Chapitre 715
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 715 : Espèce de chien
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« Sais-tu ce qui distingue un escroc vraiment exceptionnel des autres ? »
Kraiss avait lancé ça de but en blanc.
Une fois le travail de la journée terminé, ceux qui avaient du temps libre se rassemblaient parfois autour d’un feu de camp pour faire griller des châtaignes ou des noix. C’est à ce moment-là que le sujet était venu sur le tapis.
Juste une conversation sans importance, comme on en avait en posant une châtaigne trop chaude sur le sol pour la laisser refroidir.
« Que sa tête fonctionne bien ? » répondit Rem en tapotant sa tempe. De l’autre main, il brisait des coquilles de noix avec le pommeau de son manche de hache.
Boum. Crac.
La bonne force, le point d’impact idéal. La noix s’ouvrit net au lieu de voler en éclats.
À cette réponse, Kraiss secoua la tête d’un air exagérément déçu. Rem trouva cela si agaçant qu’il lui lança sa hache.
Bien sûr, il ne tua pas Kraiss. Enkrid, qui se tenait juste à côté d’eux, rattrapa l’arme.
« Merci de m’avoir sauvé la vie, capitaine. »
Kraiss le dit sans sourciller, et Enkrid hocha la tête avec le même calme.
« De rien. Ça fait seize fois, maintenant. C’est une façon de traiter celui qui t’a sauvé la vie ? Tu pourrais au moins éplucher ces châtaignes un peu plus soigneusement. »
« Oui, oui. Tenez, monsieur. »
Kraiss mania son couteau avec dextérité et lui tendit une châtaigne, pâle et propre, sans la moindre trace de peau.
Sinar était assise non loin, occupée à manger des noix enveloppées dans des pétales. Esther avait quelques pignons et observait la scène en silence.
Rem récupéra sa hache et lança : « Ce salaud ne tressaille même plus. »
Ragna lui donna son avis depuis le côté. « Si tu veux tuer quelqu’un, mieux vaut frapper de près. »
« Espèce de fils de pute, tu crois que je ne le sais pas ? »
Rem s’emporta, mais cela n’alla pas plus loin que les mots. Jaxon alignait tranquillement ses châtaignes bien en rang, à l’écart, tandis qu’Audin disait qu’on ne pouvait qu’être reconnaissant envers Dieu de leur avoir offert quelque chose d’aussi délicieux.
Enkrid acquiesça en goûtant à la douceur de la châtaigne, puis écouta la suite de l’explication de Kraiss.
« Un escroc malin finit par ne faire confiance qu’à sa propre tête, puis, tôt ou tard, il se fait surprendre et frappe à la porte du paradis. On dit qu’il tombe dans ses propres pièges. Alors, un escroc vraiment exceptionnel ne se fie pas à sa tête. »
Enkrid était en train d’avaler quelques châtaignes en les faisant passer avec de l’eau. Il ne pouvait donc pas répondre et se contenta d’un léger signe de tête.
« Les meilleurs choisissent leurs victimes avec beaucoup de soin. »
Voilà où il voulait en venir. Un escroc doué et rusé ne choisissait pas des cibles difficiles. Kraiss avait ajouté que les joueurs faisaient de même.
« Le plus difficile, paraît-il, c’est d’attirer un pigeon à la table. »
Exactement.
Tromper quelqu’un de malin était difficile. Tromper un naïf était facile. Le plus dur, c’était de trouver ce naïf.
Enkrid en ressentait la vérité jusque dans ses os, à présent.
« Alors, tu avais prévu ça aussi ? »
Fanito, l’homme qui prétendait être le bras droit d’Heskal et l’appelait son maître, posa la question. Sa voix avait le crépitement d’un morceau de bois qui venait de prendre feu.
Son regard, ses mains qui fendaient l’air à chacun de ses gestes, les mots qui fusaient entre ses lèvres et ses dents : tout brûlait de colère, et sous cette colère couvait de l’envie.
Peu importait. Même si l’homme avait craché du feu, Enkrid se serait écarté en disant : « Ah, tu craches du feu. Exactement comme prévu. » Il ne prêta aucune attention à son ton.
Fanito leva l’épée qu’il tenait de la main droite. Pour une raison ou une autre, des ondulations sombres glissaient le long de la lame.
