Chapitre 763
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 763 : Le cousin de Bran
──────
« Celui-là est dix fois plus intéressant que ce salaud de Serre. »
Rem marmonna dans sa barbe. Serre était le surnom de l’archer qui n’avait cessé de tirer des flèches pendant la bataille contre Azpen. Ce nom subsistait dans un coin de la mémoire d’Enkrid.
Sur ce champ de bataille, les flèches avaient été comme celles de la Faucheuse.
Comparer cette époque à aujourd’hui n’avait même aucun sens.
Trop de choses avaient changé depuis.
On peut s’en charger.
C’était le jugement d’Enkrid.
Personne ici ne mourrait sous ces flèches. Ruagarne était la plus susceptible d’être touchée, mais même si elle l’était, cela ne servirait à rien. C’était une Grenouille. Sa race pouvait ignorer la plupart des blessures ordinaires.
La régénération d’une Grenouille bien entraînée rivalisait avec celle d’un Troll.
« Hé. »
Un rire glaçant échappa à Rem. Un sourire tout aussi dangereux flottait sur son visage.
Ses lèvres retroussées et ses yeux exsudaient une intention meurtrière.
On aurait dit qu’il voulait traquer et tuer tous les archers qu’il apercevrait.
Quoi qu’il en soit, dire que quelqu’un était dix fois plus intéressant pouvait tout aussi bien signifier qu’il était dix fois plus dangereux.
Enkrid observa la barrière couverte d’arbres et réfléchit.
À quelle distance sont-ils ?
Il avait entendu le bruit, mais la distance était difficile à évaluer. Ils ne pouvaient toutefois pas être très loin.
Les flèches devaient pouvoir les atteindre et l’archer devait disposer d’un bon poste de tir. Il fallait que ces deux conditions soient réunies.
Alors, tiraient-ils depuis un endroit relativement élevé ?
L’escrime tactique à la manière de Ruagarne, désormais devenue l’Escrime orthodoxe à la manière d’Enkrid, orientait naturellement ses pensées vers la tactique.
Impossible de tout prévoir à la perfection.
Difficile de discerner la situation ou les intentions de l’ennemi. Mais cela importait peu. Ils se trouvaient dans la Terre Maudite : il n’y avait pas à s’étonner si quelque chose surgissait à l’opposé de ses prévisions.
« Les pires scénarios me viennent à l’esprit les uns après les autres, alors j’ai du mal à les empêcher. »
Kraiss avait dit cela un jour, lorsqu’Abnair l’avait interrogé sur sa façon de raisonner. Leur conversation s’était déroulée juste devant Enkrid.
Il avait trouvé intéressant de les écouter. Il avait pu saisir la différence entre leurs façons habituelles de penser.
Enkrid avait repris les paroles de Kraiss et les avait interprétées à sa manière.
Ce qu’il me faut, c’est de la capacité.
Garder un réceptacle vaste. Laisser les branches de la pensée se déployer librement, puis accueillir tout ce qui en émergeait.
Et, quoi qu’il remplisse ce vaste réceptacle, l’empêcher de déborder.
J’ai l’impression que l’Épée de la Chance s’en mêle, elle aussi.
Intégrer toute chose à son intention, dans le domaine tactique, lui donnait cette impression.
Il avait divisé l’escrime en cinq styles d’épée, mais, au bout du compte, ils n’étaient que différentes façons de manier une épée.
Et celui qui la maniait, c’était la personne qui la tenait.
Alors, fallait-il vraiment la diviser en cinq styles ? Était-ce la seule réponse ?
La question se posa. Il ne pouvait pas y répondre dans l’immédiat. Malgré tout, son cœur s’emballa pendant cette brève rêverie.
Il avait l’impression qu’une idée intéressante allait lui venir.
Quelle qu’elle soit, l’heure était plutôt venue de s’occuper de ce qui se trouvait devant lui.
La Terre Maudite brouillait les sens humains. Il s’y adaptait peu à peu, mais, comparées à celles de l’extérieur, les conditions bouleversaient tout : son sens de l’orientation comme l’acuité de ses cinq sens. Son odorat et son goût semblaient émoussés, tandis que les informations qui lui parvenaient par la vue lui donnaient l’impression de tournoyer dans un cercle étourdissant.
La région entière semblait même hostile.
Et l’ennemi le savait aussi.
Avons-nous besoin de temps pour nous adapter ?
Oui. Avec du temps, ils finiraient par s’habituer à ces conditions. Et l’ennemi devait s’y attendre.
Les flèches visaient à les arrêter et à les maintenir sur place.
