Chapitre 739
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 739 : Le Démon souriant
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« À l’intérieur. »
Enkrid fut bref.
Il n’avait pas non plus besoin de distribuer les coups comme il l’avait fait avec Harkvent. Il existait bien d’autres méthodes.
« À l’intérieur de quoi ? »
demanda Jeri. L’homme avait du cran, mais sa voix tremblait à présent, juste un peu.
La Pression d’Enkrid pesait sur lui, ferme et mesurée. Aux yeux de Jeri, Enkrid avait l’air bien plus dangereux que d’habitude.
Tu dépasses les limites, et je te coupe en deux.
Il n’avait pas besoin de le dire. Le message passait tout seul.
Harkvent boitillait et fusillait Enkrid du regard, mais derrière cette colère apparente se cachait surtout une tentative désespérée de dissimuler sa peur.
Devant eux s’ouvrait une fosse profonde. On l’avait creusée pour piéger les grandes Bêtes magiques qui s’approchaient. Les pieux aiguisés qui se trouvaient au fond avaient été retirés, mais la profondeur n’avait rien d’une plaisanterie.
D’après Jeri, même debout sur les épaules de Harkvent, on n’atteindrait pas le bord.
Les parois n’étaient pas tout à fait verticales, elles s’inclinaient légèrement, mais ça ne les rendait pas faciles à escalader.
Tous commencèrent à échanger des regards inquiets.
On est vraiment censés descendre là-dedans ?
Pourquoi cet étranger se comporte-t-il comme ça, tout à coup ?
Il n’a pas dit qu’il nous aiderait ?
La réunion s’était achevée sur Harkvent allant lui demander de l’aide.
Enkrid ne dit rien. Il se contenta de changer d’appui. Il pouvait projeter son intention sans bouger d’un pouce, mais cela rendrait les choses plus pénibles. Une Pression incontrôlée vidait les jambes de leur force. Ici, il ne cherchait pas à les terroriser, seulement à leur faire sentir qu’une menace était sur le point de surgir.
Il bomba le torse et pivota des hanches. Tous ceux qui le regardaient purent voir la poignée de Trois-Fer, posée contre son flanc.
Ce fut à cet instant qu’ils comprirent tous ce que Harkvent avait déjà saisi.
Les Bêtes magiques représentaient une menace lointaine. L’épée, elle, était juste devant eux.
Inutile de se demander laquelle était la plus dangereuse.
Jeri descendit le premier. Une corde tomba du bord de la fosse. Enkrid lui lança :
« Remonte. »
Survivre ici, même en profitant des conflits territoriaux entre les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques, n’était pas à la portée des gens ordinaires. Les muscles se forgeaient qu’on le veuille ou non, et la dureté faisait partie du quotidien.
Mais agripper une corde, au fond d’une fosse, et se hisser jusqu’en haut était une tout autre affaire.
« Hah ! Hah ! »
Jeri grimpa de toutes ses forces. Quand il atteignit le sommet, ses paumes lui faisaient mal à force de serrer la corde.
« Cours. Par là. Vite. »
Enkrid leva un doigt et désigna la direction, d’un ton plat et ennuyé.
La Pression ne faiblissait pas. Elle disait clairement : Je peux te trancher quand je veux, et ça ne me fera ni chaud ni froid.
Jeri partit en courant, à bout de souffle.
« Ici ! Touche celui-là, puis va par là ! »
Des enfants, postés à intervalles réguliers comme des panneaux indicateurs, lui crièrent le chemin à suivre.
Il contourna quelques arbres et revint en courant. À son retour, le ciel avait jauni.
« Un de fait. Au suivant. »
La voix d’Enkrid lui parvint. La suivante fut une femme trapue. Plus forte que Jeri, assez douée à l’arc et pas du genre à se laisser facilement impressionner. Elle avait aussi peur que les autres, alors elle descendit sans protester.
Après elle vint l’homme timoré qui avait assisté à la réunion.
Il décida de tricher. Ça lui faisait peur, mais il ne pensait pas qu’on le punirait pour avoir pris un raccourci.
Après être sorti de la fosse, il courut en feignant d’être essoufflé, tout en gardant une allure tranquille. Depuis l’enfance, il courait vite. Ce n’était rien pour lui.
À son retour, Enkrid lui donna un coup de pied dans la cuisse.
Paf.
Un petit coup sur le bas de la jambe. L’homme s’effondra et se mit à marteler le sol de ses poings.
À ses cris, on comprenait que ça faisait mal.
