Chapitre 734
NOUS AVONS ESSAYÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 734 : Le demi-sous-sol
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« Tenez bon. Tenez bon. »
Il venait tout juste d’apercevoir le village. L’ouïe fine d’Enkrid capta des voix humaines.
Il ne pouvait pas se contenter de passer son chemin. La curiosité l’attirait, mais autre chose aussi.
Après tout, ce moment ne lui rappelait-il pas l’endroit où il avait vécu autrefois ?
Traverser les broussailles lui prendrait plus de temps que de grimper et de se servir des branches comme de prises. C’est donc ce qu’il fit.
Il portait un sac sur le dos et deux épées à la ceinture ; il n’avait donc rien d’un poids plume. Mais grimper à un arbre, ce n’était rien.
Enkrid enfonça les doigts dans l’écorce et se propulsa vers le haut.
Les doigts accrochés à l’écorce, le poids porté sur la pointe des pieds, il escalada le tronc. Plus vite qu’un écureuil.
Pour un chevalier, c’était le strict minimum.
Il bondit de branche en branche en direction des voix. Il ne lui fallut qu’un instant pour réduire la distance.
À chaque fois qu’il prenait appui sur une branche, une pluie de feuilles tombait et les oiseaux de montagne nichés dans les environs, surpris, s’envolaient dans un affolement d’ailes.
« S’ils passent, on est morts. On tient la position. »
La peur tremblait dans ce cri.
Enkrid repéra la source de la voix et s’arrêta.
Son pied droit reposait sur une branche fine, deux doigts s’appuyaient contre l’écorce et les orteils de son pied gauche s’y agrippaient juste assez pour le maintenir. Il avait grimpé pour aller plus vite, mais s’était retrouvé par hasard avec une vue plongeante sur toute la scène.
Attachez un morceau de métal aiguisé au bout d’un bâton, et vous obtenez une lance. Plus de dix personnes en tenaient une qu’elles avaient fabriquée exactement ainsi. Derrière elles, d’autres s’affairaient avec des frondes, et plus loin encore, des archers bandaient leurs arcs.
Une formation bâclée.
En gros, les porteurs de lance étaient devant, ceux qui avaient des frondes au milieu et les archers à l’arrière. Mais parler de formation était généreux. Ils étaient simplement regroupés en tas.
Les espaces entre les porteurs de lance, en particulier, étaient bien trop grands.
S’ils se battaient ainsi, les Bêtes-chiens sauvages perceraient leurs lignes dès la première charge, laissant tous ceux qui se trouvaient derrière affronter seuls la meute.
Ce n’étaient pas des gens entraînés au combat. Ils étaient même moins de cinquante en tout.
En face d’eux, un nombre à peu près équivalent de Bêtes-chiens sauvages s’étaient déployées en une large ligne.
Maigre.
Le nombre, les gens qui s’étaient avancés pour se battre… tout cela paraissait bien maigre.
Malgré tout, si le combat s’engageait, ils ne périraient pas tous. À son avis, les humains avaient l’avantage.
Mais il y aurait des morts.
Si la chance leur tournait le dos, plus de la moitié d’entre eux y passeraient.
Ils semblaient le savoir, eux aussi. Plusieurs serraient les dents. C’était surtout le cas de ceux qui se tenaient devant avec leurs lances improvisées.
Après avoir balayé la scène du regard, Enkrid ne trouva rien qui méritât réflexion et ne s’attarda donc pas.
Il leva simplement le pied de la branche et se laissa tomber.
Une personne ordinaire se serait brisé quelque chose en sautant de cette hauteur. Mais ce n’était évidemment pas un souci pour lui.
Avant de toucher le sol, Enkrid dégaina Trois-Fer et l’enfonça dans le tronc d’un arbre voisin.
Sccrrrk.
Il laissa une longue entaille dans le bois et atterrit dans un bruit sourd.
Cette arrivée fracassante attira tous les regards.
Les humains comme les chiens braquèrent les yeux sur lui. Enkrid accueillit ces regards sans y penser et s’élança.
Même sans donner toute sa puissance, la charge d’un chevalier était difficile à suivre pour un œil ordinaire.
Et la condition physique d’Enkrid dépassait de loin celle d’un chevalier ordinaire.
Après tout, Jambes puissantes mêlait le corps à la Volonté.
Rien d’étonnant à ce qu’il semble disparaître.
Boum.
Un bruit comme si la terre s’était fendue, et pas la moindre image rémanente.
