Chapitre 757
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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Chapitre 757 : Pas Mur de Fer, mais Salut
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Chaos, trouble, pandémonium.
Tout était sens dessus dessous. Certains habitants avaient des hallucinations.
« Je viendrai te chercher moi-même. »
C’était l’appel du Dieu Démon.
Il fallait que certains pleurent. Que d’autres désespèrent. C’était le genre de moment où l’on en arrivait là.
Pourtant, ils étaient humains. Naturellement, l’atmosphère les emportait.
On disait que les êtres d’exception pouvaient changer l’humeur de tout un groupe. Le héros qui galvanisait les combattants à l’avant-garde le faisait, tout comme l’orateur dont le discours enflammé ralliait tout le monde.
Cette fois, c’était l’attitude d’un fou qui produisait cet effet. L’ambiance n’était pas au désespoir. Même si l’avenir s’annonçait véritablement sombre, on aurait presque dit que rien de tout cela ne pouvait arriver.
Pourquoi ?
À cause du calme qu’ils lisaient dans le regard des habitants.
Pas un seul habitant n’osait s’avancer. Stupéfaits, ils étaient devenus de simples spectateurs.
Quelques enfants parmi eux se mirent à fredonner une chanson.
C’était un chant transmis oralement depuis des générations, dont les paroles parlaient de la fin et de la Fin des Guerres.
* * *
« Il me faut m’entraîner. M’entraîner. »
Fell marmonna en faisant tournoyer son épée. Le fou, qui avait dormi un bon moment et ne pensait qu’à s’entraîner, sortit de sa torpeur quasi catatonique.
« Ouah ! »
Il poussa même un cri de guerre tout seul. Il n’avait certes pas l’air normal, mais il restait calme.
L’état d’esprit de Fell était simple et limpide. Les Créatures démoniaques étaient des ennemies, et ces gens devaient être protégés. Cela lui suffisait.
Une détermination nouvelle dans le regard, Fell leva Tueur d’idoles et se mit à danser sur le côté.
« Tu fais tout un vacarme. Tu t’appelles Romen, c’est ça ? Viens par ici un instant. »
Après avoir vu l’épée d’Enkrid et cette démonstration de folie, la confiance de Ropord avait quelque peu vacillé. L’une de ses forces était sa capacité à examiner et à évaluer objectivement son propre état.
Après avoir affronté la vérité sur sa situation, Ropord trouva une réponse.
Ce qu’il me faut, maintenant, c’est l’expérience d’une victoire.
Il pouvait partir immédiatement chercher des Créatures démoniaques dans les environs et les tuer. Ou bien s’entraîner avec Romen, qui en avait besoin, et acquérir ainsi une expérience semblable.
En vérité, plus encore que l’expérience de la victoire, Ropord désirait ardemment savoir qu’il pouvait être utile à quelqu’un.
« Comment comptes-tu t’y prendre pour apprendre à concentrer ta force dans un seul coup ? »
Ropord s’adressa doucement à Romen, qui cligna des yeux avant de s’approcher.
Tu veux rester là à brandir ton épée, à un moment pareil ?
Son expression semblait poser la question, mais lui aussi s’était laissé emporter par l’atmosphère.
Ropord simplifia ses pensées. Enkrid trouverait lui-même une réponse à ce qu’il avait fait. Lui, Ropord, n’avait qu’à faire ce qu’il pouvait pour l’instant.
Garder la forme.
Aussi bien physiquement que mentalement.
Face à Romen, Ropord fit le vide et se concentra.
À force d’affronter Fell, il connaissait ses forces et ses faiblesses. Il connaissait aussi les traits communs à ceux qui misaient tout sur un seul coup.
En entraînant l’unité appelée la garde personnelle d’Enkrid, il avait accumulé quantité de secrets et d’astuces.
Il pouvait s’en servir.
Pour remporter un combat d’un seul coup, il fallait savoir préparer le terrain qui y menait.
Enkrid avait dit que Romen devait passer par un processus laborieux.
Pour dire les choses plus simplement, il doit souffrir au point que sa vie soit vraiment en jeu.
Ropord avait l’intention de lui faire vivre cette expérience.
