Chapitre 708
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSAIT ÉTERNELLEMENT
Chapitre 708 : En apparence impossible
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L’escrime commençait par des mouvements conçus pour transmettre la force avec efficacité.
Il fallait savoir quelle largeur donner à sa posture pour générer de la puissance, comment tenir une épée, comment faire remonter la force depuis la cheville, en passant par la taille, l’épaule et le poignet.
Étudier la posture qui permettait à la force de circuler, puis perfectionner le geste de frapper depuis cette posture : voilà ce qu’était l’escrime.
Le chef de famille mania sa lame comme s’il en démontrait les principes fondamentaux.
Il avança le pied gauche et balaya l’espace de droite à gauche.
Ce n’était qu’un coup fondé sur les Bases, et pourtant tout ce qui l’entourait se déplaça avec lui pour centre. Le son s’éteignit. Le vent violent et les gouttes de pluie furent engloutis par l’arc que traça la lame, puis disparurent.
Enkrid observa l’épée du chef de famille, un sifflement lui vrillant les oreilles.
Une note aiguë, perçante.
Une frappe qui engloutissait tout, tempête ou foudre.
Le Point de concentration s’activa de lui-même. Tout ralentit autour de lui, et le mouvement du chef de famille ainsi que la charge des Créatures démoniaques se décomposèrent en images distinctes. Son intuition lui révéla le futur immédiat sans qu’il l’ait sollicité.
L’épée du chef de famille décrivit un unique arc. La ligne qui descendait du haut à droite vers le bas à gauche était épaisse et féroce, comme un pinceau chargé d’encre ancienne traîné dans le vide.
Les deux Créatures démoniaques seraient prises dans cet arc et tranchées en deux. Et en mourant, leurs griffes atteindraient le chef de famille à l’épaule et au flanc.
L’intention des deux créatures, qui approchaient l’une par le haut et l’autre par le bas, était évidente.
Boum.
Une explosion retentit à la suite du sifflement.
Enkrid laissa échapper un son proche d’un grondement sourd et hocha la tête.
Le futur que lui avait montré son intuition se déforma. Rien d’étonnant à cela.
Il avait dépassé ses attentes, mais c’était le chef de la Maison Zaun. Il devait bien être capable de faire au moins ça.
L’épée du chef de famille fut plus rapide que les Créatures démoniaques qui se ruaient sur lui. Toutes deux furent tranchées et projetées dans les airs. Dans un double choc sourd, elles s’affalèrent sur le sol labouré, masses de chair d’où s’écoulait un sang noir.
Le chef de famille ramena son bras, laissa pendre sa lame le long de son flanc, puis prit la parole.
« Sors de là, Heskal. Je vais entendre tes crimes. »
La pluie tombait en longs rideaux.
Sous le déluge s’étendait le chemin que les pèlerins empruntaient pour rendre hommage au dieu des épées, une route vénérée par ceux qui vouaient un culte à la lame.
Au pied de ce chemin, une formation de Créatures démoniaques apparut.
Elles se tenaient toutes en rang, formation intacte.
Le chef de famille le voyait lui aussi.
Nul ne pouvait assister à la scène et croire que le combat du jour serait facile.
L’homme qui leur faisait face de l’autre côté connaissait toute l’étendue de la puissance de Zaun. Il avait dû venir préparé à l’emporter.
Et pourtant, un seul coup d’épée du chef de famille avait bouleversé l’atmosphère. La stratégie ? Une embuscade ? Qu’est-ce que cela pouvait bien changer ? Croire qu’un tour vous protégerait de ma lame ?
C’était ce que semblait dire l’épée du chef de famille.
« Je t’écoute. »
À distance, Heskal répondit depuis les rangs des Créatures démoniaques. La Pression du chef de famille et le poids de sa présence ne semblaient pas l’affecter.
Tous remarquèrent Heskal. En se tenant bien en vue, droit devant le chef de famille, il proclamait que tout ce qui se déroulait ici était son œuvre.
Leurs regards se croisèrent à travers la pluie qui s’amenuisait.
