Chapitre 710
NOUS AVONS ESSAYÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 710 : Selon la loi du continent
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En temps normal, aucun membre de la famille Zaun n’avait la moindre raison d’obéir docilement aux ordres de quelqu’un qui n’en était pas le chef.
« Pour qui se prend ce type ? »
C’était la réaction naturelle : on lui tournait le dos sans même y réfléchir.
Mais il fallait aussi quelqu’un pour donner des directives à cet instant précis, et c’était Enkrid qui s’en chargeait. Ça semblait donc aller de soi. Plus exactement, personne ne ressentait le moindre réflexe de résistance.
Enkrid avait désormais mangé, dormi et manié l’épée aux côtés de ces gens.
Et le temps passé à s’entraîner en duel avec eux avait été particulièrement riche.
Un étranger, un inconnu, et pourtant Enkrid était le genre d’homme dont les couleurs se mariaient mieux que celles de quiconque aux coups de pinceau de la famille Zaun, comme s’il avait toujours fait partie de cette esquisse.
Quoi qu’il en soit, Enkrid avait dégainé l’épée Zaun et était prêt à frapper. Anahehra venait d’engager le combat, et les Créatures démoniaques rangées devant le chef de famille, Alexandra et Lynox commençaient à bouger.
La horde de Créatures démoniaques qui se ruait vers le rempart formé par le chef de famille s’organisait autour des Écailleurs au centre. Elles ne se contentaient pas de charger : elles tentaient d’encercler leurs adversaires.
Si Enkrid avait observé la scène de loin, il aurait sincèrement admiré celui qui avait appris aux Créatures démoniaques à se déplacer ainsi.
Ragna n’avait pas entendu les ordres d’Enkrid. Il se tenait donc toujours à sa place initiale, dans une position pour le moins équivoque, quelque part derrière le chef de famille.
« Père. »
Ragna s’adressa au dos tourné devant lui. Les yeux fixés vers l’avant, il avait tiré son espadon et le tenait nonchalamment le long du corps.
En apparence, sa posture ne signifiait rien, mais il pouvait lever son épée à tout instant. Il se battrait dès que nécessaire.
Cette posture ressemblait beaucoup à celle de son père. Rien d’étonnant à cela : Ragna avait appris l’épée en observant son père.
Il s’était fixé son père pour objectif, avait encaissé les coups de sa mère et s’était mis à l’épée. Voilà comment Ragna avait commencé.
« Parle. »
Son père répondit sans se retourner. Les Créatures démoniaques approchaient. Elles ne le tueraient pas, mais elles pouvaient bien mettre fin à la famille Zaun. Et donc à son père.
« Qu’est-ce que tu veux laisser derrière toi ? Qu’as-tu déjà laissé derrière toi ? »
Avait-il attrapé ça d’Enkrid, cette curiosité soudaine pour les rêves d’autrui ? En particulier celui de son père. Que désirait-il, au juste ?
« Mon corps ne peut plus se rétablir. Je le connais bien. »
La réponse vint sans hésitation, comme s’il l’avait préparée.
À première vue, sa remarque semblait déplacée. Mais si son père avait jugé bon de dire cela à cet instant, Ragna devait l’écouter.
« Prends Ilchul. Mais renonce à la famille. »
Tempête savait que son corps n’était plus ce qu’il avait été. C’était pourquoi, quand l’occasion s’était présentée de dire en personne ce qu’il avait transmis par l’intermédiaire d’Enkrid, il n’avait pas voulu la laisser passer.
Il continua de parler sans se retourner.
« Je confierai la famille à Odinkar. »
Voulait-il apaiser Ragna ? À son ton, on aurait dit qu’il disait cela en toute décontraction, presque avec désinvolture.
Il parlait comme s’il lui tendait un bonbon ramassé par hasard.
La fonction de chef de famille, Ilchul : ni l’une ni l’autre ne se prêtait à une conversation aussi légère. Pourtant, c’était bien ainsi que ses paroles résonnaient.
Ce n’était pas qu’il manquât de sincérité. Son père était incapable de faire passer ses émotions dans sa voix. Il avait donc pris cette vieille habitude, que seuls quelques proches connaissaient : son épouse, Grida et une poignée d’autres. Ce n’était pas non plus un grand secret.
Ceux qui devaient le savoir le savaient. Ragna l’avait toujours compris intellectuellement.
Maintenant, je comprends.
La résolution de son père le touchait plus profondément, à présent. Comme une lame qui, après avoir traversé la peau et les muscles, raclait l’os.