Kiiiaaah.
L’épée poussa un cri. Un Esprit maléfique y avait élu domicile. Un Esprit maléfique enfermé dans une lame : suffisait-il de cela pour parler d’une épée consciente ? D’une épée dotée d’un ego ? Non, Épée démoniaque était sans doute plus juste.
« Bien sûr », répondit Enkrid en hochant la tête.
La paupière de Fanito tressaillit.
Enkrid continua de retourner la question dans son esprit tout en l’observant. Il suffisait de rassembler tous les éléments d’avant et d’après, de réunir toutes les coïncidences sous une même intention, et la réponse apparaissait. Éparpillées, ce n’étaient que des perles. Enfilées, elles formaient un collier.
Qui lui avait donné l’épée renfermant l’Esprit maléfique, et de quel pouvoir disposait-elle ?
Il suffisait d’examiner la question sous tous les angles, de confronter les suppositions aux indices, et la réponse se révélait.
« Tu te fies à l’épée que Dmuel t’a donnée ? Celle qui réprime la Volonté et se sert d’un Esprit maléfique pour prendre le contrôle de ton corps ? »
Parler comme si l’on connaissait tous les détails, tout en restant vague, pouvait tromper n’importe qui.
Il prononça ces mots et guetta sa réaction.
La surprise de Fanito était évidente. Ses épaules tremblèrent pour de bon.
L’homme avait exhibé son épée avec fierté. Il croyait qu’une simple égratignure suffirait à remporter la victoire.
Fell avait lui aussi porté une épée de ce genre. C’était cette rencontre qui avait permis à Enkrid d’acquérir la Volonté du refus.
L’Épée Tueuse d’idoles de Fell n’était pas très efficace contre un chevalier ou un chevalier junior capable d’utiliser la Volonté. Cette arme était donc probablement plus menaçante que l’Épée Tueuse d’idoles, et mieux adaptée à la situation présente.
Fanito atteignait à peine le niveau d’un chevalier junior, et pourtant, il avançait comme ça.
Il n’avait pas non plus l’air particulièrement effrayé. Tout cela n’était que suppositions, des paroles lancées au hasard comme une hypothèse éclairée.
« Comment as-tu deviné ? »
La bouche de Fanito resta grande ouverte. La pluie s’y engouffrait, mais il ne pensait même pas à la refermer.
« Je ne t’ai pas dit que tout se déroulait comme prévu ? »
En prononçant ces mots, Enkrid comprit quelque chose : cet homme avait passé la majeure partie de sa vie au sein de la famille Zaun. Il n’avait jamais été escroqué en parcourant le continent ni ne s’était assis à une table de jeu. Autrement dit, c’était un naïf.
« Vas-y, sors ce que tu as prévu de cacher derrière toi. »
Cette fois, Enkrid lança ça au hasard.
« Attends, comment tu as… »
Fanito fut de nouveau stupéfait.
« Tout se déroule comme prévu. »
Enkrid répéta la même phrase et remporta la bataille psychologique haut la main.
Alors, deux épéistes apparurent derrière Fanito, des silhouettes que le monde en noir et blanc d’Enkrid n’avait jamais décelées.
Plus exactement, c’étaient des individus qu’on voyait sans rien remarquer d’eux, jusqu’à ce qu’ils décident de se montrer en effaçant leur propre présence.
Ils portaient des capes à capuche, des Objets de sortilège reproduisant le sort du Voile.
Des épéistes aux yeux d’un noir d’encre. D’apparence humaine, mais d’esprit inhumain. L’un était grand, l’autre petit.
À vrai dire, il fut un peu surpris. Mais Enkrid avait toujours eu un certain talent pour tromper les gens. C’était aussi pour cette raison qu’il s’était si longtemps reposé sur l’Épée de mercenaire du Style de Vallen.
« Alors, tout se déroule comme prévu. »
Il avait décidé de faire entrer chaque coïncidence et chaque coup du sort dans ses plans. Il conserva donc la même expression et en rajouta une couche.
« Je peux savoir ce qui se passe à mille pas d’ici sans quitter ma place. »
En gros, il racontait tout ce qui lui passait par la tête.
