Chapitre 756
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 756 : Un fou d’une autre trempe
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La masse du Minotaure, dont la taille se mêlait à un élan informe, était terrifiante.
La plupart des habitants de la Terre Maudite tombèrent à genoux et se mirent à psalmodier l’épithète du Dieu Démon, là où ils se trouvaient.
« Soleil Noir, Soleil Noir. »
Étrangement, à leurs yeux, l’humain faisait tout aussi imposant que cette Créature démoniaque à tête de taureau, alors qu’il était deux fois plus petit. Non, peut-être même un peu plus imposant que le monstre à tête de taureau.
À voir le choc, Enkrid aurait dû vomir tout ce qu’il avait dans le ventre, organes et sang compris, avant d’être projeté sur le côté. Pourtant, il n’en fut rien.
Clang !
Un fracas assourdissant retentit. Le cri du métal contre le métal se propagea comme une onde de choc.
Enkrid le comprit dès le premier échange.
« Niveau chevalier. »
Pourquoi la Terre Maudite ne pouvait-elle pas être détruite ? La réponse était évidente et simple.
La force manquait.
L’endroit regorgeait de monstres qu’aucun humain ne pouvait affronter, même s’il avait maîtrisé la Volonté.
Le Minotaure armé de deux épées était l’un d’eux.
Après un échange, la Créature démoniaque et l’homme s’écartèrent. Le taureau bipède recula en ramenant son sabot droit en arrière.
Enkrid se tenait debout, Forgecrépuscule levée en biais pour protéger son visage. Une brève accalmie.
Tous savaient qu’ils allaient s’affronter de nouveau dans l’instant.
La lumière du soleil tombait en biais sur le sol teinté de violet. L’astre disparut derrière la crête, et bientôt l’obscurité allait tomber.
Une chaleur humide imprégnait les environs, comme s’ils avaient passé la journée entière au milieu d’un marécage. L’air était lourd. C’était l’été, et cette région était communément appelée les confins de la Terre Maudite, ce qui rendait probablement l’atmosphère encore plus désagréable.
« … On ne devrait pas l’aider ? »
Romen avait posé la question derrière lui.
Rien qu’à voir la Créature démoniaque, il en avait eu la chair de poule et tous les poils du corps s’étaient hérissés.
Elle lui semblait d’un ordre supérieur à la Créature démoniaque qu’il avait affrontée dans la Forêt Grise, à la Cité d’Aoara. Plus encore que la goule Jerix.
Un seul rugissement de la créature lui avait donné l’impression qu’on lui avait enlevé une partie de sa liberté de mouvement. S’il l’avait affrontée seul, il serait mort dès leur première rencontre. Il n’avait pas besoin d’y réfléchir davantage pour le savoir.
« Un monstre. »
Il devait aider sur-le-champ. Il ne pouvait pas laisser Enkrid l’affronter seul.
C’était ce qui motivait sa question.
« Laisse tomber. Tu ne feras que le gêner. »
Rem répondit sans se retourner. Pourtant, il ne quittait pas des yeux les deux combattants.
Tous étaient pareils.
Le chevalier sacré qui maniait le pouvoir divin.
L’épéiste qui semblait mortel au premier regard.
Celui dont la présence était si ténue qu’il était difficile à percevoir.
L’elfe et tous les autres se contentaient d’observer.
Romen comprit rapidement que leurs regards n’exprimaient ni inquiétude ni appréhension.
« Pourquoi ? »
La Grenouille rejoignit Romen et gonfla les joues. Son attitude exprimait l’impatience, le plaisir et l’exaltation, bien que Romen eût du mal à déchiffrer son expression.
Il n’avait ni compagnon ni ami parmi les Grenouilles. Cette espèce n’était déjà pas très nombreuse, et il était extrêmement rare qu’elles se laissent guider par autrui.
Les elfes lui étaient tout aussi peu familiers. On n’en voyait pas souvent dans la Cité d’Aoara.
L’elfe lui paraissait tout aussi étrange.
À la connaissance de Romen, les elfes étaient réputés pour rarement manifester leurs émotions. Pourtant, une lueur de sentiment perçait dans ces yeux. Inutile de chercher à en être certain : c’était, elle aussi, de l’impatience.
