Chapitre 700
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 700 : La tempête après le calme
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Le calme avant la tempête n’était que cela : du calme, jusqu’à l’arrivée de la tempête.
Enkrid ne faisait pas exception.
« Rien de particulier à faire. »
Il sentait que quelque chose se préparait, mais aucune menace immédiate ne s’était encore manifestée.
Grida semblait suffisamment occupée, mais ce n’était pas une raison pour qu’Enkrid aille fouiner partout.
Alors, il s’en abstint. Il passa toute la journée à manier son épée.
Il faisait déjà la même chose à la Garde-frontière, mais ici, chez les Zaun, il se donnait encore plus à fond. Et c’était un endroit qui encourageait précisément ce genre de comportement.
Personne ne le regardait de travers. Au contraire, ils s’émerveillaient de voir un étranger travailler avec autant d’ardeur et profitaient de ces journées à ses côtés.
Ce qu’il leur enseignait était nouveau et différent ; ils n’avaient donc aucune raison de ne pas y prendre plaisir.
Chez les Zaun, tout le monde avait soif de nouvelles techniques, sans exception.
« Jour de repos terminé ! À l’entraînement ! »
Un garçon cria ces mots et se rua sur Enkrid avant même l’aube.
« Tu veux fondre dans les bras de cette belle femme ? »
L’une des géantes, la plus belle femme que Zaun avait à offrir, vint elle aussi à sa rencontre en lui lançant cette phrase.
À ses côtés se tenait un vieux bretteur nommé Lynox, dont le rire était presque impossible à imiter.
« Hé, ici, c’est chez moi. Tu ne vas pas te battre selon les mêmes “calculs” que là-bas. »
Et puis il y avait cette escrimeuse qui avait passé des jours à parcourir discrètement les environs, persuadée que quelque chose clochait chez les Zaun, soupçonnant le chef de famille tout en affichant un calme parfait.
C’était Grida, qui s’absentait encore un jour ou deux, puis réapparaissait comme si de rien n’était.
« Tu as des cernes. Tu dors bien ? »
« … Je dors mal ces derniers temps. Peut-être parce que ça fait longtemps que je ne suis pas rentrée chez moi. »
Le problème venait sans doute moins de son retour à la maison que de la tension qui la rongeait en silence.
Tendre un arc et laisser la corde bandée, et l’arc comme la corde finiraient bientôt par se briser.
Les gens, c’était pareil.
Les chevaliers avaient peut-être la peau plus dure que la plupart des gens, mais ils n’en restaient pas moins humains.
Enfin, chevalier ou non, difficile pour quiconque de se reposer tranquillement dans l’atmosphère troublée qui régnait chez les Zaun.
Bien sûr, cela valait pour une personne ordinaire. Enkrid, lui, avait dormi à poings fermés. Il mangeait bien et dormait bien. Ragna aussi.
« Tu as dit que tu étais venu chercher Ilchul. Pourquoi tu n’es pas encore allé le récupérer ? »
Il lança la question à Ragna, qui s’entraînait à côté de lui.
Ragna essuya la sueur de son front et tourna discrètement la tête vers l’endroit où le chef de famille pouvait se trouver. Il se trompa de direction et finit par regarder le chemin qui sortait de Zaun.
« Hum. »
Ragna marqua une pause pour choisir ses mots. C’était nouveau. À l’époque de l’escouade des fauteurs de troubles, précurseur des Chevaliers fous, il disait tout ce qui lui passait par la tête. À présent, il réfléchissait avant de parler.
Dire que c’était profondément émouvant n’aurait pas été exagéré.
Tandis que Ragna cherchait encore ses mots, un garçon qui aurait pu être son neveu marmonna non loin de là.
« Les muscles travaillent vraiment bien. Tout répond comme il faut. Oh, ouais. Parfait. »
Entre les combats d’entraînement et les séances de pratique, Enkrid leur avait transmis les méthodes de préparation physique d’Audin.
Quelques enfants de Zaun avaient adopté ces méthodes presque immédiatement après les avoir essayées, et ce garçon en était la preuve vivante.
Tout en marmonnant, il soulevait une pierre et travaillait les muscles de son dos. Son corps était déjà assez développé pour qu’il augmente la charge en un rien de temps.
