Chapitre 701
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 701 : Même sans réfléchir, il sait quoi faire
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Pour la première fois, Enkrid surprit une lueur d’émotion dans les yeux du chef de famille. Quelque chose qui ressemblait à de l’inquiétude, ou de la sollicitude, mais qui disparut aussi vite qu’elle était apparue. Il n’était pas certain de l’avoir vraiment vue.
« Ne me suis pas. »
Le chef de famille le répéta, d’une voix métallique et vide, comme une marionnette dont on aurait arraché toute émotion. Ragna se hérissa. Enkrid sentait qu’il ruminait quelque chose depuis un moment, et il ne se trompait pas. Ragna était furieux.
« Tu veux que je prenne Ilchul tout de suite ? »
Il avança le pied gauche en franchissant le seuil de la porte. C’était le genre de pas qui annonçait qu’il était prêt à dégainer. Sa colère était plus brûlante que tout ce que Rem avait jamais montré quand on lui volait ses rations.
L’émotion devint élan, l’élan devint Pression, et la Pression envahit le couloir devant la pièce.
Le chef de famille ne répondit pas à Ragna. Il se comporta comme un homme d’une sagesse infinie et se contenta de se tourner vers Enkrid, le regard silencieux, l’invitant à le suivre sans un mot.
Et, d’une façon ou d’une autre, cela ressemblait à une supplication désespérée.
Il y a quelque chose qui cloche.
Enkrid le pensa et acquiesça intérieurement.
Quand on ne comprend pas la situation, mieux vaut agir d’abord et voir ensuite.
Si Grida avait raison de se méfier et que le chef de famille mijotait quelque chose, ce serait l’occasion de le découvrir.
« Ragna, reste ici. Je reviens vite. »
Enkrid le lui dit. Ragna fixa froidement le chef de famille, puis hocha légèrement la tête.
Alors seulement, le chef de famille se mit en marche, ses bottes faisant floc à chaque pas. Rien à voir avec sa démarche silencieuse de tout à l’heure. Ses bottes trempées de pluie raclaient le sol du couloir et semblaient jouer leur propre petite pièce.
Dehors, bien sûr, tout un orchestre jouait déjà : le tonnerre, les éclairs et une tempête déchaînée. Pour entendre les pas, il fallait les distinguer du vacarme de l’ouragan. Quiconque n’avait pas les oreilles d’un chevalier n’aurait rien entendu.
Et dans ces pas, Enkrid perçut une trace de soulagement discret chez le chef de famille.
Pas quelque chose d’évident. Plutôt une émotion retenue, comme celle qu’Alexandra avait laissée paraître en le guidant dans son maniement de l’épée pour le remercier. Subtile, presque imperceptible.
Cela dit, difficile d’en être sûr. Ce n’était peut-être rien du tout.
Alors qu’Enkrid le suivait dehors, le chef de famille prit la parole le premier.
KRAAAAOUM !
Sa voix parvint aux oreilles d’Enkrid à travers des rideaux de pluie qui tombaient du ciel comme une cascade.
« Ragna t’écoute. »
« Il n’y a pas de raison qu’il ne le fasse pas. »
« Depuis son enfance, il n’a jamais écouté personne. À son retour, il n’avait pas changé. »
« Eh bien, il s’est fait sa propre opinion, vous ne croyez pas ? »
« Je dirais plutôt qu’il t’écoute, tout simplement. Comment as-tu réussi à le gagner ? »
Le gagner ? Aucune idée. Enkrid fit encore quelques pas, réfléchit, puis répondit :
« Je ne dirais pas que je l’ai gagné. Je me suis débrouillé comme j’ai pu pour rester en vie et, quand j’ai relevé la tête, Ragna était là, à se battre à mes côtés. »
Le chef de famille marqua une pause, comme s’il cherchait ses mots. La tempête hurlait autour d’eux et, entre deux grondements, leurs pas se répondaient : floc, tap, floc, tap. Puis il reprit :
« Oui. On ne peut pas forcer le cœur de quelqu’un. C’est une chose que je regrette aujourd’hui. Aurais-je dû simplement le soumettre par la force ? J’imagine qu’il est trop tard, à présent. »
Alexandra se tenait dehors, devant le logement, enveloppée dans un manteau noir. Son visage était inexpressif. Milestia avait été sa plus vieille amie, et Milestia était morte. Elle avait péri pour la Maison Zaun.
