Chapitre 759
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 759 : Lame de flammes
──────
Pendant deux jours entiers, toutes sortes de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques ne cessèrent d’affluer. Celles qui s’étaient rassemblées salivaient à l’idée de goûter à de la bonne chair et à du sang.
Bien que corrompus, les habitants avaient toujours le sang rouge. Personne n’avait été grièvement blessé, mais Enkrid avait vu le sang couler du genou écorché d’un enfant, tombé en trébuchant de frayeur.
Même en tombant, l’enfant avait laissé échapper les mots « Chevalier au charme fatal ».
Aux oreilles d’Enkrid, cela sonnait exactement comme un appel au secours.
Inutile d’expliquer à quel point ce sang rouge, cette odeur de sang, enivrait les Créatures démoniaques.
Après tout, elles étaient venues en masse.
Et s’il fallait désigner la plus gênante d’entre elles, ce serait cette créature magique enveloppée de fer de la tête aux pieds, communément appelée marionnette de fer géante : un golem de fer.
Son corps, semblable à de l’acier, déviait les coups d’épée ordinaires, ce qui en faisait un adversaire pénible. Quiconque n’était pas chevalier s’épuiserait à force de l’ébrécher.
À quel point un tel adversaire était-il dangereux ?
Les flèches ne lui faisaient rien. Les lames non plus. Le plus raisonnable était de le fracasser à coups contondants et de chercher son noyau.
Même pour un chevalier, la tâche ne différait pas tellement. Savoir trancher l’acier ne signifiait pas qu’on pouvait découper le fer comme un navet ou une botte de paille.
Cela dit, malgré tout, un golem ne représentait pas une véritable menace pour un chevalier. Il fallait du temps, certes, mais ni la technique, ni la force, ni la tactique nécessaires pour le tuer ne lui faisaient défaut.
Mais cette créature magique qui avançait à présent ressentait-elle seulement la faim ? Ou n’avait-elle que l’envie de tout détruire ?
Les réflexions d’Enkrid s’évanouirent au bruit de ses pas.
Boum !
Le sol tremblait à chacun de ses pas. La chose devait peser plusieurs fois le poids du rhinocéros qui avait chargé plus tôt.
La terre semblait s’affaisser sous son poids. Chacune de ses enjambées lui donnait de l’élan, et la Pression montait, écrasant tout autour d’elle.
*À peu près au même niveau que l’Épéiste-Taureau.*
C’était l’évaluation d’Enkrid.
Il était deux fois plus dangereux qu’un golem de fer ordinaire.
Il n’avait pas de bouche, donc il ne hurlait pas. À la place, la longue barre de fer qu’il tenait à la main hurlait pour lui.
Clang !
La barre avait la forme d’une masse, son extrémité martelée en un bloc émoussé.
Il abattit sa massue sur le sol, et le choc fit remonter des vibrations jusque dans la plante des pieds d’Enkrid.
On disait que les golems de fer qui survivaient assez longtemps finissaient par transformer une partie de leur propre corps en arme, ce qui les rendait semblables à une Arme gravée. Dans les récits des bardes voyageurs, ils étaient toujours représentés comme de stupides gardiens de ruines. Mais, face à l’un d’eux en vrai, rien n’était facile.
Il fallait tout de même que quelqu’un l’arrête. Ragna était le plus proche ; il s’avança. Les yeux mi-clos, il tenta d’embrasser le golem du regard, mais sa tête bascula vers l’arrière. La chose était trop grande pour qu’on puisse la voir entièrement depuis le sol.
*Imposant.*
Il faisait au moins trois têtes de plus que le fanatique Homme-bête ours. De près, son gigantisme faisait perdre tout sens des proportions.
Il se rappelait vaguement avoir entendu, au cours de ses voyages, pourquoi les marionnettes magiques — les golems — étaient nées sur cette terre. Mais le souvenir lui échappait.
Le raisonnement était simple. Grande ou non, cela ne changeait rien. Oublier l’histoire de la naissance des golems ne changeait rien non plus.
Grrrk.
La barre de fer en forme de masse racla le sol.
