Chapitre 735
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 735 : Brunhild, tu es un génie
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Un plafond tissé de branches, de feuilles séchées et de peaux recouvrait l’abri creusé dans le sol, qui arrivait à hauteur de taille. La lumière du soleil y pénétrait sous un angle peu commode et n’en éclairait que la moitié.
Là où le plafond est épais, il doit faire sombre même en plein midi.
On ne pouvait pas vivre sans lumière. Ils ne restaient donc pas enfermés là-dessous en permanence.
La construction n’avait rien d’une maison ordinaire. À l’intérieur, plusieurs espaces séparés, creusés comme dans une fourmilière, permettaient de se cacher.
Bien sûr, Harkvent n’avait pas eu la bonté de lui faire visiter chaque recoin en lui fournissant des explications. Enkrid s’était contenté de jeter un coup d’œil autour de lui et d’observer ce qu’il y avait à voir. L’escrime tactique de Ruagarne vous apprenait à prendre automatiquement en compte votre environnement.
Même si une lutte éclatait avec l’homme devant lui, le cadre aurait peu d’importance : un seul geste suffirait à le tuer. Mais ce n’était pas une raison pour négliger les alentours.
Un vieux dicton lui revint en mémoire : la lame la plus acérée qui tue un chevalier, c’est l’insouciance.
Un bon trou où se cacher.
Pas conçu pour combattre. Conçu pour survivre.
Plus profondément dans l’abri semi-enterré, plusieurs sortes de plantes séchaient sur une portion de sol plane, mais elles étaient là depuis si longtemps qu’elles s’étaient réduites à l’état de coques. Le long d’un mur, des plats en argile s’alignaient bien proprement, couverts de poussière et pas essuyés. Une table taillée dans le bois se trouvait dans un coin.
Il y avait aussi un lit, même si Enkrid aurait parié le salaire quotidien de Kraiss que ce qui le rembourrait n’était pas de la paille de qualité.
« Je n’ai pas grand-chose à vous offrir. Ici, on vit pauvrement. »
Enkrid perçut l’anxiété et la méfiance dans les yeux de Harkvent. Malgré tout, l’homme ne lui demanda pas franchement de partir.
Harkvent versa de l’eau dans un gobelet en argile et le posa sur la table en bois. L’eau était limpide et avait bon goût.
Il vit dans cette région depuis longtemps.
La structure de l’habitation le lui apprit. Ce n’était pas un endroit où l’on s’arrêtait pour quelques nuits. On y vivait depuis des années, au moins quelques-unes. Des traces de sagesse durement acquise se voyaient partout.
L’usage du Fruit du Cauchemar en était un exemple. Les pièges inachevés éparpillés ici et là en étaient un autre.
Il sentit l’odeur des peaux séchées et des plantes médicinales, mêlée à un parfum âcre et inconnu qu’il n’avait jamais rencontré.
Trois choses étaient indispensables à la vie.
La nourriture, les vêtements et un abri.
Ils se procurent de quoi manger en chassant et en cueillant.
Il n’y avait nulle trace de métier à tisser, pourtant les vêtements des habitants étaient en assez bon état.
Il doit donc y avoir une compagnie marchande ou un colporteur qui ne traite qu’avec ce village.
Des colporteurs qui ne faisaient le tour que du Village caché, profitant de son isolement pour s’enrichir. Enkrid en avait déjà croisé de ce genre à quelques reprises.
Harkvent soufflait par petits à-coups, chaque expiration semblant porter le poids d’une longue réflexion. Sa tension était manifeste.
Il serra le poing et demanda : « Vous venez du sud ? »
Enkrid lut son expression et fit l’idiot. « Je ne faisais que passer. C’est tout. »
L’été était arrivé, mais ils se trouvaient au cœur de la chaîne de montagnes, où un vent frais soufflait le matin et le soir. Il était midi à présent, et l’habitation semi-enterrée était devenue étouffante, sans qu’on s’en aperçoive.
La sueur coulait sur le front de Harkvent. La chaleur et les nerfs le travaillaient de concert. Puis il expira encore une fois, longuement. Un souffle de soulagement.
« Je vois. Si vous veniez du sud, vous ne vous seriez pas arrêté pour discuter. »
Pour dire les choses simplement, ces gens étaient des fugitifs venus du sud, et Harkvent était leur porte-parole, une sorte de chef de village.