Cette vérité lui transperçait la poitrine comme une lame. Son visage ne parvenait donc plus à exprimer quoi que ce soit.
Douze jours s’étaient écoulés depuis l’arrivée d’Enkrid à Zaun. La tempête avait éclaté sans prévenir, rendant le jour aussi sombre que la nuit.
Son objectif n’avait pas changé depuis son arrivée. Dès le départ, il avait décidé qu’il n’avait pas à jouer les redresseurs de torts et à partir à la recherche de qui que ce soit. Il n’avait pas changé d’avis.
La personne responsable finirait bien par se montrer. D’ici là, la tâche d’Enkrid était assez simple.
Protéger Ann.
Rester en forme et attendre.
« Chef de famille ! »
Une voix déchira la pluie, les éclairs, la tempête.
Le calme avait pris fin. La tourmente était là.
CRAAAACK !
Un éclair blanc inonda le monde. Au loin, un groupe de silhouettes se divisa en deux camps.
Une ligne invisible semblait les séparer. Les deux camps avaient l’air prêts à en venir aux mains d’un instant à l’autre.
Puis Enkrid remarqua que le chef de famille se tenait devant lui et qu’Alexandra était venue se placer derrière lui.
Il comprit également que ces deux-là comptaient parmi les personnes les plus fortes de Zaun et que peu de gens survivraient s’ils attaquaient ensemble.
Autrement dit, Enkrid s’était retrouvé, sans trop savoir comment, avec les deux lames les plus dangereuses de Zaun devant et derrière lui.
* * *
Je serai celle qui mettra fin à cette maladie.
Ann se l’était juré plus d’une fois.
La malédiction avait tué sa famille.
Pour raconter les choses dans l’ordre : une épidémie s’était propagée et ceux qui en avaient peur avaient incendié les taudis. Le feu allumé par ces mêmes pauvres gens avait dévoré ceux qu’elle considérait comme sa famille.
C’était alors qu’Ann avait pris sa décision.
Se venger.
Sa cible se trouvait quelque part derrière un mur de brouillard qu’elle ne pouvait percer du regard.
Elle devait donc d’abord apprendre. Et elle l’avait fait. Elle avait absorbé tout ce qu’elle pouvait de nouveau et s’était plongée dans le monde de l’alchimie.
Elle avait désigné l’ignorance et la maladie comme ses premières ennemies à vaincre. À côté de cela, elle avait pendu quelques alchimistes aux pratiques abominables, qui enlevaient des enfants pour les utiliser dans leurs expériences ou éventraient des humains afin de fabriquer des chimères. Cela tenait moins de la vengeance que du grand ménage.
Quoi qu’il en soit, elle aurait menti en prétendant ne pas aimer le monde de l’alchimie sous prétexte qu’elle avait fait de l’ignorance son ennemie. Elle l’adorait. Dans son intégralité.
Que ce fût un caprice de la Déesse de la Fortune ou simplement la récompense de ses efforts, elle n’aurait su le dire, mais l’exaltation qu’elle ressentait lorsqu’une idée inhabituelle lui venait et lui permettait de résoudre un problème était une sensation qu’elle n’avait jamais connue.
Ah. Je vois.
Ann ressentit de nouveau cette exaltation.
Elle avait identifié les types de graines qui se propageaient à Zaun et trouvé une solution. Pas une solution complète.
Mais j’en comprends le principe fondamental.
Pour l’expliquer à quelqu’un qui ne connaissait pas le sujet, il aurait fallu lui faire tout un cours sur les propriétés fondamentales de ce qu’elle appelait l’essence, sur sa nature élémentaire. Ce n’était donc pas facile à expliquer. Mais elle avait quelque chose à dire à Ragna.