Zaun avait ses propres méthodes d’entraînement, qu’Enkrid avait lui aussi observées et apprises, mais pour la préparation physique pure, rien de ce qu’il avait vu n’égalait l’approche d’Audin.
Audin avait repris les méthodes d’entraînement des prêtres-combattants orthodoxes de la ville sainte de Legion, les avait affinées et entièrement repensées, y avait ajouté quelques théories de son cru, puis avait adapté le tout à Enkrid.
Avec le recul, c’était un aperçu du génie d’Audin.
S’il avait été là pour voir ça, son visage se serait fendu d’un large sourire satisfait.
« Magnifique, frère ! Bien joué ! Sœur ! Vous ai-je déjà dit que votre force surpassait celle de la plupart des hommes ? »
Il aurait probablement braillé quelque chose dans ce genre. Ces jeunes s’étaient si bien adaptés aux supplices à la manière d’Audin.
En plus, ils étaient férocement compétitifs et ne lâchaient jamais rien. Les dents serrées, ils observaient leurs voisins et se jetaient à corps perdu dans l’entraînement. Rien d’étonnant à ce que leurs compétences progressent.
Après les avoir observés un moment, Ragna prit enfin la parole.
« J’étais sûr que c’était urgent, mais je n’ai pas envie d’y aller. »
« Pourquoi ? »
Enkrid le lui demanda, incapable de deviner. Ragna, lui non plus, ne savait pas de quel côté penchait son cœur. Il s’était encore perdu.
« C’est justement ce que je me demande. »
Il le dit sans détour, mais Enkrid crut percevoir autre chose derrière ces mots, une forme d’insatisfaction.
« Ou de colère. »
Ragna donna cette réponse vague, puis se contenta de manier son épée. Enkrid en fit autant.
Ann, elle, s’affairait un peu à l’écart, toujours en train de bricoler quelque chose.
Enkrid jeta plusieurs coups d’œil dans sa direction et en saisit quelques bribes.
« J’ai extrait le poison du cadavre ? Non, j’ai gardé le malade en vie et prélevé la graine. Tu vois ? C’est bien ça, non ? »
Elle disait quelque chose, puis se tournait vers lui pour vérifier.
« C’est ça. »
Enkrid acquiesça, même s’il n’avait aucune idée de ce qu’elle racontait. Il y avait quelque chose dans l’attitude d’Ann qui rendait impossible de ne pas lui répondre.
Elle avait déniché une table, installé une chaise devant, puis s’était mise au travail dans un coin du terrain d’entraînement : elle mélangeait des préparations, les versait, les reniflait et manipulait avec précaution divers objets, les mains couvertes de gants en cuir vert.
De dos, on ne voyait qu’une petite silhouette. Pourtant, elle se consacrait corps et âme à ce qui se trouvait devant elle.
On devinait qu’elle était en train de faire quelque chose. Les sens aiguisés d’Enkrid percevaient l’élan qui émanait d’elle.
« Sa volonté », pensa-t-il.
Ann aussi était donc un génie. Cette conclusion lui vint tout naturellement.
« Ce n’est rien, ça. »
Absorbée par son travail, elle parlait sans sembler se rendre compte qu’Enkrid l’observait.
« Je peux le faire. Je vais m’en débarrasser. De cette saloperie. »
Ann marmonnait toute seule, une phrase après l’autre.
Si l’on avait pu voir ses yeux à cet instant, ils auraient flamboyé.
« Ça fait combien de jours qu’elle est comme ça ? »
Il posa la question à Ragna, qui montait la garde devant les quartiers. Celui-ci répondit sans grand intérêt :
« Depuis notre arrivée. Sans s’arrêter jusqu’à maintenant. »
Ragna s’était entraîné à l’épée juste à côté d’Ann et, chaque fois qu’il le pouvait, restait près d’elle.
Enkrid hocha la tête et se dirigea vers la porte. Ragna l’interpella.
« Elle a dit qu’elle m’aimait bien. »
« … Rem ? »
« Même pour plaisanter, sa langue me déplaît tellement que j’ai envie de la lui couper. »
« Fais-le s’excuser. »
« C’était Ann. »
Enkrid se remémora Ann, à la Garde-frontière.