Mais pensaient-ils pouvoir les retenir avec de simples flèches ?
« Hss ! »
Le bruit retentit au milieu de ses pensées. Elles avaient été longues, mais n’avaient duré que quelques respirations ; il survint donc juste au moment où Rem finissait de marmonner.
Enkrid et les autres se tournèrent vers Fell et Ropord.
À l’abri derrière un grand arbre, les deux baissèrent les yeux en même temps sur les racines qui leur enserraient les jambes.
Enkrid les vit lui aussi. Des racines jaillirent du sol violet, projetant la terre en tous sens, puis se tortillèrent d’elles-mêmes. Plus rigides que des serpents, elles étaient pourtant bien trop vives pour qu’on les prenne pour de simples racines.
Elles se resserrèrent autour des chevilles de Fell et de Ropord, cherchant à les briser. Elles se contractèrent et les étreignirent.
Dans le même temps, de longues branches suspendues au-dessus d’eux se courbèrent en grinçant, prêtes à les étrangler. Les branches brun rougeâtre, sombres, se pliaient avec souplesse en s’approchant, et elles étaient extrêmement rapides.
Elles n’allaient pas aussi vite que des flèches, mais plus vite qu’un adulte ordinaire lançant un coup de poing de toutes ses forces. Elles semblaient également solides. La texture des branches elle-même en témoignait.
Les arbres s’étaient animés et passaient à l’attaque.
C’était Fell qui avait aspiré bruyamment l’air.
Les racines et les branches qui les avaient attrapés n’étaient pas entièrement de leur faute.
La Terre Maudite perturbait les sens, et il était difficile d’imaginer des racines rampantes surgir du sol pour saisir soudain ses chevilles.
Ils s’étaient donc fait prendre. Et alors ?
Fell se dit cela et, dans le même mouvement que son inspiration sifflante, brandit son épée de haut en bas. La lame traça un grand cercle. Le coup descendant était ample et emportait le poids de son corps, tandis que le coup ascendant décrivait un demi-cercle, rapide et puissant.
On aurait dit un coup destiné à trancher d’un seul geste racines et branches.
Et c’est exactement ce que fit Fell.
Flac, crac !
Deux bruits se superposèrent. Le Tueur d’idoles était une épée exceptionnelle, et son porteur un escrimeur chevronné.
Si solides que fussent les racines et les branches, elles ne pouvaient résister à l’épée d’un chevalier maniée avec sérieux.
Branches et racines furent tranchées, libérant Fell.
Ropord fit de même. Son arme était tout aussi excellente.
Ce n’était pas une Arme gravée, mais l’épée de Ropord était parfaitement affûtée.
Elle avait été affûtée à l’argent pur et dotée d’un noyau en Acier valérien. Un nain y avait consacré tout son savoir-faire et tous ses efforts, la forgeant pendant trois mois entiers.
Cette épée traça elle aussi un grand cercle en coupant racines et branches. Contrairement au mouvement de Fell, celui de Ropord dessinait son cercle à vitesse constante.
La force du coup n’avait rien à envier à celle de Fell. Si Romen avait été là, la simple vue de ces frappes l’aurait stupéfié.
Ropord ne s’en était éveillé que récemment, mais il était toujours un chevalier qu’on appelait une calamité. La Volonté renforçait des muscles entraînés et conférait une puissance physique prodigieuse.
Flac !
Branches et racines furent tranchées. De la sève noire se répandit dans les airs.
Fell et Ropord reculèrent en s’écartant, l’un à gauche, l’autre à droite. Alors, comme si tout avait été prévu, deux nouveaux traits de la Foudre noire de Ragna fondirent sur eux, visant précisément l’endroit où ils avaient esquivé.
Boum !
Enkrid n’avait pas consciemment décidé de les intercepter, mais son corps bougea de lui-même. Fell était plus proche ; il se dirigea donc de ce côté. Plusieurs pensées lui traversèrent l’esprit juste avant qu’il ne bouge.
L’ennemi voit cet endroit.
S’il nous voit, il sait que nous venons de l’extérieur.
Il sait aussi que l’air de la Terre Maudite est différent et qu’il nous faut du temps pour nous y adapter.
Il poursuivait le fil de ses réflexions. Ses pensées ordonnées le conduisirent à une seule conclusion.
Les flèches et les monstres arboricoles cherchaient à les retenir sur place. L’ennemi comptait les garder là, à parer les flèches jusqu’à leur mort.
Mais qui avait dit qu’Enkrid se laisserait faire ?
Crac ! Boum !
