Chapitre 704
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 704 : Maintenant
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Heskal, Heskal. Quel homme malin. Il était parti, et en partant, il avait blessé plusieurs personnes et semé la discorde.
D’un côté, certains l’avaient vu tuer leur ami de ses propres mains.
La trahison leur avait fait monter le sang aux yeux, au point de les faire trembler.
« Je l’ai vu de mes propres yeux, Riley. »
Celui qui parlait semblait prêt à dégainer à tout instant.
« Bon sang, si mon père n’était pas intervenu, tu serais mort l’année dernière ! »
De l’autre côté, personne n’avait vu Heskal agir directement. Et, jusque-là, il avait consacré sa vie à la Maison Zaun.
Il avait sauvé des gens, pris soin d’eux, aimé les siens et élevé un enfant.
Cet enfant était devenu le centre de l’un des deux camps qui se faisaient maintenant face. Un ami qui boitait, mais maniait l’épée aussi bien que n’importe quel Géant, Anahehra comprise. Il s’appelait Riley Zaun.
On disait qu’Heskal avait inventé l’escrime à une jambe.
Enkrid s’était mesuré à lui quelques fois. Son rythme était inhabituel, son style suivait une cadence qui lui était propre, et l’affronter avait été un vrai plaisir.
S’il fallait lui coller une étiquette, le style décisif serait celui qui s’en rapprochait le plus.
Mais il n’avait rien de médiocre. Et cela n’avait rien à voir avec sa boiterie.
La plupart des gens rassemblés ici, à Zaun, avaient le genre de talent qui, avec un peu de chance, pouvait un jour en faire des chevaliers. Tous ceux qui vivaient derrière les murs de Zaun étaient ainsi.
Un système conçu pour les génies. Des enseignements destinés aux doués. Ceux qui vivaient ici allaient de l’avant sans jamais perdre leur volonté de progresser.
C’était le minimum requis pour rester à Zaun.
Et si on n’avait aucun talent, mais qu’on voulait tout de même tenir bon ?
Enkrid s’appliqua aussitôt la question, tout naturellement, sans même y réfléchir, mais n’y trouva aucune réponse. Zaun n’avait rien à enseigner aux gens ordinaires.
Pour entretenir cette volonté, il fallait quelqu’un qui veille sur vous ; et personne n’enseignait l’escrime sous prétexte qu’on le suppliait. Chaque maître avait ses propres méthodes, et aucun ne consacrait sa passion à un élève incapable de suivre.
Il ne s’agissait même pas de couronnes.
Ils voulaient simplement voir briller les talents exceptionnels.
Ainsi, les gens moyens et ceux qui leur étaient inférieurs n’avaient aucune chance d’apprendre.
C’était cruel, oui. Mais c’était précisément pour cela que Zaun était devenue ce qu’elle était.
Pourtant, les gens étaient-ils tous pareils ? Zaun ne comptait-elle vraiment que des passionnés d’escrime ?
Même parmi les Grenouilles, certains fabriquaient des bijoux. Même parmi les nains, certains avaient depuis longtemps vendu leur fierté d’artisan à une serveuse de taverne. À la Garde-frontière, un Géant voulait devenir marchand.
Les gens n’étaient pas tous les mêmes.
La vie le lui avait appris.
Le fils d’Heskal était particulier à cet égard. Personne n’avait jamais pensé qu’il possédait un talent extraordinaire.
Riley était devenu celui qu’il était parce que quelqu’un avait eu la patience de lui enseigner et de veiller sur lui. Inutile de préciser une seconde fois que cet homme, qui avait fait d’un infirme un épéiste, s’appelait Heskal.
Kwaaaa,
Les sens aiguisés d’un chevalier lui apprirent que la pluie avait un peu faibli. Rien d’étonnant. Si le déluge de tout à l’heure avait duré bien plus longtemps, le continent tout entier aurait fini sous les eaux.
Le bassin de Zaun était depuis longtemps noyé sous l’eau. Le sol, détrempé, s’était transformé en boue, et chaque pas éclaboussait les bottes et les pantalons de crasse.
Le chef de famille, Tempête Zaun, avait dit qu’il fallait désormais rechercher l’ennemi et le combattre.
Mais, selon Enkrid, l’ennemi se montrerait quand il en aurait envie.
Au moment et à l’endroit de son choix. L’initiative du combat appartenait désormais entièrement à l’autre camp.
L’ennemi s’était caché. Zaun, non. C’était tout naturel.
Le combat viendrait ensuite.
À ses yeux, il était plus urgent de mettre fin à la discorde intérieure. Il observait donc la manière dont le chef de famille allait s’y prendre.