Elle n’avait cessé d’aller et venir dans la salle d’entraînement des Chevaliers fous. Elle se plaignait sans arrêt d’être débordée, mais revenait tout le temps.
Elle apportait à manger. Elle apportait à boire. Parfois, elle préparait des potions de récupération et les leur amenait.
« Et Ragna était toujours le premier à en profiter. »
Ann restait aussi plus près de Ragna que de n’importe qui d’autre, quoi qu’elle fasse.
Kraiss l’avait compris depuis longtemps. Enkrid aussi. Même Rem était au courant.
Ann aimait Ragna.
Le problème, c’était que Ragna ne s’en rendait absolument pas compte.
Ce type ne savait pas seulement retrouver son chemin : il ne savait pas non plus lire dans le cœur des gens.
« Maintenant que j’y pense, je crois que j’ai ressenti la même chose pour elle. »
Ragna le dit à voix basse, assez doucement pour qu’Ann ne l’entende pas, de son ton monocorde.
Il voulait dire qu’il avait fini par éprouver de l’affection pour elle en retour de celle qu’elle lui témoignait, mais il avait trouvé la façon la moins charmante possible de l’exprimer.
« Tu ne me demandes pas de le lui transmettre ? »
« Je dis juste que c’est comme ça. »
Une part de lui voulait probablement que quelqu’un le sache, tout simplement. Ragna raisonnait aussi simplement que cela.
Il ne savait pas pourquoi, mais il ne parvenait pas à se décider à aller réclamer Ilchul. Peut-être que cela lui serrait la poitrine. Ou peut-être que sa maladie avait empiré.
La nuit précédente, il avait encore toussé du sang pendant son sommeil. Pourtant, il s’était senti bien tout au long du voyage jusqu’ici.
« La fin approche-t-elle ? »
Peut-être.
Il était donc logique qu’il se sente ainsi, à présent. Un brouillard s’était installé dans un recoin de son cœur, l’alourdissant ; une autre part de lui voulait alors être vue clairement. Voilà ce qui l’avait poussé à parler.
« Ça ne veut pas dire que je vais me rapprocher d’Ann. »
Puis, à voix basse :
« Enfin, je ne sais pas si ça pourrait changer. »
Enkrid hocha la tête.
« Fais comme tu veux. »
Il disait éprouver de l’affection pour elle, mais ne voulait pas se rapprocher. Oui, c’était de la folie. Le genre de chose qu’un fou dirait ; tout devenait logique si on le comprenait ainsi.
Il n’y avait donc pas vraiment besoin de chercher à comprendre.
Depuis l’époque de l’escouade des fauteurs de troubles, Enkrid avait renoncé depuis longtemps à essayer de deviner ce qui se passait réellement dans la tête de Ragna ou des autres.
Il ressortit donc et se remit à manier son épée.
Des nuages d’un noir d’encre couvraient toujours le ciel, pareils à un mur d’obscurité. On aurait dit qu’un plafond noir s’étendait au-dessus d’eux.
C’est censé être des nuages ? Impossible.
Quelqu’un aurait pu dire ça.
Enkrid, lui, n’en était pas troublé. Il aurait préféré voir le soleil, bien sûr, mais il n’avait aucune raison de s’en plaindre.
Il se contenta de manier son épée, comme toujours.
Le Batelier n’était pas réapparu, mais ses paroles résonnaient encore en lui.
Protéger Ann.
Enkrid transmit le message à Ragna, sans parler du Batelier ni du reste.
Ann risquait d’être en danger. Il fallait donc la protéger.
Il avait aussi aperçu une Créature démoniaque qui prenait Ann pour cible pendant le trajet. Ragna ne posa pas de questions et prit ses paroles à cœur.
La journée passa, avec les airs d’une journée ordinaire.
Enkrid se surprit par moments à laisser vagabonder ses pensées.
Qui avait semé le trouble dans la famille ? Quelqu’un était passé à l’action. Cela, c’était une certitude. Et il y en avait une autre : quelqu’un avait utilisé comme un outil un événement survenu par hasard.
Il n’alla pas plus loin dans sa réflexion et ne chercha pas à découvrir la vérité.
Enkrid n’avait aucune raison de se poser en homme chargé de tout résoudre. Même s’il voyait et entendait davantage de choses, cela ne changerait rien.