Le moment était venu de briser la malédiction de cette famille.
Certains aspects dépassaient aussi ce qu’elle pouvait faire, et elle devrait le reconnaître.
Elle leva la tête pour parler, mais une voix inconnue s’adressa à elle à travers la fenêtre.
« Je ne comprends toujours pas. »
La chambre d’Ann était trop petite pour qu’on s’y glisse facilement par la fenêtre, mais celle-ci était assez large pour laisser passer un visage, une main ou n’importe quoi d’autre qui pouvait s’y faufiler.
La voix venait de l’extérieur.
« Qu’est-ce que tu es, pour que ce soit à moi de me déplacer ? »
CRAC, KRAAOUM.
Le tonnerre, la tempête et la pluie battante emplissaient l’air, mais sa voix parvint clairement aux oreilles d’Ann.
BAM !
Le cadre de la fenêtre se tordit et se détacha. L’individu l’arracha à mains nues tout en poursuivant :
« Ne le prends pas mal. »
Ses cheveux blonds trempés lui collaient au visage. L’homme pointa vers elle ce qu’il tenait à la main. On aurait dit une courte lance. La pointe était acérée et le manche un peu trop court pour qu’on puisse vraiment parler d’une lance.
Même sous la pluie battante, Ann reconnut son visage. Forcément, elle l’avait vu tout au long du voyage.
Une mâchoire carrée, des yeux bleus, des cheveux blonds courts. Un physique reconnaissable. Elle savait qui c’était.
Odinkar.
Hein ?
Ann écarquilla les yeux, mais Odinkar la fixa d’un regard vide et lui lança l’objet qu’il tenait. Elle ne vit même pas son bras bouger.
Seulement l’instant d’avant, puis celui d’après.
CLANG !
Au moment où Odinkar arracha une partie du cadre et lança la courte lance, une grande épée surgit de derrière et la dévia en plein vol.
CRAC !
La lance ricocha et se planta dans le mur.
Ann sentit quelqu’un lui saisir le bras et la tirer.
Ragna, bien sûr. Il la plaça derrière lui et prit la parole.
« Qu’est-ce que tu es ? »
Ann se rendit compte qu’elle avait retenu son souffle.
« Ha… ha, ha. »
Elle se concentra d’abord sur sa respiration. La silhouette dehors regardait Ragna d’un air absent.
Ann baissa les yeux vers les doigts agrippés au cadre de la fenêtre. Elle n’avait fait qu’entrevoir ses mains, mais le bout de ses doigts était noir.
C’était ce qui arrivait après des années à manipuler du poison.
« Ce n’est pas Odinkar. »
Ann avait l’esprit vif. Même à présent, elle réfléchissait.
Elle n’avait jamais senti la moindre odeur de potion sur Odinkar depuis le début du voyage. Celui-ci était un imposteur.
L’imposteur, toujours accroché au cadre, pinça les lèvres.
« Oh. »
Un bref son, puis il reprit :
« Comment l’as-tu su ? »
« Ça empeste. Difficile de ne pas le remarquer. »
Ragna répondit à sa place. Il l’avait compris au même instant. Sa Volonté était complètement différente, et l’odeur était vraiment infecte.
Il observait la silhouette sans même ciller, les yeux rivés sur elle, mais ne se précipita pas par la fenêtre. Plus exactement, il ne le pouvait pas.
Ils étaient trop nombreux.
La silhouette n’était pas seule. Des choses se dissimulaient dans l’ombre, tout autour, à l’affût de la moindre ouverture.
Comment étaient-elles entrées ?
Quelqu’un leur avait ouvert la porte.
Réfléchir à la question ne le mènerait nulle part. Il l’écarta.
CRAAAACK.
Un éclair blanc inonda la pièce et illumina tout ce qui se trouvait au-delà de la fenêtre. Derrière la silhouette, Ragna aperçut plusieurs Créatures démoniaques ailées. À première vue, il y en avait plus de cinq.
Le capitaine n’avait-il pas dit qu’il avait vu des Créatures démoniaques mutantes dans la ville d’Aoara ?