Quand Enkrid passa à l’action, le sol explosa sous ses pieds et son corps fendit l’air épais comme s’il s’était téléporté. Forgecrépuscule frappa alors la Foudre noire de Ragna.
L’acier couleur de ciel percuta la Foudre noire de Ragna.
Boum !
Une détonation retentit. Il ne dévia pas le projectile, ne le bloqua pas non plus. Il le frappa, tout simplement. La flèche qu’Enkrid avait heurtée tapa la terre, puis rebondit plusieurs fois dans les airs.
Sans le moindre délai, Audin arrêta la seconde flèche, qui visait Ropord. Une lumière blanche se rassembla dans sa main et forma une grosse boule, qui repoussa la flèche.
Boum !
Un grand fracas retentit de ce côté aussi. La lumière autour de la main d’Audin se dispersa et se déchira comme un écheveau de fils tangible, vacilla plusieurs fois, puis disparut.
C’était le prix à payer pour résister à la force de la flèche. On aurait même dit que la foudre dispersait la divinité, comme si le lieu lui-même affirmait qu’il n’était pas un domaine céleste, même sous la protection du Dieu de la Guerre.
« Adversaire retors, frère. »
Avait-il pris cela pour une provocation ? Audin affichait une expression qu’il montrait rarement.
Sa bouche souriait, mais son regard avait perdu son habituelle gaieté, dévoilant des iris jaune pâle.
Enkrid sentit un picotement vibrer dans sa prise et examina la lame de Forgecrépuscule.
Si sa main était engourdie au point de picoter, le tranchant avait-il été abîmé lui aussi ?
Cette pensée lui traversa l’esprit ; il promena brièvement son regard le long de la lame.
Eh bien, eh bien.
La lame capta le faible soleil qui filtrait et renvoya un éclat bleu ciel. Elle n’avait pas changé depuis qu’Aetri la lui avait remise.
Même cela ne suffisait pas à l’ébrécher ?
La lame vibra d’un son grave, comme pour répondre que non.
Elle ne se briserait jamais, quel que soit l’adversaire.
Enkrid appréciait beaucoup la réponse de son Arme gravée.
« Elle ne se brisera pas. »
Aetri avait dit quelque chose de semblable. Dans ces mots, s’agissait-il de confiance ou de foi, ou n’était-ce qu’un simple fait ?
Aetri avait manié la Volonté comme un forgeron. Ceux qui se consacraient corps et âme à leur ouvrage l’utilisaient sans même s’en rendre compte.
Et quand on utilisait la Volonté, rien n’importait davantage que de croire en soi.
La volonté de ne pas perdre. La volonté de ne pas abandonner.
Tout cela devenait le fondement de la Volonté.
Il était tout naturel que l’épée, forgée par Aetri au prix de sa vie et héritière de la Volonté d’Enkrid, affiche une telle assurance.
Une épée qui ne se brisera jamais, quoi qu’il arrive.
En langue elfique, elle s’appelait Infrathes, à ce qu’il avait entendu.
Lafratio, un forgeron elfe, le lui avait appris un jour. Le mot était venu au cours d’une discussion sur les légendaires artefacts divins.
Traduit de nouveau dans l’argot de l’Est ou la langue du Sud, il signifiait immuabilité.
C’était bien plus que le simple fait de ne pas se briser. Cela voulait dire demeurer inchangé, toujours telle qu’elle était à présent.
Voilà pourquoi Enkrid aimait cette épée. Non, il l’aimait énormément, autant qu’il aimait la façon dont elle épousait parfaitement sa main.
Il n’avait pas besoin d’un quelconque artefact divin légendaire.
Les arbres bougeaient comme le Woodguard qu’il avait vu au village des elfes. Ils agitaient les branches dressées au-dessus d’eux comme des mains, frappaient et s’abattaient sur eux.
« Vous me prenez pour une proie facile ? »
Fell se tenait sous les branches et lança ces mots. Il s’était immobilisé en pleine esquive et avait planté les deux pieds au sol.
En vérité, personne n’avait eu besoin d’intercepter la flèche.
Il y avait eu quelques ouvertures, certes. Fell pouvait bien le reconnaître. Mais elles n’étaient pas assez grandes pour lui être fatales.
Fell aurait pu esquiver, bloquer et s’en sortir seul.
Je ne suis qu’un poids mort ?
Fell n’accepterait jamais cela.
Tout cela venait de son entraînement insuffisant.
Son désir de progresser et son esprit de compétition déferlèrent en lui. La Volonté s’y mêla et parcourut tout son corps à toute allure, comme devenue folle.
