Chapitre 705
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 705 : L’importance des informations
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On rassembla les herbes de la salle de soins de Milestia.
Elles avaient appartenu à quelqu’un qui était mort ; elles étaient donc devenues une sorte de relique, ce qui aurait pu compter pour certains. Mais personne n’avait le loisir d’y attacher de l’importance, pas en ce moment.
On rendrait hommage aux morts une fois tout cela terminé.
En pleine crise, s’accrocher aux ressources était la chose la plus stupide à faire.
Certaines herbes étaient détrempées par la pluie. Celles qui ne devaient pas être mouillées avaient été soigneusement enveloppées dans des manteaux huilés, entre autres.
Parmi tout ce qui était étalé devant lui, Enkrid en reconnaissait trois, tout au plus.
Et ce, même en tenant compte du fait qu’il avait traversé assez de situations difficiles pour acquérir quelques notions de premiers secours.
Bon nombre des remèdes dont soldats et mercenaires juraient l’efficacité nous venaient de la tradition populaire, sans la moindre preuve. Comme cracher sur une plaie pour l’empêcher de pourrir, par exemple.
Certaines herbes lui semblaient familières, mais il ne se rappelait pas leur nom. D’autres étaient trop abîmées par la pluie pour qu’on puisse les reconnaître.
« Donnez-moi tout. »
Ann gravit les escaliers, étala le tout sur le sol du couloir, posa son sac à côté d’elle et se mit à trier les herbes. Ses mains ne tremblaient pas. Elle les reconnaissait au premier coup d’œil et travaillait vite.
Ragna se tenait tranquillement derrière elle.
Le chef de famille et tous les autres observaient les mains d’Ann en silence.
On aurait pu s’attendre à ce que certains soient nerveux, mais la plupart affichaient un visage impassible.
En partie parce que, comme on disait, les gens de Zaun avaient tendance à avoir le foie un peu trop gros. Pour le reste, ils le devaient au chef de famille. Son calme donnait le ton dans la pièce.
Sans faire d’histoires, il avait tiré une chaise sur le côté, s’y était assis, avait frappé ses bottes trempées de la paume pour en ôter la boue, puis les avait retournées afin de les vider. Depuis, il se contentait de regarder par la fenêtre.
Crac, boum !
Entre le fracas de la foudre et le hurlement de la tempête, d’autres bruits se faisaient entendre. Toc, boum, frottement, claque, craquement.
Ann broyait des herbes dans un petit mortier, les mélangeait et y incorporait des liquides.
Elle avait fini de les trier sans que personne s’en aperçoive et s’était aussitôt mise au travail.
Anahehra porta Grida à l’intérieur et l’allongea contre un mur. Elle ne l’avait pas transportée inerte. Le visage de Grida était pâle à cause du sang perdu, mais son regard brûlait de lucidité.
Elle n’avait pas prononcé un mot pendant tout le trajet, gardant sa douleur pour elle jusqu’à ce qu’on l’allonge.
« Je compte sur toi. »
La géante s’adressa à Ann, qui ne leva pas les yeux. Elle entrouvrit juste assez la bouche pour répondre.
« Compris. »
Même si elle avait répondu d’un ton désinvolte, personne ne fit de remarque.
Ann glissa un couteau sous le bandage autour du ventre de Grida et le fendit d’un seul geste net. Ses mains bougeaient avec l’assurance de Ragna maniant une lame.
Elle examina soigneusement la blessure, puis déboucha une fiole et en versa le contenu. Le liquide d’une bouteille en métal se répandit sur le ventre de Grida.
Brrrgl.
De la mousse bouillonna dans la plaie. Le corps de Grida trembla. Quelques personnes observaient attentivement.
C’est vraiment sans danger ?
C’était sans doute ce genre de doute qui se lisait dans certains regards.
Ann n’y prêta aucune attention. Une fois la mousse retombée, elle jeta un coup d’œil à la plaie et tendit une autre fiole à Ragna sans lever les yeux. « Verse ça. » Ragna la renversa au-dessus de ses mains en coupe. Le liquide sécha presque aussitôt, comme s’il se dispersait dans l’air.
Ann enfila ensuite le fil dans son aiguille et se mit à refermer la plaie.
