Chapitre 731
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 731 : Escrime impériale
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La Pression. C’était la technique emblématique de ceux qui maniaient la Volonté.
D’où venait-elle ?
Un chat dégage une intention meurtrière qui cloue une souris sur place. Les Créatures démoniaques pouvaient faire la même chose. Elles insufflaient la peur aux races intelligentes, humains compris.
Il n’était pas difficile d’imaginer un homme mourir face à une Créature démoniaque, paralysé par la terreur, tremblant et incapable de détourner le regard.
Même une Créature démoniaque de force moyenne savait se servir de la peur. La Pression était née de là : écraser l’esprit de son adversaire et le dominer ainsi.
Il se rappela sans peine la première fois qu’il avait subi la Pression. Il avait eu l’impression qu’une lame se trouvait déjà contre sa gorge.
« C’est pareil pour la Pression. Remontez assez loin, cherchez les origines de la Volonté, et vous trouverez quelque chose de semblable. Les érudits impériaux avancent que les premiers chevaliers ont éveillé leur Volonté en cherchant à comprendre d’où venait la force monstrueuse des Créatures démoniaques. Oh, en voilà un autre. »
Valmund prononça ces mots avec un sourire en coin.
Avant leur départ, Lynox avait prévenu Enkrid que Valmund avait de mauvaises habitudes. Même Schmidt avait paru réticent à les voir partir ; ses adieux s’étaient éternisés.
« Je vais devoir rentrer moi-même dans l’Empire d’ici peu. Il faut signaler cette affaire. Qu’un alchimiste légendaire se transforme en Créature démoniaque, se proclame dieu et finisse par être tué, ce n’est pas rien. »
Sa jambe blessée l’empêchait de suivre leur rythme, mais il avait aussi insisté sur le fait que rapporter l’incident à l’Empire n’avait rien d’anodin. Malgré tout, Schmidt avait adressé quelques mots à Valmund avant leur départ.
« Enkrid, des Gardes-frontières, deviendra un pilier de l’Empire. »
Enkrid n’avait pas particulièrement partagé cet avis.
Il n’avait jamais dit qu’il se rendrait dans l’Empire, n’avait montré aucun intérêt pour cette idée et ne comprenait pas pourquoi Schmidt insistait autant.
« Moi ? »
Il avait interrompu la conversation pour poser la question.
« C’est à quel point il vous estime. »
Schmidt le répéta. Valmund se curait l’oreille. Schmidt n’y pouvait pas grand-chose ; il n’allait tout de même pas lui faire la leçon pendant des heures.
La hiérarchie entre eux était claire. Valmund au-dessus, Schmidt en dessous.
Et la mauvaise habitude dont Lynox l’avait averti, c’était précisément ça.
« Une Goule. »
Valmund aimait entendre des os se briser.
Il s’interrompit au beau milieu d’une phrase, bondit, saisit une Goule par le bras et le lui brisa net avant même qu’elle ait pu tendre la main. Quelques autres Créatures démoniaques se jetèrent sur lui et subirent le même sort.
Les membres craquaient, les corps s’écrasaient dans la poussière et se tortillaient, jusqu’à ce que chacun finisse piétiné et que les os de son cou cèdent.
Seuls ces sons emplirent l’air. Des craquements secs, des broiements humides, des claquements sourds.
« Les Créatures démoniaques n’ont pas grand-chose à offrir. »
Ce fut tout ce qu’il ajouta.
Valmund ne cachait jamais ses envies. Il les exprimait sans détour.
« Les géants, c’est le mieux. Quand quelque chose qui semble incassable finit par céder, le son est magnifique. »
Il expliqua que les os d’un géant qui se brisent faisaient le même bruit qu’un pilier de pierre qui éclate. Il suffisait de l’entendre pour comprendre que cet homme n’était pas tout à fait normal, lui non plus.
« Donc, la Pression serait née de l’imitation de l’intention meurtrière des Créatures démoniaques, et la Volonté se serait développée en observant la force impossible que pouvaient déployer leurs corps gigantesques ? »
Enkrid résuma ce dont ils avaient parlé.
La route était sèche sous le soleil chaud. L’herbe verte avait poussé hors du sol et recouvrait le chemin, des fleurs sauvages perçant çà et là. Mais personne n’empruntait souvent cette route, et le terrain en témoignait. Des racines à nu et des pierres saillantes rendaient la surface, qui semblait plane de loin, accidentée et traîtresse de près.
