Chapitre 703
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 703 : Il se servit des deux
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Alexandra avait l’habitude de tourmenter ses partenaires d’entraînement lors des combats amicaux.
Odinkar, dès qu’il se laissait emporter par un combat, ne faisait plus la différence entre un entraînement et une véritable bataille. Grida, elle, était incapable de reconnaître les visages.
Lynox avait un défaut du même genre.
Il ne savait pas de quel côté se ranger. Pour le dire simplement, il était si agité qu’il ne pouvait pas rester en place s’il ne faisait pas exactement ce qui lui passait par la tête.
Une anecdote de sa jeunesse, alors qu’il parcourait le continent comme mercenaire, résumait à merveille cette mauvaise habitude.
« Pourquoi tu te tiens là-bas ? »
Son allié de la veille lui posa la question, et Lynox répondit sans la moindre honte.
« Oh, j’ai décidé de changer de camp à partir d’aujourd’hui. »
« C’est quoi, ces conneries ? Même les mercenaires vendus pour des Krona ont un code de conduite, non ? »
« Aucune idée. »
Lynox tenta un assassinat en se bouchant les oreilles et en regardant les gens autour de lui mourir de frustration. Naturellement, il échoua.
La veille, il avait été un allié ; le lendemain, il était devenu un ennemi, après avoir changé de camp au fil de quelques coupes d’alcool.
La véritable raison, que Lynox était le seul à connaître, c’était qu’il y avait quelqu’un dans le camp adverse qu’il appréciait vraiment.
Après avoir croisé le fer avec cette personne, il avait découvert qu’il ne pouvait tout simplement pas se résoudre à la tuer.
Alors il avait changé de camp.
À l’époque, deux nobles se disputaient des terres. Toute l’affaire s’était achevée lorsque le noble d’en face, fou de rage, avait engagé à la légère une célèbre compagnie de mercenaires.
On pouvait dire que la colère avait giflé la raison en pleine figure.
L’autre noble, refusant de se laisser distancer, engagea une compagnie de taille comparable. Une escarmouche entre une douzaine de personnes à peine se transforma alors en bataille rangée.
Tout finit en désastre. Les deux nobles tombèrent.
L’un ne parvint pas à réunir assez de Krona pour payer ses mercenaires. Chez l’autre, ce furent ses propres paysans qui se révoltèrent.
Cette révolte n’aurait posé aucun problème si Lynox et les compagnies de mercenaires étaient intervenus pour la réprimer. Mais les combats touchant presque à leur fin, personne n’en voyait l’intérêt ; tous se retirèrent donc.
Ce n’était pas pour rien que Lynox avait gagné le surnom de Destructeur.
Certes, il était réputé pour briser les techniques, mais il avait aussi le don de transformer n’importe quelle situation en catastrophe totale. C’était l’autre raison pour laquelle ce nom lui était resté.
Un temps, on lui avait même collé une appellation moins flatteuse : le mercenaire qui pouvait toujours devenir votre ennemi.
Quoi qu’il en soit, voilà pourquoi Lynox ne prenait jamais ses décisions lui-même. Voilà aussi pourquoi il n’était pas un Pionnier.
Il ne se frayait pas son propre chemin. Il observait les autres et suivait leur voie.
Il savait qu’agir selon ses impulsions faisait tout partir en morceaux ; on pouvait donc dire sans se tromper qu’il ne serait jamais chef de famille.
Sa question, à l’instant, reflétait exactement sa façon de vivre et ce qu’il était.
Une fois la situation exposée, c’était au chef de famille de trancher. Voilà comment raisonnait Lynox. Et le chef de famille avait prononcé un seul mot : combattre.
À cet instant, une voix féroce retentit parmi la foule divisée.
« Mon père a fait ça ? »
Roooom. La pluie battante engloutit une partie des paroles, sans toutefois les rendre inaudibles.
La famille Zaun s’était divisée en deux factions pour une raison simple. Ou peut-être fallait-il plutôt dire compliquée.
D’un côté, il y avait les amis des personnes lésées par Heskal.
De l’autre, ceux qui refusaient de croire Heskal capable d’une telle chose.
Au fil des années, Heskal avait pris tant de soin à les travailler qu’ils n’arrivaient pas à accepter ses actes, même après en avoir entendu parler.
Alors que les deux groupes étaient sur le point de se jeter à la gorge l’un de l’autre, quelque chose se mit à tournoyer et à se rassembler dans le ciel. Ses mouvements étaient trop délibérés pour être naturels ; les formes s’assemblèrent peu à peu en quelque chose qui ressemblait à un visage humain.
Qu’est-ce que c’est, encore ?