Un arbre géant brun rougeâtre se dressa, prenant racine pour jambes. La terre et les pierres volèrent dans toutes les directions.
« Exactement. »
La réponse de Ropord vint de l’autre côté. Il ne ressentait pas exactement la même chose que Fell, mais se trouvait dans un état semblable.
Leur fierté avait été piquée. Ces saloperies d’arbres les prenaient de haut ?
Bientôt, tous deux dégainèrent, frappèrent, tailladèrent et firent tournoyer leurs épées.
L’écorce de l’arbre géant était dure, mais pas assez pour résister à l’épée d’un chevalier.
Boum ! Crac, clac !
Après ces bruits, l’arbre fut tranché et répandit sa sève noire.
Enkrid regarda l’arbre géant s’effondrer, puis demanda à Sinar :
« On dirait un ami de Bran. Je me trompe ? »
Son apparence était différente, mais sa structure semblait semblable à celle de l’elfe-arbre appelé Woodguard.
Étaient-ils des cousins, d’une certaine manière ? Ou bien existait-il aussi des Créatures démoniaques de ce genre ? Combien d’arbres y avait-il aux alentours ? Impossible de les compter. La barrière elle-même se mit à onduler et à bouger.
Une vague d’arbres déferla vers eux. Les racines creusaient la terre dans un grincement en rampant au sol, tandis que les branches acérées au-dessus fendaient l’air et s’approchaient pour accueillir leurs visiteurs.
Le problème, c’était que leur accueil semblait moins destiné à vous tapoter gentiment l’épaule qu’à vous planter quelque part dans le torse pour vous sucer le sang.
Un léger pli se forma entre les sourcils de Sinar. Elle dégaina la Lame-feuille.
Frrrring.
La lame sembla trancher l’air de la Terre Maudite au moment où elle fut tirée. La Volonté de Sinar l’habitait, d’où cette impression.
Sinar laissa pendre la Lame-feuille à son côté et prit la parole.
« Je me demandais pourquoi cet endroit dégageait une atmosphère aussi sinistre. »
Sinar marmonna, puis croisa le regard d’Enkrid.
« Il semblerait que quelque chose que je connais se trouve là-bas. »
Enkrid ne posa pas d’autres questions. Ils le verraient une fois sur place.
Pour l’heure, ils devaient s’occuper des arbres géants qui approchaient de face.
Comment ? Les trancher, les transpercer et les abattre.
Fell et Ropord ne venaient-ils pas de le prouver ? Ces créatures mouraient quand on les coupait en morceaux.
« Il va falloir que chacun s’occupe d’une quinzaine d’entre eux. »
Rem avait à peu près compté les Créatures démoniaques arboricoles qui approchaient.
« J’en tuerai trente. C’est bien le devoir d’un vice-capitaine. »
Ragna répondit ainsi après avoir entendu Rem. Son ton n’avait rien d’arrogant, mais ses paroles suffisaient à vous retourner l’estomac.
C’était aussi l’effet du mot « vice-capitaine ».
Depuis que Ragna avait exhibé sa Lame de feu, il était comme ça. Le regard de Rem s’assombrit. Son intention meurtrière se manifesta au grand jour.
« Tu portes vraiment ta tête en guise de décoration ? Je l’avais compris le jour où tu as débité des conneries parce que tu croyais mourir. Tu réfléchis seulement avant de parler, espèce d’abruti ? Qui a dit que je ne pouvais pas en tuer trente ? Comprends le contexte. Je disais que les comptes tomberaient à peu près comme ça. »
« Compris, simple membre. »
Crrr.
Les molaires de Rem grincèrent.
« Et c’est moi le vice-capitaine. Le devoir, mon cul. Ce mot te va seulement ? Le devoir ? Le deuuuuvoir ? »
« Tu es pénible. Je pourrais très bien te faucher d’abord et me battre ensuite. »
« Vas-y. »
Ils se dévisagèrent en silence. On aurait dit que même le vent ne pouvait s’insinuer entre eux. L’air alentour se refroidit, glacial, et la poussière retomba.
Le groupe de Créatures démoniaques arboricoles qui approchait hésita un instant.
Pourquoi ces deux-là se battaient-ils entre eux au lieu de s’occuper d’elles ?
Si elles avaient eu une bouche, elles auraient peut-être posé la question.
En réalité, les Créatures démoniaques n’avaient aucune raison d’être perplexes. La Pression créait simplement une force invisible qui se répandait autour d’elles et les faisait hésiter.
Notes :
Rejoignez notre serveur Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>