Chapitre 729
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 729 : Touché
= = =
Certaines personnes pourraient trouver une pièce d’or dans la poussière et souhaiter malgré tout obtenir davantage. Elles pourraient contempler leur étrange coup de chance et se dire qu’il ne leur suffit pas tout à fait.
Enkrid n’était pas comme ça.
C’était limpide.
L’air avait changé. La lumière du soleil aussi.
Le crépuscule avait opéré sa magie, et le changement qu’il avait apporté le satisfaisait.
La belle saison approchait.
La tempête avait mis Zaun à sac, mais il était temps, à présent, de se relever.
« Je poursuivrai l’œuvre laissée par Milestia. Ça ne veut pas dire que je vais abandonner l’escrime. »
Tout ce que Milestia avait laissé échut à Magroon. Sa santé fragile l’avait déjà plongé dans l’univers des médicaments et des remèdes ; ce choix n’avait donc rien d’étonnant. Il n’avait pas perdu son intérêt pour l’escrime, mais quelqu’un devait assumer cette responsabilité.
Si l’on considérait ce fardeau comme un poids mort, il finissait par vous broyer. Si, au contraire, on cessait d’y voir une charge pour le prendre comme un plaisir, on pouvait bien finir par s’en acquitter avec le sourire.
Magroon appartenait clairement à cette dernière catégorie.
« C’est passionnant. L’herboristerie de Zaun ne fera que s’améliorer à partir de maintenant. »
« Ce sont des arts de la guérison. Ça ne se résume pas à manipuler des plantes. »
Ann lui avait donné un carnet qu’elle avait rempli à la main. Elle y avait consigné les traitements et leurs effets sur divers troubles et maladies.
En le parcourant et en découvrant la qualité de son contenu, Enkrid se dit que si tout cela se répandait sur le continent, plus d’un finirait par en mourir. Autrement dit, on pouvait sans peine parler d’un trésor.
Dans ce monde, les gens se battaient et s’entretuaient pour une seule relique. Des nations avaient même envoyé des ordres de chevalerie entiers explorer des ruines.
Quant aux chasseurs de trésors, ils savaient depuis toujours que les reliques n’étaient pas les seules choses qui valaient la peine d’être recherchées.
« Si, par hasard, tu m’as donné ça parce que tu as des sentiments pour moi… »
Magroon s’était mis à espérer après avoir reçu le carnet.
« Tu t’es regardé dans un miroir ? Il n’y a donc pas d’eau claire à Zaun ? Tu peux toujours vérifier ton reflet dans un ruisseau. »
Elle le remit aussitôt à sa place.
Avec ses traits fins et délicats, Ann avait tout d’une jeune dame bien élevée et discrète au premier abord. En réalité, c’était une femme qui avait traversé le continent avec quelques potions et une volonté de fer. Et elle avait déjà promis son avenir à Ragna.
Cela dit, quand vient le moment de s’étirer et de respirer à nouveau, il faut le faire.
C’était ce que faisait Zaun à présent.
Enkrid venait de finir ses préparatifs pour partir, le cœur un peu plus léger, lorsqu’arriva Schmidt, accompagné d’une de ces choses remarquables. Il répétait depuis le début que l’Empire avait de quoi étonner, et personne ne lui avait dit de ne pas le croire ni demandé de le prouver.
« Schmidt, c’est l’ami dont tu m’as parlé ? Celui que tu voulais faire venir ? »
L’homme avait les côtés et l’arrière du crâne rasés presque à blanc, tandis que le dessus et l’avant conservaient une longueur modérée. Large d’épaules et solidement bâti, il portait à la hanche une massue anguleuse.
Une arme massive, à la tête carrée, qui ne passait pas inaperçue.
Il portait une armure spécialement modifiée : une cotte de mailles, des épaulières, des brassards couvrant ses avant-bras et de fines plaques de fer autour des cuisses, comme des cylindres. Les articulations n’étaient pas reliées entre elles ; on aurait dit une armure de plates découpée et portée par morceaux. Pourtant, ses courbes étaient si fluides et naturelles qu’on se demandait comment elle avait été fabriquée.
Fanito, ou peu importe son nom, avait lui aussi porté une armure singulière lors du combat récent, mais celle-ci était d’une tout autre nature. Ce qui frappait, c’était qu’elle semblait faite pour cet homme, comme une seconde peau.
Pourquoi lui allait-elle si bien ?
Était-ce l’humeur légère d’Enkrid, ou le calme qui l’avait envahi ?