Son père parlait toujours avec sincérité. Quand il se taisait, impossible de savoir ce qu’il pensait ; mais dès qu’il ouvrait la bouche, seule la sincérité en sortait.
Incapable de montrer ses émotions, mais aimant son épouse, sa famille et son clan, Tempête avait choisi de mettre toute sa sincérité dans chacun de ses mots.
Un père qui répétait cent fois à son enfant qu’il l’aimait ne recevait qu’un regard vide. Alors un père comme lui devait faire de son mieux, à sa manière.
Et voilà comment il s’y prenait : chaque mot ne devait porter que la sincérité.
Telle était la volonté et le serment de Tempête Zaun.
La méthode choisie par son père atteignit le cœur de son fils. Il était sincère.
Son fils, qui s’était égaré et avait perdu son chemin, avait grandi puis était revenu. Désormais, il pouvait comprendre le cœur de son père et véritablement entendre ses paroles.
La famille ne pouvait pas être confiée à Ragna. Sa maison n’était plus la famille Zaun.
S’il laissait Odinkar derrière lui, un homme prêt à risquer sa vie pour la famille, c’était sans doute pour la même raison. Il dirigerait la famille à la place de Tempête.
Et à Ragna, son fils, il donnait Ilchul et la liberté.
« Alors, ce combat ressemble à mon dernier devoir. Père. »
Ragna répondit dans le même esprit que son père. Ses paroles dissimulaient un hommage à ses volontés.
« Quant à moi, je souhaite un abri sûr. Et ce serait encore mieux s’il n’y avait ni malédiction ni maladie. »
Le chef de famille reprit la parole.
« Personne ne pourra se mettre en travers de ton rêve, Père. »
Ragna répondit.
Deux idées différentes s’étaient échangées, mais s’accordaient étrangement bien. Chacune avait fini par devenir un message adressé à l’autre.
Alors les Créatures démoniaques déferlèrent comme une vague. Ragna se plaça d’instinct pour protéger les arrières du chef de famille et attendit les ordres d’Enkrid.
Il avait confiance en Enkrid : celui-ci saurait lui dire ce qu’il avait besoin d’entendre.
Pour l’instant, il n’avait donc qu’à attendre.
Donne l’ordre.
Ragna se le répéta intérieurement et recula d’un pas.
* * *
Que faire lorsque son propre rêve croise le désir d’un autre ?
C’est simple. On règle ça selon la loi du continent.
La réponse appartient au plus fort.
L’Empire avait toujours fonctionné ainsi, tout comme le monde qu’Enkrid avait connu. Au bout du compte, seul le rêve du vainqueur survivait.
Ici, il n’en allait pas autrement. L’un rêvait de changement, l’autre tentait de protéger ce qu’il possédait.
« C’est absurde. »
C’était celui qui rêvait de changement qui parlait.
« Heskal, tu ne m’as jamais battu. »
Celui qui tentait de protéger ce qui lui appartenait lui répliqua.
Ils ne se l’étaient pas dit aussi directement, mais cela revenait au même.
Ils conversaient par leurs actes.
Ffffff…
Le chœur de la pluie n’avait pas cessé de chanter.
Crac !
De temps à autre, le tonnerre grondait et donnait de la puissance à l’orchestre qu’était la guerre.
L’esprit, le savoir et la force s’affrontaient. Voilà ce qu’était la guerre.
Enkrid avait envoyé Anahehra et Kato. Tous deux se déplaçaient plus vite que quiconque.
Et de ce côté-ci se trouvait un homme incapable d’utiliser ses jambes, mais dont la maîtrise de l’épée n’avait rien à envier à la leur.
« Riley tient le centre ! Ivan, Lennon, Rontis, prenez la gauche et tenez bon ! Ceux qui combattaient avec eux, rejoignez-les ! Betty, Roodens, Kal, tenez la droite. Vous êtes en soutien ! Battez-vous comme si vous gardiez les arrières ! Si la ligne cède, on est perdus ! »
L’instinct est un outil qui puise dans l’expérience et les informations, allant jusqu’à exhumer ce qui est enfoui dans l’inconscient pour trouver une réponse.
C’était précisément ce que faisait Enkrid. Le temps passé à se battre et à s’entraîner au sein de la famille Zaun n’avait pas été perdu, et la marche à suivre s’imposait naturellement.
Il connaissait la famille Zaun. Pas dans les moindres détails, mais suffisamment pour donner des ordres.
