Chapitre 753
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 753 : Hospitalité
──────
Romen se joignit naturellement au groupe.
« Des gens vivent dans la Terre Maudite ? »
Enkrid posa la question en marchant. N’était-ce pas là de quoi s’étonner ?
Les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques étaient des créatures qui tuaient les gens. La Terre Maudite regorgeait de toutes sortes de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques, parmi lesquelles se trouvaient des individus hors du commun.
Survivre dans une pareille contrée semblait bien improbable. Même le Village caché avait tout misé sur la dissimulation et tiré le meilleur parti de son environnement pour survivre. Pourtant, on disait que ce village était visible dès qu’un voyageur passait dans le coin.
« Oui, moi aussi, ça m’a surpris », répondit Romen sans s’en émouvoir.
Il avait dit que le Ver parasite ne l’avait attrapé que depuis moins de dix jours. C’était l’estimation à laquelle il était parvenu en évaluant le temps écoulé. Audin avait aussi fait remarquer, comme en passant, que si la volonté de Romen avait flanché ne serait-ce qu’un peu, il ne se serait pas réveillé.
Bien sûr, il l’avait dit assez fort pour que tout le monde l’entende.
C’était à moitié un compliment, mais Romen ne l’entendait plus ainsi.
« Très bien, admettons que je sois un idiot. »
Romen savait qu’il aurait du mal à les convaincre par les mots ou par la force, alors il renonça.
En voyant Rem ricaner, il comprit que la remarque était destinée à le taquiner.
Romen se mit donc à leur parler du village étrange qu’il avait aperçu. C’était une excellente façon de changer de sujet, et elle fonctionna.
En marchant, Enkrid élargit le champ de ses réflexions à partir de ce que Romen leur avait raconté.
Le continent était vaste. Quelle part en était occupée par des peuples intelligents, humains compris ?
Un érudit qui avait jadis porté un titre proche de celui de Sage avait dit :
« La vérité, c’est peut-être que ce monde est encerclé par des êtres puissants dont nous ignorons tout. »
L’existence de la Terre Maudite étayait cette affirmation.
La Grande Terre Maudite avait déjà été envahie, mais n’était jamais tombée. Les Six Démons y vivaient, des êtres que les humains ne pouvaient affronter.
Et quand on parcourait le continent du regard, on constatait qu’il y avait tout simplement trop de Créatures démoniaques. Et avec tant de Créatures démoniaques, les Bêtes magiques étaient elles aussi trop nombreuses.
Combien de ces Créatures démoniaques réunies avaient évolué en individus hors du commun ?
De plus, avant la mise en place d’un réseau de routes sûres dans la région autour des Gardes-frontières, qui s’étendait jusqu’à l’ancien territoire du comte Molsen, même les terres situées à l’intérieur des frontières d’un royaume étaient infestées de brigands, mais aussi de Créatures démoniaques.
Même ces brigands devaient s’unir pour tenir bon, sans quoi ils mouraient.
Rien que cela rendait l’existence d’un village comme celui-ci mystérieuse.
« Tu as été attrapé par un Ver parasite et tu t’es réveillé avec tous tes souvenirs ? »
Le Géant de sang-mêlé revenait sans cesse lui poser la question, pour une raison ou une autre. Romen hocha la tête pour lui confirmer qu’il allait bien.
Il n’était pas facile de déterminer où ils se trouvaient, mais Romen gémit en cherchant son chemin. Son sens de l’orientation était assez bon pour l’avoir mené jusque-là sans guide. Après avoir repéré au loin des montagnes déchiquetées, rouges et noires, il les remit sur la bonne voie.
Bien sûr, ils ne sauraient s’il s’agissait de la bonne direction qu’une fois sur place. En observant Romen, Enkrid prit la parole.
« Ça te dit, un petit échange ? »
À sa démarche, on voyait que Romen n’avait pas encore récupéré toutes ses forces. Ses pas étaient légèrement déséquilibrés, comme ceux de quelqu’un qui n’aurait pas dormi depuis deux nuits.
Pourtant, comme Rem l’avait dit, Romen était robuste.
Il tient bien le coup.
Il avait sans doute la tête qui tournait, et respirer devait lui être plus pénible que d’habitude. Audin l’avait soigné grâce à son pouvoir divin, mais le Ver parasite l’avait déjà attrapé une fois.
Il aurait été plus étrange que Romen soit en pleine forme.
Malgré tout, ce qu’il a au fond de lui ne change pas.
Être en moins bonne condition que d’habitude ne modifiait pas beaucoup les capacités d’un homme. C’était une qualité naturelle chez un chevalier junior.