Même lancé à pleine vitesse, Enkrid avait de la marge. Il pouvait observer un à un les muscles des épaules, anormalement développés, des Bêtes-chiens sauvages et leurs crocs, suivre leurs réactions et garder encore assez d’attention pour le reste.
S’il l’avait voulu, il aurait même pu laisser son esprit vagabonder un peu.
L’adversaire était une Bête magique : c’était donc un vrai combat. Inutile de se retenir comme à l’entraînement.
Enkrid et la meute évoluaient dans des temps différents.
La Maison Zaun n’avait pas eu de fourreau adapté à Trois-Fer ; l’arme était donc rangée dans un fourreau légèrement trop grand et retenue par un cordon de cuir. Il la tira d’un seul geste et la fit remonter en un coup ascendant.
Clac. Le cordon céda. Seul Enkrid l’entendit.
Un bruit de chair tranchée, puis le lourd jaillissement du sang et des entrailles qui s’écrasaient au sol. Il fut également le seul à entendre ces sons-là.
En dégainant Trois-Fer, il trancha de la poitrine au crâne, puis brisa le rythme en enchaînant de courts coups de taille, répétant la combinaison.
Boum, boum, boum, boum.
Les bruits suivaient la lame. L’épée d’Enkrid fendait les crânes des Bêtes-chiens sauvages plus vite que le son ne pouvait la suivre.
Même un bûcheron ayant passé sa vie à fendre des bûches n’aurait pas pu le faire avec plus d’aisance ni de précision.
Ce qui se trouvait à l’intérieur des crânes des Bêtes magiques jaillit tout droit vers le ciel : sang noir, os brisés, matière grise, fragments de cervelle pulvérisés qui faisaient se demander si elles avaient jamais pensé. On aurait dit une fontaine faite de Bêtes-chiens sauvages.
Du point de vue des humains, la scène se résuma à ceci : une silhouette tomba d’un arbre, disparut, la terre explosa et les Bêtes magiques s’écroulèrent, le crâne fendu.
Mais qu’est-ce que…
Certains, sans même s’en rendre compte, relâchèrent la tension de leurs bras et abaissèrent peu à peu la pointe de leur lance. D’autres réagirent à l’inverse et se raidirent de tout leur corps.
Fiuu.
Une femme fut si surprise qu’elle décocha une flèche dans le sol, à cinq pas devant elle.
« Oh. »
Une courte exclamation, à peine un mot. Ils ne pouvaient exprimer leurs sentiments autrement.
Enkrid fit tournoyer Trois-Fer dans un large arc pour en chasser la chair et la graisse qui y adhéraient.
Ploc, ploc.
Des morceaux de viande et du sang coagulé giclèrent sur le côté.
L’Acuité visuelle dynamique et les capacités physiques des bêtes sont naturellement supérieures à celles des humains. Quand le sang d’une bête est souillé par l’ichor démoniaque et qu’elle devient une Bête magique, ses capacités physiques augmentent encore.
Mais rien de tout cela n’approchait celles d’un chevalier.
Cela dit, toutes les Bêtes magiques ne se valaient pas. Comme certains humains sortaient du lot, une bête sauvage pouvait parfois être plus dangereuse qu’une Bête magique, tandis qu’une Bête magique pouvait parfois se révéler plus faible qu’un animal ordinaire.
Œil-deux en était la preuve. Un simple cheval sauvage avait repoussé l’ichor démoniaque et tenu bon par sa seule volonté.
Même parmi les Bêtes-chiens sauvages, il y en avait une qui était rapide et faisait preuve d’un vrai courage.
Elle avait vu les têtes de ses congénères éclater les unes après les autres et avait réagi. Ses pattes arrière poussèrent contre le sol et elle s’élança.
Cet humain était occupé à tuer les autres.
Par chance, sa position lui offrait une vue dégagée sur le dos de l’homme.
Elle se comportait différemment du reste de la meute. Si elle avait survécu, elle aurait peut-être mérité un nom. C’était le genre d’individu qu’elle était.
Sans bouger le torse, Enkrid força l’épée avec laquelle il frappait à contrer son élan, puis changea de direction.
Un pied en pivot, il tourna la taille et traça une ligne horizontale de sa lame.
Huff. Paf.
L’arc décrit par Trois-Fer traversa de part en part le cou de la bête. La tête tranchée resta un instant en l’air dans un bruit sourd, puis tomba.
Clac, clac.