Ragna s’approcha après avoir obtenu de Lynox un bref compte rendu et déclara : « Quelqu’un avait pris le visage d’Odinkar. »
Autrement dit, quelqu’un avait changé de visage à volonté. Ragna demandait aussi si Heskal avait vraiment fait tout cela.
Ragna n’avait croisé Heskal qu’une poignée de fois, pendant son enfance puis lors de quelques visites, mais son ton trahissait encore son incrédulité à l’idée qu’Heskal ait pu faire ça.
Voilà à quel point Heskal avait su gagner sa confiance.
« C’était Heskal. »
Le chef de famille coupa court aux questions et aux réponses qui auraient autrement tourné en rond. Il avait compris toutes les nuances des propos de Ragna, d’où sa réponse sans hésitation.
Enkrid l’ignorait, mais le chef de famille avait déjà appris que le groupe de Ragna avait été attaqué et avait reconstitué le fil des événements.
Cela ne s’était pas passé sur le pas de sa porte, mais tout près.
Tromper les patrouilles de toute la région ?
Même lui n’en aurait pas été capable. Ce qui signifiait qu’il y avait eu de l’aide. Un complice à l’intérieur.
Mais il ne pouvait deviner ni où cette aide avait commencé ni où elle s’était arrêtée, pas plus que la raison de tout cela.
Que puis-je faire, alors ?
Le chef de famille se posa la question, puis y répondit. Quand on perdait son chemin dans l’apprentissage de l’épée, que faisait-on ?
On attendait que la voie réapparaisse.
Pour lui, l’escrime et la vie ne faisaient qu’un. Depuis toujours.
Année après année, la maladie s’aggravait, et année après année, Tempête tenait bon.
Tempête ressentait les émotions avec moins d’intensité que la plupart des gens. L’empathie ne lui venait pas facilement. La versatilité était le dernier mot qu’on aurait employé pour le décrire. À l’échelle du continent, sa patience comptait parmi les plus grandes. Cette particularité venait de sa distance émotionnelle.
Et il y avait une chose à ajouter : il ne parlait de ses émotions que lorsqu’il croisait le fer.
Il avait surmonté ses lacunes grâce à l’épée. Il était peut-être digne des enseignements de Zaun.
Il avait attendu. Il savait que la prétendue malédiction de la famille était en réalité une maladie. Quand les cas s’étaient soudain multipliés et que des symptômes inexplicables étaient apparus, il avait tenu bon. Puis le problème s’était aggravé.
La maladie qui rongeait son corps lui faisait perdre ses forces plus vite qu’il ne l’avait prévu.
Plus de la moitié de la journée, il ne parvenait pas à mobiliser ses forces. Ses poumons semblaient s’être rétrécis et il était vite à bout de souffle. Des convulsions le saisissaient parfois, comme des crises soudaines.
Être chevalier ne le rendait pas moins humain. Il pouvait se débarrasser sans peine des maladies ordinaires, mais celle-ci avait été répandue et aggravée pendant des années. Elle le dévorait de l’intérieur.
Pourtant, il tenait bon. Et, dans l’intervalle, il faisait ce qu’il pouvait.
« Odinkar, va chercher Grida et Ragna, et ramène-les. »
Envoyer Odinkar à l’extérieur le protégeait et le tenait à l’écart des soupçons. Odinkar hésita, mais obéit.
« Chef de famille, il y a un sacré monstre à la Garde-frontière. »
C’était ce qu’Odinkar avait dit en revenant couvert de poussière. Le voyage n’avait donc pas été de tout repos.
Le chef de famille chassa ses pensées et s’avança entre les deux groupes qui se disputaient.
« Je n’arrive pas à y croire. »
Riley Zaun prit la parole. C’était le fils qu’Heskal avait élevé. Pas son fils de sang, mais tout le monde disait que cela ne changeait rien.
Voilà justement pourquoi le fait qu’Heskal n’ait pas emmené Riley en fuyant troublait tant les esprits.
À présent, tout le monde soupçonnait Riley.
Si c’était vraiment Heskal, il aurait dû emmener Riley. C’était ce que les gens se disaient.
Le chef de famille regarda ceux qui faisaient face à Riley, les yeux rougis par la colère.
« Je revenais tout juste d’aller bander le ventre de Grida. Elle a failli y passer. »
L’un d’eux prit la parole. On aurait dit qu’il avait vu Grida se faire poignarder de près.
« C’était bien Heskal. Qui d’autre aurait pu faire ça ? L’escrime, les habitudes, tout concordait. »
Le ton était calme, mais un brasier couvait sous cette apparente sérénité. Le genre de feu qui ne s’éteindrait pas facilement, même sous cette pluie.