Enkrid ne put s’empêcher de lever la tête, la curiosité attirant son regard vers le ciel. La pluie lui fouettait les yeux et le forçait à les plisser. Au-dessus de lui, l’énorme chose en forme de visage prit la parole.
« Vous qui portez la malédiction. Je vous prendrai dans mes bras. Sortez maintenant de cet endroit et venez vers la lumière. Ceux qui le feront vivront et recevront ce qu’ils désirent. »
Un sort.
Et une menace.
Une présence écrasante en émanait. Comment aurait-il pu en être autrement ? Une tête plus grande qu’une place d’armes venait d’apparaître au-dessus d’eux et leur parlait.
La Volonté contenue dans ces paroles était si redoutable qu’elle lui hérissait la peau.
Fschh.
Un stratagème grossier se dissimulait sous cette mise en scène. Tandis que tous les regards étaient tournés vers le visage dans le ciel, une ombre sombre surgit soudain derrière le chef de famille.
Tous quatre réagirent. Enkrid fit un pas de côté. Le chef de famille pivota à la taille et abattit son coude. Lynox tendit la main, formant une Lame à une main, et frappa.
Quant à Alexandra, son épée jaillit du fourreau et y retourna plus vite que toutes les leurs.
La pluie étouffait les sons, masquait les odeurs et émoussait tous les sens. Un Scalien avait profité de ce couvert pour tenter un assassinat.
Celui-ci avait des écailles rouges éparpillées parmi les noires, à intervalles réguliers.
Ce n’était pas un Nommé, mais il avait l’air d’un spécimen inhabituel, qui avait subi ce qu’on pourrait appeler une évolution, ou une métamorphose.
Boum.
La lame d’Alexandra lui transperça le cou, et le coude du chef de famille s’abattit sur son crâne.
Le Scalien s’envola comme un cerf-volant dont la corde aurait cédé, puis s’écrasa au sol.
Boum, crac.
Il roula plusieurs fois, tressaillit, puis commença à se redresser. Celui-là avait de la ressource.
Il se relève encore après ça ?
Il s’accrochait sacrément à la vie.
Lynox l’acheva. Il ramena la main qu’il avait projetée dans les airs, puis rejoignit le Scalien d’un pas vif.
« Qu’est-ce que t’es, au juste ? »
Tout en parlant, il tira une épée à la lame fine et trancha net le cou déjà transpercé. Un bruit humide retentit, et la tête séparée du corps roula sous la pluie.
L’épée retourna au fourreau à une vitesse terrifiante.
« Tss. »
En rengainant, Lynox secoua la main. Tous ceux qui avaient assez combattu à ses côtés voyaient bien qu’il n’était pas au mieux de sa forme.
La zone où Heskal l’avait frappé avait noirci. Du poison. Il agissait déjà.
« Ce salaud m’a dit que les symptômes allaient empirer pas mal au cours des deux prochains jours. Et en plus, je me suis fait entailler par une lame empoisonnée. Ce fils de pute a vraiment empoisonné sa propre Arme gravée. »
Une Arme gravée portait la Volonté d’un chevalier. L’enduire de poison ? S’il avait pris cette peine exprès pour gagner, au lieu d’utiliser du poison dès le départ, cela aurait endommagé la Volonté qui l’habitait.
Et il l’avait fait quand même.
On ne pouvait que se demander ce qui se passait dans la tête d’Heskal. Enkrid se posait la même question.
Même s’il n’était probablement pas si difficile de le comprendre.
Tout ce qui s’était passé jusque-là s’était empilé dans son esprit. Sa réflexion s’appuyait sur ces éléments et mettait en ordre ce qu’il avait vu et entendu.
Schmidt venait de l’Empire et n’avait aucun intérêt personnel à défendre.
Mais Heskal s’était servi de lui et avait fait croire qu’il poussait la famille Zaun à s’allier avec l’Empire.
Le visage de Schmidt, à cet instant, en disait long.
On aurait dit quelqu’un parti faire une agréable promenade pour sentir le parfum des fleurs, qui venait de marcher dans du crottin.
Un imprévu l’avait rendu furieux.
Heskal avait utilisé le nom de Schmidt pour semer la confusion.
Le stratagème était simple, mais impossible à deviner sans savoir. Avec le recul, cela sautait aux yeux. Pourtant, à son arrivée, Enkrid lui-même s’était demandé si l’Empire ne tirait pas les ficelles.
Heskal gérait les allées et venues entre les trois villages, et circulait lui-même d’un endroit à l’autre.
Il lui aurait donc été facile d’apprendre le retour imminent d’Odinkar et de Magroon. Il aurait aussi découvert au passage qu’Enkrid, Ann et Ragna les accompagnaient.
