Chapitre 717
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 717 : Danger, intensité, maladresse
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« Je ne te laisserai pas te faire terrasser par un poison. Compris ? Et si tu as quelque chose à dire, dis-le franchement. »
Juste avant que Ragna ne s’avance, Ann lui tendit quelques fioles par-derrière.
Ragna s’apprêtait à lui dire que la maladie l’avait également atteint, mais il se retint.
Ce n’était pas le moment d’en parler.
Il savait ce qu’il lui fallait. Comme toujours, dès qu’il empoignait une épée, la voie s’éclaircissait.
Du poison.
Lynox avait dit qu’Heskal avait enduit l’Arme gravée de poison. Pourtant, sa Volonté ne réagissait pas. Il ne lui restait à l’épaule que la marque d’un coup qu’il n’avait pas vu venir.
La pluie effaça presque aussitôt le sang qui s’écoulait de la plaie. Il n’en resta pas la moindre trace.
La pluie battante y était pour quelque chose, mais surtout, il avait contracté le muscle autour de la blessure au moment où la lame l’avait transpercé, la refermant ainsi.
Conditionnement du corps. Pas mal. Fanatique.
La méthode d’entraînement qu’il avait apprise en regardant Enkrid s’exercer avait enfin porté ses fruits.
Il avait aussi appris quelques trucs directement auprès du fanatique.
« Ha ha, mon frère, voilà, c’est exactement ça. Essaie de rajouter du poids ? Encore, encore, encore, encore. »
Hum. Il avait failli faire un cauchemar debout.
Si ce taré n’était pas un taré comme les autres, c’était pour une bonne raison. Il ne cherchait même pas à se battre ; il répétait juste à quel point tout était formidable en le poursuivant, un bloc de fer à la main.
Quand Ragna avait brandi son épée pour le faire déguerpir, cela s’était transformé en séance d’entraînement. À vrai dire, ça avait tourné à la bagarre, pour moitié.
Chacun d’eux y avait mis environ une demi-cuillerée de sérieux.
Un monstre de fanatique. Difficile à maîtriser en un seul coup.
C’était ainsi que Ragna avait jugé Audin, ce jour-là. Alors il avait continué à balancer son épée.
Il avait appris l’intensité auprès d’Enkrid, mais elle ne se manifestait pas d’elle-même à chaque fois.
Malgré tout, affronter les êtres qui s’accrochaient au capitaine, en risquant grosso modo la moitié de sa vie, suffisait amplement à échauffer son corps et son esprit.
Quand le danger était réel, la détermination avait tendance à s’éveiller.
Comme lorsque le chat sauvage se taisait soudain et s’approchait.
Ou quand le Barbare venait le provoquer sans crier gare.
Même chose, jour différent.
Quand il n’avait pas cette occasion, Ragna cherchait lui-même la bagarre. C’était ainsi qu’il obtenait la stimulation dont il avait besoin.
Surtout quand une bonne occasion de se battre se présentait en l’absence du capitaine : l’atmosphère devenait un peu plus sauvage et les échanges, d’autant plus incisifs.
Au moindre faux pas, la mort s’approchait assez pour vous lécher la joue. Et si vous la laissiez accaparer votre attention, cette fois, on vous arracherait vraiment la gorge.
Il avait dû affronter d’innombrables moments où il lui fallait faire un pas de plus au bord du précipice. Entrer dans le feu et continuer d’avancer. Marcher pieds nus sur le fil de la lame.
Parce que sinon,
Je suis le plus jeune.
Ça, il ne l’accepterait jamais.
Ragna laissa pendre son épée et regarda droit devant lui.
Je ne serai jamais le plus jeune.
Sa détermination se durcit en Volonté et s’embrasa.
Comme Enkrid laissait sa Volonté flamber au cœur du combat, une lumière semblable jaillit de quelque part, au fond de Ragna.
S’il devait choisir entre cela et rester le plus jeune, il accepterait n’importe quel danger. S’il lui fallait de l’intensité, il irait la chercher pour en faire une arme. Voilà pourquoi la motivation montait en lui comme jamais auparavant. Ragna pensait chacun de ses mots.
* *
Heskal ramena à sa taille d’origine l’épée nommée Camouflage — ou plutôt Déguisement —, puis reprit sa garde initiale.