Ils avaient franchi plusieurs crêtes, dont aucune ne menait vers les Gardes-frontières.
Aucun sentier n’était apparu en chemin, aucune nouvelle ne leur était parvenue de l’extérieur, et pourtant Valmund choisissait sa direction sans hésiter.
« Certains érudits le pensent. D’autres avancent une théorie différente. »
L’Empire avait unifié la langue et la monnaie du continent. Il avait autrefois cherché à contrôler tout le centre du continent, mais cette ambition s’était éteinte.
Personne ne savait pourquoi. C’était pour cela que même Crang restait toujours sur ses gardes dès que l’Empire faisait un geste.
Enkrid raconta à son tour quelques éléments de son passé. Recevoir sans rien donner en retour ne se faisait pas, même si l’échange ne pouvait jamais être parfaitement équitable.
Il parla notamment du comte Molsen. Dmuel fut également mentionné. Il décrivit la chimère et le processus consistant à fabriquer des chevaliers.
« Des chevaliers frappés comme des pièces de monnaie ? Non. Un chevalier, si vous voulez une explication simple, c’est une œuvre unique, façonnée par un artisan. Prenez un exemple tout bête : ce qu’on coule dans un moule se fissure et se brise facilement. Il faut un entraînement acharné, et ça ne vaut quelque chose que si c’est taillé par l’esprit d’un artisan. Comment l’Empire s’y prend-il ? Les chevaliers forment les chevaliers. »
Valmund parla avec une conviction inébranlable, sans rien retenir.
Il évoqua même librement la façon dont l’Empire formait ses chevaliers.
L’Empire en comptait beaucoup, et ces chevaliers guidaient à leur tour les nouvelles recrues.
Un cycle.
Qui tournait sans fin, entretenant les effectifs et les faisant croître.
Enkrid avait appris autre chose. Était-ce de la chance ? Il fallait bien le reconnaître.
Il se dit qu’à son retour chez les Gardes-frontières, il aurait des choses à essayer.
Les chevaliers forment les chevaliers.
Cette idée s’inscrivit au cœur de son esprit.
« Vous pensez que l’Empire est mauvais ? »
« Je ne sais pas. »
Il ne jugeait pas ce qu’il n’avait pas connu par lui-même. Valmund en fut discrètement impressionné.
L’attitude d’Enkrid lui plaisait.
Quant à ses capacités, il lui faudrait encore l’observer un peu. Malgré toute son expérience, Valmund avait du mal à jauger quelqu’un de ce niveau en se fiant uniquement à son apparence.
Quand quelqu’un était vraiment faible, sa démarche suffisait à le révéler. Un cran au-dessus, on pouvait l’évaluer à ses réactions. Mais cet homme était différent.
Il ne laisse pas grand-chose paraître.
De son côté, Enkrid ne parvenait pas non plus à évaluer le niveau de Valmund. Tous deux savaient par expérience que c’était normal.
En prenant le chef de la famille Zaun comme référence, Enkrid comprenait que Valmund n’était pas en dessous de ce niveau. Valmund, de son côté, voyait bien qu’Enkrid n’était pas un chevalier élevé dans le confort, quelque part sur le continent.
« Certaines figures impériales traitent les chevaliers du continent de fleurs de serre. »
Valmund le dit en souriant.
Enkrid avançait sur des pierres pointues, sans jamais avoir un appui vraiment sûr, et pourtant son équilibre ne vacillait pas. Ses chevilles étaient souples ; de ses mollets jusqu’à ses hanches, en passant par ses cuisses, il appliquait juste la force nécessaire. Cela paraissait simple, mais chaque pas le tenait prêt à partir dans n’importe quelle direction et à dégainer son épée à tout instant.
Cette façon de marcher aurait dû être épuisante, mais les terrains accidentés lui étaient trop familiers pour l’incommoder. Il répondit d’un ton détendu.
« Vous voulez dire qu’on stagne si l’on ne se mesure pas sans cesse à plus fort que soi. »
« Vous entendez une chose et en comprenez dix. »
Ce genre de compliment ne lui était pas très familier ; il le reçut donc avec un léger malaise.
Là où Enkrid trouvait son appui et gardait l’équilibre, Valmund se contentait d’écraser quelques pierres sous ses pas pour se frayer un chemin.