Certains habitants avaient été horrifiés en voyant Enkrid abattre l’idole, mais aucun ne s’effondra de stupeur. Les plus vifs d’esprit acceptèrent la nouvelle situation. Leur changement d’attitude fut étonnamment rapide.
À vrai dire, ils n’avaient pas le choix.
Que pouvaient-ils faire d’autre que baisser la tête, ici et maintenant ?
Le Purificateur du Dieu Démon était mort et l’influence du Dieu Démon se faisait lointaine, mais l’épéiste se tenait juste devant eux. Au moindre mouvement de sa main, il pouvait tous les massacrer.
Ceux qui comprirent cette évidence virent leur instinct de survie se réveiller. Ils baissèrent la tête et révérèrent Enkrid.
« Oh, oh. »
Bien sûr, ils avaient peut-être aussi leurs propres raisons.
Rem les observa et renifla avec mépris.
« Ils changent de camp comme un Velopter qui n’a rien mangé depuis trois jours se jette sur de la viande de rat. »
Les Velopters raffolaient de viande de rat, ce qui expliquait pourquoi on trouvait si peu de rats dans l’ouest.
C’était sans doute aussi à cause des Créatures démoniaques appelées Imitateurs, très répandues dans l’ouest. Les chats attrapaient facilement les rats — enfin, ils le feraient s’il en restait.
« Un duel ? »
Ragna s’approcha d’Enkrid, qui venait de terminer son combat. Rem fronça les sourcils en le voyant.
Qu’est-ce qu’il racontait, ce fainéant de cinglé ?
« T’as perdu la tête ? »
Rem se mettait rarement dans une colère pareille. On aurait dit que quelqu’un venait d’insulter ses parents ou ses enfants.
Les gens de l’ouest étaient particulièrement sensibles aux insultes visant leurs proches.
Rem dégaina sa hache sans hésiter et expliqua la raison de sa colère.
Enkrid crut que Ragna avait insulté Rem en s’approchant, mais ce n’était pas ça.
« C’est moi qui passe en premier. »
… Ça valait vraiment la peine de se mettre dans un état pareil ?
« Frère, le Seigneur ne nous a pas demandé de subir l’injustice. Pourquoi passes-tu toujours le premier ? »
Audin intervint.
« C’est mon fiancé. Bien sûr que je passe en premier. »
Sinar ajouta son grain de sel.
Mais Sinar ne pouvait pas déployer toute sa puissance ici. Les elfes ne pouvaient pas utiliser leurs pouvoirs correctement là où l’énergie vitale manquait. Depuis son arrivée, elle plaisantait régulièrement auprès d’Enkrid en disant qu’elle avait le vertige et qu’une nuit dans ses bras lui ferait du bien.
Ces plaisanteries s’expliquaient par son état, plus faible qu’à l’ordinaire.
« Vous savez seulement y insuffler de la volonté ? »
Ragna posa la question à tous. Pouvaient-ils insuffler leur Volonté dans leurs épées ? Faire briller leur lame ? Sinon, pouvait-on vraiment appeler ça un duel ?
Autrement dit, Ragna annonçait qu’ils allaient désormais se battre à un haut niveau et que les faibles feraient mieux de rester à l’écart.
« Hé, tu viens d’insulter la sorcellerie de l’ouest. »
Rem ne décolérait pas. Sa fureur se matérialisa. C’était sa manière à lui d’utiliser la Pression.
L’ombre de Rem s’allongea, sans tenir compte du clair de lune. Puis elle sembla sur le point de se dresser tout entière.
S’ils se battaient à présent, on aurait dit que cette ombre aussi allait brandir une hache.
« Le Seigneur a dit que rien n’est impossible grâce à la puissance divine. »
Audin continuait d’intervenir quand Enkrid sentit une attaque dans son dos.
Pour mettre en mots ce qu’il avait perçu, c’était tout au plus quelqu’un qui agitait une branche de saule à cinq pas de lui. Pourtant, son instinct l’avait repérée.
Le combat qu’il venait de mener avait aiguisé tous ses sens. Le corps d’Enkrid réagit de lui-même.
Clang !
Il se retourna et leva Forgecrépuscule. La lame d’un poignard tendu heurta l’épée. C’était l’estoc de Jaxon.
Avant même que les étincelles ne jaillissent, Jaxon avait reculé de plus de trois pas et fixait Enkrid.
