Chapitre 728
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 728 : Enivré par le crépuscule
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Il s’entraîna contre tous ceux qui affluèrent, puis mangea à sa faim et se reposa bien.
Beaucoup de gens continuèrent à lui rendre visite pendant les quelques jours supplémentaires qu’il resta, et leurs propos se ressemblaient pour la plupart.
« M’entraîner avec vous, c’est tellement amusant. Vous ne pourriez pas rester à Zaun ? »
Certains n’hésitaient pas à montrer ce qu’ils ressentaient.
« Merci. Et je crois que je vous dois des excuses. »
D’autres choisissaient leurs mots avec soin.
Les premiers étaient généralement les plus jeunes. Les seconds avaient quelques années de plus.
Il fallait préciser que les deux groupes étaient parfaitement sincères : leurs paroles comme leurs gestes ne feignaient rien.
Les plus jeunes lui demandaient sans cesse pourquoi il partait et refusaient de lâcher l’affaire. Ceux qui le remerciaient et s’excusaient inclinaient la tête et lui disaient que, sans lui proposer de devenir leurs esclaves, ils resteraient à sa disposition s’il avait un jour besoin de quoi que ce soit.
De temps à autre, certains avouaient leur gêne.
« Et si je prenais la place de Riley ? »
Quelques-uns le disaient même avec le plus grand sérieux.
Et il reçut une proposition plus étrange encore que toutes les autres.
« Riley a dit qu’elle serait votre esclave, alors je me suis dit que je pourrais devenir votre épouse. »
C’était une femme de la famille Zaun dont il ignorait le nom. Grida lui avait expliqué qu’elle était d’un talent éclatant, mais que son véritable rêve était de devenir une mère sage et que son seul défaut fatal était une certaine lacune.
Il lui semblait se rappeler qu’elle avait beaucoup de colère en elle.
Elle avait apparemment fréquenté pas mal de gens au sein même de Zaun, mais toutes ses relations avaient tourné au vinaigre en cours de route, et elle les avait roués de coups jusqu’à les laisser à moitié morts.
Elle affirmait de sa propre bouche que son rêve était de devenir une mère sage et une bonne épouse, mais, lors de ses voyages sur le continent, elle avait tranché la gorge à tant d’hommes qui maltraitaient les femmes qu’on lui avait donné le surnom de Potence ambulante.
Plusieurs chasseurs prometteurs, qui avaient suivi cette femme mise à prix jusqu’à Zaun, étaient morts ou avaient fini par rester au village des chasseurs.
Il avait entendu dire que certains de ces chasseurs étaient morts lors de la récente bataille.
Enkrid n’avait rien cherché de tout cela, mais les gens autour de lui ne cessaient de lui raconter des choses, si bien qu’il finit par en savoir de toutes sortes.
« Je vais passer mon tour. »
« Tss. »
Cela dit, elle ne s’attarda pas et n’insista pas comme certains.
« Il y a de l’or dans l’Empire. »
« Il y a de belles femmes dans l’Empire. »
« Il y a de belles épées dans l’Empire. »
« Il y a des forgerons nains dans l’Empire. »
« Il y a des chevaliers incroyablement puissants dans l’Empire. »
« Dans l’Empire… »
Schmidt avait-il toujours autant parlé ?
Lorsqu’ils s’étaient rencontrés aux Gardes-frontières, il n’avait pas une certaine gravité dans sa manière d’être ?
Enkrid se demanda un instant s’il n’avait pas idéalisé ce souvenir, vu le temps écoulé.
Non. Ce n’était pas ça.
Schmidt était un Recruteur de talents compétent, qui se donnait simplement corps et âme à son devoir.
« Cet homme vient tous les jours ? »
En entendant Ragna, Enkrid put confirmer que son propre souvenir ne le trompait pas non plus.
« Vous en avez déjà assez de moi ? Mais je ne peux pas vraiment partir pour l’Empire pour l’instant. » Schmidt désigna sa jambe. « J’ai pris ça pendant les combats. »
Il avait eu l’air parfaitement en forme en parlant des saintes écritures du pacte d’or, mais, une fois tout terminé, une profonde entaille sur sa cuisse s’était révélée.