Il l’avait entendu dire. Celles qu’il voyait devant lui maintenant en avaient tout l’air.
Les Créatures démoniaques mutantes étaient des Créatures démoniaques capables d’utiliser la Volonté.
Ragna jugea que l’espace était défavorable à l’usage de sa grande épée, mais il en était déjà arrivé à cette conclusion lorsqu’il poussa tout de même la lame vers l’avant.
Prenant appui sur son pied gauche, il pivota de la taille et dirigea sa grande épée vers l’épaule de la silhouette.
BOUM !
Il avait visé la tête, mais l’autre esquiva suffisamment pour n’être touché qu’à l’épaule. Même frappée par une grande épée, la silhouette accompagna le mouvement en tournant, de sorte que son omoplate resta intacte et que son bras ne fut pas arraché.
Cela tenait en partie à l’esquive. Mais aussi à l’épaisseur remarquable de sa peau.
Un seul coup suffit à Ragna pour comprendre tout ce qu’il devait savoir.
« Ça fait mal, espèce d’enfoiré. »
La silhouette lança ces mots et projeta ce qu’elle tenait à la main. Un liquide jaune se répandit dans l’air. Ragna avait déjà ramené sa grande épée et bondi en arrière, attrapant Ann pour l’entraîner dans le couloir.
SSSSSS !
Le bureau et le plancher sur lesquels le liquide s’était répandu commencèrent à se dissoudre.
« Vous croyez pouvoir vous enfuir ? »
La voix les poursuivit. À l’instant où Ragna ouvrit la porte, il sentit quelque chose fondre sur lui depuis le plafond.
Tous deux en avaient après Ann. Ils ne se souciaient absolument pas de leur propre vie.
Il ne leva pas les yeux, mais Ragna déchiffra la forme de l’attaque.
Ses cinq sens se rassemblèrent, tendant un filet autour de son corps et dessinant les mouvements qui s’y déployaient.
Deux ours-hiboux, le corps allongé, plongeaient sur lui, les griffes en avant.
Ils fonçaient comme des carreaux tirés par une baliste.
Ragna retint Ann de son bras gauche et balança son épée de la main droite.
Il bloqua sa respiration et laissa la Volonté déferler en lui. La lame bougea à une vitesse que l’œil pouvait suivre, mais que le corps ne pouvait arrêter, et elle trancha les Créatures démoniaques en plein vol.
CRAC, CRUNCH !
La force du coup les projeta contre les murs du couloir.
Le crâne de l’une fut fendu. L’autre avait une entaille du poitrail jusqu’à la mâchoire, une longue balafre qui lui traversait le corps. Le sang noir jaillit et s’étala sur le sol du couloir.
La pluie s’était engouffrée par la fenêtre brisée et avait tout trempé. L’eau courait sur le sol et diluait la tache noire qui s’étendait.
Ragna les trancha tous les deux et bondit instinctivement sur le côté, mais une odeur âcre et piquante lui parvint tout de même.
Mauvais signe.
C’est ce que lui soufflait son instinct.
Au même moment, Ann ne supporta pas la vitesse de ses mouvements. Elle se pencha hors de son étreinte et vomit.
« Beurk ! »
Une éclaboussure jaune tacha les bottes de Ragna.
Un corps qui n’y était pas habitué n’était pas fait pour supporter la vitesse à laquelle Ragna venait de se déplacer.
La tête d’Ann tournait si fort qu’elle avait l’impression que quelqu’un lui avait attrapé le crâne pour le secouer sans arrêt. En clair, elle se croyait à l’agonie. Malgré tout, elle serra les dents et dit :
« Poison ! »
Un seul mot. Elle n’avait plus assez de souffle pour en dire davantage. Ragna venait de le comprendre lui-même.
Ces deux Créatures démoniaques s’étaient enduites de quelque chose avant de l’attaquer.
Elles s’étaient baignées dedans.
Voilà comment Ragna avait inhalé le poison corrosif. À présent, il sentait ses membres perdre leurs forces.