Les gouttes semblaient s’être un peu refroidies. Le tonnerre éclata dans les nuages noirs, fendant le ciel entre eux comme pour séparer les deux hommes.
Ni Heskal ni le chef de famille ne rompit le silence qui suivit.
« Heskal. »
Quelqu’un sortit du face-à-face en boitant. Ses pupilles tremblaient sans arrêt, quoique peut-être moins violemment que la tempête qui faisait rage en lui.
« Ah, Riley. Je pensais que le chef de famille te garderait enfermé. Mais il est perspicace, je suppose. T’amener ici alors qu’il te soupçonne, c’était une façon de me déstabiliser. »
La pluie tombait sans malveillance ni chaleur. Sans la moindre émotion. Le ton et l’attitude d’Heskal étaient identiques.
Plus aucune malveillance. Plus aucune chaleur non plus.
« Tu t’es servi de moi ? »
Riley serra les dents si fort que du sang coula au coin de sa bouche, mais la pluie le diluerait en quelques instants.
Seule une personne juste à côté de Riley aurait pu le voir. Enkrid se trouvait là, par hasard, et le remarqua.
Il n’avait pas choisi de se tenir précisément à côté de Riley. C’était un hasard.
Cette place lui convenait bien.
Riley se trouvait au centre du groupe de Zaun. De là, Enkrid voyait clairement les alentours et pouvait suivre la situation.
« Un sort d’illusion ? Quelqu’un avait-il une emprise sur toi ? Un poison qui exigeait un antidote ? »
Riley marmonnait ces mots dans le déni, mais aucun ne tenait debout. Pour quelqu’un d’autre, cela aurait pu signifier que sa vie servait de garantie.
Mais pas pour quelqu’un comme Heskal. Il aurait préféré mourir plutôt que de trahir Zaun.
Voilà ce que le nom d’Heskal représentait à Zaun depuis des décennies.
Aucune hésitation dans le regard d’Heskal. Il se tenait droit, les épaules en arrière, le regard devant lui, et dégageait un sentiment de justesse et de calme.
« Bien sûr que non », répondit Heskal, de sa voix douce et chaleureuse habituelle.
« Alors pourquoi ?! »
Le cri de Riley éclata sous la pluie. Calme en apparence, mais hurlant au fond de lui.
Heskal ne claqua pas la langue. Il ne reprocha rien à Riley. Il se tourna simplement vers le chef de famille, sans se départir de son calme.
« Chef de famille. Tu croyais vraiment que cela suffirait à m’ébranler ? »
« Il fallait tout tenter. »
Le chef de famille ne nia pas ce qu’il avait fait. Il reconnut qu’il avait en partie amené Riley ici pour déstabiliser Heskal.
« Renonce, même maintenant. C’est terminé », dit Heskal.
Enkrid observait la masse de Créatures démoniaques sans avoir bougé d’un pouce depuis le début de l’échange.
Il évaluait la densité de leurs rangs et comptait leurs effectifs.
Un peu plus d’un millier, peut-être ?
Pour faire le travail d’un éclaireur, il fallait savoir évaluer les forces ennemies.
Enkrid en était capable.
Ce qui le surprenait, c’était que les créatures ne bougeaient pas.
Un entraînement ? Une sorte de contrôle mental ?
Quoi qu’il en soit, cela ne changeait rien au fait qu’elles représentaient un ennemi dangereux.
Alignées sans le moindre signe d’excitation, elles ressemblaient à des soldats.
On appelait une unité soumise à un entraînement répété une unité d’élite. La force individuelle de chaque soldat comptait, bien sûr, mais pour un commandant, une unité était dite d’élite parce que ses membres agissaient selon leur entraînement et se déplaçaient au signal.
Dans la plupart des batailles, les soldats inexpérimentés et mal entraînés ne savaient pas quoi faire. Certains rompaient les rangs et fuyaient. D’autres se cachaient. D’autres encore chargeaient à l’aveuglette.
Toute unité capable de garder sa formation et de combattre sans faire rien de tout cela méritait le nom d’élite.
Il fallait les traiter comme des soldats de l’Armée permanente de la Garde-frontière.