Personne ne pouvait se battre au mieux de ses capacités en permanence.
On était appelé chevalier junior parce qu’on restait capable de montrer convenablement son talent, même dans des situations pareilles.
« Maintenant ? »
Romen lui posa la question. La proposition ne semblait pas lui déplaire.
Enkrid dégaina son épée. Brise-monde, Ciel, Forgecrépuscule.
L’épée qu’on désignait par ce mélange de trois noms émit une lueur bleu pâle.
« Une Arme gravée », murmura Romen.
Le présent était bien trop différent de l’époque où ils s’étaient connus.
Il avait décidé de s’élever le premier et s’y était préparé, et pourtant, il s’était fait distancer.
Des émotions rouges et noires semblaient prêtes à déferler. Romen empoigna son espadon et en pointa la lame vers Enkrid.
Il ne l’avait pas entretenu correctement et son tranchant s’était émoussé, mais un espadon de cette taille restait une arme dangereuse, même sans fil.
« Qu’est-ce que vous faites tous les deux en plein milieu de la route ? »
Rem grommela.
Il avait raison. Ce n’était pas un campement. Qu’est-ce qui leur prenait de s’arrêter en pleine marche pour s’entraîner à l’aube ?
Pourtant, il n’ajouta rien. Les autres ne dirent pas un mot non plus.
Le spectacle promettait d’être divertissant, et ils semblaient comprendre pourquoi Enkrid faisait ça.
Il est vraiment remarquable.
Rem grommelait par habitude, mais, au fond, il pensait autrement. Enkrid avait mené Fell et Ropord jusqu’au rang de chevalier.
Bien sûr, ces deux-là avaient du talent, qu’ils avaient allié à leurs efforts, et n’avaient jamais perdu l’envie de progresser.
Mais si tous ceux qui possédaient ces qualités devenaient chevaliers, le continent en compterait dix fois plus.
Il y en a quand même clairement plus qu’avant.
Ils restaient extrêmement rares.
Voilà pourquoi c’était si remarquable.
Ragna observait les deux hommes sans manifester la moindre émotion, une main posée sur la poignée d’Ilchul.
L’escrime de l’homme nommé Romen s’était chargée de nombreux défauts. S’ils croisaient vraiment le fer, des problèmes plus sérieux que ceux visibles en surface se révéleraient sans doute.
C’était évident, même sans qu’on le lui dise.
Comment va-t-il corriger ces défauts ?
Ce ne serait pas facile.
Ruagarne observait la scène avec impatience, tandis que Sinar et Jaxon n’y prêtaient aucun intérêt.
Fell, Ropord et Teresa, eux, étaient concentrés : ils pensaient pouvoir tirer quelque chose de cette observation et apprendre en regardant.
L’espadon de Romen se mit en mouvement. Il traça une courbe fluide avant de retomber en diagonale.
Rapide et puissant, mais il se prépare trop à ce qui vient ensuite.
Telle fut l’impression de Fell.
Il réfléchit lentement.
Telle fut celle de Ropord.
Enkrid voyait les choses à peu près de la même façon.
Alors, que devait-il faire ?
Enkrid avança le pied gauche, prit sa position et abattit son épée, du même geste que lorsqu’il tranchait une Créature démoniaque.
Maîtriser sa force.
Enkrid avait regardé Jaxon retirer le Ver parasite de la tête de Romen.
Il aurait menti en disant que cette frappe ne l’avait pas fait vibrer.
<emUne précision qui dépassait la simple délicatesse.
Après l’avoir vue une fois, Enkrid s’était entraîné seul, en répétant le mouvement de la main. La nuit précédente, il avait même poursuivi son entraînement en rêve.
« Hé, tu m’écoutes ? »
Le Batelier l’avait appelé plusieurs fois, mais Enkrid était complètement absorbé par l’escrime de Jaxon. À présent, après l’avoir observée et essayée quelques fois, il pouvait l’imiter.
Enkrid trouvait chacune des étapes de ce processus infiniment plaisante.
Clang !
Le Vortex, ou plus précisément une frappe d’épée à rotation limitée. Un coup puissant, exécuté simplement, l’épaule en guise d’axe.
D’un seul coup, l’épée de Romen fut repoussée vers l’arrière.
« Encore. On continue en marchant. »
Ensuite, Enkrid répéta des gestes similaires. Sans recevoir la moindre instruction, Romen ne pouvait que continuer à balancer son épée.
Romen aurait voulu qu’Enkrid lui explique quelque chose, mais celui-ci ne disait rien.
