’avantage du champ de bataille à l’ennemi.
Il leur fallait surprendre l’ennemi en dépassant ses attentes.
Seule une force militaire démesurée permettait pareille chose, et c’était ce que voulait Ruagarne. La muraille n’avait aucune porte. On ne distinguait nulle part la moindre ouverture.
Il n’y avait que des épines semblables à des alènes, capables de laisser un trou de la taille d’un poing dans la chair, ainsi que des épines fines et acérées, douloureuses à regarder.
« Je vais ouvrir un passage. »
Audin déclara cela en observant la muraille sans porte.
Ou-é. Wuege. Wii-éék.
Peut-être à cause de l’Hymne que Teresa avait chanté, les cris des esprits vengeurs qui formaient la muraille n’étaient plus les mêmes qu’avant.
L’un d’eux vomit une substance rouge sombre qui s’étala au pied de la muraille en une longue bande large comme une paume. Essayait-il de créer des douves ?
Un autre, au visage déformé, tendit une langue couverte d’épines. Ses mouvements rappelaient le fouet de Ruagarne.
Pang, pang.
La langue épineuse fendit l’air, prête à déchiqueter quiconque s’approcherait.
D’autres tendirent les bras. L’un d’eux, le visage fendu en deux, tenta de les transpercer avec sa langue fourchue, telle une alène.
Pas un seul ne restait immobile.
« Je chante ? »
Teresa posa la question.
« Garde tes forces, ma sœur. »
Audin secoua la tête.
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