« Ah, c’est donc pour ça… »
La bouche entrouverte de Fanito s’ouvrit encore davantage. On aurait pu y loger un poing.
« Je peux même savoir ce qui arrivera demain. »
Encore une affirmation lancée au hasard.
« C’est impossible. Ça ne peut pas être vrai. »
Ses yeux s’écarquillèrent deux fois plus qu’avant. Il disait que c’était impossible, mais avait tout l’air de commencer à le croire.
« Je le vois. L’avenir. »
À ces mots, les joues de Fanito tressaillirent. Il referma la bouche et ses yeux reprirent leur taille normale.
Il était facile à manipuler, mais c’était aussi un épéiste accompli. Il avait assez de volonté pour ne pas se laisser briser facilement.
« Malgré tout, rien ne changera. »
Il prononça ces mots et agita la main. Il se décida à bouger, comprenant qu’il n’arriverait à rien en restant là à se laisser entraîner dans le jeu d’Enkrid.
À son signal, plus de cinquante flèches fusèrent vers eux.
Impossible de les esquiver d’un simple mouvement de tête. Il voulait le transformer en hérisson, de la tête aux pieds.
En même temps que les flèches, une main invisible se forma dans les airs et repoussa la pluie. Une main télékinétique, assez proche pour qu’on tende le bras et la touche, n’était plus qu’à un souffle de s’emparer de lui.
Tandis que Fanito baissait la main pour donner le signal, Enkrid avait déjà disparu.
Quand on a pris l’avantage en pénétrant dans l’esprit de quelqu’un, on en profite, bien entendu.
L’épée tactique du Style de Ruagarne exploitait tout ce que l’environnement avait à offrir.
La toute première leçon de l’Épée de mercenaire du Style de Vallen : si tu peux tromper, trompe jusqu’aux cieux eux-mêmes.
« Fanito, attention ! »
Enkrid avait bondi sur le côté. Il cria les yeux toujours fermés. Son avertissement claqua avec force.
C’était aussi le cri qu’il avait poussé en esquivant les flèches et la poigne télékinétique qui tentait de le saisir.
De même que le chef de famille Tempête Zaun donnait à sa Pression la forme d’une immense épée, Enkrid fit de même.
L’élan qu’il déploya prit la forme d’une Pression qui s’abattit sur Fanito.
Un mur droit, carré.
Un élan qui évoquait une honnêteté sans faille, une volonté irréprochable.
Aux yeux de Fanito, le pied arrière d’Enkrid s’enfonçait à peine dans le sol. Tout indiquait qu’il allait foncer droit sur lui avec violence.
La pensée de Fanito s’accéléra. La mort était assez proche pour qu’il puisse la toucher. L’élan projeté par Enkrid était si puissant.
Dans ses pensées qui filaient à toute vitesse, Fanito mobilisa toutes ses ressources et se prépara.
Je vais bloquer.
Son armure était enchantée pour dévier la plupart des attaques. Elle résisterait à quelques coups.
Durant ce laps de temps, s’il transperçait ou taillait avec l’épée que Dmuel lui avait donnée, l’Esprit maléfique scellé dans la lame implanterait une graine de confusion dans l’esprit de l’ennemi.
Cette graine lui ferait voir ce qui n’existait pas et entendre des paroles qui n’avaient pas été prononcées, jusqu’à ce qu’il ne distingue plus ses alliés de ses ennemis et perde tout contrôle.
Son plan ne s’arrêtait pas là. Dès que l’Esprit maléfique aurait embrouillé l’esprit de l’ennemi, les deux épéistes derrière lui se jetteraient dans l’ouverture. Il pourrait donc même éviter que sa cible ne devienne incontrôlable.
À vrai dire, si l’on cherchait la menace la plus mortelle, ce n’était pas l’Épée démoniaque qu’il tenait à la main, mais les deux golems à forme humaine qui avaient perdu toute raison.
Des Golems éclair, fabriqués avec le plus grand soin par un alchimiste d’une époque révolue.
Allez, viens.
Prêt. Il raffermit sa détermination et fut à un souffle de réagir.
« Espèce de… chien. »
Fanito ravala l’insulte qui lui montait aux lèvres.
Fouafouafouafoua !