Il se contentait d’écarter d’un seul coup chaque attaque lancée à l’aveuglette.
Était-il en train de faire étalage de son talent ?
Pourtant, Enkrid affichait une expression et une attitude bien trop calmes pour cela.
Les spectateurs étaient dans le même état d’esprit.
Romen tentait de comprendre l’intention derrière tout ça. Il devait bien y avoir une raison.
Ce n’était donc pas un entraînement, mais une sorte de supplice ?
Alors Enkrid sourit.
Hé, c’est tout ? C’est tout ce que tu as ?
Au même moment, une voix retentit. Elle aurait dû être une hallucination, mais elle était si réelle qu’elle s’enfonça dans le cœur de Romen.
Au bout d’une cinquantaine d’échanges, les épaules de Romen lui faisaient mal, ses coudes aussi et, pour être honnête, il ne lui restait pas une seule partie du corps qui ne le faisait pas souffrir.
Depuis que le Ver parasite l’avait attrapé, il avait aussi la tête qui tournait.
Pourtant, avec le sourire d’Enkrid, les mots « c’est tout ? », « juste ça ? », « c’est tout ? » résonnaient encore et encore quelque part.
Crac.
Romen se mordit la langue.
Très bien. Je sais que tu es impressionnant, mais le temps que j’y ai consacré n’a pas été négligeable non plus.
Moi aussi, je me suis forgé jusqu’à l’os et j’ai risqué ma vie pour servir la chevalière Aoara et tenir ma parole.
La rancœur l’envahit. Le sang jaillit de sa langue mordue, et la douleur réveilla tout son corps. Ses yeux s’injectèrent de sang.
En un seul coup.
Prenant appui sur son pied gauche, Romen puisa dans la frappe qu’il avait autrefois longuement travaillée. C’était la méthode qu’il avait utilisée pour imiter la Frappe du chevalier.
Elle avait aussi fait partie de l’expérience d’Enkrid quand il avait créé le Vortex.
Pour qu’un chevalier junior manie son épée comme un chevalier, tous ses muscles devaient se tendre puis se relâcher ; il lui fallait insuffler sa volonté avec détermination, puis la déverser dans sa frappe.
C’était quelque chose que Romen avait autrefois enseigné à Enkrid.
Frappe !
Un vœu désespéré guida la volonté de Romen. Il abattit son épée.
Il eut l’impression qu’une digue qui lui comprimait la poitrine venait de céder.
Avec un sentiment de soulagement et de libération, il frappa de toutes ses forces pour la première fois depuis très longtemps.
Boum !
L’épée de Romen fendit l’air avant de retomber, mais Enkrid l’intercepta avec l’Épée de la Chance et dévia sa trajectoire.
Ting, cliquetis, cliquetis. Tac.
L’espadon de Romen manqua son but. La pointe de la lame qu’il tenait heurta le sol, toute sa force épuisée.
Le bruit fut trop faible. Il ne fit qu’un petit tac.
Puis une fissure fendit l’espadon en son milieu, et la lame se brisa.
« Argh ! »
Romen vomit du sang. Il était noir de jais.
« Tiens. »
Audin s’était approché sans qu’on le remarque et posa une main dans le dos de Romen, tandis que Teresa se tenait tout près derrière lui.
Cela faisait partie du processus qui consistait à éliminer les traces de la Créature démoniaque laissées par le Ver parasite. L’arracher et se réveiller n’avait pas suffi.
L’énergie utilisée par les Créatures démoniaques, communément appelée énergie démoniaque, persistait dans le corps de Romen.
Elle s’écoulait à présent avec le sang qu’il venait de vomir.
S’ils avaient tenté de le soigner aussitôt avec un pouvoir divin, Romen aurait perdu la raison.
Le moment était idéal. Audin tourna les yeux vers Enkrid.
« Tu l’as fait exprès ? »
« Pour moitié. »
Le reste, on pouvait appeler ça de la chance.
Romen releva la tête après avoir vomi du sang.
Il comprendrait mieux que quiconque ce que cela signifiait.
Au même instant, Enkrid lui demanda : « Tu l’as vu, n’est-ce pas ? »
Romen comprendrait aussi le sens de sa question.
Il avait suivi la mauvaise voie dans son entraînement. Romen avait gravé dans son corps l’escrime de la chevalière Aoara : l’épée fluide.
C’était un style d’escrime qui traçait des courbes fluides au lieu de chercher la victoire en un seul coup.
Grâce à cela, l’homme qui avait imité la frappe descendante d’un chevalier s’était solidement ancré dans les bases.