Fell et Ropord étaient pareils.
Leurs paumes ne transpiraient pas, mais ils observaient le combat en serrant et desserrant les poings, tout en déplaçant leurs pieds, comme s’ils s’imaginaient à la place d’Enkrid.
Ils ne songeaient pas à la défaite.
C’était ce que disaient leurs gestes et leur attitude.
Si les choses tournaient mal, n’importe lequel d’entre eux interviendrait. Ils étaient prêts à agir si Enkrid se retrouvait en danger.
Mais avant cela, qu’y avait-il en eux ?
De l’impatience à découvrir ce que l’homme qui se tenait devant eux allait leur montrer.
Cette atmosphère gagna naturellement Romen, lui aussi.
« Qu’est-ce qu’il va faire, au juste ? »
Devenir chevalier était déjà assez stupéfiant, mais il inspirait en outre aux autres une foi inébranlable.
« Est-ce que je dois apprendre ça, moi aussi ? »
La chevalière Aoara lui avait toujours montré son dos.
Même au seuil de la mort, elle lui avait dévoilé sa vie et les valeurs qu’elle défendait.
Elle n’avait jamais trahi le serment qu’elle avait prêté en tant que chevalière. Elle était partie avec le sourire.
Il se souvenait du dernier combat d’Aoara, celui où elle avait consumé sa vie contre le Fragment de Balrok.
À cet instant, Enkrid lui rappela Aoara.
« Oa. »
Romen marmonna ces mots.
Forgecrépuscule et la lame du Minotaure s’entrechoquèrent de nouveau.
Boum !
Un fracas assourdissant retentit. On aurait dit qu’un éboulement avait lancé un énorme rocher dans la pente. La poussière s’éleva du sol et la terre violette vola dans toutes les directions.
Romen vit l’épée d’Enkrid trembler.
La vibration devint bientôt une ondulation, qui attira une Volonté informe et la concentra dans la lame.
Au cœur de la Terre Maudite, que la lune n’éclairait pas encore, la lumière se dispersa le long du tranchant. Elle éclata et jaillit, peignant dans l’obscurité une multitude d’images, comme sur une toile.
Il ne parvenait pas à voir toutes les trajectoires dessinées par l’épée, mais Romen se sentit submergé.
* * *
« Je peux mourir à tout moment. »
À voir le talent de l’épéiste taureau, ces mots lui apparurent plus clairement que jamais.
Il les avait entendus bien avant de devenir chevalier. Quand on choisissait de vivre par l’épée, il ne fallait jamais oublier qu’une lame égarée pouvait vous tuer.
« Môô, muh ! »
Le taureau poussa un rugissement haché, brisé. Même ce rugissement faisait partie de l’attaque.
Une intention meurtrière sauvage, semblable à la Pression, prit forme et tenta de l’immobiliser.
Enkrid ignora ce cri de guerre en faisant bouillir sa Volonté. Au même instant, le taureau pivota des hanches et balança le bras.
La lame qui suivit portait un coup lourd et rapide. C’était l’épée rapide et féroce que Ragna lui avait toujours montrée.
Briseur.
Le calcul était déjà achevé. Enkrid para avec Forgecrépuscule, pivota et bondit.
Enkrid prit appui sur son pied gauche, fit tourner ses hanches et dévia la force à travers sa lame. En s’appuyant sur la force transmise par celle-ci, il se projeta sur le côté.
Les lames se rencontrèrent dans un tintement léger.
Ting-ting-ting.
Briseur et l’Épée de la Chance formaient un duo parfait.
Non, à vrai dire, toutes les techniques d’épée pouvaient se compléter d’une manière ou d’une autre.
Enkrid était déjà arrivé à cette conclusion.
Le taureau tenait deux épées. À l’instant où Forgecrépuscule para le premier coup, il lança le second.
Même avec une Acuité visuelle dynamique renforcée par la Volonté, digne d’un chevalier, la deuxième lame du taureau n’était qu’un flou.
Cette lame floue trancha l’endroit qu’Enkrid occupait un instant plus tôt. S’il ne s’était pas projeté sur le côté en parant la première attaque, il aurait eu du mal à se défendre.