Il faisait face à Ragna, le corps tourné de biais, la main gauche dissimulée derrière lui.
Il resta simplement là, le visage impassible, à l’observer.
Afficher un tel sang-froid accablait psychologiquement son adversaire et l’obligeait aussi à réfléchir à la lame extensible, à cette forme changeante de Déguisement.
Surcharger l’esprit de l’adversaire, épuiser ses forces en profitant de sa blessure et conserver l’avantage psychologique dans le même temps.
Tout était calculé.
Bien sûr, s’il avait aperçu une ouverture lui permettant de tuer son adversaire dès son premier coup, en finir sur-le-champ aurait été la solution la plus simple. Mais il n’en avait pas eu l’occasion.
Heskal avait porté un coup, puis s’était replié par instinct.
Il avait pressé son adversaire avec l’Épée correcte et s’était glissé dans sa garde grâce à l’Épée Illusoire. Sa tactique n’avait pas changé et son coup avait atteint sa cible.
Et pourtant.
Ces yeux.
Il n’allait pas faire quelque chose d’aussi prévisible que déglutir et laisser paraître son inquiétude. En apparence, Heskal était calme.
Malgré le trou dans son épaule, Ragna avait repris la même posture qu’avant. Il n’avait pas bougé d’un pouce depuis son esquive. Hormis le tressaillement quand la lame l’avait transpercé, il aurait aussi bien pu être une statue.
Frrrrrrrr.
La pluie martelait ses paupières. La malédiction de Méduse n’avait aucune prise sur lui, aussi gardait-il la tête levée. Mais Ragna, lui, était différent. Il inclinait le menton vers le bas et baissait le regard.
On ne voyait pas ses yeux. Lorsqu’un combattant doté d’un champ de vision dégagé affrontait quelqu’un qui limitait le sien, celui qui voyait avait clairement l’avantage.
Alors pourquoi faisait-il si froid ?
Heskal sentit tous ses muscles se tendre, se raidir sous une tension enroulée comme un serpent irrité.
Pourquoi ?
L’instinct comprenait la situation avant que la raison ne la rattrape. Ragna n’avait rien fait, mais les longues années de combat réel d’Heskal lui avaient forgé un sentiment très particulier. Dangereux. Menaçant. Un frisson lui parcourut l’échine.
Il percevait donc une menace.
Quand avait-il ressenti une chose pareille pour la dernière fois ?
Il ne s’en souvenait pas.
Heskal arrondit les lèvres et expira longuement, lentement. Partant du fond de son ventre, son centre se détendit peu à peu, tandis que ses muscles, crispés de partout, feignaient le calme. Cette longue expiration lui dénoua les tensions.
Pendant ce temps, son regard parcourut une nouvelle fois Ragna de la tête aux pieds.
Les deux mains serrées sur la poignée, les bras bas, le bras gauche croisé devant l’abdomen.
Ragna avait déjà balancé cette épée à deux mains une fois, mais Heskal la distinguait maintenant clairement. Ragna n’avait pas encore bougé. Cette épée était la véritable menace.
Il porte une épée à deux mains.
Aucune autre arme n’était visible. Son style d’attaque semblait reposer sur un seul coup, auquel il consacrerait toutes ses forces.
Cela rappela à Heskal ce qu’il avait enseigné à Riley.
Ce que j’ai appris à Riley vient du style du chef de famille.
Puisque Ragna avait appris les mêmes bases durant son enfance, son épée devait naturellement ressembler à celle de Tempête Zaun.
Devait-il s’estimer heureux d’avoir senti la menace à présent, même si tard ?
La question ne se posait pas. Évidemment.
Ses pensées s’activaient. Il anticipait déjà les techniques et les méthodes que Ragna allait employer.
Ses chances venaient de s’améliorer.
Il comprenait aussi, désormais, pourquoi il avait ressenti ce frisson.
Tu as vraiment travaillé dur, Ragna.
Tout ce que Ragna tenterait ne serait pas à prendre à la légère.
Mais, Ragna…
La pluie cinglait le visage d’Heskal, qui plissa les yeux ; de fines rides se creusèrent aux coins. Il avait survécu longtemps en tant qu’épéiste et était arrivé jusque-là en surmontant plus de crises mortelles qu’il ne pouvait en compter.