Pourquoi s’en prendre à Ann ?
Ce n’était pas l’œuvre d’Heskal. Il n’avait fait que donner un coup de main.
Ouvrir la voie et en orienter la direction, c’était le travail d’Heskal ; mais ce qui s’était produit ne correspondait pas à ses souhaits.
Enkrid avait vu son escrime. La précision de sa technique trahissait quelqu’un dont la véritable force résidait dans ce genre de manigances.
Alors, celui qui avait voulu cela, c’était le Mage ou le Sorcier.
Un Sorcier et un Mage travaillent pour lui. Ou à ses côtés.
Ne rien laisser au hasard.
C’était ce qu’avait fait Heskal. Maintenant qu’il en était arrivé là, tout devenait clair. Sans s’en rendre compte, Enkrid s’était lui aussi fait manipuler.
Il a rendu le chef de famille méfiant à mon égard.
De retour après des années d’absence, Ragna avait immédiatement demandé Ilchul. Le chef de famille et sa femme savaient à quoi ils avaient affaire ; céder Ilchul, ou quoi que ce soit d’autre, était donc hors de question pour le moment.
Les soupçons étaient inévitables. Enkrid de la Garde-frontière pouvait-il être la force cachée derrière quelqu’un qui s’en prenait à la famille Zaun ? La question n’avait rien d’absurde.
De l’extérieur, la Garde-frontière semblait être sortie de nulle part. Pour quelqu’un qui n’en savait pas davantage, Naurillia aurait eu l’air de révéler une force dissimulée, tout comme Azpen avait caché ses chevaliers.
Alors, voilà Naurillia, qui garde une lame dans sa manche.
On pouvait très bien en arriver là tout seul.
Zaun disposait d’une telle puissance qu’un recruteur de talents impérial du nom de Schmidt était venu en personne plaider sa cause.
Zaun avait sans doute repoussé tous ceux qui étaient venus solliciter ses forces. Parfois par la force, parfois en trouvant un compromis.
Ces refus répétés les avaient habitués à se méfier des intentions de tout groupe armé aux desseins cachés.
Heskal avait exploité cela. Il les avait rendus méfiants les uns envers les autres, en douce.
Il avait délibérément montré à Grida les traces des Créatures démoniaques.
Qu’avait donc fait Heskal dans l’ombre pendant tout ce temps ? Gagner du temps. Autrement dit, ce qu’on leur avait fait subir sur la route de Zaun était aussi en train de se produire au sein même de Zaun.
Ça fait mal.
Ils s’étaient fait avoir, et dans les règles.
Les choses auraient-elles tourné autrement si Kraiss ou Abnair avaient été là ?
Impossible à savoir.
Bon. Le but d’Heskal était clair : gagner du temps. En revanche, son objectif restait inconnu. Impossible de le deviner.
Et le chef de famille, alors ?
D’après Ann, le chef de famille avait même reporté le traitement. Il avait refusé qu’on établisse un diagnostic ; c’était sans doute ainsi qu’il fallait comprendre les choses. À l’époque, il avait dit : « Pas maintenant. »
Ann était la seule à l’avoir entendu, et elle n’en avait parlé qu’à Enkrid et à Ragna. C’était logique.
Ragna l’avait entendu directement en veillant sur elle, mais même sans cela, ces deux-là étaient les seuls à qui Ann pouvait en parler.
Ann répétait qu’elle était là pour soigner une maladie, pas une malédiction, et examinait tout ce qu’elle pouvait.
Personne n’avait rien dit, mais un léger malaise s’était installé chez chacun d’eux.
Une étrangère arrivée sans prévenir et qui demandait combien de fois il toussait.
Cela aurait pu passer pour une façon de rejeter Milestia en tant que guérisseuse.
Malin.
Le « pas maintenant » du chef de famille s’adressait à Enkrid et à Ragna.
Par l’intermédiaire d’Ann. Il avait utilisé sa propre maladie pour faire passer le message.
Était-ce une façon de leur dire que ce n’était pas encore le moment de prendre Ilchul ?
Ou leur demandait-il d’attendre, quelle que soit la raison de leur venue ?
Il avait mis du temps à le comprendre, mais ces mots lui étaient revenus en tête à plusieurs reprises. Le message du chef de famille avait donc fini par lui parvenir, au moins en partie.
C’était l’une des conclusions auxquelles son raisonnement l’avait mené.
Le chef de famille attendait cela, lui aussi.
Sur la route de Zaun, Odinkar avait dit qu’il était frustrant de tomber sans cesse sur un ennemi masqué.
Le chef de famille était pareil. Il voulait que l’ennemi se montre.