Des images rémanentes se dédoublèrent sur la trajectoire de la lame du taureau et persistèrent, nettes, dans son champ de vision.
Il avait l’impression d’être entré dans une aquarelle détrempée.
Tous les traits, délicats et précis, se brouillaient et se déformaient.
Enkrid se fondit dans l’un de ces traits flous et abattit son épée.
Au même moment, ses pensées se dédoublèrent.
Ces pensées divisées se penchèrent sur son passé.
Ne baisse jamais ta garde. Ne perds jamais ta concentration. Concentre-toi de toutes tes forces. Ne laisse pas ton corps se raidir. Fais tout ce qu’il faut pour gagner. Ni le corps ni l’esprit ne doivent se figer. Cultive la souplesse. Les gestes conscients sont raides, tandis que ceux qui viennent naturellement sont fluides. Répète, encore et encore, jusqu’à ce que ton corps l’assimile. N’oublie jamais que l’entraînement d’aujourd’hui forge celui que tu seras demain.
Tout ce qu’il avait appris tourbillonna dans son esprit.
À cet instant, Enkrid sut ce qu’il pouvait faire.
Quelque chose qu’Aoara lui avait montré autrefois.
Quelque chose que Ragna lui avait démontré.
Quelque chose qu’il avait lui-même réussi une fois.
La lumière se rassembla sur la lame. Une force informe prit une forme tangible.
Il frappa la lame du Minotaure en plein mouvement avec la technique du Vortex. Enkrid prit appui sur son pied gauche et pivota des hanches. Un tourbillon de lumière jaillit et fendit la tête du taureau.
Retenant son souffle, Enkrid tira Forgecrépuscule vers lui avec autant de force qu’il l’avait levée pour frapper.
Crac, crac, crac.
Les épaisses vertèbres cervicales de la Créature démoniaque, accrochées à la lame, furent arrachées sous la traction, déchirant muscles et peau.
Boum.
La Créature démoniaque résista à la traction, mais posa d’abord un genou à terre. Enkrid recula et secoua sa lame pour la nettoyer.
Du sang noir éclaboussa le sol. Privée de sa tête, de ses vertèbres cervicales et d’une partie de sa colonne, la Créature démoniaque oscilla comme un pendule avant de s’effondrer.
Boum.
Son immense corps heurta le sol dans un fracas de tonnerre. Le bruit déchira le silence qui s’était abattu sur les environs.
En tombant, la Créature démoniaque laissa jaillir du sang noir de sa tête fendue et de sa chair déchirée.
Enkrid regarda sans émotion le cadavre de la Créature démoniaque et réfléchit.
« Si les techniques fondées sur la Volonté peuvent être systématisées, elles peuvent s’enseigner. Et si elles peuvent s’enseigner, elles seront plus faciles à apprendre. »
Il mit en ordre ce qu’il avait compris en divisant ses pensées pendant le combat.
« Il faut d’abord ramener la Volonté inconsciente à la conscience. »
En fin de compte, la Volonté devait prendre une forme tangible et se manifester à travers une arme ou hors du corps.
Comme il venait de le montrer.
« Mais bien maîtriser la Volonté ne suffit pas. »
Sans bases solides en escrime et des jours d’entraînement, on ne pouvait pas atteindre cette voie. Il ne fallait pas non plus négliger les méthodes appropriées ni la préparation physique.
« Sans autant d’efforts au départ, on ne peut même pas rêver de donner une forme tangible à la Volonté. »
Il avait toujours appris lentement ; il devait vérifier et marteler chaque étape, l’une après l’autre, avant de pouvoir gravir le chemin. Il était dépourvu de talent, mais ce manque lui avait donné quelque chose de nouveau : le sens de l’observation, la réflexion qui en découlait et le savoir nécessaire pour bâtir de nouvelles choses.
Le combat n’avait été ni long ni court.
Ruagarne, au-delà de l’excitation, déploya quatre doigts sur son armure de cœur. Le « truc » de la Grenouille remuait et tremblait violemment.
Grr, grr, grr.
Ses joues se gonflèrent d’elles-mêmes, révélant combien elle avait été bouleversée.
Sans même s’en rendre compte, Fell tira à moitié Tueur d’idoles de son fourreau.