Les mâchoires de la bête mordirent le vide ; elle n’avait pas encore compris qu’elle était morte.
La lame d’Enkrid tranchait même les pires Créatures démoniaques. Aussi exceptionnelle que fût cette Bête magique, face à lui, elle n’était pas différente d’un poussin qui venait de sortir de sa coquille.
Une Bête magique confrontée à la mort avait deux choix : s’éparpiller et fuir, ou céder à sa nature sauvage et charger.
La meute ne choisit ni l’un ni l’autre.
Après sa charge initiale, Enkrid n’avait pas quitté les environs d’un même point. Il se contentait de tailler dans les Bêtes magiques qui venaient à lui et de les abattre.
Au milieu du combat, plusieurs Bêtes-chiens sauvages se détournèrent de lui et contournèrent le groupe. Elles visaient les gens derrière lui, pas Enkrid.
Il balança Trois-Fer et saisit la lance de jet que Lynox lui avait donnée, puis l’abattit d’un coup sec.
Tang.
Il avait frappé si fort que le bruit de la pointe de lance qui se verrouillait retentit, clair et net.
Il la lança sans ralentir.
Fffiuu. Boum.
La lance de jet fendit les airs et enfonça le crâne de la bête qui se glissait derrière lui, avant de s’enfoncer en biais dans la terre.
Des morceaux de cervelle grise et des éclats d’os jaillirent du crâne brisé dans toutes les directions.
La meute fit alors quelque chose qui n’avait aucun sens. Qu’elle se disperse et prenne la fuite, cela se comprenait, mais ça…
« Une arrière-garde ? Une manœuvre de diversion ? »
Même s’il n’y réfléchissait que par instinct, Enkrid avait étudié les bases de la stratégie. Il les avait apprises à une époque où il avait tout tenté pour survivre.
Une partie de la meute s’enfuit. Le reste resta sur place et chargea.
Leurs congénères gisaient en tas autour d’eux, et pourtant, pas la moindre hésitation ne se lisait dans leurs yeux noirs.
La lame d’Enkrid n’hésita pas davantage.
Trois-Fer trancha de bas en haut, s’enfonça dans les chairs, puis frappa de nouveau, transformant chaque bête qui l’attaquait en un amas de viande trop abîmé pour être mangé.
La chair des Bêtes magiques était naturellement dure et toxique.
Enkrid regarda les dernières Bêtes-chiens sauvages se disperser, puis porta son regard au loin. Ses pupilles, qui suivaient les mouvements proches, se contractèrent avant de se dilater. C’était ce qui se passait lorsqu’il poussait sa Volonté dans ses yeux pour voir à distance.
Un chien tacheté au loin ? Non, un léopard.
Quelle que fût la créature, elle était trois fois plus grosse qu’une Bête-chien sauvage ordinaire et l’observait de loin.
Hors de portée de ses sens.
À cette distance, il aperçut un autre groupe de Bêtes magiques, mais elles étaient trop loin pour qu’il les poursuive.
Il y avait aussi une autre raison pour laquelle il n’avait pas pourchassé les chiens en fuite un instant plus tôt. S’il avait abandonné ceux qui combattaient encore pour s’occuper du groupe au loin, les gens derrière lui auraient dû affronter la meute restante. Cela aurait entraîné des pertes inutiles.
Ces gens étaient encore sous le choc de ce qu’ils avaient vu. Ils auraient réagi lentement.
Et la meute était déjà prête à se battre.
Plusieurs choses étaient étranges.
Le dernier groupe de Bêtes-chiens sauvages n’avait-il pas agi exactement comme une unité chargée de couvrir une retraite ?
Même celles qui avaient fui ne s’étaient pas simplement dispersées dans toutes les directions. Elles s’étaient repliées les unes après les autres.
Elles allaient même jusqu’à former une arrière-garde sacrificielle ?
Une unité qui se bat pour gagner du temps pendant une retraite s’appelait souvent ainsi.
Une coïncidence ? Non. Il en doutait.
Son instinct le lui disait.
Mais ce n’était pas le moment de s’attarder sur tout ça.
Enkrid acheva de secouer la graisse et le sang de Trois-Fer, puis ramassa une poignée de terre pour essuyer grossièrement la lame.
Il l’avait maniée avec force ; il lui faudrait bien la huiler plus tard.
Il avait quitté Zaun avec une bouteille pleine d’huile de lin de qualité. Elle ferait l’affaire.
