Chapitre 761
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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Chapitre 761 : Foudre noire de Ragna
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Les corrompus, les habitants de la Terre Maudite, étaient terrifiés.
Zhoroslavb n’avait pas réagi ainsi lorsqu’il s’était avancé pour la première fois, mais c’était probablement parce qu’il s’attendait à ce qu’Enkrid et ses compagnons meurent. Quelle qu’en fût la raison, il n’aurait pas été facile de prévoir qu’un étranger surgissant de nulle part bouleverserait un jour tous les aspects de leur vie.
Selon toute vraisemblance, les villageois avaient toujours traité avec courtoisie les voyageurs et les aventuriers de passage. Ils n’avaient aucune raison de mal agir envers eux, et encore moins la force ou la volonté de le faire.
Ils avaient encore moins de raisons de résister à une lame pointée sous leur nez.
Si on insistait trop, celui qui la tenait pouvait frapper.
De plus, ils savaient pertinemment que, si on les laissait faire, le Purificateur viendrait tuer tous les visiteurs qui passeraient par là.
Mais le Purificateur était mort, à présent. Le symbole du Dieu Démon avait été tranché. Les villageois eux-mêmes avaient enterré et évacué les cadavres des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques qui avaient déferlé sur eux.
Dans une situation pareille, il n’était pas facile de faire parler qui que ce soit.
Même les enfants semblaient livides de peur.
Leur visage était déjà violet pâle ; difficile, donc, de savoir s’ils avaient viré au bleu ou au sombre.
« Regardez bien. Dans ces moments-là, il faut laisser quelqu’un au visage avenant prendre les choses en main. »
Rem lança cela avec assurance en faisant face aux villageois effrayés. Un sourire et quelques mots gentils, et le tour serait joué. À vrai dire, il frôlait l’arrogance.
Ting.
En entendant ça, Ragna dégaina son épée d’une phalange. Les mots « visage avenant » avaient dû irriter autant Ragna qu’Enkrid.
Ragna tourna les yeux vers Enkrid.
Son regard posait une question : pouvait-il abattre quelqu’un qui disait des choses pareilles ?
« L’initiative n’est pas mauvaise. Tout le monde peut essayer. »
Rem était en fait plutôt beau, même si personne ici ne l’aurait admis. Des traits marqués et une présence singulière, le genre d’homme dont l’allure inhabituelle avait son charme.
Mais ça n’avait rien à voir avec un visage avenant. Pas du tout.
« P-pitié, épargnez-moi. Je n’ai pas assez de viande sur les os pour être mangée. »
Une femme maigre aux joues creuses baissa la tête, un enfant serré contre sa poitrine.
Rem changea aussitôt d’humeur. Son expression s’assombrit. Au lieu d’un sourire, on aurait dit qu’un dieu maléfique venait de prendre possession de son visage.
« Du cannibalisme ? C’était à moi de tuer ces salauds, et tu crois que je me mettrais à les bouffer ? »
Rem s’emporta, et Enkrid intervint pour le calmer. Ragna secoua la tête. Jaxon, chose rare, esquissa un petit sourire en coin.
Rem le vit et repartit de plus belle, mais Enkrid le maîtrisa sans ménagement, puis posa lui-même les questions. Étrangement, les villageois répondirent sans difficulté.
Quelques femmes rougirent au cours de la conversation, mais Enkrid resta calme, se contentant de questionner et d’écouter.
C’était évident. Malgré leur peur, leurs yeux revenaient sans cesse vers son visage.
Enfin, ce n’était pas la seule raison. Zhoroslavb, qui semblait être le chef du village, s’employait discrètement à encourager les gens à parler.
Plus exactement, Enkrid s’était avancé après l’avoir remarqué.
Les regards qu’ils posaient sur Enkrid étaient étranges, mais n’avaient rien de mauvais. Ils n’exprimaient qu’une faveur et un respect à sens unique.
Quoi qu’il en soit, ils étaient maintenant disposés à parler.
« De la discrimination ? »
Rem, déjà de mauvaise humeur, marmonna en les observant.
