Chapitre 723
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 723 : L’explosion d’un point unique
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Sa bouche s’ouvrit toute seule, même s’il n’y pouvait pas grand-chose. Il était prisonnier d’une malédiction qui lui faisait revivre la même journée encore et encore. Parfois, il l’avait vécue plus de quelques centaines de fois.
En additionnant toutes ces répétitions, on n’atteignait pas des centaines, mais des milliers.
Il était donc naturel que le mot « seulement » lui ait échappé. N’importe qui connaissant sa situation — le Batelier, par exemple — aurait acquiescé.
C’était bien vrai.
Bien sûr, ceux qui l’ignoraient l’auraient compris tout autrement.
Une provocation, en un moment pareil ?
Oui, c’était probablement ainsi que ça paraissait.
Ce simple mot, « seulement », n’avait rien de remarquable pour Enkrid, mais, aux yeux de tous les autres, il avait fait naître tout autre chose.
Quelques instants plus tôt, cette voix aux accents multiples avait fait ployer jusqu’à l’eau de pluie. Dmuel semblait alors appartenir à un autre monde, et non à celui-ci.
Sa dignité intouchable débordait autour de lui.
Puis un mot… « seulement », et il redevint ce qu’il était : une âme hideuse accrochée à un cadavre en décomposition, un monstre maintenu en vie par des potions et des sortilèges. Pire encore, il venait de révéler sa mesquinerie en réagissant à quelques mots.
« Je te reconnais au moins un talent : celui de taper sur les nerfs. Créature. »
Dmuel s’adressa à Enkrid.
« Je ne suis qu’un épéiste », répondit Enkrid en levant Trois-Fer. Son bras s’éleva lentement et pointa sur le côté. Puis il ajouta : « Il y a deux épéistes entre nous. Rien de plus. »
Ffffff…
Ensuite, seuls le vent et la pluie parlèrent.
Pour garder son sang-froid au milieu d’une telle situation, il fallait avoir quelque chose de plus qu’un courage ordinaire.
Crac !
Le ciel se déchira comme si Enkrid l’avait effrayé et cracha un éclair. Une lumière blanche inonda tout, puis disparut. L’ombre d’Enkrid s’étira dans quatre directions, son corps en son centre ; quand la lumière s’évanouit et que les ténèbres se précipitèrent pour combler le vide, les ombres se glissèrent de nouveau en lui, comme si elles rentraient chez elles.
Pendant tout ce temps, Enkrid n’avait pas bougé d’un pouce.
« Pas étonnant qu’on te prenne pour un fou, dit Lynox, impressionné.
Enkrid eut envie de protester. Ce n’était pas à lui d’entendre ça de la bouche d’un homme qui venait de perdre un bras et plaisantait déjà sur le fait de se battre avec trois épées plutôt que quatre.
Mais le chef de famille prit la parole le premier.
« À mon tour. Enkrid de la Garde-frontière. »
Tempête se tenait face à la créature dont l’étrange peau s’était changée en pierre noire. Il était meurtri de la tête aux pieds, mais la Pression qui émanait de lui n’avait pas faibli. Il ressemblait moins à un homme qu’à une grande épée ayant pris forme humaine.
Ce n’était pas la Pression qui faisait de lui une lame : c’était l’homme lui-même. Une grande épée, le tranchant levé, la volonté de combattre embrasée. Nul besoin de demander où pointait cette lame.
« Ne t’inquiète pas. Lynox, le bouclier de chair, est là », dit Lynox.
« Tu as dit que la journée des autres durait dix jours pour toi ? » l’interrompit Enkrid. Et, avant que Dmuel puisse répondre, il poursuivit, enchaînant avec une autre question.
« C’est pour ça que tu as l’air si usé ? »
À ce stade, on pouvait dire qu’il risquait sa vie juste pour faire sortir quelqu’un de ses gonds. Sa façon de parler avait beau évoquer un chant héroïque, ses mots, eux, racontaient autre chose. Il avait un don pour provoquer qui forçait l’admiration.
En un moment pareil… « usé » ?
« J’ai un visage juvénile. »
À chaque fois qu’Enkrid ouvrait la bouche, Lynox claquait la langue.