Les Villages cachés étaient par nature surtout peuplés de criminels ou de gens ayant fui des seigneurs qui les pressuraient jusqu’au sang. S’installer dans une autre ville leur paraissait inutile : ceux qui les poursuivaient ne renonceraient sans doute jamais, et ils n’avaient pas le talent nécessaire pour se fondre discrètement dans la foule.
Pour toutes ces raisons, ils préféraient tenter leur chance parmi les Bêtes magiques et les Créatures démoniaques plutôt que d’avoir des voleurs pour voisins.
Harkvent caressa sa barbe dorée d’une main et la peigna plusieurs fois vers la droite. On aurait dit une vieille habitude.
« Jusqu’à ce que les Bêtes magiques se mettent à tout ravager, on s’en sortait. »
L’épuisement qui se lisait sur son visage était profond.
Sur la cinquantaine d’habitants environ, la moitié étaient des femmes, des enfants ou des vieillards. Ils n’avaient jamais survécu grâce à leurs armes, de toute façon.
Des pièges et des plantes médicinales.
D’après ce que Harkvent lui avait raconté, leur plan initial consistait à attirer les Bêtes magiques dans quelques fosses, où elles tomberaient et périraient.
Les pièges étaient rudimentaires, mais…
Contre la plupart des Bêtes magiques, ils auraient sans doute suffi.
Enkrid le pensait aussi. Mais après avoir affronté la meute, son avis avait changé.
Cette meute avait l’habitude de ralentir ses adversaires. Même s’ils attiraient les bêtes dans un abri creusé en forme d’habitation, combien se laisseraient vraiment prendre au piège ?
Celles qui s’y précipiteraient aveuglément pour finir enterrées vivantes ne seraient pas nombreuses.
Ces gens avaient d’autres tours dans leur sac, des pièges et des plantes toxiques, mais…
Si on les laisse faire, ils vont tous mourir.
Pas besoin de se fier à son instinct ou à son intuition. Il lui suffisait de repenser à cette Bête panthère qui les observait de loin.
Ils étaient loin d’être tirés d’affaire.
Au départ, ils avaient vécu à la frontière entre les territoires des Créatures démoniaques et ceux des Bêtes magiques. À un moment donné, les Bêtes magiques avaient largement dépassé cette limite.
La meute de Bêtes magiques a anéanti celle des Créatures démoniaques.
C’était ce que la situation laissait penser. Ce n’était pas quelque chose qui arrivait souvent.
« Vous pouvez sans doute renvoyer dehors vos amis armés de gourdins. Même si vous démolissiez cet endroit, je ne mourrais pas. »
« … Je suis désolé pour ça. Tout le monde est sur les nerfs. »
L’endroit que Harkvent avait appelé chez lui portait des traces d’occupation, même si une couche raisonnable de poussière s’était déposée partout.
C’était un piège depuis le début. Malgré tout, Enkrid n’avait pas l’intention de leur en vouloir.
Quand on vit caché, peut-on accueillir chaleureusement un inconnu ?
Par simple curiosité, Enkrid glissa quelques questions dans la conversation.
Il lui demanda notamment s’ils ne s’étaient pas installés dans un endroit trop dangereux. Harkvent lui répondit que plusieurs sortes de plantes médicinales poussaient derrière le village et se vendaient à bon prix.
Comme prévu, un colporteur malin avait établi des échanges avec eux. Grâce à lui, ils mettaient de l’or de côté et comptaient un jour descendre dans les plaines, engager des mercenaires et bâtir une ville pionnière. C’était leur rêve.
Un beau rêve. Un rêve qui méritait des encouragements.
« Vous allez rester quelques jours ? »
Harkvent avait rarement demandé quoi que ce soit au cours de sa vie. L’esclavage était toujours bien présent dans le sud, et cet homme était né esclave. Il s’était enfui après avoir perdu ses parents, ou quelque chose du genre.
Parmi les habitants du village, plusieurs avaient été dépossédés de leurs terres par des seigneurs du sud et avaient eux-mêmes failli être réduits en esclavage.
C’était remarquable qu’ils aient réussi à aller aussi loin et à s’enraciner ici.