Enkrid n’avait jamais vu de soins pareils. Il n’avait jamais vu Ann travailler avec autant d’habileté.
L’aiguille s’enfonçait dans la chair. Était-ce moins douloureux qu’une lame ? Heskal avait poignardé Grida au ventre, sans crier gare, à un moment où elle ne s’y attendait pas. À présent, elle voyait l’aiguille tirer sur sa propre peau pour la recoudre. Et, contrairement à un unique coup d’épée, cela n’en finissait pas.
Cela aurait dû faire plus mal. Pourtant, Grida endurait l’opération sans un bruit. Ses sourcils tressaillaient chaque fois que l’aiguille pénétrait sa peau, mais elle ne criait pas.
Quand elle prit la parole, on comprit que ce n’était pas tant la douleur que la situation elle-même qui la mettait en colère.
« Je devrais être soulagée que mon père n’ait pas trempé là-dedans, pas vrai ? Bon sang. J’ai quand même l’impression de m’être fait avoir, et je n’y peux rien. »
Elle était allongée à plat. Certains l’écoutaient, d’autres laissaient ses paroles leur passer au-dessus de la tête.
« Tu ne soupçonnais pas Heskal ? »
Le chef de famille se détourna de la fenêtre pour jeter un coup d’œil à Grida, puis regarda de nouveau dehors.
Enkrid commençait à comprendre comment il fonctionnait. Il croyait savoir pourquoi le chef de famille n’avait pas quitté la fenêtre des yeux.
À côté de lui, Alexandra expliquait quelque chose à voix basse à Schmidt. Plus il l’écoutait, plus le visage de Schmidt se rembrunissait.
« Je le soupçonnais et je m’y étais préparée. Il m’a quand même eue. »
Grida le reconnut franchement. Elle avait de la fierté, mais ce qui comptait davantage à ses yeux que sa défaite, c’était la suite des événements.
Les gardiens de Zaun se préparaient toujours au lendemain et à l’avenir.
Enkrid comprit enfin ce que ce titre signifiait.
Et c’était justement pour cela qu’il ne comprenait pas ce qu’avait fait Heskal.
Grida se comportait comme une gardienne. Mais qu’en était-il de Heskal ? Cet homme avait vécu des décennies sous le même titre, celui de gardien de Zaun. Qu’est-ce qui pouvait pousser quelqu’un comme lui à agir ainsi ?
Ce n’est pas à moi de comprendre.
Enkrid était un chevalier, pas un homme chargé de régler les problèmes des autres. Sa tâche était assez claire.
S’il voulait connaître ses raisons, il n’avait qu’à lui mettre une lame sous la gorge et lui poser la question ensuite.
Y a-t-il une manière plus rapide et plus efficace ?
Non.
Et si l’homme refusait de parler ? Le résultat serait le même, quoi qu’il arrive.
Il existait d’autres méthodes, sans doute. La ruse, le genre de pression adéquate, quelques manœuvres psychologiques. On pouvait ainsi arracher à quelqu’un ce qu’il cherchait à cacher.
Mais est-ce que ça compte ?
C’était déjà arrivé. Ce qui se passait dans la tête de Heskal n’était pas le sujet.
Le regard d’Enkrid se posa sur l’épéiste qui boitait, celui que Heskal avait appelé son fils.
Il avait le niveau d’un chevalier junior. Son souhait était de pouvoir courir sur ses deux jambes sans honte.
L’escrime pâtissait lorsqu’on ne pouvait pas se servir de ses deux pieds. Il avait donc affûté son style pour en faire une technique axée sur un seul coup décisif.
Au passage, il avait aussi appris à se déplacer sur une seule jambe.
Tout cela, Heskal l’avait conçu pour lui.
Celui qui voulait le plus connaître les raisons de Heskal, à présent, était probablement Riley Zaun.
Et pourtant, lui non plus n’en savait rien. L’inquiétude qui affleurait sur son visage, sa bouche serrée, les éclairs qui passaient parfois dans son regard : tout disait la même chose.
Peut-il seulement se battre correctement dans cet état ?
Un esprit agité ne pouvait pas manier une épée avec assurance.