Cinquante flèches s’écrasèrent dans le sol.
La télékinésie, ayant perdu sa cible, s’évanouit, emportée par le vent et la pluie.
Les deux golems armés d’épées étaient déjà en position, prêts à bondir.
C’était précisément le moment où Fanito se préparait à encaisser la charge franche et honnête d’un épéiste intègre comme Enkrid.
Boum !
Enkrid bondit en arrière. Le sol qu’il repoussa s’effondra en cratère. Il avait déployé une telle force sauvage pour reculer. Non, pour charger.
Comme un chevalier maîtrisant les Jambes puissantes, il sembla disparaître complètement pendant un instant.
Tout le monde fut trompé.
Et après avoir dupé de belle manière un parfait idiot, Enkrid se jeta entre les deux épéistes qui gardaient l’arrière.
S’ils l’avaient su, ils auraient réagi. Mais c’était le genre de tour qui vous faisait cligner des yeux et ne vous faisait comprendre qu’après coup ce qui venait de se passer. Une tromperie parfaite.
On pouvait appeler ça un tour de passe-passe.
Leurre avec la Pression, bond en arrière, puis coup d’épée de toutes ses forces. Le premier coup trancha la tête du grand épéiste.
Tchac.
La lame trancha le cou dans un bruit rauque. La peau extérieure était si dense.
Et comme il avait frappé de toutes ses forces, le petit épéiste aurait dû avoir le temps de se préparer.
Mais Enkrid, ce salaud, balança l’épée de sa main droite tout en lançant la lame qu’il tenait dans la gauche. Au moment où le cou du grand fut tranché, la lame lancée s’enfonça dans la tête du petit. Ses jambes quittèrent le sol, et son corps fut projeté en arrière avant de rouler dans la boue.
Boum. Crac.
Heskal avait connu Lynox. Il connaissait ses méthodes, sa nature, toutes ses petites habitudes.
Les techniques de Lynox étaient étranges, mais au combat, il ne recourait jamais aux ruses. C’était ainsi qu’était Lynox.
Enkrid, lui, ne l’était pas.
Tromper.
Enkrid avait compris l’essence de l’Épée de mercenaire du Style de Vallen et l’exploitait pleinement.
L’épée tactique du Style de Ruagarne analysait la situation et exploitait l’environnement. L’Épée de mercenaire du Style de Vallen s’appuyait sur des techniques ancrées dans le corps pour tromper l’adversaire.
« Espèce d’escroc ! »
Fanito hurla.
Cette fois, Enkrid abattit les deux épéistes, marqua une pause comme s’il avait besoin de reprendre son souffle, puis chargea. Pour n’importe quel observateur, cette pause devait sembler être un bref répit tout à fait normal. Une fois de plus, sa charge surgit donc de nulle part.
Les Balanciers étaient plus de dix, et chacun possédait des réflexes visuels exceptionnels.
Mais ils ne pouvaient pas utiliser la télékinésie sur ce qu’ils ne voyaient pas.
Il les avait déjà vus se servir de la télékinésie un nombre incalculable de fois.
« Si tu les as observés autant de fois, tu devrais connaître leur faiblesse. »
C’est le genre de remarque qu’aurait pu faire la Grenouille des Chevaliers fous si elle avait été là pour assister à la scène.
L’épée tactique du Style de Ruagarne reposait sur la perspicacité. Percevoir un instant du futur relevait d’une intuition fulgurante, mais ce qu’elle décrivait était un peu différent.
Garder un regard aussi aiguisé qu’une lame pour comprendre la situation tactique et la tourner à son avantage.
Puis en tirer parti au bon moment.
Tromperie fondée sur l’environnement et les circonstances.
Jusqu’ici, Enkrid n’avait encore jamais exploité la faiblesse d’un Balancier.
Il l’avait gardée pour une seule attaque. Un arrêt brusque, suivi d’une accélération soudaine, le fit disparaître du champ de vision des Balanciers.
Aussi aiguisée que soit la vue d’un monstre, un œil vivant reste sensible aux changements de vitesse.
Enkrid le savait par expérience. Alexandra l’avait touché exactement de cette manière.
En jouant sur sa vitesse, Enkrid réduisit la distance jusqu’à se retrouver juste devant Fanito.