« Je veux me battre. »
Si on lui demandait pourquoi, Fell répondrait qu’il n’y avait pas besoin de raison.
Les raisons n’avaient aucune importance. Fell voulait simplement se battre. Croiser le fer. La seule chose qui emplissait son cœur, c’était l’envie d’opposer Tueur d’idoles à ce qu’Enkrid venait de montrer.
« Arrête. Ton tour ne viendra pas avant longtemps. »
Fell sentit la présence du Barbare derrière lui.
Comment la décrire ?
Rude et féroce. Fell avait l’impression d’avoir mis la tête dans la gueule d’un lion.
C’était l’aura du Barbare.
« Père Seigneur. »
Une forme vague apparut derrière Audin, qui murmurait une prière à voix basse.
Le pouvoir divin bouillonna et prit forme. Fell n’était pas le seul dont le désir s’était éveillé.
Ragna, qui tenait Ilchul, demanda : « Tu peux rendre ta Volonté tangible quand tu veux ? »
Il ne posait pas la question pour évaluer quoi que ce soit, mais pour confirmer.
Il parlait de donner une forme tangible à la Volonté.
« Ouais. »
Enkrid répondit brièvement, puis se mit à essuyer la lame de Forgecrépuscule. Sinar s’approcha de lui.
« Tu n’as plus rien à voir avec celui que j’ai rencontré la première fois. »
Sa voix était pleine d’admiration.
« Un jour… »
Ropord marmonna.
Tandis que Fell était consumé par le désir, Ropord avait compris qu’il ne pouvait pas encore rivaliser avec Enkrid.
Cela ne voulait pas dire que Ropord se laisserait consumer par la frustration ou le désespoir.
La plupart des personnes présentes connaissaient le chemin parcouru par Enkrid. Elles savaient qu’au sein même du système de classification des soldats de Naurillia, il avait débuté tout en bas de l’échelle.
Même en voyant les choses sous le meilleur jour, la route qu’il avait suivie avait été semée d’embûches.
Après s’être donné à fond, Enkrid avait fini par transpirer. L’esprit clair, il regarda autour de lui et vit les habitants érodés le fixer, stupéfaits, les yeux écarquillés.
Le passeur lui avait demandé s’il était vraiment juste de les protéger, ou s’il allait tous les tuer.
« Des gens qui changent peu à peu sous l’influence d’un démon. »
Mais rien de tout cela n’était encore arrivé. S’ils pouvaient échapper à l’influence du démon, leur peau violette retrouverait peut-être sa couleur normale.
Quant aux soins à prodiguer à ceux qui avaient vécu si longtemps dans la Terre Maudite et en avaient été érodés, Ann en serait ravie.
Elle rêvait d’un Élixir capable d’éliminer toutes les maladies du monde. Dès qu’elle en découvrait une nouvelle, ses yeux s’embrasaient.
À la regarder depuis son côté, on ne pouvait s’empêcher de penser qu’Ann méritait, elle aussi, d’être qualifiée de folle.
Enkrid n’attendait d’eux ni repentir ni remords.
Il ne croyait pas qu’on puisse blâmer des gens retenus en ces lieux par les choix de leurs ancêtres.
De nombreuses pensées lui traversèrent l’esprit, mais une seule resta limpide.
« Peut-on les sauver ? »
Il voulait simplement répondre à cette question.
Même s’il échouait, il ne sombrerait ni dans la frustration ni dans le désespoir. Il essaierait simplement tout ce qu’il pouvait.
Une tentative qui ne serait peut-être qu’une lutte désespérée et vaine.
Au carrefour où deux voies seulement s’imposaient à lui, Enkrid en choisit une troisième.
Il se dirigea vers le centre du village. Là se dressait bien en vue un symbole en forme de soleil noir.
Tous les regards se tournèrent vers lui.
C’était lui qui venait de tuer le Purificateur du Dieu Démon.
Personne ne pouvait parler. Personne n’osait s’avancer. Ils le regardaient, stupéfaits.
Enkrid contempla sans émotion le symbole du Dieu Démon.
« Si le corps et l’esprit changent à cause de ce qu’ils vénèrent… »
Alors il lui suffisait de changer les conditions.