Le chef de famille avait-il déjà décidé du rôle que jouerait Riley Zaun ?
Quelque chose comme détourner l’attention de Heskal ?
L’enfant qu’il avait élevé pendant plus de dix ans l’interpelle.
« Père, pourquoi avez-vous fait ça ? »
Heskal fléchirait-il ? Difficile à dire.
Le risque que Riley soit un traître agissant de l’intérieur ne valait sans doute pas la peine d’être pris en compte. Peu probable.
Enkrid s’approcha du chef de famille, qui contemplait toujours la fenêtre sans exprimer la moindre émotion.
« Je ne me suis pas affaiblie. Heskal cachait sa force. Il était puissant, Père. »
Grida venait de parler. Le chef de famille inclina une fois le menton. Il avait compris. Son visage ne trahissait toujours rien.
« Vous voyez quelque chose ? »
Enkrid se tenait à côté de lui.
Si le chef de famille surveillait la fenêtre, c’était parce qu’il savait que Heskal n’avait pas agi seul. Quelqu’un d’autre pouvait être à l’œuvre dehors. Il s’en doutait et gardait les yeux rivés sur la pluie.
Quelques-uns des plus perspicaces, ceux qui comprenaient vite les situations, faisaient de même.
D’autres, en revanche, avaient fermé les yeux. Ils concentraient leur attention sur eux-mêmes, à la manière d’un forgeron qui affûte une lame, dans le calme et la concentration.
Alexandra en était l’exemple le plus frappant. Elle avait brièvement parlé avec Schmidt, puis s’était adossée au mur, les yeux clos, respirant lentement et régulièrement.
En la regardant, Enkrid pensa à une épée enveloppée dans un tissu fin. Pas même un fourreau, juste du tissu : un fourreau aurait été de trop. Une épée déjà prête à être dégainée.
« Rien. »
La réponse du chef de famille fut brève. Enkrid commençait enfin à s’habituer un peu à lui.
Cesse de chercher des émotions. Observe les actes et les comportements tels qu’ils sont.
Vu sous cet angle, les principes de l’homme étaient assez simples.
Cela ne signifiait pas qu’il ne se servait jamais de son visage impassible à son avantage. Il en faisait un bouclier, dissimulait ses intentions et laissait les autres se méprendre sur lui.
Un fin stratège, en quelque sorte.
À son niveau, il fallait sans doute savoir manigancer.
Sous cet angle, Zaun prenait tout son sens.
Zaun était une nation. Le chef de famille en était donc le roi, et Heskal, le rebelle.
Lynox et plusieurs autres avaient entendu leur échange, mais Enkrid ne voyait plus aucune raison de leur cacher quoi que ce soit.
Les membres de Zaun n’étaient pas du genre à fuir quand les choses tournaient mal. Ils devaient donc savoir contre quoi ils se battaient. Le chef de famille l’avait compris lui aussi. La seule question était de savoir quand le leur annoncer. Enkrid pouvait accélérer les choses.
« Où est Odinkar ? »
« Je l’ai mis à l’abri sous un prétexte. »
Le chef de famille répondit aussitôt, ce qui confirma les soupçons d’Enkrid. Ils pensaient à la même chose.
Exposer la situation à tous, dissiper les inquiétudes inutiles et ne laisser aucune place à la confusion. Un combattant qui avait l’esprit embrouillé avait l’épée hésitante. Certains sauraient faire le tri, mais d’autres seraient perdus.
La trahison de Heskal était exactement le genre de coup qui pouvait les déstabiliser.
« Et Magroon ? »
« Je l’ai envoyé auprès de Milestia parce qu’ils étaient en réel danger. Je ne sais pas exactement où il se trouve. »
Fffsssshh.
La pluie s’était un peu calmée. Le vent, qui avait semblé assez fort pour arracher les gens du sol comme des mauvaises herbes, était lui aussi tombé.
Clac, clac.
Le cadre de la fenêtre tremblait encore sous les rafales, mais moins qu’avant.
Enkrid repensa à ce que Lynox avait dit et posa une question :
« Jeri, Iben, Royce, Fail. Pourquoi ces quatre-là ont-ils été attaqués ? »
Le chef de famille répondit ce à quoi Enkrid s’attendait.