« Un peu plus haut et… pfiou. »
Il n’aurait plus jamais pu fonctionner comme un homme.
Schmidt secoua lentement la tête avant de reprendre :
« Enfin, il y a un bon côté au fait de s’être fait lacérer par la griffe d’une Bête magique. »
« Lequel ? »
demanda Ragna. Enkrid, lui, ne prit pas la peine de poser la question : il connaissait déjà la réponse.
« L’Empire me considérera comme un soldat blessé et me décorera. Je serai un vétéran décoré. »
Même s’il n’avait pas réellement combattu pour l’Empire.
Si on demandait pourquoi, la réponse était que la mission d’un Recruteur de talents constituait en soi un service rendu à l’Empire.
Enkrid se demanda s’il n’existait pas un ouvrage à part intitulé L’Empire omnipotent que Schmidt aurait appris par cœur de la première à la dernière page.
Et quelqu’un passait encore plus souvent que Schmidt. On pouvait dire que c’était le premier visage qu’Enkrid voyait en se réveillant avant l’aube.
« Vous êtes debout ? »
« … Pourquoi tous les matins ? »
« Pour vous remercier. Merci d’avoir sauvé Zaun. »
Il s’inclina légèrement.
Le chef de famille venait tous les matins, pendant les séances d’entraînement d’Enkrid, s’inclinait et repartait. Il n’avait pas encore complètement récupéré : même en marchant, son équilibre était manifestement précaire. Pourtant, il ne manquait jamais sa visite.
L’aube n’était pas le seul moment où il venait. Il repassait lorsque le soleil était haut. À peine le repas terminé, le chef de famille réapparaissait.
« Vous avez mangé ? »
« Vous avez dit que vous n’aviez perdu la vue que d’un œil. Vous voyez très bien que je viens de finir. Pourquoi poser la question ? »
Le chef de famille avait perdu un œil. Mais il lui en restait un, et il n’aurait pas dû avoir de mal à constater qu’un repas venait de se terminer.
« Merci d’avoir sauvé Zaun. »
Puis il s’inclinait.
Enkrid aurait été soulagé si cela s’était arrêté là, mais il devait encore le revoir avant de se coucher.
« Vous ne dormez pas encore ? »
« Vous ne le voyez pas ? »
« Sans vous, Zaun aurait perdu beaucoup de monde. »
« Heskal mérite aussi qu’on lui rende hommage. »
« Je n’ai pas oublié sa contribution. Quoi qu’il en soit, merci d’avoir sauvé Zaun. »
« Mes oreilles vont finir par se couvrir de callosités. »
Le chef de famille vint le voir matin, midi et soir pendant trois jours d’affilée.
Il avait perdu la capacité de se battre comme avant et avait toutes les raisons de se laisser submerger par le chagrin. Pourtant, il ne manqua jamais une seule fois de venir trouver Enkrid, même en ruisselant de sueur.
« Ragna. »
« Oui ? »
« Pourquoi ton père fait-il ça ? »
Enkrid le savait déjà à moitié. Mais rien ne l’empêchait de poser la question. Il y avait peut-être quelque chose qui lui avait échappé.
Ragna se rappela alors une habitude de son père qu’il avait presque oubliée.
Depuis que Ragna était petit, Tempête Zaun mettait toujours tout son cœur dans chacune de ses paroles et de ses actions.
Comme il ne pouvait pas exprimer ses émotions dans ses paroles et ses gestes aussi bien que les autres, il répétait davantage ce qu’il voulait dire pour que sa sincérité soit comprise.
« Il est reconnaissant. Voilà pourquoi. »
« Oui. Ça, je l’avais compris. »
Il se demandait seulement si ce n’était pas un peu excessif.
C’était ce qu’Enkrid s’était dit. Il resta donc quelque temps à Zaun.