« C’est une question de visage », rectifia Jaxon.
Clang !
Des étincelles jaillirent entre les deux hommes. Rem abattit sa hache sur Jaxon, qui se tenait à trois pas de lui ; Jaxon dégaina son stylet et dévia le coup de biais. Voilà ce qui avait produit les étincelles.
L’Épée de la Chance, c’était bien ainsi qu’elle s’appelait ? Jaxon employait naturellement l’art de l’épée qu’Enkrid lui avait enseigné.
À vrai dire, il en avait compris le principe depuis longtemps et l’avait répété sans relâche. Il s’était entraîné au milieu d’assassins de premier ordre, leur disant de le poignarder à leur guise et réagissant à chacun de leurs mouvements.
À présent, sa maîtrise était arrivée à maturité.
Rem foudroya du regard Jaxon, qui venait de détourner sa hache.
« Tu veux mourir ? »
« Pas de ta main. »
Jaxon le corrigea de nouveau, et les deux hommes se battirent un peu plus sérieusement.
Clang ! Ping ! Clang-clang-clang !
Les étincelles ne cessaient de jaillir entre eux. Quiconque s’approcherait trop près finirait haché menu. Fell et Ropord observèrent les deux hommes tout en éloignant les curieux.
« C’est normal. Ils sont toujours comme ça. »
Ropord le dit d’un ton calme, dans l’espoir de rassurer les gens, mais certains villageois n’en furent que plus terrifiés.
Ils répondirent tout de même, à tour de rôle, aux questions d’Enkrid.
Ruagarne assista à la scène, impressionné.
« En effet, il mérite bien son surnom de Charme démoniaque. »
Sinar rebondit sur la remarque de Ruagarne.
« C’est vrai. Un charme démoniaque capable d’ensorceler même les elfes. »
Ils le taquinaient ouvertement.
Enkrid laissa leurs paroles entrer par une oreille et ressortir par l’autre, tout en recueillant tranquillement des informations au milieu de l’agitation. Ce soir-là, il raconta au groupe ce qu’il avait appris.
« La foudre frappe dès qu’on s’approche. »
« Un sorcier commande la Foudre noire de Ragna. »
« Si vous mettez un pied là-dedans et faites un seul faux pas, vous serez enfermés à jamais dans une prison de cristal, et votre âme sera condamnée au travail forcé. Même après la mort, vous ne pourrez pas en sortir et vous travaillerez éternellement. »
Voilà ce que les villageois avaient raconté.
Des histoires étranges et effrayantes, les unes après les autres. C’était ainsi que les villageois voyaient les choses.
Enkrid releva plusieurs failles dans leurs récits.
Travailler pour l’éternité ? À voir combien cette idée les effrayait, la vie des habitants de ce village ne devait déjà pas être facile.
Cette communauté était également autosuffisante. En ce sens, leur situation était-elle vraiment si différente ? Du moins pour ce qui était du travail. Ici, impossible de vivre sans travailler.
Ils cultivaient des terres peu fertiles et, si une mauvaise herbe imprégnée d’énergie démoniaque poussait dans un champ, elle volait les nutriments des rares récoltes. Il fallait donc l’arracher une à une.
Mais ces mauvaises herbes se laissaient-elles arracher tranquillement ? Qu’ils relâchent leur vigilance ne serait-ce qu’un peu, et des fleurs qui se nourrissaient de sang humain écloraient. Il leur fallait les repérer et les tuer avant leur floraison. Rien de facile.
Quelques chasseurs expérimentés pouvaient rapporter du gibier ordinaire ou des Bêtes magiques, mais ils n’avaient personne avec qui commercer régulièrement.
Autrement dit, ils vivaient en autarcie. Or l’autarcie exigeait plus de travail que la plupart des gens ne l’imaginaient.
Il leur fallait cultiver la terre, chasser de temps à autre, fabriquer et réparer des objets, bâtir des maisons, conserver les aliments, et bien d’autres choses encore. Chacune de ces tâches exigeait du travail et du savoir-faire.
Là où le savoir-faire manquait, il leur fallait compenser par leur force physique et leur temps.