« T’es complètement fou ! »
Surpris, Fanito leva son épée d’un coup. Enkrid était plus grand, et Fanito avait senti venir une frappe descendante ; son geste ne fut qu’un réflexe.
Enkrid avait déjà identifié l’épée de Fanito. Une lame d’Esprit maléfique. La moindre égratignure était de trop. Mais il avait affronté ce genre d’arme plus de fois qu’il ne pouvait les compter, notamment face au démon Tueur unique des démons. Celle-ci n’en était qu’une imitation dégradée.
Son instinct lui disait que cette épée ne le tuerait pas s’il était touché. Son esprit, froid et lucide, était d’accord.
Mais rien ne m’oblige à me faire toucher.
Trois-Fer s’abattit droit depuis le haut et rencontra la lame noire qui remontait du bas.
Là encore, c’était un choix tactique délibéré. Il avait l’avantage de la force et, du point de vue de la mécanique corporelle, sa position était également meilleure.
Clang !
Lorsque les lames s’entrechoquèrent, le bruit fut assourdissant, comme un éboulement qui précipiterait un rocher sur la terre. Le vacarme repoussa les gouttes de pluie, repoussa la tempête.
Mais ce n’était pas fini. Les lames restèrent bloquées l’une contre l’autre.
Un engagement. La suite fut simple : Enkrid poussa la lame vers le bas.
Supposons que tu portes une armure enchantée et que tu manies une bonne arme.
Qu’en est-il de la force brute ?
À la seule force physique, même Rem aurait dû céder un pas devant la puissance insensée qui se cachait derrière ce coup.
La Volonté s’éveillait et venait renforcer cette force. Si un chevalier éveillé à la Volonté déployait une force et une capacité de déplacement qui dépassaient toutes les limites, c’était précisément pour devenir une puissance asymétrique sur le champ de bataille.
Fanito avait de bonnes armes et une bonne armure, mais sa force n’avait rien d’exceptionnel.
« Ngh ! »
Alors qu’il faisait tout son possible pour résister, l’épée qu’il tenait s’enfonça horizontalement dans son casque. La lame qu’il avait levée pour parer était devenue sa propre guillotine. Enkrid poussa de toutes ses forces et l’abattit.
Clang, crac, crissement !
La lame de l’Esprit maléfique fendit le casque de son propre maître. Des étincelles jaillirent malgré la pluie. Le tranchant traversa le casque et coiffa son crâne.
Le coude de Fanito se plia dans le mauvais sens, et l’os jaillit de l’articulation, là où l’armure ne le protégeait pas.
« Toi, espèce de… »
Le naïf Fanito tint un instant, même le crâne fendu. Il ne lui restait pas la force de lever le petit doigt. Seul subsistait son regard, empli d’un profond sentiment d’injustice.
Il suffisait de le voir pour comprendre. Il se sentait si lésé qu’on aurait dit que des larmes de sang coulaient de ses yeux.
« Ceux qu’Heskal a tués ont probablement ressenti la même chose. »
Enkrid le dit sans émotion. Parmi les victimes d’Heskal, il y avait des gens avec qui Enkrid avait passé quelques jours animés.
Quelques jours seulement, et il était tout de même en colère.
Voilà ce qu’il ressentait. Les autres avaient dû éprouver cela encore plus fort.
Et parmi eux, il y en avait un qui était encore plus furieux qu’Enkrid, sans même savoir pourquoi.
Krii !
L’Esprit maléfique prisonnier de l’épée poussa un hurlement, fila vers le ciel, se rassembla en une seule masse et s’envola au-dessus des lignes ennemies.
La lumière s’éteignit dans les yeux de Fanito, et la pluie s’y déversa librement.
Dans un dernier râle humide et étranglé, Fanito murmura ses ultimes paroles.
« Est-ce que… est-ce que ça… a marché ? »
Personne ne sut à qui il s’adressait. Fanito mourut.
Il ne restait plus que la horde de Créatures démoniaques.
« Ne fuyez pas. Je déteste courir après les gens. »
Les sens aiguisés d’Enkrid, les yeux toujours fermés, détectaient même la télékinésie. Autrement dit, des créatures comme celles-là ne seraient pas difficiles à gérer.
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