« Donne-moi une semaine. J’ai encore des choses à régler. »
Ann le lui avait demandé, et Enkrid ne voyait lui-même aucun inconvénient à s’attarder. C’était un séjour agréable, un bon moment.
Il avait entendu dire qu’enseigner était une autre manière d’apprendre.
Il en avait déjà fait l’expérience, mais Zaun regorgeait de gens débordant de talent.
Ils aimaient apprendre auprès d’Enkrid, et lui aimait apprendre auprès d’eux. L’entente était parfaite, et cela l’aidait.
« Personne à Zaun n’explique les choses comme Enki. »
Parmi eux se trouvait un gamin qui s’était planté la tête dans la terre quelques fois, avant de venir le voir avec une familiarité très amicale.
« Vous expliquez vraiment bien. Alors, que diriez-vous de ce soir ? »
Et il y avait aussi cette géante qui cherchait sans cesse à s’installer à côté de lui dans le lit.
Il apprit plus tard qu’Anahehra aimait faire ce genre de plaisanteries.
Sauf qu’elle semblait toujours à moitié sérieuse, ce qui venait probablement de ses instincts qui le trompaient.
« Si Anahehra disait qu’elle voulait te suivre, tu l’emmènerais ? »
Ragna posa la question sans détour. Ses instincts ne le trompaient peut-être pas, après tout.
« Ce serait à elle d’en décider. »
Il n’avait aucune raison particulière de refuser.
« Sinar serait ravie. Je me demande si Esther serait contente pour elle aussi. »
Les paroles de Ragna avaient une pointe de malice.
« Ça m’est égal, dans un sens comme dans l’autre. »
Enkrid écarta les taquineries de Ragna et reprit ses moulinets à l’épée.
En enseignant à tant de gens les uns après les autres, il ne pouvait s’empêcher de repenser au chemin qu’il avait parcouru.
Et c’est là que résidait le bénéfice.
Le chemin qu’il avait parcouru. Ceux qu’il n’avait pas empruntés, mais qu’il pouvait maintenant apercevoir. Ceux que voyaient les gens débordant de talent. Ceux que voyaient les gens talentueux, mais qui n’avaient pas encore le courage de s’en servir.
Il les examina sous tous les angles et les médita longuement.
Quand on avance en ne regardant que devant soi, on ne voit pas ce qui se trouve derrière. Il était donc sage de savoir quand s’arrêter pour regarder en arrière.
Enkrid absorba cette sagesse. Une chose de plus qu’il avait apprise.
Durant son séjour à Zaun, des moments semblables se succédèrent.
Avant, et encore maintenant.
Un soir, le crépuscule tomba. Les rayons du soleil, étirés à l’horizon, pâlissaient et répandaient d’étranges couleurs tout autour de lui.
C’était son heure préférée de la journée.
Certains l’appelaient l’heure du chien et du loup : une silhouette approchant de loin pouvait être l’un ou l’autre, et il était impossible de savoir lequel.
Le ciel n’était ni tout à fait sombre ni tout à fait lumineux. Il mêlait une clarté bleutée à des lueurs jaunes, et l’air était agréablement frais.
Les journées comme celle-ci semblaient faites pour que quelque chose arrive. Un homme et une femme pouvaient tomber amoureux. Un peu de chance pouvait leur sourire. Quelqu’un pouvait trouver une paix intérieure qu’il n’aurait jamais imaginée.
Un enfant abandonné par ses parents pouvait sortir de leur ombre et se tenir pour la première fois debout, par lui-même. Un homme qui avait grandi sans amour et n’avait appris qu’à parler avec des épines pouvait découvrir l’amour, non seulement celui que l’on reçoit, mais aussi celui que l’on donne, et trouver une nouvelle manière de vivre.
Chacun connaissait son instant magique.
Un instant unique, capable de changer toute une vie.
Et même s’il ne changeait pas tout, il pouvait être la main dans le dos de quelqu’un, le poussant vers quelque chose qui, vu de l’extérieur, semblait impossible et hors d’atteinte.
C’était dans ce crépuscule que s’infiltrait ce genre de magie. Là où l’orange rencontrait le bleu, des dizaines de nuances se mêlaient.