Ragna la regarda de ses yeux mi-clos et se dit qu’il pouvait y arriver, maintenant. Y arriver à quoi ? À porter une entaille d’un cran plus loin que la précédente.
Ce qu’Enkrid lui avait montré l’avait bouleversé et poussé à avancer ; en retour, il avait trouvé sa propre réponse.
*Transfert de Volonté.*
Là où la Maison Zaun s’était concentrée sur la Volonté de contrôle, lui s’était attaché à la transformer. Il projetait sa Volonté, lui donnait une forme tangible et la maintenait ainsi.
Il façonnait son intention, la remodelait, la remplissait et y insufflait son désir.
Une volonté de trancher tout ce qui se dressait devant lui, à ras bord, insufflée dans la Volonté matérialisée.
*Cette forme, c’est une lame.*
Au-dessus d’Ilchul, qui dégageait de la chaleur, se superposa une lame aux reflets rouges, à peine visible.
*Envelopper toute l’épée, c’est trop.*
Ragna sentit la Volonté se briser en chemin et en fixa la forme à cet endroit. Un seul tranchant, rougeoyant d’une lueur écarlate.
On aurait dit une langue de flammes rouge vif, martelée pour prendre la forme d’une lame.
Alors que le golem balançait sa masse de fer, Ragna leva son épée en diagonale, suivant une ligne oblique.
Aucune technique prodigieuse, aucune force phénoménale. Son pas était léger, sa vitesse modérée.
Il ne força pas ses muscles. On aurait presque dit un simple mouvement d’essai, mais le résultat fut tout autre.
Fchhh. Fwoom.
L’épée précieuse Ilchul traversa le fer comme on tranche du tofu. Dans son sillage, le feu s’épanouit le long de l’entaille.
La barre en forme de masse se brisa en deux, et une ligne de flammes diagonale resta gravée dans le ventre du golem.
Ragna mit son épée à l’horizontale, puis l’abattit de nouveau à la verticale, fendant le golem de la tête jusqu’au corps.
Chacun de ses gestes semblait sans effort.
Un chevalier peut tuer un golem, n’est-ce pas ? Oui. Bien sûr. Mais pas comme ça.
On pouvait frapper encore et encore, rassembler ses forces, le démolir, chercher son noyau et le tuer ainsi. Mais le fendre en deux coups aussi nets ? Non.
Une fois le noyau exposé, tuer le golem était facile. Ragna enfonça la pointe de son épée dans la sphère ronde qui palpitait à l’intérieur du corps fendu, semblable à un cœur humain.
Dans un craquement humide, le noyau éclata et une eau sombre, mais luisante, se répandit.
Le golem s’effondra au sol et se dispersa en fragments de fer brisé, tandis qu’un liquide épais suintait entre les morceaux.
Tous l’avaient vu, même au beau milieu du combat. Quiconque avait assisté à l’entaille de Ragna en resta stupéfait.
Dès que les combats furent à peu près terminés, Rem prit la parole.
« Qu’est-ce que tu viens de faire ? »
Ragna ne le regarda même pas. Il répondit sans se retourner.
« De l’escrime. »
Insister pour en savoir plus ne lui aurait rien valu d’autre comme réponse.
« C’est tout, ton explication ? »
Rem râla, mais Ragna l’ignora.
Enkrid avait vu la même entaille. Était-ce le moment de dire « comme prévu » ?
Les génies, tous autant qu’ils étaient, accomplissaient sans aucun doute des choses insensées.
Faire une lame avec sa Volonté ? Quel taré.
Rien que saisir le principe derrière cette technique n’était pas simple.
Comment s’y était-il pris ?
Il avait enveloppé la lame de Volonté matérialisée, et tout ce que le tranchant touchait se trouvait fendu.
« Lame de flammes ? »
Teresa murmura ces mots. Ils lui rappelaient le passage des saintes écritures où il était écrit que le Dieu de la Guerre brandissait une lame de feu capable de trancher toute chose.