L’instinct qui lui faisait sentir le danger s’était forgé au fil de toutes ces années.
Le petit fruit qu’il avait récolté en affrontant le danger encore et encore le sauverait maintenant, comme toujours.
Tout le monde ne se bat pas toujours honnêtement.
Ne pas le comprendre, c’était mourir ici même.
Krrrrrrraaaac !
Un éclair traça une longue ligne dans le ciel, au-dessus du serpent de sorcellerie. Là où les nuages noirs avaient englouti la lumière, l’éclair prit le relais. Une lueur blanche dévoila brièvement le champ de vision de tous.
Heskal attendit que l’image rémanente de l’éclair se dissipe, puis prit la parole.
Ragna n’avait toujours pas ouvert la bouche. Il se tenait exactement dans la même position.
« Ça doit faire mal. »
Ses mots visaient toujours à ébranler l’esprit de son adversaire.
Pour gagner un combat, on fait tout ce qu’il faut. Les enfants enfermés dans le puits de Zaun l’ignorent. Les génies aussi.
Ils pensent qu’un vrai talent consiste à gagner en affrontant son adversaire de face, et que seule cette victoire en vaut la peine.
Une méthode correcte et propre ? Ça n’existe pas, dans un combat.
Ragna Zaun, comprends-tu cette vérité ?
Probablement pas.
Pour acquérir ce genre de chose, il fallait de l’expérience, celle qu’on obtenait en se jetant sur plus fort que soi et en se battant comme si sa vie en dépendait. Puis il fallait réellement franchir l’obstacle qui vous barrait la route. Parfois, ce genre d’expérience comptait davantage que le talent.
Une expérience qui brisait les limites.
C’était elle qui vous donnait la force de continuer à avancer quand vos pieds s’enfonçaient dans le marais du Désespoir, et qui bâtissait un socle de Volonté que rien ne pouvait ébranler.
Je n’attendrais pas ça de toi.
Ce qui avait de quoi impressionner, à la rigueur, c’était qu’il ait mis au point un petit stratagème verbal, aussi grossier fût-il, et qu’il fasse preuve d’une telle concentration en cet instant.
Rien n’indiquait qu’il se laissait troubler par les paroles d’Heskal. Ragna restait simplement immobile.
L’image d’Enkrid, aux Gardes-frontières, lui revint spontanément en tête.
Même aux yeux d’Heskal, celui-là sortait du lot. Peu importait son niveau actuel : les traces de son parcours étaient profondément gravées dans son corps.
Pas des cicatrices. C’étaient ses habitudes, forgées en lui, et les choix qu’il faisait lors des entraînements qui racontaient son histoire.
Si ça avait été lui, les choses auraient peut-être tourné un peu autrement.
Heskal le pensa, puis le dit à voix haute.
« Fais attention. »
Il lança une estocade dans la même posture que tout à l’heure. Cette fois, Ragna réagit plus vite.
S’il se déplaçait à la même vitesse, cette étrange lame l’embrocherait ; il était donc naturel qu’il accélère. Heskal amorça son estocade, puis infléchit son poignet en plein mouvement.
La lame s’allongea silencieusement depuis l’épée en mouvement. Son tranchant changea de direction en plein vol et fusa vers l’avant en gagnant de la portée.
La même attaque tranchante couvrait deux fois plus de distance avec une lame plus longue.
Heskal visait le mouvement qui ferait remonter cette épée à deux mains pendante.
Sers-toi de ce que tu gardes en réserve.
Au moment où le choc atteindrait l’épée Déguisement, une lame cachée devait jaillir sur le côté et trancher la gorge.
Il avait calculé les angles et pris en compte la force que porterait l’épée de Ragna. Ouvrir une voie avec son épée et y pousser l’adversaire.
Il frappa après avoir tout prévu, et une légère entaille apparut sur la joue de Ragna.
Au lieu de balancer son épée à deux mains, Ragna avait reculé au dernier instant et s’était dérobé à la portée de l’attaque.
Puis le pied de Ragna toucha le sol. Son pied partit plus vite qu’il n’avait reculé. La terre se fendit à l’endroit où il avait pris appui.
Il réduisit la distance, leva la jambe et la projeta vers le genou d’Heskal.