Pour produire tout ce dont on avait besoin, il fallait se retrousser les manches.
Ils ont dû développer leurs propres techniques au fil du temps.
Sous cet angle, quelque chose attira l’attention d’Enkrid. Les vêtements de cuir que portaient tous les habitants étaient propres et travaillés avec un soin tout à fait exceptionnel.
Ils avaient habilement utilisé des peaux de Bêtes magiques et de Créatures démoniaques, de toutes tailles, et particulièrement résistantes.
À la Garde-frontière et dans les villages situés aux abords de la Terre Maudite, beaucoup utilisaient des peaux de Bêtes magiques de façon similaire, mais Enkrid n’en avait jamais vu d’aussi bien travaillées et portées comme des vêtements.
L’un en portait une comme un gilet. Un autre en avait fait une jupe ample. Le tissu ondulait dans le vent, signe de sa finesse, mais, même au premier regard, il paraissait assez solide pour qu’une lame grossière n’y laisse aucune marque.
Enkrid n’était pas marchand, mais il savait assez bien juger de l’état d’un tissu ou d’une peau. Il avait travaillé des années comme escorte pour un marchand. Comment aurait-il pu ne pas s’y connaître ?
Il était facile de reconnaître un article aussi manifestement exceptionnel.
Les produits de qualité révèlent leur valeur même aux yeux d’un novice.
Ils chassaient des Bêtes magiques, les dépouillaient et utilisaient leurs peaux.
Travailler les peaux de Bêtes magiques n’avait pas dû être simple. Il avait fallu mener des recherches et accumuler de l’expérience dans le tannage au fil du temps.
C’était ce qui avait permis à leur savoir-faire dans le travail du cuir de faire des progrès considérables.
Ils en vendaient sans doute quelques-unes aux voyageurs égarés ou à ceux qui venaient jusqu’ici.
Ils n’avaient pas de partenaires commerciaux réguliers, mais il leur arrivait peut-être de croiser un colporteur audacieux et aventureux.
Quoi qu’il en soit, sous cet angle aussi, vivre ici revenait à travailler toute sa vie. Rien de différent, sur ce point.
Beaucoup avaient le bout des doigts calleux et les ongles fins et tranchants, tandis que leurs mains étaient tachées de bleu, quelle que fût leur couleur de peau. C’était le prix à payer pour utiliser les fruits et les plantes rares qui poussaient dans la Terre Maudite.
Bien sûr, Enkrid ne pouvait pas connaître tous les détails de leur existence. Il ne faisait que tirer des suppositions à partir de quelques éléments visibles.
Inutile de le dire à voix haute.
Voici ce que les villageois lui racontèrent en dernier :
« Si vous mourez à l’intérieur, vous devrez porter un linceul d’épines. »
C’était à peu près tout ce que la tradition orale leur avait transmis. Tout le reste en découlait.
« Pour résumer, il y a la Foudre noire de Ragna, la prison de cristal et, pour finir, le linceul d’épines. »
Ropord résuma les propos d’Enkrid. Les joues de Ruagarne se gonflèrent légèrement, se dégonflèrent, puis se gonflèrent de nouveau.
L’inconnu faisait toujours battre le cœur des Grenouilles.
Bien sûr, ceux qui partaient explorer l’inconnu tout en sachant pertinemment qu’ils allaient mourir n’étaient que des puces incapables de maîtriser leurs propres désirs.
Rem, calmé après son échange de coups avec Jaxon dans la journée, demanda : « Alors, c’est quoi, tout ça ? »
Difficile de tirer quoi que ce soit de leurs récits. Y avait-il vraiment un sorcier ? Peut-être. Peut-être pas.
Pour Rem, tout ce que les villageois leur avaient raconté n’était qu’un assemblage de rumeurs. Chaque fois que le récit présentait un trou, ils avaient probablement comblé le vide avec leur imagination.
La seule chose que les habitants de la Terre Maudite savaient avec certitude, c’était que personne n’était jamais revenu de l’intérieur.