« Non, ma sœur en la foi. »
Audin n’était pas d’accord. Ce n’était pas du divin, mais une prouesse technique, un art. Il ne s’agissait pas seulement de contrôler finement la Volonté : il la manifestait sous une forme entièrement nouvelle.
Audin savait qu’il pouvait s’envelopper de pouvoir divin pour se protéger. Il avait vu la même chose, et son esprit poursuivit naturellement le raisonnement.
*Pourrais-je rassembler l’Armure de lumière sacrée en forme de lame et faire la même chose ?*
Le processus serait éprouvant. Mais c’était possible.
*Pas seulement une lame. D’autres formes fonctionneraient aussi. Père Seigneur, est-ce un don que tu m’as fait ? Est-ce que tu me le montres par l’intermédiaire de ce frère paresseux ?*
À l’instant où il l’avait vue, il avait senti sa maîtrise du pouvoir divin s’accroître. Il l’avait vu, donc il pouvait le faire. Le talent d’Audin, lui aussi, se tenait au sommet de tous ceux qui avaient jamais servi d’Apôtre du Dieu de la Guerre.
Rem ouvrit et referma les lèvres plusieurs fois. Enkrid savait qu’il voulait déverser une bordée d’injures, mais qu’il ne trouvait rien à dire.
« Tu as l’impression d’avoir perdu ? »
« La ferme. Je peux faire pareil. »
Il était remonté en voyant l’entaille de Ragna. Enkrid le savait.
Ragna savait ce qu’il avait accompli. Une voie nouvelle, que personne n’avait jamais empruntée ; un monde nouveau, une façon nouvelle de faire.
Après tout ce temps, cette sensation de toute-puissance lui revint, accompagnée d’un sentiment de supériorité.
Il releva légèrement le menton et balaya tout le monde du regard.
Les Chevaliers fous s’étaient rassemblés parmi ceux qui avaient tué des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques.
Leur commandant se tenait au centre. Dans ce cas, il n’avait qu’une chose à dire.
« Ça fait de moi le commandant en second. »
Tous lui répondirent du tac au tac, sans même reprendre leur souffle.
« Tu te prends pour qui, à raconter des conneries ? »
« Ce poste exige de l’expérience. »
« Tu t’es trop forcé et tu t’es fait mal à la tête, frère paresseux ? »
« Si tu comptes faire comme ce Barbare, vous devriez plutôt aller jouer ensemble, non ? »
Rem, Sinar, Audin et Jaxon, dans cet ordre. On aurait presque dit qu’ils avaient parlé tous en même temps.
La réplique de Jaxon, en particulier, trancha comme une lame acérée.
Quelque temps auparavant, Rem avait utilisé sa persistance pour tirer un projectile, détruire la chambre d’Audin et prendre le dessus sur Enkrid. Après avoir gagné une longueur d’avance, Rem avait entrepris de faire la leçon. Les paroles de Jaxon signifiaient qu’entre le Rem de l’époque et le Ragna d’aujourd’hui, il n’y avait pas grande différence.
« Tu veux essayer de la prendre ? La Lame de flammes ? »
Ragna avait entendu le murmure de Teresa et lui avait trouvé un nom à l’arrache. C’était naturellement à Jaxon qu’il s’adressait.
« Ça ne servirait pas à grand-chose si tu n’arrivais même pas à me toucher, non ? »
Jaxon répliqua, et une féroce tension s’installa entre eux.
On aurait dit deux bêtes qui se grognaient dessus. Aucun ne montrait les crocs, mais le spectacle avait de quoi effrayer les témoins.
« Tout ira bien. Ils ne se battront pas à mort. »
Ropord rassura les habitants de la Terre Maudite, qui passaient la tête les uns après les autres.
Fell ouvrit de grands yeux. « Qu’est-ce que c’est que ça, encore ? » marmonna-t-il, puis il se répéta encore et encore, tout seul, que le talent ne comptait pas. La réponse, c’était le travail acharné. Seul l’effort lui permettrait d’y arriver. Fell raffermit de nouveau sa détermination.
« Si tu n’abandonnes pas, tu y arriveras. Il n’y a pas quelqu’un, juste là, qui l’a prouvé ? »
Ruagarne avait entendu Fell marmonner et prit la parole.