« Tu es un homme que j’aimerais beaucoup mettre en pièces », dit Dmuel.
La fureur alourdissait sa voix. Au cours des nombreuses décennies qu’il avait vécues, il avait forcément croisé une ou deux personnes qui l’avaient méprisé. Mais cela faisait très longtemps qu’il n’avait pas entendu ce genre de propos.
Non. Cela lui était-il déjà arrivé, ne serait-ce qu’une fois ?
Il n’avait pas à raconter sa vie, mais il avait passé les dernières décennies comme un homme endormi. Avant de s’assoupir, comme après son réveil, il n’avait rencontré que des gens qui le vénéraient.
« Mon dieu ! »
« Maître, vous qui deviendrez le nouveau dieu de la Terre Maudite ! »
Heskal était le seul à ne jamais avoir eu peur de lui. Il s’était approché non par vénération, mais par intérêt personnel. Et même Heskal avait tenté d’abandonner Zaun pour bâtir une nouvelle Zaun autour de Dmuel, n’est-ce pas ?
Quelque chose se tordit en Dmuel.
Vouloir devenir un dieu ne signifiait pas avoir le cœur généreux. C’était dans sa nature. Il n’avait jamais laissé en vie ceux qui perdaient ses faveurs.
Il n’avait jamais fait entièrement confiance à Heskal non plus. Il avait placé un sceau d’interdiction dans son cœur, et, au bout du compte, Heskal avait fait un choix que Dmuel ne pouvait pas comprendre.
La confiance et la foi n’avaient pas leur place dans sa vie.
Il avait toujours été un homme étroit d’esprit, incapable de faire confiance à qui que ce soit.
À présent, il était un monstre étriqué.
« Toi, je te tuerai à coup sûr. »
Dmuel pointa un doigt vers Enkrid. Sur la chair en décomposition, les plaques de peau changées en pierre noire formaient un spectacle grotesque.
« Qu’ai-je fait pour mériter ça ? » demanda Enkrid.
Après tout, se faire condamner à mort par un ennemi n’avait rien d’inhabituel. Il n’était pas réellement blessé, et son ton le montrait bien : même en protestant, il restait calme, ce qui rendait ses paroles d’autant plus agaçantes.
« Convenons de ne pas nous retrouver ennemis, dit Lynox en secouant la tête, toujours plus admiratif.
Le chef de famille leva son épée sans l’ombre d’un sourire.
Zaun n’avait pas passé chacune de ces vingt années à choisir son camp, mais la famille avait été contrainte de se diviser. Pendant longtemps, ses membres avaient dû se soupçonner, s’exclure et se mettre à l’épreuve.
Tempête avait profondément détesté cela. Et voilà que l’homme qui avait osé diviser toute sa famille se tenait devant lui.
La véritable origine de tous ces complots, ce n’était pas Heskal, mais le monstre face à lui. Tempête le savait.
« J’aurais dû le traquer et le tuer depuis longtemps », marmonna-t-il.
Dmuel tourna les yeux vers lui.
« Arrogant. »
Celui qui avait répandu malédictions et fléaux pendant plus d’une décennie avait enfin été retrouvé.
Dmuel n’avait été actif que brièvement. Entre-temps, ses disciples avaient agi à sa place. Sans l’aide d’Heskal, il se cacherait encore quelque part, entre la vie et la mort.
Il s’était réveillé une bonne centaine d’années avant l’heure.
Cela n’avait pas d’importance. Se réveiller un peu plus tôt ne changeait rien.
Quoi qu’il en soit, le divin était désormais à sa portée.
Un poisson nageant dans le lac qu’était Zaun, aussi gros fût-il, ne pouvait pas rivaliser avec lui.
C’était pourquoi il avait tout déclenché, bien qu’il sût qu’il n’était pas encore parfait.
Dmuel n’avait plus besoin d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit. L’heure était venue de punir.
Une fumée noire s’éleva de ses mains, tandis que des scarabées se rassemblaient et grouillaient sur le sol. Chacun avait la taille d’une paume. Dire que leur morsure ne ferait que piquer serait inexact.