*Pourtant, quelque chose cloche.*
Son instinct le harcelait, comme un doigt qui lui piquerait l’intérieur du crâne et lui enfoncerait l’œil.
Sssssss !
La horde d’Écailleurs répandit son sifflement. Brouiller les sens était leur spécialité.
Au son de ce sifflement, plusieurs spectres de la peste s’élevèrent dans les airs.
Ils n’en avaient délibérément envoyé aucun vers le chef de famille.
Le rempart vivant qu’était le chef de famille, ou Alexandra, aurait abattu ces sortes de revenants en un instant grâce à sa Volonté ou par quelque autre moyen.
Heskal savait manifestement comment manœuvrer sur un champ de bataille. Il envoyait la bonne force au bon endroit.
Les spectres invoqués par magie, qui répandaient la maladie en dérivant dans les airs, se rapprochèrent.
« Sortez-la et répandez-la. »
Enkrid parla sans quitter les spectres des yeux.
Ann n’était pas une idiote, et Enkrid l’était encore moins. Tous deux avaient déjà vécu ça et s’étaient préparés.
Pendant qu’Enkrid s’entraînait au combat et à l’épée, Ann avait consacré son temps à cueillir des plantes médicinales et à préparer des remèdes.
Elle avait donné à chacun de ceux qui partaient des sachets de poudre couleur ambre.
Autour de Riley, les combattants sortirent la poudre et en enduisirent leurs lames.
« Tout le monde est prêt ? Alors, dansez ! »
L’inquiétude lui vrillait toujours le crâne, et la situation n’avait rien de favorable.
« Ça va être grisant. »
Comme Ruagarne l’avait dit un jour, Enkrid sentit l’ivresse le gagner tandis qu’il déplaçait les pièces autour de lui.
Un champ de bataille, c’était comme manier une épée faite de soldats.
Je ne perdrai pas.
Même grisé par l’instant, il sentit monter du plus profond de ses entrailles la résolution de ne pas se laisser vaincre, quelles que soient les circonstances.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
Même au beau milieu du chaos, Riley réagit à l’exclamation d’Enkrid. Il saisit une dague de lancer et tendit le bras droit derrière lui. Il avait travaillé sans relâche cette technique à cause de sa mauvaise jambe, avait-il dit un jour. Sa méthode différait de celle de Jaxon, mais elle avait tout de même quelque chose à lui apprendre.
En équilibre sur une jambe, il se servit de tout son corps comme d’un lanceur. Sa jambe lui servant d’axe, il fit pivoter tout son corps comme un tourbillon, et son bras tendu vers l’arrière jaillit comme un fouet.
Crac !
Son bras fendit l’air et la dague disparut, comme téléportée. Elle transperça le crâne de deux spectres de la peste qui chargeaient, puis s’évanouit au-delà de la tempête.
Cette technique consistait à mobiliser tous les muscles du corps pour lancer une dague. Difficile à répéter rapidement : toute l’élasticité était concentrée dans le jet, au point que la main du lanceur frôlait presque le sol. Chaque lancer exigeait de donner tout ce qu’on avait.
Impressionnant.
Enkrid le reconnut en silence. Riley aussi était une épée Zaun. Heskal l’avait tailladé, pourtant il n’avait pas flanché. Il se tenait seul, droit face à l’ennemi.
Le moment était venu de quitter son père.
Ceux qui ne vont pas de l’avant n’ont pas de lendemain.
Riley, lui, verrait le lendemain. Il l’avait mérité.
Boum, boum, boum, boum !
La cavalerie de lézards avala rapidement la distance et entra à portée d’épée.
Montés sur leurs lézards, les Écailleurs chargèrent, armés de ce qui ressemblait à des bâtons de bois noir tenus en prise inversée. Inutile de demander : tous ces bâtons étaient imbibés de poison.
Puis ils heurtèrent de plein fouet les combattants rassemblés autour de Riley, et le corps à corps s’engagea.
« Si tu crèves avant l’estropié, c’est toi le plus grand des estropiés ! »
C’était le cri de Riley.
Il déchira les sifflements que les Écailleurs répandaient dans l’air.
Un cri qui portait même sous le déluge.
Riley n’avait aucune expérience des campagnes militaires, mais il avait appris l’épée auprès de Heskal.
Et puisqu’il lui manquait une jambe, il s’était profondément habitué à s’entraîner de concert avec les autres.
Ici, il était le seul capable de mener ne serait-ce qu’une petite unité.
Il suffisait de le regarder : juste avant le début des combats, il remontait le moral de ses alliés.