Si l’on considérait chaque vie qu’ils avaient menée, quelques livres n’auraient pas suffi à raconter toutes leurs histoires. Combien de crises avaient-ils traversées avant de s’établir enfin ? Quel poids avaient-ils dû porter ?
Inutile de les écouter un à un pour comprendre.
Même après qu’Enkrid eut chassé les Bêtes-chiens sauvages, personne n’avait applaudi. Quelques-uns avaient poussé un soupir de soulagement, mais la plupart étaient restés sur leurs gardes.
Ce genre de chose se sentait tout naturellement.
Tout ce temps, ils s’étaient battus pour survivre. Tout ce temps, ils avaient rarement eu quelqu’un à qui demander de l’aide et sur qui s’appuyer.
« D’accord. »
Enkrid acquiesça sans hésiter.
« Ce n’est pas un endroit généreux. »
Harkvent le répéta, comme pour s’en assurer. Enkrid le savait bien.
Le lieu était différent, les gens aussi, et pourtant il avait l’impression de rentrer chez lui. L’endroit où il était né et avait grandi ressemblait à celui-ci. Ça n’avait rien d’étrange.
* * *
Le piège était devenu le logis d’Enkrid.
Il semblait aussi que le voir abattre les Bêtes-chiens sauvages avait fait forte impression. Quelques enfants aux yeux brillants comme des billes de verre le regardaient avec curiosité. L’une d’elles, une fillette au visage couvert de suie, s’approcha de lui sans préambule.
« Monsieur, vous vous battez bien ? »
La fillette s’appelait Brunhild. Sans la suie, elle aurait probablement eu la peau très claire. Ses yeux étaient grands, et ses membres longs et dégingandés.
Si elle grandissait ainsi, elle serait d’une grande beauté.
Enkrid s’était installé sur une souche près du bord du village et profitait du soleil quand elle s’approcha pour lui poser la question.
En apparence, il savourait les rayons du soleil. En réalité, il repassait dans sa tête les principes d’escrime qu’il avait commencé à mettre en ordre. Mais il ne se sentait pas dérangé.
« Beaucoup. »
Difficile de répondre à une question qui ne précisait aucune échelle. Sa réponse fut tout aussi vague.
« Vous pourriez battre mon père ? »
Elle appelait Harkvent son père. En voyant au moins six enfants comme elle et aucune épouse dans les environs, il était facile de comprendre que Brunhild n’était pas sa fille biologique.
Harkvent était solidement bâti et tout aussi musclé.
Il pourrait gagner sa vie avec une épée sur le continent.
Mais il était resté ici. Par responsabilité, ou peut-être par devoir ?
Impossible de le savoir sans fouiller dans son cœur.
Quoi qu’il en soit, pour répondre à la question de l’enfant, même un millier de Harkvent n’auraient pas pu le battre. Mais il se contenta d’une réponse brève.
« Oui. »
« Vous devez être vraiment fort. »
Le monde d’un enfant est petit. Plus encore quand il a grandi dans un village de moins de trente maisons.
Enkrid plongea son regard dans celui de la fillette.
Il ne s’était attendu à rien de particulier et n’avait pas décidé de faire quoi que ce soit pour elle.
Ce n’était donc qu’un caprice. De quoi s’occuper pendant que les fils emmêlés dans son esprit refusaient de se dénouer.
« Tu te sers d’une lance ? »
L’objet grossier qu’elle tenait était une lance, si l’on acceptait de l’appeler ainsi : un morceau de métal émoussé fixé au bout d’un bâton mal dégrossi, attaché avec des tendons arrachés à une Bête magique.
« Oui ! »
Ses yeux s’illuminèrent.
Elle s’était prise d’affection pour lui, et la méfiance avait disparu de sa voix.
Au départ, Enkrid comptait retrouver toutes les traces de Bêtes magiques, les exterminer, puis repartir. Mais il n’en avait repéré aucune pendant toute la matinée.
En termes de temps, il était arrivé la veille : c’était donc le matin suivant sa première journée complète ici. Tout en mettant de l’ordre dans ses idées sur l’escrime, il avait tranquillement envisagé d’élargir sa zone de recherche.
En attendant, cette petite distraction ne lui ferait pas de mal.