Enkrid leva Trois-Fer et se tint prêt. Lynox se redressa sur un bras, et des présences commencèrent à s’agiter derrière le groupe.
Nul besoin de se retourner. Ce n’était pas la présence des Bêtes magiques. Des voix retentirent aussitôt.
« Anahehra est là. »
La plus belle femme parmi les Géants avançait en boitant, sans casque.
« C’est pour ça que j’ai entraîné mon épée. Je vais vous aider aussi », lança un homme qui boitait déjà, en venant se placer derrière elle.
Anahehra, la Géante, et Riley, qui boitait.
« C’est lui ? »
« Tu as abattu Heskal ? »
« Ragna est mort ? Il ne peut pas encore mourir. Il doit attendre que je le dépasse. »
Les autres lames de Zaun se rassemblèrent.
« Si tu perds, je serai le prochain. »
Alexandra était parmi eux. Elle s’appuyait à moitié sur l’épaule d’Odinkar, le bras passé autour de lui.
« N’aie pas peur. Je suis là, Alexandra », dit Odinkar.
Il avait bien réussi à contenir la rage qui lui était montée à la tête. Cela ne faisait pas longtemps, mais il avait grandi. Autrefois, il franchissait les limites pendant les entraînements ; les raclées reçues à la Garde-frontière avaient mis fin à cette habitude.
Les lames de Zaun s’étaient rassemblées pour protéger le lieu où elles vivaient.
Ces renforts dépassaient sûrement les attentes de Dmuel.
Même sans la Méduse ni le serpent sorcier, il n’aurait jamais imaginé que tous les membres de Zaun se dresseraient devant lui, vivants et pleins de défi.
Pourtant, Dmuel pensait que cela ne changerait rien. Il était seul, désormais, mais ce n’était pas un problème.
Heskal et ceux qu’il appelait ses disciples n’avaient été que des pions sacrifiables.
Il deviendrait un dieu et ferait de cet endroit une nouvelle Terre Maudite. De là, toutes les créatures du continent et de l’Empire le loueraient, et lui, en tant que dieu, établirait de nouvelles lois.
« Protégez le chef de famille. »
Enkrid suivit son instinct et le dit, puis enchaîna sans reprendre son souffle :
« Anahehra, repliez-vous sur le côté ! Kal, couvrez l’arrière. Riley, prends la tête du groupe. Tuez tous les scarabées. »
D’un simple geste de Dmuel, des scarabées tombèrent du ciel et des golems de terre noire se dressèrent du sol. Le poing d’un golem de boue noire avait la taille d’une tête humaine.
Le combat allait-il encore s’éterniser ?
Non. Pas cette fois.
Tempête porta une fiole à ses lèvres, en avala le contenu, puis laissa son épée pendre et régla sa respiration.
Une potion, maintenant ?
C’était le remède d’Ann, un médicament qui atténuait la douleur, même pour une courte durée.
Il venait de l’avaler.
Cela signifiait qu’il s’était battu tout ce temps avec le corps en miettes.
Pourquoi ?
Pour cet instant.
Le moment précis qu’attendait Tempête, un homme doué pour la stratégie, était arrivé.
Indépendamment de ce qu’il comprenait par la pensée, Enkrid sentit quelque chose de différent dans l’élan de Tempête, quelque chose qui n’avait rien à voir avec ce qu’il avait perçu jusque-là.
Pendant ce temps, Dmuel invoquait scarabées, golems et Esprits maléfiques volants, tout en répandant la peste. La fumée noire qu’il exhalait était un poison en soi, une maladie qui apportait la mort.
Il suffisait de la respirer pour que des masses se forment à l’intérieur du corps et que les yeux deviennent aveugles.
Les épéistes de Zaun reculèrent à intervalles réguliers et se mirent à gagner du temps.
Esquiver la fumée noire, abattre les scarabées.
Contourner les golems, leur couper les jambes pour les immobiliser, puis les frapper de nouveau quand elles repoussaient.
Le combat se déroulait ainsi. Tempête se tenait, l’épée à la main, immobile comme un mort. Puis il releva la lame pendante et la plaça tout près de son visage.