« Tu sais ce que c’est ? »
Fell se tourna vers Enkrid pour l’interroger.
Ils s’étaient installés dans un coin de la ville, sur un terrain assez vaste. Ils n’avaient pas allumé de feu de camp, mais la nuit était claire sous la lune.
La lumière de deux lunes dessinait des ombres sur le visage d’Enkrid. Au milieu de ces contrastes, ses yeux bleus semblaient garder leur couleur, même dans la nuit.
Fell crut que ce regard était celui d’un homme sûr de lui.
Tous les regards convergèrent vers Enkrid. Les autres ressentaient-ils la même chose ? Le capitaine avait-il remarqué quelque chose ?
Enkrid levait tranquillement les yeux vers la Terre Maudite.
Fell eut l’impression que le regard d’Enkrid voyait autre chose que ce que lui-même voyait. Ropord le pensa aussi.
Le capitaine est différent.
Quand Ropord avait entendu parler d’entrer dans la Terre Maudite, il avait senti la résistance monter en lui. Mais, en regardant le dos d’Enkrid, cette résistance s’était dissipée.
Enkrid répondit alors :
« Non. »
Il répondait à la question de savoir s’il avait une idée de ce qui les attendait. La lune éclaira le bref silence qui suivit.
« Tu ne sais pas ? »
Fell insista. Peut-être l’avait-il appris de Jaxon, mais, lorsqu’il était décontenancé, il avait pris l’habitude de parler sèchement.
« Non, je ne sais pas. »
Enkrid ne s’en souciait pas.
Qu’y avait-il à comprendre à partir de ces seules histoires ?
De la Foudre noire de Ragna ? Si c’était de la vraie foudre, comment la bloquerait-il ? Ou pourrait-il seulement réagir à temps ?
Enkrid devrait se fier en partie à son instinct.
Tu peux bloquer la foudre, pas vrai ?
La question s’adressait à Forgecrépuscule, au fond de lui. L’épée ne répondit pas. Elle n’avait pas de conscience, évidemment.
Mais Forgecrépuscule était également une arme gravée de la Volonté d’Enkrid. En réponse à l’intention de son propriétaire, l’épée trembla légèrement.
Hummm.
Ce frémissement était une affirmation.
La nuit était calme.
Tous entendirent l’épée trembler. Enkrid regarda le groupe et sourit comme un garçon qui tombe amoureux pour la première fois.
Ou plutôt, comme un garçon qui se tient sur la route pour aller retrouver son premier amour.
La voix d’Enkrid trahissait plus d’impatience que celle de tous les autres réunis, Ruagarne compris.
« Il y a une chose que je sais. Il y aura plusieurs Colonies à l’intérieur. »
« Et ? »
Ragna reprit le mot en suspens et posa la question.
Même dans les environs, il y avait de nombreuses Colonies des Centaures, ainsi que des Créatures démoniaques errantes capables d’en dévorer une sans difficulté.
Il y en aurait davantage encore à l’intérieur.
« Si on les écrase, le territoire de la Terre Maudite rétrécira. »
Quoi qu’il y eût là-dedans, il l’affronterait. Il ignorait ce qui pourrait résulter du combat, et c’était précisément ce qui l’enthousiasmait. Son ton et son attitude ne laissaient aucun doute à ce sujet.
On aurait pu appeler cela un esprit combatif à la hauteur de sa soif de progrès.
Personne n’aurait pu reprocher à quiconque de dire qu’il avait perdu la moitié de la raison.
Mais s’il avait pris une épée, c’était d’abord pour combattre des adversaires inconnus comme ceux-là. L’entraînement lui plaisait, mais mettre en pratique ce qu’il avait appris lui plaisait encore davantage.
« Je vois. »
Fell laissa échapper un souffle admiratif.
« Ils méritent vraiment leur nom de Chevaliers de la Folie. »
Teresa hocha deux fois la tête, puis ajouta ces mots. Le sang d’une géante, une Bête magique au sang rouge, coulait dans ses veines. Autrement dit, son sang portait en lui un instinct de combat.
Fallait-il toujours le réprimer ? La retenue était-elle toujours la solution ?