Son jeu de jambes, entre estoc et retraite, était plus rapide que celui de Rem.
« Espèce de chat sauvage ! »
Rem explosa de colère, mais Jaxon ne lui prêta aucune attention.
« Ça va. »
Ce seul coup lui avait permis d’évaluer les réflexes d’Enkrid et l’acuité de ses sens. Cela suffisait à Jaxon.
Ce sera difficile de le prendre à revers, maintenant.
Une simple attaque furtive ne marcherait pas. Il en était certain.
Alors ?
Fouh.
Jaxon esquiva la hachette qui volait vers lui et mit ses idées en ordre.
Moi aussi, je dois sortir tout ce que j’ai.
Ce n’était qu’ainsi qu’il pourrait affronter Enkrid. Et même alors, il lui faudrait d’abord s’assurer d’avoir l’avantage du terrain.
Sans cela, impossible de le tuer.
C’était le jugement du chef de la Lame de Georg, la légendaire guilde d’assassins dont les récits s’étaient transmis à travers le continent. Assassiner Enkrid était désormais devenu pratiquement impossible.
« Ça suffit. »
Pour la première fois depuis longtemps, Enkrid les calma et appela Rem à la rescousse. Il voulait échanger quelques coups avec lui. Autrement dit, il voulait s’entraîner en duel.
« Comme prévu. »
Rem acquiesça et dégaina sa hache. D’épaisses volutes de fumée noire, étrangement denses, semblèrent s’enrouler autour de l’arme.
Il avait dépensé de la Volonté en tuant plus tôt le taureau à tête humaine armé d’une épée, mais sa Volonté, encore intacte, et son corps endurci par la Technique d’isolement n’étaient pas affaiblis par si peu.
« Les muscles, c’est beau. »
Audin avait percé à jour l’état de Rem.
Teresa embrassa silencieusement toute la scène du regard, ainsi que les gens qui se tenaient aux côtés d’Enkrid.
Faut-il appeler ça de l’audace ?
Ou plutôt de l’insouciance ?
À la vue de ceux qu’on pouvait qualifier d’Infiltrés, les veines du dos de sa main se gonflèrent. Sa poigne se resserra d’elle-même.
Elle voulait brandir aussitôt son espadon, les fendre en deux et les réduire en miettes.
Ils étaient répugnants et écœurants. Leur seule présence lui donnait l’impression d’avoir des milliers de fourmis qui lui grimpaient sur le corps.
Elle devait les déchiqueter, les tuer et purifier cette terre.
Teresa entendit l’appel du Dieu de la Guerre. Puis une main lui saisit le bras. Grande et chaude, elle pouvait faire jaillir une lumière blanche à volonté.
« Si le Seigneur te demande de les tuer, les tueras-tu tous ? La volonté du Seigneur est juste, mais nous qui la recevons sommes imparfaits. »
Audin lui rappelait les enseignements qu’il lui prodiguait toujours. Le Demi-Géant prit trois longues inspirations superficielles, puis hocha la tête.
Les envoyer auprès du divin leur apporterait peut-être le repos, mais eux aussi avaient leurs propres souhaits.
Quoi qu’il en soit, Teresa tira intérieurement une conclusion. Non, elle l’avait déjà tirée.
Ils ne peuvent pas être sauvés.
Il n’y avait pas de salut. Elle avait cru qu’il n’existait aucun moyen d’y parvenir.
« Incroyable, tout simplement incroyable ! »
La voix de Ruagarne résonna à plusieurs reprises à côté d’elle.
Un fou d’une autre trempe voyait vraiment les choses autrement. Sa manière de penser était différente.
Teresa regarda Enkrid abattre l’idole, puis Audin faire exploser, par sa puissance divine, la relique enfouie dans le sol.
Ils protégeront cet endroit, d’une manière ou d’une autre.
Ils les sauveraient aussi, d’une manière ou d’une autre.
Le Salut lui conviendrait peut-être mieux comme épithète que Mur de Fer.
Quelques instants plus tôt, laisser ces gens tranquilles lui avait semblé contraire aux enseignements du Seigneur. À présent, c’était différent.
Le Dieu de la Guerre que servait Teresa apaisa son cœur.
Seigneur.
Teresa pria et baissa la tête. À vrai dire, la manière dont cet endroit serait défendu ne la concernait pas.