Dans un sifflement, Forgecrépuscule trancha le symbole du Dieu Démon. Le panneau de bois rond où figurait le soleil noir tomba à terre.
Ce n’était qu’une sculpture.
« Ah… »
Plusieurs habitants, pris de court, poussèrent des cris qui tenaient du hurlement, mais ce qui était fait ne pouvait être défait.
Enkrid avait abattu le symbole du Dieu Démon.
« Audin, occupons-nous de la relique enterrée. »
« … Comme tu voudras. »
Ils décidèrent alors de détruire par le pouvoir divin la relique que le démon avait implantée. Le village était désormais en danger.
Face à cette terrible vérité, les habitants de la Terre Maudite contemplèrent Enkrid, médusés.
« Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
Fell posa la question en passant.
La suite, après la destruction du symbole, était évidente. Fell se demandait si Enkrid, incapable de tuer lui-même les habitants, comptait faire appel aux Créatures démoniaques pour le faire à sa place.
Les Bergers des étendues sauvages détestaient les Créatures démoniaques.
Se servir des Créatures démoniaques pour mener un plan à bien ?
Si telle était l’intention d’Enkrid, Fell songerait à partir sur-le-champ ; sa déception ne serait pas le seul motif.
Un groupe qui tuait des gens en se servant des Créatures démoniaques.
Puis Enkrid prononça des mots auxquels personne ne s’attendait.
« À partir de maintenant, cette terre est à moi. Je vais faire de cet endroit un territoire des Gardes-frontières. »
Il voulait changer ceux qui les protégeaient.
Si le problème venait de leur culte du Dieu Démon, ne pouvait-il pas devenir lui-même le symbole de cette terre ?
Une personne ordinaire n’aurait jamais pu y penser.
Rem pencha la tête. Il avait assisté à tant d’actes insensés d’Enkrid qu’il s’y était un peu habitué, mais cette folie-là était d’une autre ampleur.
Qu’est-ce qu’Enkrid venait de dire ? Un territoire des Gardes-frontières ? Cette terre ? Elle ne se trouvait pas au cœur de la Terre Maudite, mais on ne pouvait pas non plus dire qu’elle était à l’extérieur.
« Alors, au lieu du Dieu Démon, ils vont vénérer le capitaine ? »
Rem marmonna, et Enkrid cligna des yeux.
Fallait-il vraiment interpréter ses paroles de cette façon ?
« Ce n’est pas ce que je voulais dire… »
Il essaya de s’expliquer, mais la voix d’Audin résonna, comme si elle enveloppait les environs.
« Que le Seigneur veille sur nous. »
Il respectait la volonté du chef qui le guidait, un doux sourire aux lèvres.
« À la place du Père Seigneur, tu deviendras le centre de cet endroit. »
Non, ce n’était pas à ce point-là.
Enkrid n’arriva pas à le dire. Tous les habitants affolés autour de lui le regardaient. Des centaines d’yeux étaient fixés sur lui.
Ragna s’en désintéressait. Enkrid s’en occuperait. Cela ne le concernait pas.
Que ces gens vivent ou meurent ne l’intéressait pas.
Ce qui comptait davantage, c’était ce qu’Enkrid venait de montrer.
Le représentant du village tremblait d’horreur devant le symbole tranché, les mains agitées de secousses.
Mais il fit ce qu’il fallait. Le symbole du Dieu Démon avait été abattu, et le Purificateur envoyé par le Dieu Démon était mort.
Zhoroslavb tomba à genoux et baissa la tête.
Pour survivre.
Si Kraiss avait vu la scène, il aurait sans doute demandé ce qu’Enkrid avait en tête. Si Crang l’avait vue, il serait resté bouche bée.
Crang aurait même pu dire que si Enkrid voulait jouer au roi ici, il lui céderait le trône.
Quoi qu’il en soit, Enkrid avait complètement ignoré les intentions du passeur et s’était proclamé maître du village. Mais le fond du problème n’avait pas changé.
Si leur protection devait entraîner un problème, il éliminerait ce problème.
« Comme prévu, mon fiancé est un fou d’une autre trempe. »
L’admiration de Sinar était le sentiment qu’ils partageaient tous.
Notes :
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