Tout près, les grillons chantaient. Depuis midi, moins de monde que d’habitude était venu lui rendre visite.
Et personne d’autre ne viendrait avant un bon moment.
Le chef de famille ne passerait le saluer que beaucoup plus tard, et Schmidt était déjà venu puis reparti dans l’après-midi. Il ne reviendrait donc pas.
Ragna était parti avec Ann vers les falaises derrière le bassin. Ils voulaient vérifier une plante — une herbe médicinale, ou peut-être un poison — qui poussait à l’état sauvage quelque part là-bas.
Personne à voir, et, hormis les grillons, aucun bruit fort.
Enkrid, perdu dans cette étrange lumière, explora son monde intérieur.
C’était peut-être à cause de l’impression la plus récente qui l’avait marqué.
Du haut d’un grand arbre, un peu à l’écart, Heskal sauta au sol dans un bruit sourd.
« Envisage les choses sous plusieurs angles. Un être humain ne se résume pas à une seule chose. Et si tu veux vraiment comprendre quelqu’un, découvre ce qu’il désire au fond de lui. »
Tout ce qu’il avait fait était impossible à comprendre si on le prenait au pied de la lettre.
Ce que Heskal voulait, c’était que Zaun perdure.
Avant que tout ne commence, quand Enkrid lui avait demandé quel était son rêve, Heskal avait souri et éludé la question. À présent, il comprenait pourquoi.
La saisie du pouvoir divin n’avait été qu’un outil.
Oui. Il le savait.
Aimer l’épée et prendre par l’épée ce que l’on désire, c’étaient deux choses différentes.
Une pensée nouvelle le frappa : Zaun, les gens d’ici, étaient différents de lui.
Ils ne brandissaient pas leurs épées pour effacer la Terre Maudite ou atteindre quelque chose de lointain.
Il ne les y obligerait donc pas. Rien n’avait changé depuis sa première rencontre avec Grida, Odinkar et Magroon.
Ces gens lui devaient-ils la vie ? Était-ce une raison pour leur imposer quelque chose qu’ils n’avaient jamais demandé ?
Il ne le voulait pas.
Au moment où ses pensées s’apaisèrent, Aoara sortit de l’ombre entre les maisons, soudainement, sans se presser.
La lumière bleue du crépuscule la traversait. Aoara avançait d’un pas léger, le visage rayonnant. Elle s’approcha et demanda :
« Ça va ? »
Sans attendre de réponse, elle enchaîna :
« Les cinq styles d’épée, les cinq. Tu comptes tous les maîtriser. Même un chevalier s’appuie généralement davantage sur l’un d’entre eux, mais toi, tu veux tous les pratiquer. Pas vrai ? Tu ne veux en abandonner aucun. »
Aoara. Avant sa mort, elle avait profondément marqué Enkrid.
Elle était apparue dans une vision et lui avait laissé matière à réflexion. Rien de ce qu’elle avait dit ne méritait d’être écarté. Tout était un indice qui menait à un commencement.
Et Enkrid l’avait ignorée.
Assez de visions.
Dès qu’il en prit la décision, Aoara disparut.
Il avait appris et était allé de l’avant.
Il était ici, à présent.
Son cœur était calme. Son esprit, lucide. Le repos et la récupération avaient fait leur œuvre. Ce calme lui montrait la réponse.
Il devait aller au-delà de l’apprentissage et de la maîtrise.
Ses sens le lui disaient. C’était le moment.
Autrement dit, il était temps de poser les bases de quelque chose de nouveau et de bâtir dessus.
Il avait vu et ressenti bien des choses. Il en choisit une et en fit sa pierre angulaire.
L’Épée qui bloque les vagues, c’est l’Épée correcte.
Les fondations venaient de Ragna. Ce que Ragna accomplissait grâce à son talent inné et à son pur instinct, Enkrid le faisait par le calcul.
L’Épée correcte s’entraîne à travers l’Épée qui bloque les vagues.
