Chapitre 745
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 745 : Le jour dont il avait rêvé
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« Être chevalier n’est pas une fin en soi. »
Aux paroles d’Enkrid, Fell releva la tête. Il avait la joue meurtrie et les bras ballants le long du corps.
Il avait reçu des coups près des épaules et des coudes, et ses muscles étaient pris de crampes. Il ne parvenait plus à lever les bras.
Lors de son duel contre l’épée d’entraînement émoussée et le Tueur d’idoles, l’issue avait été claire et sans appel.
Esquiver, puis frapper.
C’était le principe de base de l’escrime. Il savait qu’il fallait beaucoup travailler son jeu de jambes pour le mettre en pratique.
Fell le savait lui aussi, mais après avoir encaissé les coups, il se demanda si tout ce qu’il avait compris jusqu’alors était vraiment juste.
Plutôt que de s’appuyer sur son jeu de jambes, Enkrid lisait chacune de ses attaques au moment où elle survenait, puis ripostait avec plus de rapidité et de force. Il repoussait les assauts de Fell avant de lui asséner ses propres coups.
Pourquoi en était-il ainsi ?
Un bouquet de questions s’épanouit dans sa poitrine. Et avec le doute lui revint tout le poids des paroles d’Enkrid.
Être chevalier n’était pas une fin. C’était un commencement.
Désormais, Fell comptait parmi les meilleurs combattants des Bergers de la nature. Mais ici, ce n’était pas le cas.
Enkrid continuait de manier son épée chaque jour comme un possédé. Tous ceux qu’il avait influencés s’entraînaient sans relâche. C’était le spectacle que Fell contemplait chaque matin.
Une seule séance d’entraînement suffit à ramener son sentiment de toute-puissance à de plus justes proportions. Fell pouvait de nouveau distinguer ce dont il était capable de ce qui lui échappait.
« Et ce type, Ropord ? »
Parmi les choses dont il était capable, il y avait le fait de rouer Ropord de coups. Ça, au moins, était clair.
Fell partit à sa recherche, et Ropord se présenta dans le terrain d’entraînement des chevaliers le lendemain. Naturellement, lui aussi avait franchi son propre obstacle.
La différence, c’était que Fell s’était enivré de cette impression de toute-puissance, tandis que Ropord avait sauté cette étape.
Des monstres partout autour de moi.
Tous les Chevaliers fous, Enkrid compris, étaient des modèles à suivre et des adversaires dignes d’être pris pour cible.
Ropord les avait observés et avait réfléchi à leurs accomplissements. Il ne s’était donc jamais laissé griser par ce sentiment.
Tout tenait à une différence de tempérament, pas de capacité.
En vérité, Ropord n’avait pas encore clairement établi ce qu’il pouvait faire ou non, lui non plus.
Quoi qu’il en soit, Fell et Ropord savaient désormais manier la Volonté avec naturel. Ils continuaient donc à se considérer comme leurs plus grands rivaux, et rien de plus.
« Tu me rattrapes à peine », lança Fell avec un sourire narquois.
« Qui rattrape qui ? »
« Toi, tu me rattrapes. »
« Moi, je rattrape qui ? »
« Ah, nier les faits te fait du bien ? »
« Moi, je rattrape qui ? »
Leurs échanges avaient quelque chose de presque attendrissant. Les voir croiser le fer juste après aussi.
Un soldat venu livrer une lettre parut un peu surpris de les trouver en plein combat, mais quiconque fréquentait régulièrement le terrain d’entraînement des chevaliers avait fini par s’habituer à ce genre de spectacle.
Tous avaient vu Rem et Ragna, Rem et Audin, Rem et Jaxon s’affronter assez souvent pour ne plus sourciller devant une scène pareille.
La lettre venait du Roi pionnier de l’Est.
Dunbakel avait passé un mois entier sans se laver et avait franchi son obstacle.
Quel genre de rapport est-ce là ?
La lettre parlait aussi de plusieurs autres affaires concernant l’Est, mais Dunbakel en était le sujet principal.
Apparemment, on l’appelait désormais la Lionne aux yeux d’or, là-bas.
On ajoutait qu’ils ne la rendraient pas, et que quiconque viendrait la récupérer ferait mieux de se préparer à avoir des ennuis.
Enfin, quelque chose dans ce goût-là.
Ce n’est pas comme si je l’avais jamais liée à moi.
Si Dunbakel avait choisi de rester à l’Est, il respecterait sa décision. À moins qu’Anu ne la retienne de force, il n’avait aucune raison de se précipiter là-bas pour la récupérer.