« Le monde n’est pas simple, Enkrid, des Gardes-frontières. »
« Quand ai-je prétendu le contraire ? »
Jamais. Valmund hocha discrètement la tête.
Après quelques échanges, il avait compris. Il serait difficile de gagner une dispute contre cet homme.
Et ensuite ?
Valmund ne faisait aucun effort pour dissimuler la curiosité qu’Enkrid lui inspirait.
Le soir venu, ils trouvèrent un endroit où passer la nuit : une petite grotte. Ils allumèrent un feu juste devant l’entrée et, comme ils n’avaient pas emporté de marmite, se contentèrent de viande séchée. C’est alors que Valmund prit la parole sans prévenir.
« Vous voulez que je vous montre quelques techniques ? »
Pas un entraînement. Pas un échange. Il lui proposait simplement de lui enseigner.
Mais Enkrid n’était pas du genre à refuser ce genre d’offre.
* * *
Valmund connaissait une quantité remarquable de techniques.
« Pas besoin de les maîtriser tout de suite. Contentez-vous de savoir qu’elles existent. »
Au fond, il s’agissait de contres très précis. Adaptés à l’arme et à la posture de l’adversaire, ils faisaient appel aux prises, aux clés de bras et aux fractures. Chacun était le fruit de l’expérience vécue.
Ce n’était donc pas de l’Escrime impériale. Rien de codifié.
Les techniques de lutte à l’épée en main formaient un monde à part, surtout par rapport aux Arts martiaux valériens : ces mouvements-là n’y existaient tout simplement pas.
Aucune de ces techniques n’était particulièrement impressionnante à elle seule, mais elles élargissaient la manière dont Enkrid envisageait un combat.
Mieux valait connaître beaucoup de petites techniques que peu, et l’expérience accumulée ne faisait que s’enrichir.
Enkrid le savait. Il travailla donc chacune d’elles jusqu’à en suer, veillant à ne rien oublier.
Le résultat devait être assez satisfaisant, car Valmund évoqua son passé.
« Je viens de la compagnie de mercenaires Ilai. Vous en avez entendu parler ? »
Il le dit tandis qu’ils se tenaient les poignets l’un l’autre. Leurs visages étaient proches, la cheville droite d’Enkrid croisée avec la gauche de Valmund.
Leurs mains et leurs pieds s’emmêlaient, mais leurs corps restaient à distance. Valmund dégageait toujours une légère odeur de poussière ancienne, comme l’intérieur d’un coffre ou d’un débarras resté fermé pendant des années.
« De nom. »
Cette compagnie était célèbre avant qu’Anu, le Roi mercenaire, ne déferle sur le continent. Elle s’était bâtie autour d’un homme nommé Ilai, mais l’histoire voulait que trois de ses centurions aient surpassé leur propre commandant au combat.
Valmund était l’un de ces trois hommes.
« Vous êtes plus vieux que vous en avez l’air. »
« L’éveil de la Volonté ralentit le vieillissement. La Volonté naît de la force de la détermination, mais c’est aussi une vitalité qui remplit tout le corps. »
De temps à autre, Valmund tenait des propos presque savants. À la fois pratiques et érudits.
Ces deux aspects semblaient contradictoires, mais, après tout…
Le monde n’est pas simple.
On ne pouvait pas juger quelqu’un sous un seul angle.
Enkrid n’avait pas oublié ce qu’il avait appris en observant Heskal ; il accepta donc simplement les choses comme elles étaient.
L’Empire était-il mauvais ?
La même réponse s’appliquait à cette question.
Il fallait y être allé pour le savoir.
Crac. Tac.
Il brisa la prise sur son poignet d’un mouvement sec. Il sentit Valmund peser sur leurs chevilles croisées, sans doute pour lui faire perdre l’équilibre, mais Valmund se dégagea plutôt de l’emprise et recula pour mettre de la distance entre eux.
« Mon arme principale, c’est ça. Je n’ai donc aucune raison de me battre au corps à corps, n’est-ce pas ? »
Valmund tapota sa hanche en parlant. Une arme contondante aux angles marqués s’y faisait remarquer.
Son arme principale est un instrument contondant ; il cherche donc d’abord à garder ses distances.
Quand on comprenait le but de quelqu’un, ses mouvements devenaient plus faciles à lire.
C’était le fondement de l’Épée correcte.
Plus on comprenait un adversaire, plus il était facile à lire. Voilà pourquoi il fallait aiguiser son discernement.