Le chef de famille observa les deux camps.
Pas une seule personne n’avait échappé à la pluie.
Les pupilles de Riley tremblaient violemment. À regarder le chef de famille silencieux, il sentait ses pensées se dissoudre.
M’a-t-il abandonné ? La question revenait sans cesse, comme une lame qui lui transperçait la poitrine.
Il avait toujours souffert de solitude et s’était toujours effondré sous le poids du doute dès qu’on ne le reconnaissait pas.
Et cet enfant, lui aussi, portait Zaun à la fin de son nom.
« Riley. »
« … Oui. »
« Va le lui demander. Quand Heskal se montrera, pose-lui la question qui te brûle la poitrine. D’ici là, tiens bon. »
Il n’avait pas besoin d’entendre la réponse tout de suite. Riley renonça aux défenses qu’il avait érigées pour Heskal. Le chef de famille ne lui avait pas ordonné de dégainer et de foncer. Il lui avait dit de poser la question. Il devait donc attendre ce moment.
Le groupe s’était scindé en deux, mais celui de Riley était en net désavantage. S’ils avaient dégainé, à moins que la foudre ne se soit abattue à répétition pour prendre parti, le camp de Riley aurait perdu.
« Nous allons nous battre. D’ici là, gardez vos forces. C’est un ordre. »
Les ordres du chef de famille étaient absolus. Il ne commandait jamais, sauf si la sécurité de Zaun était menacée. Tout le monde le savait.
Ce n’étaient pas des soldats, alors personne n’éleva la voix.
Ffffff.
Un éclair répandit une lumière blanche dans la pluie, qui s’était légèrement calmée.
Crac !
Comme si un dieu avait tendu le doigt pour tuer une petite créature, mais l’avait manquée. La foudre frappa quelque part au-delà du bassin et déchira la terre.
Si elle était tombée ici, elle aurait emporté une ou deux personnes.
Elle avait contourné le paratonnerre dressé sur un côté du bassin et n’avait rien accompli.
« La seule chose en laquelle nous pouvons avoir confiance, c’est l’épée que nous tenons. Alors, faites-en autant. »
Le chef de famille prononça ces mots, puis se détourna le premier.
Enkrid avait tout observé et hocha la tête.
Inutile d’apaiser la discorde.
Inutile non plus de faire confiance à tous ceux qui se tenaient dans votre dos.
La seule chose digne de confiance, c’était l’épée qu’on tenait en main.
Enfin, Lynox en portait six, mais tout de même.
Plutôt qu’un discours, le chef de famille leur avait vraiment demandé de garder leurs forces pour la suite. Pendant ce temps, Ragna s’approcha et raconta à Enkrid ce qui s’était passé à l’intérieur. Quand il eut tout entendu, Enkrid dit : « Je vois. »
« Ils s’en prennent à Ann. »
« Alors, nous ferons en sorte qu’ils n’en aient jamais l’occasion. »
Ils n’échangèrent que quelques mots, mais leur détermination était ferme. Ils n’avaient pas l’intention de laisser repartir tranquillement quiconque était responsable de tout ça, s’ils le croisaient un jour.
La pluie semblait se calmer un peu, mais rien n’indiquait qu’elle s’arrêterait de sitôt. Un vent violent se leva ; il semblait capable de soulever quelqu’un de terre si celui-ci baissait sa garde. C’était le genre de bourrasque qui soufflait.
« Ça va mal. Très mal. Bon sang, mon vieux problème s’est réveillé, lui aussi. »
Lynox s’approcha, les sourcils froncés.
« Quel problème ? »
« Parfois, je perds la force dans les mains. Je m’en sortais avec les remèdes que me donne Milestia. »
« Vieux problème, tu parles ! »
C’était la voix d’Ann.
Quand une rafale assez forte pour déraciner quelqu’un les balaya, Ann se blottit dans les bras de Ragna et s’arc-bouta. Elle cria de toutes ses forces dans le vent.
« Ce n’est pas un vieux problème, quelqu’un a répandu cette maladie exprès ! »
Lynox savait à quel point la situation était grave. C’était aussi pour cela que la trahison d’Heskal ne l’avait pas tant surpris.
Plusieurs personnes étaient déjà terrassées par ce prétendu problème qui s’était déclaré.
Et l’ennemi choisissait précisément ce moment pour attaquer ? C’était rude. Vraiment rude.
Lynox réfléchit un instant, puis demanda : « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Dites à tout le monde de rentrer ! On ne peut pas parler ici ! »
Le temps était épouvantable. Ann avait l’impression que quelques gouttes de pluie de plus suffiraient à la transpercer.