La Volonté s’agita et se mit à combattre la toxine en lui. C’était ainsi que cela fonctionnait.
Mais la Volonté ne pouvait pas éliminer tous les poisons. Elle ne ferait que lui permettre de tenir un peu plus longtemps.
Le problème, c’était que ce poison semblait conçu pour s’attaquer aux chevaliers. Il agissait vite. Ses jambes mollissaient. Il n’avait même pas forcé, et pourtant son corps ne lui obéissait plus.
« Être chevalier te rend immunisé contre toutes les substances ? »
Ragna et Ann se dirigeaient vers l’extérieur. La silhouette au visage d’Odinkar sortit de la chambre d’Ann et entra dans le couloir en parlant.
Le visage d’Odinkar. Et quelque chose de tout à fait différent à l’intérieur.
« Même pas en rêve. Alors ne prends pas la grosse tête parce que tu es chevalier. Vous êtes tous des idiots, ivres de votre toute-puissance. »
Ragna fixa la silhouette sans ciller. Elle avait changé depuis tout à l’heure. Ses bras et ses jambes étaient plus épais. Son torse avait enflé.
Pas à cause de la pluie.
Quelqu’un avait modifié son propre corps.
La silhouette leva ses doigts noircis et les pointa vers Ragna.
« Tu vas cracher du sang et te rouler par terre en implorant qu’on t’épargne. »
Il parlait comme quelqu’un qui connaissait déjà la suite. Aucun sourire, aucune fanfaronnade. Juste la certitude tranquille que ses paroles étaient vraies et qu’elles se réaliseraient.
Ragna n’était pas du genre à se creuser la tête, contrairement à Rem ou Enkrid.
Il ne se demandait donc pas ce qui se passait ni pourquoi.
À la place, il faisait comme toujours. Il savait simplement ce qu’il fallait faire, là, tout de suite. C’était, à sa manière, le don de Ragna.
« Quand je me mettrai à me battre, va chercher le capitaine. »
Il le lui dit.
Si le moment était venu de consumer le peu de vie qui lui restait, et s’il pouvait au moins laisser derrière lui une femme en vie, cela lui suffisait. C’était exactement ce qui lui traversa l’esprit. Vie courte ou longue, peu importait. Il n’aurait aucun regret.
Ragna avait fait la paix avec son sort.
« Qu’est-ce que tu racontes, espèce de taré ? Tiens, mâche ça. »
Ann s’essuya grossièrement la bouche, tira de ses vêtements une pilule de la taille de son ongle et la fourra entre les dents de Ragna.
Ragna garda la pilule dans la bouche sans protester. Ann lui demanda :
« Je m’occupe des tours que cette chose va tenter. Ensuite, tu pourras me protéger tout en les massacrant tous, pas vrai ? »
Impressionné par son cran, Ragna hocha la tête et répondit :
« Facile. »
La silhouette au visage d’Odinkar fronça les sourcils.
Qu’est-ce qu’il raconte, cet idiot ?
« Vous ne voulez donc pas mourir proprement ? »
Peut-être devrait-elle leur faire regretter leurs bravades jusqu’à ce qu’ils deviennent des sujets d’expérience.
La silhouette venait de parler quand Ragna sentit ses forces revenir dans ses membres. La Volonté se posa en lui et s’apaisa.
L’effet fut immédiat.
En temps normal, neutraliser un poison est plusieurs fois plus difficile que l’administrer. Et pourtant, là…
Quiconque connaissait l’alchimie l’aurait formulé ainsi : le talent d’Ann dépassait au moins de dix fois celui de la silhouette qui se tenait devant eux.
L’écart entre un génie et une personne ordinaire. On pouvait tout aussi bien le comparer à celui qui séparait un enfant d’un soldat adulte entraîné.
Ragna ignorait tout cela, bien sûr, et leva son épée.
Il savait que c’était à son tour de faire ce qu’il faisait le mieux.
Autrement dit, même sans se servir de sa tête, Ragna savait instinctivement, jusque dans ses os, exactement ce qu’il était venu faire.
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