Les Créatures démoniaques rassemblées donnaient l’impression d’avoir suivi un entraînement au drill. Il fallait les considérer comme une menace sérieuse.
« Pourquoi ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Pourquoi ? »
Le cœur de Riley s’était brisé. Cela en disait long sur la place qu’occupait Heskal dans son univers.
Tout en marmonnant, Riley vacillait. Quand le cœur s’effondre, le corps suit.
Était-ce cela, trancher quelqu’un sans dégainer ? Vu sous cet angle, Heskal était lui aussi un excellent épéiste.
Il n’avait pas tiré son épée et avait déjà fendu l’âme de quelqu’un.
Enkrid lut l’élan qui animait ceux qui l’entouraient.
Ruagarne lui avait dit un jour :
« Y a-t-il plus inutile qu’un commandant qui combat sans savoir dans quel état se trouvent ses propres soldats ? »
Connaître la situation de l’ennemi était une bonne chose. Mais si l’on ignorait d’abord tout de son propre camp, cela ne servait à rien.
Voilà comment Ruagarne réfléchissait au combat.
Enkrid avait assimilé cette façon de penser au fil du temps.
Il l’appliqua à présent.
L’un brûlait de colère.
Un autre était rongé par le chagrin. Un autre encore restait calme et impassible.
Chacun dégageait quelque chose de différent. La plus singulière était sans doute Anahehra, de la race des Géants.
Elle était fébrile. Elle respirait bruyamment par le nez. À tout instant, elle pouvait se jeter en avant.
En voyant ses doigts s’agiter autour de la poignée de son épée, elle avait l’air prête à se lancer dans la mêlée sans réfléchir, laissant s’exprimer librement tout ce qui faisait des Géants des Bêtes au sang rouge.
En plein combat, elle dépassait sans conteste le niveau d’un chevalier junior.
Enkrid mit Anahehra à part dans son esprit, puis classa les autres.
Ceux qui étaient accablés de chagrin se battraient assez bien. Les paniqués, jetés directement dans la bataille, ne feraient qu’allonger la liste des morts.
Ceux qui pouvaient se battre sur-le-champ, ceux qui avaient besoin de temps, ceux qu’il valait mieux garder à l’arrière.
Et dans le camp ennemi, il y avait un sorcier.
Sans même parler du mage, la Sorcellerie était un outil trop efficace pour déceler les failles de l’esprit.
Les malédictions s’insinuaient dans le cœur des faibles d’esprit, avait dit Rem. Son expérience personnelle le confirmait.
Il réfléchissait clairement. Son jugement ne vacillait pas. Enkrid se représentait seul le tableau de ce champ de bataille.
« Ah, Enkrid de la Garde-frontière. J’espérais que tu partirais, et pourtant tu es resté. Je me demande bien ce que tu crois encore pouvoir gagner ici. »
Heskal l’interpella au milieu de tout cela. Crier de loin sans se rapprocher pouvait sembler lâche, mais à dire vrai, c’était moins de la lâcheté qu’un bon positionnement.
Si le chef de famille et son épouse décidaient de s’en prendre ensemble à Heskal, il mourrait. Il ne leur avait pas laissé cette ouverture.
« Tu m’avais promis de me parler de ton rêve, lui répondit Enkrid. Je ne pouvais pas partir alors que je veux encore le connaître. »
Malgré la pluie, leurs voix portaient sans peine jusqu’à l’autre.
« Tu as toujours été aussi curieux ? »
« Enfant, je dormais mal quand quelque chose m’échappait. »
Ce n’était pas un mensonge. Pour ce qui était de l’escrime, c’était vraiment le cas. Pour tout le reste, il avait plutôt tendance à ne pas s’en soucier.
« Vraiment intéressant. »
Pour la première fois, Heskal laissa paraître quelque chose qui ressemblait à une émotion. Une lueur de curiosité passa dans son regard.
« Derrière moi se tient un homme qui compte devenir un dieu. L’alchimiste Dmuel, un nom que presque tout le continent connaît. »
Un nom transmis comme une légende, gravé dans l’histoire du continent.