« Qui êtes-vous ? »
Ce ne fut qu’alors qu’une voix lui posa la question. Dire qu’il était Enkrid, de la Garde-frontière, ne signifierait rien pour eux.
« Appelez-moi un épéiste errant. »
« … Nous vous remercions de votre aide. »
Le premier à parler fut celui qui se tenait devant, une lance à la main, mais sa tension était évidente. Enkrid ne pouvait pas le lui reprocher.
Si un chevalier débarquait sans prévenir dans un village où les gens vivaient cachés, n’importe qui aurait eu peur.
Dans ce monde, les faibles étaient toujours sur leurs gardes. Si quelqu’un de puissant se mettait soudain à leur vouloir du mal, ils ne pouvaient pas faire grand-chose.
Personne ne clignait naturellement des yeux. Tous les regards, grands ouverts, restaient rivés sur le combattant qui avait taillé en pièces les Bêtes magiques ; impossible de s’en détacher.
Enkrid rengaina Trois-Fer dans son fourreau trop grand et renoua le cordon de cuir brisé en le repassant dans les boucles.
D’ordinaire, il serait simplement reparti, mais quelque chose le tracassait.
Non, pour être tout à fait honnête…
Il ne cessait de penser à tous ceux qu’il n’avait pas réussi à sauver autrefois. Parmi eux, il y avait tout un village.
Et cet endroit ressemblait trop à celui où il avait vécu.
Juste un petit détour, se dit-il.
À en juger par ce qui venait de se passer, s’il repartait maintenant, tous ceux qui se tenaient devant lui seraient bientôt morts.
C’était généralement ainsi que finissait la vie des gens comme eux.
Il avait entendu dire qu’il existait une cité souterraine bâtie par des groupes semblables, qui s’étaient rassemblés, mais la plupart des villages cachés finissaient en un seul repas pour les Créatures démoniaques ou les Bêtes magiques.
Certains prétendaient même que ces communautés étaient la raison pour laquelle les Créatures démoniaques bâtissaient des colonies : lorsque les humains se rassemblaient ainsi et devenaient une source de nourriture en masse, le nombre de créatures augmentait.
Quoi qu’il en soit, Enkrid ne pouvait pas leur tourner le dos.
« Puisque je vous ai aidés, cela vous dérangerait-il que je me repose ici quelque temps ? »
Il posa la question, mais personne ne se hâta de répondre. Le porteur de lance qui s’était avancé ne releva pas la pointe de son arme, mais sa méfiance était évidente.
On aurait dit l’un de ces villages cachés composés de gens qui tenaient les étrangers à l’écart.
L’homme qui se tenait devant, celui aux sourcils épais, remua les lèvres plusieurs fois avant de parler.
« … Par ici. »
Il avait manifestement longuement hésité.
Enkrid rangea son épée et se mit à avancer sans se presser. Il ne voulait pas paraître menaçant aux yeux de ces gens.
L’entrée du village était invisible. Ce n’étaient pas des colons. Ils n’étaient pas là pour défricher des terres.
Ils s’étaient rassemblés dans le seul but de survivre.
C’est pourquoi ils avaient construit leurs habitations d’une manière inhabituelle.
Ils avaient creusé des fosses dans le sol, en avaient recouvert le dessus de broussailles, comme de petits couvercles de chaume, puis avaient écrasé des graines de Fruit du Cauchemar et les avaient répandues tout autour pour tenir à distance les Bêtes magiques et les Créatures démoniaques.
Enkrid avait fait la même chose sur le chemin, en se servant des baies comme solution de fortune.
La bonne méthode.
Manipulez le Fruit du Cauchemar sans précaution et le bout de vos doigts pourrira. Même si vous avez plus de chance que ça, respirez son parfum de travers et vous aurez des hallucinations pendant une semaine, au bas mot.
Si la plante s’appelait Fruit du Cauchemar, ce n’était pas sans raison.
Elle dégageait une odeur que les Créatures démoniaques, les Bêtes magiques et les animaux ordinaires détestaient. Mais pour l’utiliser correctement, il fallait mélanger le fruit et ses graines dans les bonnes proportions.
Exactement comme l’avaient fait ces gens.
« Harkvent. »
L’homme qui le guidait lui donna son nom. Un nom du Sud.
« Enkrid. »
« Ravi de vous rencontrer. »
Son ton suggérait tout le contraire, et il le conduisit dans un endroit à moitié creusé sous terre, à moitié en surface.
Un demi-sous-sol, pensa Enkrid. Cela semblait bien décrire les lieux.
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