Enkrid semblait n’avoir rien entendu. Il n’avait même pas réagi à la remarque sur le commandant en second.
Était-il ébranlé d’avoir vu un génie franchir ce cap ?
« Ça va me rendre fou. »
Enkrid marmonna ces mots. Il n’était pas difficile de deviner ce qu’il ressentait. Il n’était pas un elfe.
Et, dans un moment pareil, les émotions qu’il laissait paraître n’étaient pas comme une pierre jetée dans un lac, mais comme un rocher qu’on y précipiterait : les remous jaillissaient tels une fontaine, se répandaient au loin et s’enfonçaient profondément.
C’était dense comme l’air des montagnes, comme ce parfum que les gens appelaient l’effluve de l’énergie vitale et qui flottait au cœur d’une forêt.
S’il fallait mettre un mot sur ce qu’il ressentait à cet instant, ce serait l’exaltation. Ou la joie.
Les coins de ses lèvres se relevèrent. Il sourit. Dès que Sinar le vit, elle ouvrit la bouche.
« On devrait n’avoir que trois enfants ? »
À un moment donné, les plaisanteries de Sinar avaient commencé à franchir allègrement toutes les limites. Enkrid ne sembla même pas entendre celle-ci.
« Oui, je suis retombée amoureuse de lui. Encore une fois. »
Ruagarne ressentait la même chose. Comment ne pas tomber un peu sous le charme en voyant ça ?
Il ne s’agissait pas d’amour romantique. Le charme que dégageait cet homme était simplement d’un autre niveau.
Les habitants corrompus observèrent la scène et furent encore plus effrayés.
Pourquoi, après avoir tué jusqu’à la dernière Créature démoniaque, discutaient-ils entre eux ? Celui qui se tenait au centre souriait, l’elfe disait qu’elle voulait avoir des enfants en le voyant, et la Grenouille disait qu’elle était retombée amoureuse d’Enkrid.
Même le démon Balrok, qui ne faisait soi-disant que se battre du matin au soir, n’aurait pas tant aimé combattre.
Ils servaient le Dieu Démon, mais ils étaient humains.
Plus encore, ils avaient vécu enfermés ici, comme des Grenouilles au fond d’un puits.
Les situations qui dépassaient de loin tout ce qu’ils pouvaient comprendre s’enchaînaient. Leur peur était parfaitement naturelle.
Alors, tous tombèrent à genoux et appuyèrent le front contre le sol en direction d’Enkrid.
Il leur fallut encore deux jours pour tout régler.
Même après avoir débarrassé les lieux de toutes les carcasses de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques, la puanteur persistait, mais plus rien ne chargea.
Ce qui était logique.
Outre le golem de fer et les Harpies, plusieurs Bêtes magiques inhabituelles étaient également apparues.
Un gremlin plus rapide qu’une flèche et une créature appelée Ours cuirassé, une Créature démoniaque en forme d’ours dont la fourrure s’était durcie jusqu’à devenir du fer, avaient tous deux fait leur apparition.
Jaxon avait tué le gremlin, et Teresa avait abattu l’Ours cuirassé en lui fracassant le crâne avec son bouclier.
Les habitants qui avaient tout vu reculèrent, terrifiés. Beaucoup tremblaient de tout leur corps.
Enkrid ne s’émut pas de leur réaction.
Est-ce que se montrer gentil avec eux maintenant changerait quoi que ce soit ? Non.
Ce qui comptait davantage, c’était ceci.
« Tu demandes ce qu’on va faire maintenant ? Il n’a probablement rien prévu. Il a toujours eu tendance à agir sur un coup de tête. »
Romen venait apparemment de demander à Rem ce qui allait se passer ensuite. Rem était au moins quelqu’un qu’il connaissait.
« J’ai une idée. »
Enkrid, qui avait entendu, prit la parole.
Ragna n’y prêta aucun intérêt. Audin demanda si le Seigneur lui avait transmis un oracle. Ruagarne roula ses grands yeux et demanda :
« Comme quoi ? »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>