« Chef de famille, vous comptez vraiment ne rien faire ? »
Un jour, il vit Heskal revenir du village des retraités et confronter directement le chef de famille.
Lynox demanda lui aussi à s’entretenir en privé avec le chef de famille, affirmant qu’il avait une position à défendre, mais rien ne changea.
En passant du temps avec Enkrid, Heskal laissa échapper une remarque.
« J’aimerais juste que le chef de famille se montre un peu plus entreprenant. »
Il venait de disputer un combat d’entraînement sans concentration, l’épée molle et sans conviction. Enkrid ramena Trois-Fer et demanda :
« Tu veux dire accepter l’offre de Schmidt ? »
« Ça pourrait aussi marcher. L’Empire ouvre grand les bras. »
Ses paroles sonnaient creux. Il ne pensait pas un mot de ce qu’il disait.
Enkrid ignorait ce que ressentait le chef de famille. Mais il avait l’impression de comprendre ce que voulait Heskal. Dans ses yeux brillait quelque chose qu’il cherchait à bâtir, une ambition qu’il poursuivait.
« Puis-je vous demander ce que vous souhaitez faire ? »
Heskal avait le regard d’un homme qui avait un rêve.
« Je te le dirai un jour. »
Il répondit en souriant. Enkrid eut alors le sentiment que le rêve de Heskal serait extrêmement difficile à réaliser.
Et pourtant, il savait aussi que cet homme ne renoncerait pas. Il continuerait d’avancer.
C’était peut-être une intuition, le genre qui permet de reconnaître quelqu’un qui nous ressemble.
« Impossible de trouver ce maudit Odinkar. »
Grida continua de fouiller chaque recoin de Zaun pendant des jours.
On ne voyait ni Magroon ni Odinkar nulle part, et l’inquiétude commençait à se lire sur son visage.
Le soir, une vieille femme appelée Milestia venait rendre visite à Ann, la guérisseuse de Zaun.
« Qu’est-ce que c’est que tout ça ? »
Après avoir entendu une partie des recherches d’Ann, elle écarquilla les yeux, puis déclara que cela pourrait bien fonctionner et afficha un large sourire.
Un de ces soirs, en passant par là, Milestia aperçut Enkrid et le salua.
Puis vint une certaine aube.
Enkrid fut arraché au sommeil.
CRAC !
La foudre frappa dans un fracas qui lui martela les oreilles.
BOUM !
Avant même que le tonnerre eût fini de gronder, la pluie s’abattit sur le sol. Il se redressa et tourna les yeux vers la fenêtre. La pluie tombait si fort que les ruisseaux ressemblaient à des barres de fer.
Il se demanda si le sol n’allait pas finir par s’effondrer.
« Enkrid de la Garde-frontière. »
Quelqu’un l’appela depuis l’autre côté de la porte. Quelqu’un qu’il n’aurait jamais cru voir à une heure pareille.
Enkrid se leva et vérifia aussitôt son équipement.
Trois-Fer, Penna, une épée courte, le poignard à lame en corne, des gantelets en tissu, le sous-vêtement que l’elfe lui avait donné et, par-dessus, une armure de cuir protégeant ses épaules et son torse.
« L’armure en tissu, c’est non. »
Il pleuvait trop. Si elle était trempée, elle le ralentirait. Il le savait par expérience et, pour l’instant, il agissait à l’instinct.
Rien ne justifiait clairement de s’armer, mais Enkrid s’équipa tout de même de la tête aux pieds avant d’ouvrir calmement la porte.
Le chef de famille se tenait là, trempé jusqu’aux os.
« Viens avec moi. Milestia est morte. »
Enkrid n’y était évidemment pour rien, mais le chef de famille avait l’air de venir l’accuser.
« On dirait que je devrais plutôt vous demander pourquoi vous me le dites. »
Enkrid posa la question sans bouger de là où il se tenait. L’eau s’accumulait aux pieds trempés du chef de famille. La même voix éteinte, dépourvue d’émotion, lui répondit :
« Viens sans faire d’histoires. »
Grincement.
La porte de la pièce voisine s’ouvrit. Ragna apparut.
« Qui accusez-vous, et de quoi ? »
La flamme d’une bougie vacilla dans l’obscurité épaisse, et l’ombre de Ragna se déforma avec elle.
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