Il le lui demanderait une fois, bien sûr. Mais ce serait tout.
« Tu es occupé ? »
Après qu’il eut terminé sa lecture, Sinar vint le trouver.
« Si tu ne l’es pas, viens jouer avec moi. »
Ce n’était pas vraiment une invitation à jouer. C’était une manière typique des elfes de faire passer une vérité par des détours.
La cité des elfes convoquait Enkrid. Ils avaient quelque chose à lui remettre.
Avant de partir, il jeta un regard en arrière et vit Fell et Ropord s’affronter à un rythme mesuré, tout en se jaugeant.
Devenir chevalier avait fait ressortir plus nettement les qualités propres à chacun.
Ils ne s’entretueront donc pas.
Et c’était le terrain d’entraînement des chevaliers. Même en son absence, quelqu’un interviendrait au dernier moment.
« Allons-y, alors. »
« Tu es devenu quelqu’un de plutôt intéressant, mon fiancé. »
Elle ne s’était pas attendue à ce qu’il se lève si facilement, et les yeux de Sinar se plissèrent, amusés. Il ignorait la raison de son sourire, mais le sourire d’une elfe était comme un voleur qui dérobait le cœur des humains.
Enkrid pouvait bien sûr le contempler sans ciller.
Devenir chevalier aiguisait aussi l’esprit.
Quand le cœur vacillait, le corps vacillait avec lui.
Une fois qu’on l’avait compris, l’habitude de se ressaisir à tout instant devenait naturelle.
Guidé par Sinar jusqu’à la cité des elfes, il fut accueilli en premier par Bran le Woodguard.
Pff.
Une fumée blanche s’échappa de sa bouche. Un arbre qui mâchait du feu.
« Tu fumes toujours du tabac ? »
« C’est un démon, ce truc. Une fois qu’on commence, difficile de s’arrêter. »
Il passa devant le Woodguard qui gardait l’entrée de la cité et s’avança à l’intérieur. Un membre d’un des clans elfes capables de manier le feu, qu’il avait déjà croisé, attira son regard et lui adressa un bref signe de tête, puis le suivit à distance.
Mais ce ne fut pas tout. Tous les regards des elfes de la cité se posèrent sur lui.
Enkrid était le héros qui avait sauvé leur cité. Leur idole.
Tous accouraient pour apercevoir son visage.
« Ils ont tous bon goût », remarqua Sinar en les observant. Il ne savait pas si sa voix trahissait de la fierté ou s’il se l’imaginait.
« Personne n’a rien d’autre à faire ? »
Le groupe d’elfes qui gardait ses distances bruissait et remuait, l’observant en silence entre les buissons et les arbres.
Un autre aurait pu en être troublé. Enkrid n’y prêta pas la moindre attention.
C’était toujours mieux que d’être forcé d’assister à un bal et de se retrouver entouré de dizaines de dames.
Au moins, ils l’observaient de loin.
Alors la représentante du clan des elfes s’avança.
Enkrid avait déjà oublié une nouvelle fois le nom de cette elfe d’âge mûr.
Il lui était arrivé quelque chose de semblable au réveil, après avoir abattu le Tueur unique.
Il fouilla soigneusement sa mémoire et tenta une réponse.
« Ermen ? »
« Cette fois, tu as trouvé. »
L’elfe acquiesça avec un sourire satisfait.
« Tu oublies souvent mon nom, toi aussi ? » demanda Sinar à côté de lui, et un souvenir lui revint.
Cette elfe était toujours aussi malicieuse qu’à l’époque. Mais lui avait changé depuis, et de telles remarques ne l’atteignaient plus.
Ça fait déjà un bon moment.
Il avait plus de choses à protéger, et davantage encore qu’il avait réussi à protéger. Dire qu’il n’en était pas fier aurait été un mensonge.
« Tu t’appelais Zanar ? »
« Je suis tombée dans le panneau. »
La plaisanterie arracha un sourire à Sinar. Elle souriait plus souvent qu’autrefois.
« Tiens », dit Ermen.
Elle avait appelé Enkrid dans la cité pour lui remettre quelque chose. La cheffe du clan lui tendit un tissu plié.
Enkrid le prit et le déplia d’un geste. Le tissu se gonfla dans un froufrou. C’était une cape vert sombre.
De la vitalité ?
Il sentit quelque chose émaner de la cape, une énergie vivante, semblable à celle qui respirait dans les arbres et l’herbe.