En le voyant faire, Dmuel balaya l’air des deux mains et lança une masse d’eau noire, grosse comme une tête humaine. Enkrid préférait ne pas imaginer ce qui se passerait si elle éclatait.
« Arrête-la », dit Tempête.
Qu’il sache exactement ce qu’il demandait ou non, Enkrid obéit.
Enkrid percevait la forme d’un sort au toucher. C’était ainsi qu’il avait tranché le Feu ambulant. Ses entraînements contre Esther avaient affiné davantage ce sens.
Un sort.
En lisant son grain, il leva Trois-Fer et frappa. Il ramena le pied gauche en arrière tout en portant son estoc, et Trois-Fer fendit la masse d’eau noire dans un léger choc avant de la couper en deux.
Boum.
Les deux moitiés tombèrent au sol et se mêlèrent à la boue sans laisser de trace.
C’était un pouvoir emprunté au maître du soufre, celui qui dissolvait tout ce qu’il touchait. Mais il était désormais inutile : le cœur du sort avait été brisé et la forme de son pouvoir magique s’était effondrée.
« Tu as tranché un sort ? »
Dmuel était véritablement stupéfait, et c’était compréhensible. Un fil de pouvoir magique, nettement sectionné. Un simple épéiste pouvait-il vraiment faire une chose pareille ?
« Comment oses-tu ? »
Il lança cinq autres masses noires à la suite, tandis que des chaînes de fumée noire jaillissaient de derrière lui dans toutes les directions.
Elles glissèrent sans bruit sur le sol, rapides comme des serpents, et s’enroulèrent autour des chevilles d’Enkrid.
Enkrid trancha les cinq masses, l’une après l’autre. Sorts ou non, les couper n’avait rien de difficile.
Elles n’étaient pas rapides et ne déviaient pas en plein vol. Plus faciles à trancher que les citrouilles que Rem lançait à mains nues.
Les chaînes, c’était pareil.
Les points d’impact où la force se concentrait apparaissaient ici et là. Il se déplaça sans hâte et les trancha tous.
Un pas, une poussée du pied pour gagner du temps, puis il ramena Trois-Fer et la fit racler le sol à ras de terre.
Tous ses muscles le faisaient souffrir et sa tête tambourinait.
Fin et long.
Après avoir déclenché l’explosion une fois, il avait découvert qu’en se contenant, il pouvait également étirer sa Volonté jusqu’à la rendre fine comme un fil. La Volonté de contrôle lui était deux fois plus facile qu’avant.
Il aurait voulu essayer quelque chose comme Ragna, mais, pour le moment, le plus important était de continuer à balancer son épée à la seule force de sa volonté.
« Ha ! »
Dmuel fusilla Enkrid du regard. À cause de lui, rien ne se passait comme prévu.
Les lèvres d’Enkrid bougèrent. Il semblait vouloir dire quelque chose. Allait-il avouer qu’il n’en pouvait plus ? Qu’il n’avait plus rien à donner ?
Le sang lui coulait du nez sans s’arrêter. Il n’était manifestement pas en état de se battre.
Dmuel continua de lancer des sorts tout en surveillant sa bouche.
Enkrid ravala le sang qui lui remontait dans la gorge et parla. Quand on s’adressait à quelqu’un, il fallait choisir un volume adapté à son interlocuteur. De ce point de vue, Enkrid était un excellent orateur.
Il parla juste assez fort pour que Dmuel l’entende.
« Que penses-tu de ce que deux simples épéistes et une fille ont réussi à faire ? »
En un moment pareil, vraiment ?
« Kiiiaaa ! »
Dmuel poussa un hurlement. Sa fureur redoubla.
Les sorts qui s’abattaient sur eux se multiplièrent.
Des masses noires, des chaînes, des mains noires jaillissant du sol sans prévenir.
Des flaques de pluie noircirent et se déformèrent en créatures semblables à des chiens. Des éclairs crépitèrent dans les interstices. Enkrid esquiva tout et trancha chaque sort qui menaçait Tempête.
Il roula sur le sol, s’imbibant de boue de la tête aux pieds. Dans un mouvement violent, un morceau de la doublure elfique qu’il portait encore se brisa et glissa au sol.