Ce qu’Enkrid faisait à présent, c’était fixer une méthode d’entraînement pour chaque style d’épée.
Il poursuivit sa réflexion. La magie du crépuscule ne s’achevait pas, alors Enkrid s’y déplaça librement. Il vola, courut et nagea.
La lumière du crépuscule devint ciel, lac, puis terre.
L’Épée lourde et féroce, c’est l’entraînement physique.
La technique des Arts martiaux valériens lui permettait de réduire la distance et de concentrer sa force en un seul coup. C’était logique. Peu de gens continueraient à reculer face à un adversaire dont les deux poings étaient les armes.
Il y avait aussi la technique du chef de famille, qui manipulait la Volonté : l’explosion ponctuelle. Alexandra lui avait appris à libérer la Volonté dans une explosion, et il pouvait s’appuyer là-dessus pour bâtir un style d’épée. L’Épée lourde et féroce, c’est l’Explosion.
Inutile de créer le style d’épée tout de suite.
Il lui suffisait d’en poser la pierre angulaire. Pas besoin de creuser davantage. Pas encore, du moins.
La tromperie s’appuie sur la réflexion tactique de Ruagarne.
Il y intégrerait les techniques de l’Épée de mercenaire du Style de Vallen.
La tactique servait à s’emparer d’une position favorable, et l’Épée Illusoire n’avait jamais été une simple manière de manier l’épée. Elle se rapprochait plutôt de la tactique elle-même.
La vitesse à l’épée vient d’une pensée optimisée.
Il l’avait appris de Rem, à l’origine.
Rem jugeait la situation et faisait tournoyer sa hache dans les intervalles les plus infimes. Bien sûr, il agissait par instinct.
Enkrid, lui, y parvenait grâce à l’Éclair, par une pensée optimisée.
En matière de vitesse pure, Rem était le meilleur.
Et puis il y avait la Souplesse et l’Épée fluide.
L’Épée de la Chance tire parti de chaque instant.
Pour y parvenir, il lui faudrait des sens exceptionnels, capables de tirer profit de toutes les situations.
L’épée fluide devait d’emblée s’appuyer sur les sensations. Impossible de calculer un à un chaque point d’impact pour dévier les attaques de cette façon.
Il lui faudrait donc entendre avec ses oreilles et percevoir jusqu’aux ondulations de l’air sur sa peau.
La porte du Sixième Sens. La perception sensorielle.
Quel que soit le nom qu’on lui donnait, c’était la même chose. Il devait maîtriser la Technique sensorielle.
Sans une acuité particulière, c’était impossible.
Et par-dessus tout, il lui fallait de l’expérience. Ressentir encore et encore, jusqu’à ce que cela fasse partie de son corps.
La Souplesse et l’Épée fluide formaient un domaine qu’aucun génie ne pouvait atteindre tant qu’il était jeune.
L’Épée de la Chance était cette même Souplesse poussée à son extrême limite.
Aiguiser ses sens et faire de chaque instant sa propre chance.
Voilà la voie que traçait la Souplesse et l’Épée fluide.
Les principes établis devinrent les fondations, et il bâtit sur un terrain solide.
Le crépuscule était terminé depuis longtemps. Et la nuit aussi, à vrai dire.
« Bien dormi ? »
Le chef de famille s’approcha comme chaque matin et lui posa la question. Enkrid était resté debout toute la nuit et répondit :
« Oui, très bien. »
Un chemin qu’il avait parcouru non pas sur les conseils d’autrui, mais de ses propres pieds. Ce serait mentir que de dire qu’il n’en était pas heureux.
« Merci d’avoir sauvé Zaun. »
Le chef de famille lui adressa les mêmes paroles que toujours, avec la même sincérité de tout son cœur.
Enkrid se contenta de sourire.
D’une certaine manière, cette droiture simple et sans détour semblait incarner Zaun à elle seule.
Et cet après-midi-là, un nouveau visiteur arriva.
À peu près au moment annoncé par Ann. Autrement dit, alors qu’Enkrid commençait à envisager son départ et que Ragna était absent depuis deux jours.
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