Heskal n’avait peut-être égalé personne de la Maison Zaun dans les autres domaines, mais en matière de défense, il ne cédait à personne. Il plia le genou pour abaisser son centre de gravité et ramena sa main gauche devant son ventre.
Dans un cliquetis sec, le gantelet qui enveloppait sa main gauche se déplia en un petit bouclier et arrêta le coup de pied.
Boum !
Au moment de l’impact, Heskal bondit légèrement en arrière et dispersa presque toute la force du coup.
Il avait déjà absorbé le choc avec sa cheville, son genou et sa hanche, puis profita de son bond pour dissiper le reste.
Après avoir frappé le bouclier, Ragna ramena sa jambe gauche tendue, puis posa le pied au sol en ajoutant à son pas la force du rebond.
Bam !
Son pied s’enfonça dans la boue jusqu’à la cheville.
Tout, dans son geste, annonçait une attaque, et pourtant l’épée à deux mains n’avait pas bougé. Une feinte. Heskal avait trop longtemps vécu avec la tromperie comme outil pour se laisser berner.
Le mouvement des muscles, le changement d’élan, la tension dans les doigts serrant la poignée.
Et puis, s’il frappait maintenant, Ragna pourrait esquiver facilement. Aussi téméraire fût-il, il ne gaspillerait pas ainsi son unique coup gardé en réserve.
Heskal ne sous-estimait pas Ragna.
« Maladroit. »
C’est ce qui lui échappa. Ragna ne répondit pas.
Heskal poursuivit son attaque. Parfois, Ragna esquivait ; parfois, de légères entailles s’ouvraient sur son avant-bras ou près de son cou.
Si le combat d’Alexandra avait été une joute où chacun cherchait à porter un seul coup, celui-ci ressemblait davantage à une épreuve d’endurance.
Heskal continuait à calculer plusieurs mouvements à l’avance et repoussait Ragna. Celui-ci semblait tout juste parvenir à suivre le rythme de chaque échange.
Combien de temps s’était écoulé ? Peu, selon la façon de voir les choses. Beaucoup, selon cette même façon.
Long pour un combat entre des hommes de cette trempe, court pour un observateur ordinaire.
Le temps était relatif, comme toujours.
Et c’était pareil pour ces deux-là.
Pour l’un, le temps paraissait court. Pour l’autre, il semblait long.
Heskal interrompit un coup qu’il s’apprêtait à achever.
Une impasse.
L’Épée correcte, façonnée par l’expérience, l’instinct et le talent, lui indiquait le chemin à suivre. Et la voie devant lui était bloquée.
Trois coups de plus, et il aurait complètement acculé Ragna. Dommage.
Mais si le combat continuait ainsi, il finirait lui aussi par offrir une ouverture à Ragna.
Un chevalier pouvait dépasser les limites humaines, mais cela ne le rendait pas omnipotent.
Les limites existaient.
Si tu veux faire durer le combat, je peux t’en donner l’occasion.
Heskal déchiffrait les quelques feintes maladroites de Ragna et préparait un nouveau coup.
Encore bloqué ?
Même un escrimeur précis commettait des erreurs. On pouvait les corriger. Ce n’était pas grave.
Il se battait en anticipant plusieurs mouvements, pas un seul. Du point de vue de l’Épée correcte, du moins, il avait cru que Ragna ne pouvait pas le dépasser.
Et pourtant, une étrange chose se produisait sans cesse.
Des impasses apparaissaient continuellement devant lui.
Ça ne passe pas ?
Sa méthode consistait à se frayer un chemin avec son épée et à y forcer son adversaire. Cette tactique directe était bloquée dès le départ. Il devait frapper, mais la voie se refermait sans cesse. S’il abattait son épée ici, il voyait déjà la suite : son arme se brisait, ou il devait se contorsionner pour esquiver, perdant toute sa puissance.
Reculer complètement ? Ragna aurait-il les jambes assez rapides pour combler la distance ?
Rapide. Il l’avait constaté quelques instants plus tôt, avec son coup de pied.
L’image des capacités physiques et des mouvements de Ragna qu’Heskal s’était formée s’assembla naturellement dans son esprit pour composer la séquence suivante.
Ce ne fut qu’alors que Ragna ouvrit la bouche.
« Maladroit, Heskal. »
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