Plus que ce que l’homme avait dit ou ce qu’il était, cette question attira d’abord l’attention d’Enkrid.
« Vous êtes Enkrid, de la Garde-frontière ? »
demanda l’homme.
Enkrid n’avait pas fini de l’évaluer, mais ce n’était pas une raison pour garder le silence.
L’homme ne manifestait ni intention meurtrière ni hostilité ouverte, mais aux yeux d’Enkrid, il était prêt à se battre à tout instant. Il le sentait sans avoir besoin d’observer ses mains ou ses pieds, sans percevoir la moindre poussée d’élan ou de Volonté.
Celui-là pouvait passer à l’attaque à tout moment. Il portait cette vigilance comme une armure. Voilà qui était étrange, aussi.
Sa réponse ne fut pas des plus chaleureuses.
« Qui êtes-vous ? »
Il n’inclina pas la tête, mais c’était le genre de réponse qu’on aurait attendue de deux mercenaires en train de se jauger. Elle aurait parfaitement convenu dans un coin de taverne, quelque part en ville, après quelques verres, avec une odeur de vomi et de tabac dans l’air.
Mais, pour Enkrid, c’était la réaction naturelle. Pour demander son nom à quelqu’un, il fallait d’abord donner le sien. C’était une question de politesse.
« … Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu droit à une réaction pareille. Quand on ne circule qu’au sein de l’Empire, ça n’arrive pas souvent. »
Tout en parlant, l’homme leva la main gauche, paume à plat, et la tint à hauteur de poitrine, comme s’il soutenait quelque chose par-dessous, à l’horizontale. Un geste qui signifiait : regardez l’insigne.
L’emblème représentait un grand cercle entourant un plus petit.
Le symbole de l’Empire. Celui des chevaliers impériaux, également.
Dans l’Empire, cet insigne servait de laissez-passer, de preuve d’identité et de symbole d’autorité, inspirant le respect à tous ceux qui le voyaient.
Le problème, c’était qu’ils n’étaient pas dans l’Empire.
« Alors, qui êtes-vous ? »
répéta Enkrid.
Les lèvres de l’homme se retroussèrent. Son sourire avait quelque chose de celui d’un tigre.
Il souriait, mais une intention meurtrière l’accompagnait. Le fait qu’elle prît forme signifiait qu’il était aussi habile que le chef de la famille. Sa Pression prenait l’apparence d’une massue à pointes, sauvage et rugueuse. Elle lui ressemblait. On aurait dit une massue hérissée de pointes qu’on brandissait encore couverte de sang et de chair, sans l’avoir essuyée.
À peu près au niveau du chef de famille ?
C’était peut-être pour cela.
L’anticipation emplit le regard d’Enkrid.
On s’en fait un ?
Plusieurs choses avaient de quoi intriguer. L’armure qui ressemblait à une peau. Sa manière de manier sa Volonté, toujours prêt à l’action. Et, surtout, Enkrid ne parvenait pas à prévoir quelle attaque allait suivre.
« Valmund Balpier. »
L’homme donna son nom, et Enkrid lui répondit sans bouger les lèvres.
« Enkrid, de la Garde-frontière. »
Au-dessus du bassin balayé par la tempête, seul un vent calme soufflait. Dans ce calme, deux bêtes se jaugeaient.
On aurait dit qu’elles allaient se jeter l’une sur l’autre d’un instant à l’autre. Trois-Fer résonna.
Jiiiiing.
Au son de l’épée, la main de l’homme se trouvait déjà sur sa hanche, sans qu’Enkrid l’ait vu bouger. Il découvrit les dents en empoignant le manche de sa massue. Ses canines étaient exceptionnellement pointues.
« Seigneur Balpier. »
Schmidt dit quelque chose à côté de lui, mais ce n’était pas le moment d’intervenir. Cela dit, aucun combat n’éclata.
Trop de gens s’étaient interposés pour l’empêcher. Et ils le faisaient de façon extrêmement catégorique.
« Ça suffit. Valmund. Si tu insistes, tu ne repartiras pas d’ici facilement. »
« Un entraînement amical, passe encore. Mais si tu manifestes une intention meurtrière, c’est une autre histoire. »
« Tu ferais mieux d’arrêter. Je ne te préviendrai pas avant de frapper. »
Trois personnes bougèrent les premières.
Dans l’ordre : le chef de famille, Lynox, puis Alexandra.
Même alors, Valmund ne relâcha pas la pression. Au contraire, son élan s’amplifia. Était-il plus menaçant que la Méduse qu’ils avaient abattue peu auparavant ? Sa forme différait quelque peu, mais il était sans aucun doute tout aussi dangereux.