Aux yeux d’Enkrid, Romen avait tracé un cercle parfait. Mais était-ce la bonne voie ?
Romen était né avec un corps robuste.
Son tempérament le poussait aussi à concentrer sa puissance dans un seul coup.
La volonté est influencée par le tempérament.
C’était ce que l’expérience avait appris à Enkrid.
Ropord avait vécu en faisant passer les autres avant lui. Il avait passé du temps à observer et à réfléchir seul. Cette période ne lui avait pas été si pénible, car elle correspondait à son tempérament.
Fell était tout le contraire.
Il poursuivrait ce qu’il voulait, quitte à briser les chaînes qui le retenaient à sa vie de berger.
La volonté, autrement dit la détermination, était influencée par le tempérament. Aller à son encontre éloignait de la voie du chevalier.
« Merci », dit Romen.
Puis il perdit de nouveau connaissance.
« On a encore un bagage à transporter », dit Rem.
« Qu’est-ce que c’était, tout à l’heure ? »
Enkrid posa la question. Rem ricana et ajouta :
« C’était pas exactement ce dont il avait besoin à ce moment-là ? »
Les paroles entendues par Romen — « C’est tout ? Juste ça ? » — n’étaient pas une hallucination. Rem avait utilisé la sorcellerie pour lui jouer ce tour et les lui souffler à l’oreille.
« C’est un sacré tour », dit Enkrid avec une admiration qu’il garda pour lui.
Souffler des mots à l’oreille de Romen, c’était une chose. Mais le talent de Rem pour évaluer son état et savoir exactement comment le provoquer était encore plus surprenant.
« N’y pense même pas », répondit Rem avec un sourire, et Ragna hocha la tête.
« Tu excelles vraiment dans les choses inutiles. »
Était-ce un compliment ou une provocation ?
« … Qu’est-ce qui te prend, putain ? »
Après leurs habituelles chamailleries, les deux hommes s’affrontèrent d’abord dans le royaume de l’esprit, puis croisèrent l’épée et la hache dans le monde réel.
L’aube avait fini par se lever, et le jour était d’une clarté remarquable. Teresa portait Romen sur son dos.
Quand il se réveilla dans l’après-midi, Romen déclara :
« J’ai les idées claires. »
« Ah oui ? »
Il n’y eut pas d’autre entraînement. Ruagarne gonfla les joues et resta collé à Enkrid.
« Je me demande comment tu as appris à enseigner comme ça. »
Enkrid discuta avec la Grenouille, satisfaisant sa curiosité. Romen guida le groupe vers le village qu’il avait aperçu.
Comment dire ? Ce lieu leur laissa une première impression plus forte que tous ceux qu’ils avaient vus jusque-là.
« On devrait tout détruire et les tuer jusqu’au dernier ? »
Rem posa la question, pris par l’atmosphère. Ragna posa une main sur Ilchul.
Enkrid regarda la sculpture dressée bien en vue au centre du village.
Un cercle noir de jais était fixé au sommet d’un long poteau.
Il ressemblait à un soleil noir, ou à un disque solaire noir, l’un des symboles du Culte.
C’était comme proclamer haut et fort qu’ils vénéraient le Dieu Démon.
« Tu n’avais pas dit que c’était un village ? »
Sinar était une elfe. Elle percevait avec sensibilité l’énergie émise par les Créatures démoniaques. Une elfe ne pouvait pas déployer toute sa puissance dans un lieu dépourvu de l’énergie vitale de la forêt.
« C’est un village, simplement, ses habitants ont un mode de vie un peu particulier », répondit Romen.
Une fois à l’intérieur, même selon les critères de l’étrange, l’endroit était singulier.
On voyait des gens aller et venir. À l’échelle d’une ville, ils étaient presque vêtus comme des pauvres, mais aucun ne semblait avoir été amené ici de force pour y vivre.
Un homme cligna des yeux et s’approcha.
La plus grande différence entre le groupe d’Enkrid et l’homme qui leur faisait face tenait sans doute à la couleur de la peau. Ni sombre ni claire, la sienne avait une légère teinte violette.
« Tu es revenu vivant. »
L’homme qui s’approchait regarda Romen, puis examina le reste du groupe.
« Et tu as amené toute une bande d’invités, avec toi. »
L’homme leur fit signe de le suivre. Le village accueillait ses premiers visiteurs depuis bien longtemps.
À vrai dire, l’accueil était un peu gênant.
C’était inévitable : ils étaient les hôtes d’un village qui servait le Dieu Démon.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>