Bien sûr, l’inverse fonctionnait aussi. Si l’adversaire croyait vous avoir percé à jour, vous pouviez exploiter cette conviction.
Dans tous les cas, connaître son adversaire permettait de prendre l’avantage.
C’était probablement pour cette raison que Valmund lui avait proposé de lui enseigner des techniques. Il évaluait Enkrid à présent, à la recherche de ses forces et de ses habitudes.
Ce qui était intéressant, c’est que dans ce genre de situation, Enkrid pouvait faire travailler les méninges de Valmund bien plus qu’il ne l’aurait cru.
Il n’est pas limité par les Cinq Styles d’épée. Plus je l’observe, moins j’arrive à le cerner.
Telle était la conclusion à laquelle Valmund parvenait peu à peu.
Ils discutèrent et s’entraînèrent pendant environ trois jours, échangeant leurs techniques, puis ils trouvèrent leur cible.
Un large bassin plat, situé à peu près à mi-chemin d’une chaîne de montagnes.
Une herbe courte couvrait le sol, et le lieu tout entier avait quelque chose de désolé. Presque aucun arbre ne poussait dans les environs et peu de soleil atteignait le sol. En regardant autour de lui, Enkrid remarqua quelques sommets placés exactement à l’angle nécessaire pour bloquer les rayons du soleil.
Dans cet endroit où la chaleur de l’été avait cédé la place à une fraîcheur immobile, un homme se tenait, une épée longue à la main.
Des cicatrices lui barraient les sourcils et les lèvres. Même sans elles, son visage aurait paru brutal, sans l’ombre d’un doute. Son bras droit était plus long que le gauche, signe qu’il s’était entraîné longtemps à tenir son épée de cette main. Et pour un homme censé être en fuite depuis un moment, il n’avait pas l’air particulièrement misérable.
Il avait plutôt bien mangé et vécu plutôt confortablement, même en cavale.
Telle était la conclusion.
« Bande d’acharnés. Vous n’arrêtez jamais de revenir. »
L’homme prononça ces mots. Valmund ouvrit la bouche, un large sourire aux lèvres.
« Je vous le promets. »
La suite prit Enkrid complètement au dépourvu.
« Battez l’homme à côté de moi et vous serez libre. Gelt. »
L’homme s’appelait Gelt. Il avait dirigé une bande de brigands, commis une série de crimes et avait été traqué pour cela. Auparavant, il avait été soldat impérial et avait même atteint le rang de chevalier.
« Bon. Vous ne vouliez pas voir l’Escrime impériale ? Je crois que je me suis tordu la cheville tout à l’heure, alors je ne suis pas en état de me battre. »
Valmund avança une excuse qui ne trompait personne, et Enkrid saisit la plaisanterie sans sourciller.
« Alors, reposez-vous. »
Frouch, frouch.
Il s’avança sur la mousse basse et gorgée d’humidité, plaquée contre le sol.
« Qu’est-ce que tu es ? Un Impérial ? »
L’adversaire posa la question depuis le gros rocher arrondi où il était assis. Gelt avait pris une épée parce qu’il aimait taillader les gens. Se battre contre les forts rendait la chose moins plaisante. Il préférait entendre crier les femmes et les enfants.
C’est ce que Valmund avait raconté en chemin.
Gelt était sans doute exactement comme ça. Rien ne justifiait d’ajouter le moindre mensonge à cette description.
Fchh.
Enkrid dégaina Trois-Fer, la leva et regarda Gelt.
« Non. »
« Un larbin de l’époque où tu étais mercenaire ? »
« Non. »
« Alors, quoi ? »
Gelt se repoussa du rocher en posant la question et leva son épée. La pointe montait en diagonale vers le ciel, tandis que le plat de la lame protégeait son corps. C’était l’impression qui s’en dégageait. Et dans cette posture, la Pression prit forme.
« C’est le fondement de la Pression dans l’Empire. »
La voix de Valmund lui parvint de derrière.
L’Escrime impériale avait franchi un cap que les autres styles du continent n’avaient pas atteint.
Il le devinait déjà à tout ce qu’il en avait entendu. À présent, il allait le découvrir par lui-même.
Il se concentra et regarda devant lui. Le vent qui soufflait, la lumière du soleil, les longues ombres étirées au sol, la sensation de la terre sous ses pieds.
Tout s’inscrivit dans l’espace de ses sens. Enkrid se prépara à manier l’Épée de la Chance.
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