Pourquoi la situation avait-elle dégénéré si soudainement ? Qui sait. Les choses avaient simplement tourné ainsi.
« Même si vous êtes un chevalier impérial, vous ne pouvez pas dégainer contre notre héros sur les terres de Zaun. »
Odinkar s’avança, le regard vif et déterminé. Il avait l’air d’avoir pris sa décision.
« Si tu veux te servir de cette lame, va donc jouer avec les Bêtes magiques. »
Magroon s’avança à son tour, le visage fermé. Un visage impassible pouvait exprimer bien des choses, et celui-ci affichait sans équivoque du mépris.
« Hé, tu te prends pour qui ? »
Puis s’avança la plus grande beauté de la race des Géants, suivie de Riley et Katu, qui s’étaient autrefois appelés esclaves, puis des enfants qu’Enkrid avait initiés à l’escrime. Tous s’avancèrent sans la moindre peur.
Avant même qu’on s’en rende compte, tout Zaun s’était rassemblé et faisait pression sur le chevalier impérial.
« C’est qui, ce type ? »
« Pourquoi il se comporte comme ça avec notre Enki ? »
« C’est une menace ? Il dégage son intention meurtrière sans retenue. »
« Ce n’est pas parce que c’est un chevalier qu’une lame ne peut pas lui transpercer le corps. »
Pas une once de peur chez eux.
Ce n’était pas désagréable.
Ces gens avaient réagi au simple fait que quelqu’un dirigeait une intention meurtrière vers leur héros.
Quand quelqu’un s’en prend à ce qui compte pour vous, vous réagissez. C’est comme ça.
Pour ces gens, Enkrid était devenu quelqu’un qui comptait.
Bien sûr, ils savaient qu’il pouvait se défendre sans problème, mais leur volonté de ne pas rester les bras croisés pendant qu’on s’en prenait à lui était plus forte que tout.
Et cela lui remua un peu le cœur.
Valmund Balpier soutint longtemps le regard d’Enkrid, puis fut le premier à relâcher son élan.
« Seigneur Balpier. »
Schmidt s’essuya le front couvert de sueur froide et tendit la main vers son bras.
« Valmund Balpier, chevalier impérial. »
Il se présenta une nouvelle fois, avec un sourire cette fois, et lui tendit la main.
Enkrid s’apprêtait à la prendre par réflexe quand le chef de famille, Alexandra et Lynox firent tous un pas vers lui.
« Je suis venu aider Zaun, et je n’ai aucune mauvaise intention envers cet homme. N’est-ce pas ? »
Valmund s’adressa aux trois. À les voir depuis le côté, il était évident qu’ils se connaissaient déjà.
« Et aucun de vous trois n’est au mieux de sa forme, alors évitez de vous surmener. »
Quand Valmund eut terminé, Odinkar intervint.
« Je vais parfaitement bien. »
Il s’était placé aux côtés d’Enkrid sans que personne s’en aperçoive. Devant Zaun rassemblé au grand complet, l’homme lâcha un bref rire sans joie.
« Schmidt, j’ai cru à moitié que tu exagérais quand tu m’as dit que cet ami avait sauvé Zaun, mais c’est vrai. »
Schmidt secoua lentement la tête.
« Je te l’avais bien dit. »
« Enfin. Je ne vous veux aucun mal. »
Sur ces mots, il lui tendit enfin la main jusqu’au bout. Enkrid la prit, et Valmund insuffla sa Volonté dans leur poignée. Mais Enkrid avait été entraîné par Audin, entre tous. En force pure, au sein des Chevaliers fous, seul Audin le surpassait.
Crac, clac, crac.
Les mains jointes des deux chevaliers produisirent une série de craquements inquiétants, mais aucun ne se brisa les os.
« Vous êtes fort. »
Valmund Balpier le dit, les sourcils légèrement froncés par la douleur.
« C’est le premier chevalier impérial que je rencontre. »
répondit Enkrid avec décontraction, avant de le lâcher.
Après avoir entendu toute l’histoire, il s’avéra que l’une des raisons de la venue de Valmund Balpier était d’aider Zaun.
« Ça ne fait pas un peu tard pour venir ? » demanda Odinkar.
Valmund expliqua qu’à la réception du message de Schmidt, il était déjà en train de traquer le chef d’une bande de brigands. L’homme s’était enfui et l’avait obligé à faire un détour, ce qui expliquait son arrivée à ce moment-là.