« Dès qu’elles se sont installées ici, les Dryades ont passé plusieurs mois à filer le fil, puis elles y ont tissé leur cœur. »
La cape vert sombre brillait d’une douce lueur intérieure, comme si elle avait absorbé les rayons du soleil. Enkrid la posa sur ses épaules.
Elle lui arrivait juste au-dessus des cuisses, mais s’allongea d’elle-même jusqu’à lui tomber aux chevilles.
Une cape enchantée.
Sa longueur s’ajustait toute seule, et un parfum d’herbe fraîche s’en dégageait.
La porter, c’était comme se promener dans une forêt. Rien qu’en l’enfilant.
Une cape n’était pas, à proprement parler, un outil de combat, mais les chevaliers avaient l’art de rendre utile jusqu’à ce genre d’objet. Les Chevaliers à la Cape Rouge utilisaient leurs capes pour détourner les sorts.
Ça se voyait au premier coup d’œil. Ils avaient mis tout leur soin et toute leur affection dans cette pièce.
Étrangement, elle lui rappelait les bottes que lui avait offertes le cordonnier.
Lui aussi avait donné le meilleur de lui-même, dans la mesure de ses moyens.
Tout comme le clan des elfes le faisait à présent.
« Elle te va bien. La couleur, surtout. »
Ainsi, le symbole de l’ordre des chevaliers passa, très légèrement, d’une cape bleu sombre à une cape vert sombre.
Quelle que soit la personne qui s’en était chargée, l’emblème des Gardes-frontières était déjà brodé sur la cape.
« Attends, la couleur de la cape va changer ? » demanda Kraiss, qui passait par là pour rentrer et s’arrêta pour regarder.
Enkrid hocha la tête. « On dirait bien. »
Pendant tout ce temps, Sinar était restée trois pas derrière lui, les yeux brillants d’impatience.
« Le vert de l’herbe, c’est l’amour », lança-t-elle en riant, visiblement ravie de l’avoir fait porter un symbole elfique.
Après avoir reçu ce précieux cadeau, Enkrid vit Esther venir le trouver dans l’après-midi. Elle voulait se promener au marché et lui demanda de l’accompagner.
C’était rare, alors il acquiesça et fit un tour du marché avec elle.
« Des sourires sur les visages des gens. C’est étrange à voir. »
Esther observait les gens. Elle pouvait désormais voir et comprendre des choses qui lui avaient échappé lorsqu’elle vivait dans la forêt.
À ses yeux, le mot qui décrivait le mieux cette cité était « abondance ».
« Hé, achetez quelque chose ! » lança un Géant qui avait installé un étal.
« Qu’est-ce que tu fais ici ? »
Seiki était là aussi, à vendre des herbes médicinales et d’autres choses du même genre.
Une femme dotée d’un pouvoir divin digne d’une Sainte Élue, qui cueillait des herbes pour les vendre. Avant tout cela, Seiki avait vécu comme une rôdeuse. La cueillette et l’identification des herbes lui étaient donc familières.
« Je ne peux pas continuer à manger gratuitement alors que je suis en pleine forme. Il faut bien travailler. »
Une vie faite de jeux, de repos, d’entraînement de son pouvoir divin et d’observation des étoiles à flanc de montagne était assez agréable. Mais il ne fallait pas laisser l’ennui s’installer ni perdre sa diligence. Du moins, c’était sa façon de voir les choses.
Une attitude qui avait sa propre logique et ses raisons.
« Hein ? Tonton ? »
Et voilà qu’Enkrid tomba sur un oncle égaré.
« Hic. »
Il avait oublié son nom. Son visage aussi avait changé. Sa barbe était soigneusement taillée, ses cheveux coupés courts, et il semblait avoir maigri.
Mais cette expression, il ne pourrait jamais l’oublier. Le regard dans le vague, la bouche béante.
C’était l’homme qui s’était proclamé à grands cris l’oncle du Chevalier du Mur de Fer en apprenant qu’Enkrid était un ami de Leona, la dirigeante de la Compagnie marchande Rockfreed. Ce marchand s’était fait prendre à tourmenter la compagnie marchande dirigée par Enri et l’avait payé cher.
C’était étrange qu’il oublie si facilement le nom d’Ermen, mais pas celui de Malten. Que pouvait-il y faire, si son esprit fonctionnait ainsi de lui-même ?
« Le Chevalier du Mur de Fer », murmura Malten.
Enkrid acquiesça.
« Content de vous revoir. Vous avez beaucoup changé. Vous avez un peu d’argent de poche ? »
Malten menait désormais une tout autre vie. Rien à voir avec l’époque où il arpentait les rues, empli de venin comme un crapaud toxique.