« Quelqu’un t’a appris à t’en servir ? »
« Il n’y a personne ici qui sache bien enseigner. Mais je m’en sors très bien toute seule. »
L’assurance d’une enfant pouvait faire sourire un adulte. Mais dans ce village, rares étaient ceux qui avaient assez de répit pour sourire à cette fillette.
Elle était à cet âge où l’amour et la reconnaissance ne lui semblaient pas encore être deux choses différentes.
Si un petit geste de gentillesse pouvait lui apporter quelque chose, est-ce que cela aurait aussi une signification pour lui ?
Il n’en savait rien. Il en avait simplement envie.
« Montre-moi. »
Brunhild saisit sa lance grossière à deux mains.
Ce qui avait d’inhabituel, s’il fallait nommer quelque chose, c’était sa prise : d’ordinaire, on écartait les mains sur la hampe d’une lance. Celles de la fillette étaient rapprochées. Elle tenait la hampe près de son extrémité plutôt qu’au milieu, ce qui rendait l’arme difficile à soulever ; naturellement, la pointe traînait donc au sol.
« Tu peux parer ? »
« Vas-y. »
Il comptait l’encourager un peu, la féliciter, la laisser faire quelques efforts, puis lui dire de se reposer tranquillement. Voilà ce qu’il avait en tête.
C’était une enfant qui n’aurait pas pu faire face à une seule Bête-chien sauvage.
Brunhild agrippa le talon de la hampe et pivota brusquement. Les pupilles d’Enkrid s’élargirent légèrement.
Elle appuya la hampe contre sa hanche et la fit bouger comme si elle fouettait l’air. Avant même que le mouvement s’achève, il en devinait déjà la trajectoire.
Brunhild allait faire pivoter correctement la hampe. La pointe arriverait droit sur son ventre.
Il attendit un instant, et c’est exactement ce qui se produisit.
Pour donner assez de force à son coup et faire plier la hampe, elle fit pivoter tout son corps afin de produire une force centripète. Grâce à cette force, la pointe de la lance arriva droit sur lui.
Compte tenu d’un corps trop faible et d’une arme qui n’en était presque pas une, c’était la meilleure attaque possible.
Si la hampe fléchissait légèrement, c’était parce que son corps était sous-alimenté et qu’elle ne l’avait pas entraîné. Autrement dit, malgré son manque de force, elle avait façonné une technique à partir de cette faiblesse même.
Paf.
Enkrid tendit la main et saisit la hampe juste sous la pointe. Quoi qu’elle lui lance, elle ne représentait désormais aucune menace pour lui.
« Waouh. Vous l’avez attrapée d’une seule main. »
Ses yeux brillèrent encore plus fort qu’avant.
Il avait aussi vu Harkvent manier une lance. Mais en matière de technique pure, la fillette le dépassait.
Elle est née avec ça.
Personne ne lui avait rien appris. Elle avait découvert seule comment manier une lance.
L’aptitude à évaluer les distances malgré presque aucune expérience pratique et très peu d’entraînement au combat.
Le talent pour manier la hampe. L’instinct qui lui faisait utiliser son propre corps.
« Brunhild, tu es un génie. »
Enkrid répéta les mots qu’on lui avait adressés quand il était jeune. Ils lui échappèrent spontanément, accompagnés d’une étrange impression de déjà-vu, d’un sentiment qu’il ne parvenait pas à nommer.
Puis il se rappela les ennuis que ces mots avaient déclenchés, et une autre phrase lui vint aussitôt.
« Ah. Enfin… ne prends pas ça trop au sérieux. »
Tout cela avait été réflexe.
Le choc que Brunhild lui avait causé était réel.
« Hein ? Je n’avais jamais entendu ça. Ces mots-là. »
« Ah bon ? »
« Oui. »
Personne n’était là pour le lui dire.
Dans ce petit village, qui prendrait le temps d’écouter attentivement ce que disait cette fillette, d’observer sa façon de vivre et de veiller sur elle ?
Personne.
Et une pensée lui vint :
Elle manie une arme.
L’essence de toute technique de combat résidait dans le talent.
Autrement dit, même s’il s’agissait d’une lance et non d’une épée, il ne lui serait pas difficile de lui apprendre à s’en servir.
Peut-être lui enseignerait-il quelques rudiments. Cette idée lui traversa l’esprit.
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