Si Ann avait été là, elle aurait exigé qu’on lui explique en quoi cela avait le moindre sens.
Dmuel était le maître de Raban, l’alchimiste dérangé qui avait mis au point la graine pestilentielle et rêvait de massacres à grande échelle. Un homme qui aurait dû mourir bien avant de finir par trépasser, un fantôme d’un passé qui aurait dû rester enterré.
Heskal exposa son rêve sans la moindre émotion dans la voix.
« Comme il a façonné la nature divine, je ferai de même. »
Il était sincère. Ses propos étaient absurdes.
Mais l’absurde n’était-il pas à prévoir ?
Une chose qui semblait impossible au premier abord, un souhait difficile à réaliser, quelque chose que l’on désirait de tout son cœur : voilà ce qu’on avait convenu d’appeler un rêve.
Malgré tout.
Il n’avait probablement pas tout dit.
Façonner la nature divine pouvait être une étape, un moyen. Alors qu’espérait-il obtenir en devenant un dieu ?
S’il avait peur de mourir, il aurait parlé d’immortalité. S’il avait voulu ramener un fils mort, il aurait évoqué la résurrection. Mais Heskal n’avait rien ajouté.
Il s’était contenté de révéler que le rêve qu’il avait promis de partager consistait à s’emparer de la nature divine, puis s’était arrêté là. C’était tout ce qu’Heskal avait voulu dire.
Ce bref échange leur avait fait gagner du temps et, pendant ce répit, plusieurs de ceux dont Enkrid espérait secrètement observer la réaction réagirent effectivement.
« Espèce de taré. »
Riley Zaun se redressa sur place en prononçant ces mots.
Riley était la lame de Zaun.
Le tremblement qui agitait son regard s’atténua. Les vagues étaient toujours là, mais on pouvait garder l’équilibre sur le pont malgré tout.
Riley Zaun y parvint.
Pas mal.
Enkrid considéra ce changement comme un bon signe. Quelques autres s’étaient préparés au combat sans un mot. Mais pas tous.
Outre Riley Zaun, beaucoup de membres de ce groupe avaient reçu d’Heskal une faveur presque comparable à une grâce.
Un bon nombre se laissaient encore ballotter par ces vagues.
Pour l’instant, ces gens ne pouvaient pas servir en première ligne.
Le chef de famille, son épouse, Lynox, lui-même, Ragna.
Cinq chevaliers.
Et, en plus, deux autres qui se situaient quelque part entre chevalier et chevalier junior.
Anahehra, des Géants, et l’homme qui se tenait à la tête du groupe adverse, celui qui avait fait face à Riley Zaun.
Il avait autrefois gagné l’estime de Lynox, mais la rencontre de personnes véritablement douées l’avait ébranlé et l’avait poussé à errer quelque temps.
Rien à voir avec le fait de quitter son foyer pendant plus de dix ans.
Cela ne rendait pas pour autant son errance dérisoire en comparaison.
Chacun avait son enfer à lui, et chacun suivait la route qu’il avait choisie.
Son errance s’était résumée à passer quelques mois dans le village des retraités.
Ou plutôt, disait-on qu’il avait aussi séjourné au village des chasseurs et au village des courtiers.
Quoi qu’il en soit, il était revenu au terme de ce périple et avait retrouvé son aplomb. Un épéiste rentré au bercail.
Il était proche du niveau d’Anahehra, et même meilleur en combat réel, ce qui était l’essentiel.
Anahehra était une Géante, c’était donc naturel chez elle.
L’homme qui avait tenu tête à Riley et voyagé, Kato Zaun, maîtrisait toutes sortes de techniques.
Il connaissait un peu les arts martiaux du style Ael Karaz, comme on l’avait déjà vu, et se couvrait le corps de couteaux sans lame et autres armes du même genre.
C’est de là que lui venait son surnom : Kato à l’Armure de Lame.
Cinq chevaliers, et deux autres encore. Du côté de Zaun, le nombre de personnes capables de se battre s’élevait à environ soixante-dix.
D’autres étaient restés en arrière : voilà donc toute la force de Zaun ici.
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