« Ils avaient tous servi dans l’armée. »
Heskal était rusé. Un homme comme lui n’aurait pas poignardé quelqu’un au hasard. S’il avait accepté de risquer de laisser des traces, c’était qu’il avait une raison. Voilà la conclusion à laquelle Enkrid était arrivé.
Le service militaire. Chacun d’eux avait servi dans une armée.
Il fit le tour de la pièce du regard.
Le chef de famille, Lynox, Alexandra et les autres, tous remarquables à leur façon, étaient réunis au même endroit.
Envoyés sur le continent, ils auraient tous pu se faire un nom grâce à leurs seules compétences.
Même Riley Zaun, qui devait avoir l’esprit sur le point de céder après la trahison de son père, était quelqu’un que peu de gens sur le continent auraient pu maîtriser.
Mais ces gens-là ne savaient pas se battre en unité.
« Un démon est-il impliqué ? »
Ils n’en étaient pas moins puissants. Ils comptaient plus de cinq chevaliers. Pour s’en prendre à un groupe pareil, il fallait disposer d’une force considérable.
Voilà pourquoi Enkrid avait posé la question.
« Je ne sais pas. »
« Pourquoi ? »
« Il y a des traces de ceux qui ont propagé la maladie, mais je ne les ai jamais rencontrés face à face. Je sais depuis plus de vingt ans que cette menace, latente et persistante, existe, et je la traque. »
« J’ai entendu dire que le village des chasseurs s’était retourné contre vous. Quel est le plus grand danger que cela représente ? »
« Nous sommes pris au piège. Ils auront posé des pièges tout autour du périmètre. »
Le chef de famille répondait à chaque question sans la moindre inflexion, et tout le monde dans la pièce l’entendait.
Ils étaient donc encerclés. Et un sorcier qui répandait des maladies depuis longtemps — le genre d’individu à faire surgir un visage au-dessus des nuages pour le simple plaisir malsain de la chose — les prenait aussi pour cible.
En plus de cela, tous ceux qui avaient de l’expérience dans le commandement sur le terrain avaient déjà été frappés.
Ann s’affairait à broyer des herbes et à préparer des remèdes, mais la réalité, c’était que tous ceux qui se trouvaient ici avaient été rendus malades.
Le motif ? Comme Enkrid l’avait déjà dit, cela n’avait aucune importance.
Les épéistes de Zaun sentaient directement le danger. C’était pour cette raison que ces paroles avaient été prononcées.
« Très bien. S’ils nous attaquent, on les tue tous. »
Lynox le Destructeur le dit sans détour, sans la moindre inquiétude dans la voix. C’était un homme qui agissait selon ses caprices et changeait facilement de camp, mais lorsque sa propre famille, le lieu où il était né et avait grandi, était menacée, il n’y avait pas à hésiter.
La plupart de ceux qui se trouvaient encore dans la pièce étaient du même avis. L’échange avait justement pour but de créer cette atmosphère.
« S’ils viennent, on les abat. »
« C’est une vraie bataille, ça ? Mon épée n’arrête pas de se plaindre chaque nuit, elle dit qu’elle veut boire du sang. J’en avais assez. »
« Vous avez poignardé Grida ? Vous êtes tous morts. »
Personne ne perdait son sang-froid. C’était le genre de groupe qui s’embrasait dans les moments de crise.
L’un d’eux semblait clairement dérangé et racontait que son épée lui parlait, mais au moins, personne n’avait encore craqué.
Les informations comptent.
Ruagarne l’avait répété plus d’une fois. Son esprit tactique devançait celui de tous les autres ; aucun de ces énergumènes ne pouvait rivaliser avec elle.
Enkrid avait appris quelque chose de la Grenouille.
Dans tout combat, rien ne comptait davantage que de recueillir des informations. C’était exactement ce qu’Enkrid venait de faire.
Il fallait savoir ce que l’ennemi cherchait et à quels dangers les siens étaient exposés.
À présent qu’il avait regardé la situation en face.
Eh bien.
Il se surprit à penser que la crise n’était pas aussi grave qu’elle aurait pu le sembler.
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