« Bien sûr. Autant qu’il vous en faut », répondit Malten, le regard redevenu limpide.
Quelque chose a changé.
Enkrid le remarqua et hocha lentement la tête. Les gens changeaient. C’était quelque chose qu’ils pouvaient faire.
D’après ce qu’il avait entendu, Malten travaillait maintenant comme grand marchand pour la Compagnie marchande Rockfreed. Un grand marchand était un négociant en chef qui supervisait plusieurs marchands, et le colportage était la spécialité de cet homme.
« Je suis aussi passé par ce village », ajouta Malten.
Il lui apporta des nouvelles du Village caché où Enkrid s’était arrêté autrefois.
« Ils ont dit que tu serais toujours le bienvenu, quand tu voudras. Ils n’ont pas oublié ta gentillesse. »
Ce n’était pas une nouvelle particulièrement palpitante. Mais elle réchauffait le cœur.
De Dunbakel au Village caché.
On aurait dit que, ce jour-là, des histoires intéressantes lui arrivaient de toutes parts.
« Une tarte aux pommes vient de sortir du four. Vous en voulez une à emporter ? » demanda Allen, l’aubergiste, quand Enkrid passa devant lui.
Vanessa, plus ridée qu’autrefois, était assise sur une chaise devant l’auberge et l’interpella.
Les marchands de fruits, çà et là, le saluèrent.
Le cordonnier lui sourit et lui dit que cela faisait longtemps.
Il avait rêvé de jours comme celui-là.
Le marchand de pommes qui découpait la partie pourrie avant de la lui tendre.
La vieille servante qui faisait rôtir des pommes de terre au-dessus des braises.
La vieille femme revêche et voûtée qui avait autrefois vendu son corps.
Le mercenaire qui fuyait les combats et les batailles et rêvait de jours paisibles.
Un jour où tous pourraient sourire, où Enkrid pourrait marcher parmi eux, les saluer et laisser les heures s’écouler dans un endroit pareil.
Aujourd’hui, même manier son épée lui avait paru plus agréable que d’habitude, et plaisanter avec Sinar lui avait fait du bien.
Esther avait beaucoup parlé des choses nouvelles qu’elle avait découvertes en tant que sorcière. Qu’on puisse appeler cela bavarder ou non, elle avait assurément été plus loquace que d’habitude.
« C’est un peu calme aujourd’hui. Alors, regarde ça : mon projet de salon », dit Kraiss.
Il semblait sur le point de dévoiler son rêve.
Il expliqua que, lorsque les nobles se réuniraient aux Gardes-frontières, ils auraient besoin d’un lieu où discuter.
Enkrid aperçut Leona en plein milieu de la journée.
« Cette fois, j’ai trouvé quelque chose dans le village… Enfin, non, on en reparlera plus tard. »
Kin Bysar était avec elle.
« Plusieurs dames qui ont des vues sur toi semblent pousser des soupirs », remarqua Kin Bysar.
Lorsqu’il s’était promené avec Esther, plusieurs regards l’avaient suivi. C’était probablement d’elles qu’elle parlait.
La lumière du soleil était claire, les nuages rares et le ciel bleu.
De retour au terrain d’entraînement des Gardes-frontières, Enkrid trouva Ragna en train d’enseigner quelque chose à une escouade de dix soldats. Enkrid lui avait transmis les bases de l’entraînement des chevaliers, et Ragna en mettait une partie en pratique.
« Aujourd’hui, au lieu de nous battre à l’instinct, faisons un vrai duel », proposa Rem avant le dîner.
L’entraînement se passa bien. Enkrid sua à grosses gouttes, et les improvisations soudaines de Rem déjouèrent toujours ses calculs.
Même ces perturbations, il les réintégra dans le domaine de la tactique.
« C’est ça », dit Ruagarne, admirative.
Après le duel, il dut s’asseoir avec elle et discuter pendant plusieurs heures.
Une cité remplie de choses qu’il avait protégées, et les gens qui la partageaient avec lui.
Aujourd’hui, c’était le jour dont il avait autrefois rêvé.
Et dans son rêve, le Batelier apparut. Puis il lui fit une proposition.
« Ce n’est pas un avenir fait de pertes, de rancœur et de désespoir qui t’attend, mais une journée comme celle-ci, pleine de satisfaction et de joie. Il te suffit d’abréger toi-même ta vie avant de dormir. »
Oui. Même à Enkrid, la proposition du Batelier semblait avoir un certain sens, à cet instant.
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