Trempé jusqu’aux os et roulant dans la boue, il ressemblait à un rat qu’on venait d’attraper et d’essorer. Pourtant, ses yeux bleus ne perdirent jamais leur éclat, même dans l’obscurité.
Quand Tempête sentit qu’il approchait de ses limites, il se rua sur Dmuel.
À quoi Dmuel se fiait-il à cet instant ? Au sort protecteur qui enveloppait son corps ?
Pourtant, l’une des vérités du monde voulait que la foi puisse toujours être trahie.
C’était écrit dans toutes les Saintes Écritures.
Parmi des centaines de disciples, il y en aurait toujours un pour trahir son maître et le livrer.
Toutes les Saintes Écritures contenaient une parabole sur la trahison d’un disciple. On la retrouvait aussi dans les vieux contes transmis de bouche à oreille.
« Ah. »
Ragna laissa échapper un son, comme s’il venait de reprendre ses esprits.
Enkrid fixa lui aussi les yeux devant lui. Il n’avait plus la force de bouger, et Trois-Fer, plantée dans le sol, le soutenait.
La pluie lui fouettait les yeux, mais il ne pouvait pas les cligner.
Tempête Zaun courut et abattit son épée.
Un seul coup.
Il avait tout misé dessus : l’expérience accumulée, les années d’entraînement, même les années qui lui restaient à vivre.
Une lumière jaillit de son épée. Ce n’était pas comme le pouvoir divin d’Audin : c’était la Volonté rendue visible.
La lumière qui enveloppait la lame se courba et trancha le monde.
Une épée capable de tout trancher. Il suffisait de la voir pour le comprendre.
L’épée de Tempête brisa le sort protecteur et tout ce qui se trouvait derrière. Elle entra par l’épaule et ressortit en diagonale, fendant le corps de Dmuel en deux.
À première vue, on aurait dit qu’une lumière avait foncé sur une créature hideuse et l’avait coupée en deux.
Pendant tout ce temps, Enkrid sentit la Volonté de Tempête se soulever et exploser.
Ce n’était pas grâce à ses sens particuliers. N’importe qui du niveau d’un chevalier junior l’aurait senti.
La Volonté était informe, invisible, mais perceptible. À cet instant, on pouvait la voir à l’œil nu.
Et la Volonté de Tempête ne se contentait pas de se montrer. Comme le vent, invisible mais indéniable quand il ébouriffe les cheveux, elle faisait sentir son changement à tout ce qui l’entourait.
Explosion.
Lui aussi avait fait exploser sa Volonté.
La méthode différait simplement de celle d’Alexandra.
L’expérience et l’instinct, ainsi que la théorie acquise au fil des entraînements, se rejoignirent et permirent à Enkrid de comprendre clairement ce que Tempête avait fait.
Une explosion ponctuelle.
Alexandra répartissait sa Volonté dans le temps lorsqu’elle combattait. Une explosion linéaire. Tempête, à l’inverse, avait tout misé sur un seul coup.
Un style d’épée conçu pour concentrer toute sa force dans une seule entaille.
Voilà quelle était la technique secrète de Tempête.
Et cette technique avait mis fin au long cauchemar de Zaun.
Le sol se gorgea de sang noir. La pluie se calma jusqu’à devenir une bruine, et le vent faiblit avec elle.
Dmuel baissa les yeux sur son corps, tranché en deux. Ses organes à moitié pourris glissèrent au sol.
« Pourquoi ? »
La question lui échappa. Le fou qui avait prétendu atteindre la divinité avait disparu. Il ne restait qu’un humain hideux qui refusait d’accepter la mort.
Enkrid repassa le coup dans son esprit et sentit un frisson parcourir tout son corps.
À vrai dire, il avait pensé pouvoir gagner un combat à mort.
Mais il n’aurait pas pu arrêter ce coup.
À la vue de cette attaque, un vertige soudain le saisit au fond du crâne.
Le continent est vaste.
C’est ce qui le rend si digne d’être parcouru.
Enkrid observa la Volonté et l’épée de Tempête, puis sourit. À cet instant, Dmuel tourna justement les yeux vers lui et le vit sourire ainsi.
La haine déferla en lui.
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