Bien sûr, cela n’avait été possible que parce qu’Enkrid avait mis en place le dispositif.
« Ha ha ha ha ! »
Le rire d’Anahehra retentit au loin. La guerrière, adoptée dans la famille Zaun en tant que géante, frappait encore et encore, agrippant une poignée d’épée assez épaisse pour mettre au défi quiconque n’était pas géant.
Flac ! Crac ! Craac !
L’espadon d’Anahehra déchira et écrasa une partie des cavaliers-lézards qui s’étaient dispersés avant de charger.
« Den ! Choisis-en neuf, vous serez dix avec toi, et percez une brèche là-bas ! »
Enkrid dégaina son épée et désigna un côté.
Den était l’un de ceux qui peinaient à reprendre leurs esprits. Enkrid l’avait appelé après l’avoir vu réagir au cri de Riley en marmonnant une grossièreté, puis en tirant son épée.
Den ne brillait pas par ses aptitudes au combat, mais il était apprécié de son entourage. Il avait aussi été l’ami de deux des quatre hommes qu’Heskal avait tués en abandonnant la famille Zaun.
C’était pour cela que Den avait lancé à Riley un regard chargé de haine.
Et voir Riley avancer ainsi avait probablement fait honte à Den.
Même cet estropié abandonné par son père est là, à se battre. Qu’est-ce que je fous ?
Une pensée de ce genre avait dû lui traverser l’esprit.
Quoi qu’il en soit, il était clairement prêt à se battre ; Enkrid le mit donc aussitôt à contribution.
Au cri d’Enkrid, Den et neuf autres épéistes s’avancèrent. Chacun n’avait qu’une seule lame.
C’était la famille Zaun. À l’exception de ceux dont le talent n’avait pas encore eu le temps de s’épanouir, chacun d’eux serait considéré comme un monstre dès qu’il mettrait le pied sur le vaste continent.
Il les appelait et leur donnait des instructions, mais son regard ne cessait de balayer les côtés.
Crac ! Boum !
Le chef de famille balançait et poussait son espadon contre les Créatures démoniaques qui se ruaient sur lui. Rien de plus, et pourtant la puissance qu’il déployait surpassait même celle d’Anahehra.
Et il ne reculait pas d’un seul pas.
À ses côtés, Alexandra ne faisait pas autrement. Elle sautait, plongeait et rampait dans un rayon de cinq pas autour de sa position.
Et partout où elle était passée, des bras, des jambes et des têtes de Créatures démoniaques gisaient, tranchés, sur le sol.
Lynox dégaina deux de ses six épées, une dans chaque main.
Celle de gauche était une estoc, une lame fine et remarquablement légère. Celle de droite était un fauchon, une lame à un seul tranchant, relativement épaisse.
Il parait avec l’estoc et tranchait avec le fauchon. Une approche simple : il se contentait de bloquer les attaques qui arrivaient, puis de fendre ses adversaires. Pourtant, des trois, c’était devant lui que gisaient le plus de Créatures démoniaques. Enkrid l’avait déjà vu à l’œuvre, mais cette escrime méritait qu’on l’étudie.
Il dévie avec l’épée légère, puis frappe avec la lourde.
Il avait remplacé le blocage par les déviations fluides de la Souplesse et de l’Épée fluide ; pour attaquer, il utilisait le Style de l’épée lourde, concentrant un maximum de force dans le mouvement le plus court possible.
Une méthode qui convenait parfaitement à un homme capable de briser cent techniques et d’en forger cent autres.
Ffffff…
La pluie se mit soudain à tomber plus fort.
Peut-être parce que les spectres de la peste étaient apparus avant de retourner se cacher aussitôt.
Sous les odeurs épaisses et la puanteur du champ de bataille, une senteur sucrée et âcre se frayait un chemin.
Aucun sort n’avait encore été lancé, la pluie tombait à verse, et pourtant son instinct affûté percevait cette faible odeur.
La famille Zaun avait un chevalier, et Heskal était perspicace. Il avait engagé le combat en sachant déjà qu’un chevalier était présent. Serait-il venu sans contre-mesure ?
Cela devait être l’une d’elles.
Dmuel, celui qui prétendait être un dieu et répandait la maladie, était le monstre à l’origine de la menace, sans l’ombre d’un doute.
Mais c’était Heskal qui avait dessiné les contours de cette bataille.
Et son dessin n’avait pas encore été déchiré. C’était ainsi qu’Enkrid voyait les choses.
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