« Si tu triches… »
Enkrid ne termina pas sa phrase.
Tous ceux qui savaient se battre descendirent dans la fosse, remontèrent et coururent. Ils recommencèrent plus de dix fois chacun. À la fin, leurs jambes tremblaient et ils n’arrivaient plus à lever les bras.
Si une Bête magique les avait attaqués à cet instant, ils auraient été une proie facile.
« Nous allons creuser une autre fosse. »
Enkrid lâcha ces quelques mots, puis retourna là où Brunhild et les enfants l’avaient observé.
Ensuite, comme si rien ne s’était passé, il reprit ses leçons : manier la lance et lancer une hache.
« Je connais quelqu’un qui manie la hache bien mieux que moi », fit-il remarquer tout en leur apprenant à la lancer.
Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce qu’il veut ? Personne n’osa poser la question, ni protester. Ils avaient l’impression qu’il ne leur répondrait pas, de toute façon. Même Harkvent s’était tu.
La même chose se répéta pendant trois jours.
« Tu es un démon ? »
demanda l’homme timoré, au bord des larmes. Il était si épuisé qu’il avait cessé de filtrer ses paroles.
Enkrid lui sourit et répondit :
« Pense ce que tu veux. »
S’il était entré avec ce sourire dans un salon de la capitale, Nauril, il aurait fait rougir plus d’une dame. Même au marché des Gardes-frontières, plus d’une personne se serait arrêtée net pour le regarder à deux fois.
Si Leona Rockfreed l’avait vu, elle aurait peut-être lancé quelque chose comme : « Ce sourire n’annonce que des ennuis. Arrête. Je n’ai aucune envie de mourir sous la lame d’un elfe. »
Mais, aux yeux de l’homme timoré, ce sourire ressemblait à la grimace d’un démon sans cornes.
Comment appeler autrement quelqu’un qui pousse les gens au bord de la mort tout en souriant ainsi ?
* * *
Le Batelier plissa les yeux.
Dans son regard se reflétait ce qu’Enkrid faisait en ce moment. Devait-il dire que ces trois derniers jours avaient été plutôt surprenants ?
Ce vaurien.
En temps normal, Enkrid aurait dû s’agiter pour sauver ces gens, tandis que le Batelier l’aurait observé avant de lui demander quelque chose comme :
Tu crois qu’ils vont t’écouter ?
Et, ensuite : Tu crois que l’entraînement va les changer ?
Voilà la conversation qui aurait dû avoir lieu. Au lieu de quoi, toutes les étapes avaient été sautées.
Enkrid avait fait ça. Quelques mots pour jauger la situation, puis il avait anticipé plusieurs coups et était passé à l’action.
Cet homme avait déjà une volonté hors du commun ; maintenant, il réfléchissait avec soin et faisait aussi confiance à son instinct.
Voilà ce que ça donnait. Il avait deviné ce que le Batelier allait dire et agi avant même qu’il ait besoin de le formuler.
Ce vaurien.
Cela dit, le Batelier ne pouvait rien y faire, pour l’instant. Quand il interpella Enkrid ce soir-là, tout ce qu’il lui resta à dire fut :
« Tu crois que ça se passera comme tu le veux ? »
C’était possible. Le Batelier ne voyait pas l’avenir, mais il avait vécu longtemps et vu bien des choses. Toute cette expérience accumulée lui permettait de déduire ce qui l’attendait à partir des signes présents.
Ça marchera.
En observant l’homme, une nouvelle expression lui vint à l’esprit.
Un habile à saisir l’instant présent.
Enkrid cligna des yeux et répondit :
« Oui. »
« Va. »
« Oui. »
« Hors de ma vue. »
Après ces deux réponses sans fioritures, l’homme s’éloigna du bac.
Le Batelier ferma les yeux. Les contrariétés s’étaient succédé, et pourtant, une attente discrète et profonde s’éveillait en lui.
Est-ce que ça va vraiment se passer comme il l’espère ?
Une autre voix s’éleva quelque part en lui, mais il ne lui répondit pas.
On ne pouvait savoir si quelque chose réussirait qu’en allant jusqu’au bout.
Tu es devenu assez indulgent pour penser comme ça.
Le Batelier reconnaissait au moins ce point.
Répéter cette journée serait toujours l’ancre qui retenait Enkrid ici. Rien n’y changerait.
Et pourtant, il se surprenait à attendre qu’il se passe quelque chose ?
Non. Ce n’était pas ça. C’était simplement devenu l’une des choses qu’il trouvait divertissantes.