Quel genre de chevalier pourchassait un chef de brigands ? En l’écoutant davantage, Enkrid apprit que le fugitif avait lui aussi des capacités dignes d’un chevalier.
Même les crimes commis au sein de l’Empire semblaient relever d’une autre échelle.
« À l’origine, c’était un soldat de l’Empire, alors je le connais. Son talent s’est éveillé, ce qui aurait dû être une bonne chose, sauf qu’il n’a pas cessé de semer le trouble depuis. Il a pour passe-temps de tuer des gens. »
Le monde était plein de gens de toutes sortes, parmi lesquels se trouvaient ceux qu’on avait envie d’insulter dès le premier regard. C’est ainsi qu’Enkrid comprit la situation.
Valmund avait voulu éliminer le fugitif d’abord, mais celui-ci avait soudain changé de direction dans les environs. Comme il pouvait faire un détour et reprendre la poursuite, il avait décidé de passer ici avant de l’achever ensuite, expliqua-t-il.
Dans ce cas, il aurait tout simplement pu repartir.
« Pourquoi ne pas venir avec moi ? »
Sans prévenir, il proposa à Enkrid de l’accompagner.
« J’attends quelqu’un, alors je ne peux pas partir pour le moment. Mais ne devriez-vous pas vous dépêcher de le poursuivre ? »
demanda Enkrid. Valmund sourit et secoua la tête.
« Un jour ou deux, ce n’est rien. »
À l’entendre, la poursuite n’avait pas l’air aussi urgente qu’il l’avait d’abord laissé entendre. Ce qui soulevait la question de savoir pourquoi il avait mis si longtemps à venir aider Zaun, mais ce n’était pas vraiment la peine d’insister.
Il fallait considérer la situation.
Avait-il prévu d’arriver juste au bon moment, alors que Zaun était à bout de forces ? Puis Enkrid était arrivé et avait tout chamboulé. Il avait aussi appris autre chose.
Zaun et l’Empire étaient liés par une alliance tacite.
Rien d’autre ne pouvait expliquer une telle proximité. Voilà pourquoi Valmund, le chef de famille et les autres se connaissaient déjà.
Qui avait mis cet arrangement en place ?
Heskal.
La troisième solution de repli qu’Heskal avait préparée pour assurer la survie de Zaun. Une voie qui ferait entrer Zaun sous la protection de l’Empire si tout le reste échouait.
Cela signifiait qu’il s’agissait d’une relation qu’ils ne pouvaient pas se permettre de transformer en inimitié.
Et pourtant, tout Zaun s’était tenu prêt à se jeter sur un chevalier impérial pour Enkrid sans la moindre hésitation.
Le chef de famille l’observait. Enkrid prit la parole le premier.
« Je ne compte pas partir avant le retour de Ragna. Si je m’en vais sans lui, c’est le genre d’ami que je risque de ne plus revoir avant la fin de mes jours. »
S’il disait à Ragna de rentrer par ses propres moyens, il leur faudrait sans doute attendre une autre vie pour se revoir.
Valmund lui tendit alors un appât des plus intéressants.
« Ça ne vous dirait pas de voir l’Escrime impériale ? Je n’ai pas grandi dans l’Empire moi-même, mais l’homme qui s’est enfui la connaît sur le bout des doigts. »
Enkrid avait beau être un poisson, il trouvait cet appât très difficile à refuser.
Et si je laissais Ann derrière pour servir de guide ?
Elle ferait largement l’affaire.
Ragna avait dit qu’il lui faudrait au moins une semaine de plus. Il devait régler l’affaire d’Ilchul, et cela prendrait autant de temps.
Valmund avait l’air d’avoir l’habitude de dire des choses qui faisaient réagir les gens. À chaque fois qu’il ouvrait la bouche, il touchait un point sensible. Enkrid trouvait ça plutôt amusant, à vrai dire.
Un homme vraiment rare. Et un chevalier impérial, de surcroît.
Prétendre que cela ne l’intéressait pas aurait été mentir.
Il n’avait pas non plus l’impression que cet homme voulait lui faire du mal.
« Qu’en dites-vous ? Et vous autres, ne vous inquiétez pas. Sur l’honneur des chevaliers impériaux, je jure que je ne ferai aucun mal à cet homme. »
Valmund le déclara sans hésiter, afin d’apaiser le mécontentement général.
Ce n’était pas un orateur, mais il savait lire l’atmosphère et gérer une situation avec l’aisance de ceux que l’expérience avait longuement formés.
= = =
Rejoignez notre Discord à l’adresse <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>