C’était la responsabilité de celui qui avait provoqué tout ça.
Enkrid ferait-il venir Kraiss ?
Mais Grands Yeux viendrait-il simplement parce qu’on l’appelait ?
Même si Enkrid le lui demandait, Grands Yeux ne viendrait pas à la Terre Maudite.
Alors, comment faire ?
Ces questions traversèrent brièvement l’esprit de Teresa, mais cela ne la concernait toujours pas.
Teresa ne fut pas la seule à comprendre le problème pratique.
Rem le comprit aussi. Il savait qu’il serait difficile de le résoudre dans les faits, mais détourna les yeux.
Même après que l’idole eut été abattue, il percevait encore tout près les signes de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques.
À bien y réfléchir, c’était tout naturel.
Comme cet endroit avait dû leur mettre l’eau à la bouche, tout ce temps !
C’était comme jeter un rat fraîchement attrapé devant un Velopter et lui ordonner de ne pas le manger. Un Velopter bien dressé résisterait. Il se retiendrait de le dévorer.
Mais si son maître lui disait qu’il pouvait manger, maintenant ?
Alors, s’il ne se jetait pas dessus, ce ne serait plus un Velopter.
C’était ce que lui dictait son instinct.
Rem rengaina sa hache en y réfléchissant. Ils étaient en plein duel. S’ils s’y mettaient un peu plus sérieusement, l’un d’eux serait gravement blessé.
La suie noire qui adhérait à sa hache s’estompa, s’éleva comme de la fumée et disparut.
« Qu’est-ce que c’était ? »
Enkrid posa la question. La technique ressemblait à la Volonté, mais s’en distinguait. Elle empruntait une voie différente de celle qui consistait à rassembler la Volonté et à l’insuffler dans une épée.
Ce n’était ni une maîtrise technique ni un art martial, mais quelque chose qu’on accomplissait uniquement grâce au talent de manier la sorcellerie.
« Incarnation d’esprit. »
C’était une technique qu’il n’aurait même pas osé tenter sans une Arme héritée. Elle permettait à la sorcellerie d’habiter la hache et de se manifester à l’extérieur.
Ce n’était pas facile à utiliser. Il fallait franchir des dizaines d’obstacles pour atteindre ce niveau.
Rem fixa Enkrid. Il n’avait rien à demander. La manière de rassembler la Volonté, comme tout à l’heure ? Il n’en avait pas besoin. Et pour le reste, il avait déjà tout vu et appris : il ne lui restait aucune question.
La maîtrise des armes et celle de la sorcellerie sont deux choses distinctes.
Pour atteindre le niveau qu’on appelait chevalier ici et guerrier dans l’ouest, il fallait maîtriser les deux. L’entraînement du corps et celui de la sorcellerie étaient distincts, mais liés.
Quelles étaient les chances d’exceller dans les deux domaines ?
Faibles. Beaucoup trop faibles.
Sans talent, on n’osait même pas rêver d’atteindre ce niveau.
Mais je sais comment l’enseigner.
C’était presque entièrement une imitation du système qu’Enkrid avait mis au point.
« Eh bien, j’ai beaucoup appris. »
C’est ce que Rem concéda à contrecœur.
Enkrid cligna deux fois des yeux, puis prit la parole.
« Qu’est-ce que Rem est devenu ? Quel Esprit maléfique es-tu ? »
« … Putain. »
Pourquoi ce salaud se comportait-il comme ça alors qu’il essayait de le remercier ?
« Je devrais le purifier ? »
Audin réagit. Sans doute fallait-il faire appel à sa puissance divine.
« Un Esprit maléfique t’a possédé ? »
Teresa intervint. Jaxon avait déjà dégainé son poignard et s’apprêtait à le lancer.
« Ilchul brûle tout. »
À cette remarque de Ragna, Rem éclata de rire.
« Espèce de… »
Il n’acheva jamais son injure.
« Au boulot, Rem. »
Enkrid l’interrompit sans cérémonie. Il l’avait assez taquiné.
La porte d’un entrepôt de vivres de première qualité, autrefois protégé par une palissade, s’était ouverte. Le moment était venu pour les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques de déferler de toutes parts. On les voyait à présent.
On les entendait aussi.
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