Le Batelier rit. Son rire dériva sur la Rivière Noire, s’étendit au loin et lui revint en écho. Un prisonnier n’avait jamais qu’un espace confiné ; son rire finirait donc toujours par rencontrer un mur et rebondir.
* * *
Obéis, ou meurs.
Pendant que toute cette folie se poursuivait, une meute de Bêtes-loups et d’autres Bêtes magiques attaquèrent à trois reprises.
« Vous n’avez aucun sens du timing. »
À chaque fois, ce bretteur sans pitié les massacra sans hésiter, les tailladant, les écrasant et les mettant en pièces.
Il ne se servait pas que de son épée. Il y ajoutait ses poings et ses pieds, avec un résultat presque terrifiant. Ses mouvements étaient à peine perceptibles que des têtes de Bêtes magiques s’enfonçaient déjà sous les coups.
Le fait d’avoir rassemblé tout le village au même endroit avait certes réduit le périmètre à défendre, mais ce qu’il accomplissait restait stupéfiant.
C’était le genre de combattant capable d’exterminer seul une meute entière de Bêtes magiques.
« Oh. »
Quelqu’un qui regardait la scène laissa échapper un son, à mi-chemin entre le souffle et la parole.
Était-ce de l’admiration ? Non. Le combat venait de se terminer trop vite.
L’épée abattait les Bêtes magiques, mais dès que le combat prenait fin, elle venait piquer dans le dos de ceux qui bougeaient encore. Enkrid avait littéralement fait ça, appuyant la pointe contre la colonne vertébrale de ceux qui haletaient, pliés en deux par l’épuisement. Il ne leur restait aucune blessure, mais sentir une lame contre son dos suffisait à glacer le sang.
« On s’arrête ? »
Il le demanda tout en les piquant.
On aurait dit de la magie. Ce seul mot, la pointe acérée pressée contre le dos, suffisait à faire surgir des forces qu’on ne possédait plus.
« Hah ! »
Trois jours plus tôt, tous avaient blêmi dès que les Bêtes magiques avaient attaqué. Ce n’était plus le cas.
L’odeur du sang se répandit dans le village, et Jeri reprit courage.
« On devrait nettoyer les environs », dit-il.
Enkrid se contenta de hocher la tête.
Cela signifiait que tout le monde aurait droit à une courte pause.
Mais quiconque traînait des pieds, en faisant semblant d’être plus épuisé qu’il ne l’était, recevait immanquablement ce sourire en pleine figure quand Enkrid s’approchait.
Et la pause prenait fin ; l’enfer recommençait.
En plus, ils devaient tout faire alors que la puanteur du sang des Bêtes magiques flottait dans l’air. Ils nettoyaient, et après la prochaine attaque, il y aurait encore plus à nettoyer.
Ils étaient déjà coriaces à la base, mais après tout ça, ils étaient encore plus affûtés.
Les rôles s’étaient répartis naturellement, Harkvent prenant la coordination en main depuis le centre, comme toujours.
Ce ne fut qu’après trois jours de ce régime qu’Enkrid leur proposa une autre tâche.
« Prenez tous une lance et mettez-vous en rang. »
À présent, sa parole faisait loi.
À moins de se préparer à l’affronter, et parmi eux, le plus coriace, Harkvent, fut le premier à obéir. L’homme timoré se rangea à côté de lui sans discuter.
« Mieux vaut prendre un coup que mourir. »
D’une certaine manière, l’homme timoré avait du vrai courage.
Après ce qu’Enkrid lui avait fait subir, il avait quand même essayé de prendre des raccourcis en débarrassant les carcasses des Bêtes magiques.
Enkrid lui donna encore deux coups de pied pour ça.
L’homme pleura et rampa par terre, mais, étrangement, rien ne se brisa. Ses jambes ne fléchirent pas longtemps non plus ; il n’eut que des contusions et se remit debout peu après.
Il sait où frapper.
L’homme timoré l’avait compris. Et cet homme frappe en souriant.
Il pourrait faire ça des centaines de fois.
Sans jamais tuer personne. Ceux qui n’ont jamais subi de véritable punition n’y résistent pas. Pour l’homme timoré, les coups de pied d’Enkrid relevaient de la torture.
« Tenez-vous bien et faites ce qu’on vous dit. »
Il s’adressa à tous, sans leur laisser la moindre possibilité de protester.
Harkvent avait effectivement compris ce qu’Enkrid cherchait à faire.
En gros, il y avait deux objectifs.