S’il le laissait agir, il savait que la pourriture finirait par gagner et éclater au grand jour. Il avait donc voulu que tout soit révélé au plus vite.
Ah.
Le chef de famille s’était aussi servi d’Enkrid. Il avait vu le nom d’Enkrid de la Garde-frontière, ainsi que les talents de Ragna.
Il avait probablement fait en sorte qu’Ann puisse circuler sans difficulté dans la famille.
Rien de visible, mais il s’en était chargé.
Il a aussi demandé à Alexandra de m’enseigner.
Pourquoi ? C’était un signal : ceux-là sont de notre côté.
S’ils se révélaient être des ennemis, on n’y pouvait rien. Mais si Enkrid était arrivé là par hasard,
Lui non plus ne laissait rien au hasard.
Une pierre qui roulait s’était soudain retrouvée dans son camp, et il l’avait rapprochée autant que possible de son propre côté.
De quoi faire pencher la balance, ne serait-ce qu’un peu, en sa faveur.
Le chef de famille avait fait tout cela pour pousser l’ennemi, Heskal, à sortir de l’ombre.
Et Heskal avait gagné du temps, attendant de saisir l’occasion qu’il convoitait.
Depuis des années, le chef de famille livrait en silence une lutte d’esprit contre un ennemi invisible.
« Ils ne manquent pas de culot. »
Enkrid marmonna entre ses dents.
Pendant ce temps, le visage flottant dans les airs avait l’audace de continuer à parler, sans la moindre gêne après avoir envoyé un Scalien en douce.
« Qu’est-ce que ça change qu’il y ait deux bretteurs et une jeune fille de plus dans le lot, Tempête Zaun ? »
Ce que fit ensuite le chef de famille arracha à Enkrid un rire qu’il ne put retenir.
Le chef de famille leva un poing fermé vers le ciel, puis tendit le doigt qui se trouvait au centre de sa main, le plus long de tous. Oui. Il lui adressa un doigt d’honneur.
Les cultures variaient d’un bout à l’autre du continent, mais tous ceux qui se trouvaient là comprirent le geste de la même façon.
En gros : ferme-la et dégage.
Ou peut-être : ça te dirait d’aller te faire plaisir tout seul ?
Le geste jurait quelque peu avec son expression grave.
Le chef de famille n’avait pas caché ses émotions. Enkrid le comprenait à présent.
« Grida ne reconnaît pas les visages. Alexandra a des démangeaisons si elle ne tourmente personne pendant un combat d’entraînement. »
« Ce n’est pas si terrible. »
Alexandra intervint à côté de lui, mais les autres percevaient souvent ces choses plus clairement que la personne concernée.
Voilà ce qu’on entendait par avoir le point de vue objectif d’un tiers.
« Tout comme Magroon ne sait pas retenir ses paroles acérées, toi, tu ne sais pas montrer ce que tu ressens. »
Le chef de famille regarda Enkrid et hocha la tête. L’émotion qu’il avait montrée à Ragna tout à l’heure était sincère.
Son inquiétude était réelle. Sa joie aussi.
Crac.
La foudre frappa avec une puissance sans précédent. Des dizaines d’éclairs blancs se ramifièrent dans le ciel et déchirèrent le visage qui flottait là, apparu on ne savait d’où.
La foudre le mit en pièces, et le ciel redevint ce qu’il était : de lourds nuages noirs, rien de plus.
Ragna sortit de l’intérieur et demanda :
« Un abruti s’en prenait à Ann, alors je l’ai abattu. Qu’est-ce qui se passe ? »
Enkrid lui répondit brièvement :
« Une bataille. »
Ragna hocha la tête. Son impatience était là, discrète, mais assez évidente pour qui savait regarder.
S’il s’était agi de quoi que ce soit d’autre, il aurait écouté d’une oreille et laissé l’information ressortir par l’autre.
Difficile de dire exactement pourquoi, mais il avait l’air à l’étroit, comme s’il gardait quelque chose en lui. Une tension qui aurait pu se muer en colère, même s’il la contenait plutôt bien.
Conclusion : lui aussi ne supportait pas de rester sans se battre.
Enkrid pouvait deviner la raison de cette frustration, mais il la garda pour lui.
Moi, je ne suis pas comme ça.
Il le pensa, et l’idée de prouver que le visage dans le ciel avait tort lui insuffla un nouvel élan d’enthousiasme.
Deux bretteurs, rien de plus.
Jusqu’où allait ce « rien de plus » ? Il valait la peine de le découvrir.
Bien sûr, il restait une montagne de choses à régler avant cela. La plus urgente consistait à arrêter les deux groupes devant lui, qui n’étaient qu’à un souffle de s’entretuer.
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