« Ça a l’air amusant. »
Teresa acquiesça de nouveau.
Personne ici n’était ordinaire. Même ceux qui auraient pu l’être avaient désormais été contaminés par la folie.
Tous acquiescèrent aux paroles de Teresa.
Hou-ou-ou-ou.
Un hibou hulula au loin. Ce n’était pas un hibou ordinaire. Dès qu’ils l’entendirent, un dégoût instinctif les envahit.
Pourquoi ne pas se réjouir même de cette sensation désagréable ?
Enkrid le dit en souriant.
Même Romen s’était laissé gagner par l’ambiance, au point de regretter de ne pas pouvoir se joindre à eux immédiatement.
Le lendemain, tout le groupe pénétra dans la Terre Maudite.
* * *
Des arbres brun rougeâtre, sombres et comme étrangers à ce monde, se dressaient en rangs serrés. Entre eux s’étirait un chemin juste assez large pour que trois ou quatre personnes marchent de front.
C’était l’entrée de la Terre Maudite.
Plus précisément, c’était la seule entrée que connaissaient les habitants de la Terre Maudite.
Le groupe se leva au matin, assista au lever du jour, puis s’engagea à l’intérieur.
« L’air est nauséabond. Bien trop nauséabond. »
Sinar prit la parole. Les autres étaient d’accord, mais ce n’était pas un problème.
En avançant sur le chemin qui serpentait doucement à travers la Terre Maudite, ils ne tardèrent plus à voir ce qui se trouvait derrière eux. Des arbres brun rougeâtre se dressaient devant, derrière, à gauche et à droite.
Non, à y regarder de plus près, les arbres avaient une légère teinte rouge. Un rouge si sombre qu’il paraissait brun rougeâtre.
Depuis combien de temps marchaient-ils ?
Y avait-il une frontière ? Non.
Rien ne leur barrait le chemin.
Et pourtant, dès le départ, entrer dans la Terre Maudite n’avait rien à voir avec leur entrée dans la Forêt Grise.
À chaque pas qu’Enkrid faisait vers la Terre Maudite, il avait l’impression que quelque chose lui tirait les chevilles.
Puis, lorsqu’il avança de nouveau, il sut qu’il venait de franchir une limite.
Personne n’eut besoin de le lui dire. Il le sentait. L’air de l’autre côté était si lourd et si étranger que celui d’avant aurait pu passer pour tiède.
Comme si quelqu’un avait mélangé de la limaille de fer à l’air, même respirer était pénible.
Pour la plupart des gens — ou, plus exactement, pour tout être humain qui n’avait pas atteint le niveau d’un chevalier —, dès leur entrée, ils auraient eu l’impression que leur souffle se coupait.
« C’est vraiment déplaisant. »
Sinar le dit. Elle exprimait deux fois plus de malaise qu’avant.
Enkrid se contenta de regarder devant lui.
Alors, il aperçut un point noir.
Dès qu’il le reconnut, ses pensées ralentirent.
Son intuition et son instinct le mirent en garde. S’il ne l’évitait pas, il mourrait.
Un petit point noir fonça vers lui, et un son lui parvint de très loin.
Fouuuush !
Le projectile et le bruit étaient dissociés. C’était un phénomène causé par la vitesse excessive de l’objet.
Le bruit était faible en comparaison du fracas de la foudre, mais une ouïe fine pouvait même percevoir ce son décalé.
Le point se rapprocha, s’étira en longueur et s’abattit sous la forme d’un éclair noir.
Une foudre ondulante.
Elle ne filait pas en ligne droite, mais se balançait comme une vague. Ses pensées se dédoublèrent et il en saisit la forme. C’était une longue flèche.
La cible ?
La foudre visait précisément son front.
Dans l’instant où le temps se fendit, son esprit accéléré traça la trajectoire et la ligne les plus rapides.
Enkrid suivit cette ligne. Son corps pivota autour de la taille. Sa cape vert sombre s’enroula autour de lui dans le mouvement brusque, tandis que Forgecrépuscule s’élançait vers le ciel.
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