Le premier consistait à leur faire perdre la peur qu’ils éprouvaient envers les Bêtes magiques.
D’abord, enfouir cette peur sous une autre, plus grande, puis les maintenir devant les carcasses des Bêtes magiques jusqu’à ce que leur vue ne leur fasse plus rien.
Le second était d’amener tout le monde à agir d’un seul mouvement.
Moins de soixante-dix combattants, et pas un seul n’avait reçu de véritable entraînement au combat. La force de Harkvent était naturelle, pas le fruit de l’entraînement. Il n’avait jamais suivi d’exercices militaires.
La responsabilité et la compétence n’étaient pas la même chose.
Mais il avait l’œil et comprenait ce qu’il voyait. Cela venait sans doute des années passées à veiller sur le village.
Ils avaient appris à lire la respiration des autres et à deviner leur état d’un seul regard.
Ce n’est qu’alors qu’Enkrid les rassembla, leur mit des lances entre les mains et commença à leur enseigner les formations.
Ils apprirent vite. Les progrès étaient visibles. Ce n’était pas étonnant : pendant trois jours, on les avait écrasés dans la poussière.
À part les escalades de la fosse et les courses, tout ce qu’ils avaient fait revenait à coordonner leurs pas et à lancer des appels à l’unisson. Quiconque avait des connaissances militaires aurait reconnu dans leurs activités un entraînement aux exercices.
* * *
Intéressant.
À force de les faire s’exercer, il trouvait quelque chose d’agréable à enseigner à des recrues sans expérience.
Ce n’était pas facile, mais il devait reconnaître que c’était amusant à sa manière.
Le Batelier avait vu juste.
Le séjour chez les Zaun avait élargi les horizons d’Enkrid. À partir de là, il avait commencé à anticiper plusieurs coups.
Il savait aussi que le Batelier ne pouvait pas voir le passé, seulement le présent, et qu’il faisait ses prédictions à partir de là.
Des gens qui tenaient les autres à distance, mais qui méritaient d’être protégés.
Une meute de Bêtes magiques de taille inconnue, qui n’en finissait pas d’arriver. Un emplacement au cœur de la chaîne de montagnes, les ressources dont disposaient ces gens, le talent de Brunhild, l’absence totale d’entraînement au combat.
Beaucoup de choses à prendre en compte.
Tout s’agença dans son esprit et lui montra la voie.
Cette pensée condensée avait supprimé la presque-dispute qu’il aurait eue avec le Batelier et l’avait conduit là où il se trouvait à présent.
Un mois, c’était peu, si l’on voulait. Mais bien employé, ce temps suffisait amplement.
Le Batelier avait sans doute voulu l’empêtrer ici, à répéter cette journée dans cet endroit pour le restant de ses jours. Ce plan était voué à l’échec dès le départ.
Vers la moitié du mois, une lueur s’était allumée dans les yeux de tous les villageois.
Enkrid les avait tous tenus sous sa coupe par la peur, depuis le début.
Brunhild était jeune, mais vive. Elle posait des questions du regard, mais consacrait plus d’énergie à apprendre à manier la lance qu’à trouver des réponses. Quand l’entraînement du reste du village commença, elle s’y plongea plus encore qu’avant.
La fillette était perspicace. Elle sentit vaguement que le temps qu’Enkrid s’était accordé tirait à sa fin, et prit la parole.
Mais elle accumula les erreurs d’interprétation et finit par décider qu’Enkrid était un ennemi.
« Arrête de les tourmenter. »
La jeune prodige braqua sa lance sur Enkrid.
Il aurait pu dire que c’était une sensation à savourer. La première fois qu’il avait quitté le village, il avait perdu contre un enfant deux fois plus petit que lui. Beaucoup de choses avaient changé depuis.
« Yah ! »
Brunhild porta une estocade pour défendre les villageois.
Enkrid attrapa la lance, puis lui donna une pichenette sur le front avec son majeur.
Paf.
« Aïe ! »
La fillette se prit le front et se roula par terre.
« Ne te monte pas la tête. »
Même un génie ne pouvait pas combler si facilement un tel écart.
Quoi qu’il en soit, son instinct ne l’avait pas trompée. La fin approchait. Se préparer à ce moment faisait partie de ce qu’Enkrid cherchait à accomplir. Il estima que l’heure était venue de passer à quelque chose qui ressemblait davantage à un véritable entraînement.
« Sortez toutes les réserves de nourriture. »
Harkvent acquiesça à l’ordre d’Enkrid.
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