Ragna lui rabattit sa cape sur la tête, la souleva et la serra contre lui.
Ils rentrèrent. Le bâtiment le plus solide à leur disposition était le manoir où logeait le chef de famille.
« Chef de famille ! »
Lynox avait commencé à faire un signe de la main, puis s’était rendu compte que c’était inutile sous la pluie. Il s’approcha donc et transmit les paroles d’Ann.
« Faites ce que dit la jeune fille. »
Le chef de famille prit sa décision, et tout le monde suivit Ann à l’intérieur.
Ann était entrée avant eux. Elle attrapa une serviette, se sécha les cheveux et le corps à grands gestes, puis se posta au pied d’un escalier qui montait à l’étage.
Le rez-de-chaussée était inondé. Il n’y avait pas un seul endroit où poser le pied.
« Où est Grida ? »
Ann chassa l’eau de ses cheveux et demanda.
« Allez la chercher. »
Le chef de famille répondit aussitôt, et plusieurs personnes, dont Anahehra, se mirent en mouvement. Anahehra avait dit que Grida était sa plus proche amie.
Même les Géants parlaient d’amitié et restaient loyaux les uns envers les autres.
Et un humain, qui avait juré par son serment de chevalier d’aimer Zaun et de lui consacrer sa vie entière, les avait poignardés dans le dos.
Il les avait trahis sans la moindre hésitation, assez durement pour plonger Zaun dans le chaos.
Ann se tenait dans l’escalier comme sur une estrade, dominant la pièce du regard.
Jusqu’ici, elle avait sillonné Zaun, recueillant les symptômes de tous ceux qui étaient tombés malades.
Ann avait en tête des combinaisons de remèdes contre des centaines de maux. Certaines, elle les avait apprises auprès d’un maître malveillant. D’autres, elle les avait trouvées seule. Certaines, elle les avait arrachées à Kraiss à la Garde-frontière à force d’insister, en y dépensant jusqu’à la dernière couronne.
« Dites-moi encore une fois vos symptômes, puis allez chercher les herbes que je vous indiquerai. Vous pouvez faire ça ? »
« Oui. »
Pour une raison ou une autre, le chef de famille fut le plus prompt à répondre.
Enkrid savait que Tempête ressentait les émotions avec peu d’intensité. C’était justement pour cela qu’il pensait comprendre ce que le chef de famille éprouvait en cet instant.
De l’impatience.
Il ne pouvait pas la laisser paraître dans sa voix, alors elle se manifestait dans ses gestes.
Et un soupçon d’excitation aussi.
Rien de tout cela ne se lisait sur son visage.
« Alors, je vous en prie. »
Ragna éleva la voix pour que tout le monde, dispersé dans la pièce, puisse l’entendre.
« Faites la queue. »
L’ordre serait plus efficace. Avant même que Ragna ait fini de parler, le chef de famille s’était déjà placé en tête.
« Maintenant. »
Le chef de famille prononça ces mots. Il se reprenait probablement après avoir dit que ce n’était pas le moment.
Ann le regarda, incrédule.
« Chef de famille, votre maladie ne va pas guérir comme ça. Ce n’est pas quelque chose que je peux soigner sur-le-champ. »
« … Alors, un remède pour ralentir les symptômes fera l’affaire. Quelque chose qui agisse dès qu’on l’avale, avant un combat. »
« C’est une demande très précise. »
« Ce n’est pas possible ? »
Ann n’était pas nerveuse ; elle ne prit même pas la peine de respirer profondément pour se calmer. Elle répondit aussitôt.
« Si, c’est possible. »
Il y avait énormément à faire. Un ennemi était apparemment en chemin, alors elle devait préparer tout le monde au mieux pour le combat.
Elle avait donc fort à faire, et son esprit tournait déjà à plein régime avant même qu’elle ne se mette à l’ouvrage. Elle n’avait pas le temps d’être nerveuse.
« Vous avez de la centella ? »
« … C’est quoi ? »
Juste derrière le chef de famille se tenait Lynox. Ann avait posé la question à l’homme derrière lui, qui la lui retourna.
« C’est vert, ça a cette forme. Allez m’en chercher. »
Ann essaya de le décrire avec des gestes, mais ce n’était pas facile à comprendre.
« Allez au cabinet de Milestia et rapportez tout ce qui ressemble à une herbe. Faites attention à ce que la pluie ne mouille rien. »
Le chef de famille donna l’ordre sans hésiter. Il avait l’air aussi affairé que les autres.
Demander à quelqu’un de garder ses affaires au sec dans une tempête pareille, c’était beaucoup lui demander, mais ceux qui étaient encore en état de bouger se mirent en route.
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