Chapitre 698
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 698 : Ne pas laisser le hasard au hasard
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Pendant qu’Enkrid s’entraînait et s’exerçait au combat plusieurs jours durant, tandis que Grida disparaissait puis réapparaissait, Ann ne resta pas inactive.
« J’aimerais faire un peu le tour des environs. »
Elle avait lancé ça d’un ton distrait, mais ne s’en tint pas aux paroles. Elle se promena, apprit à connaître les lieux et fit la connaissance des gens.
« Hum, hum. Quoi ? »
« Depuis quand toussez-vous ? »
« Aucune idée. Depuis l’été dernier, peut-être ? »
Début des symptômes : environ six mois plus tôt.
Symptôme principal : expectoration de sang.
Il n’y avait qu’un peu de sang, mais d’après le patient, cela ne se produisait que par intermittence, lorsque son état était au plus mal.
Trois personnes présentaient des symptômes similaires.
« Parfois, je manque de force, mais à part ça, je ne me sens pas vraiment malade. Hé, Ragna est de retour. On s’affronte ? »
L’un d’eux lança ces mots et se mit aussitôt en garde face à Ragna. Rien qu’en les regardant, Ann ne parvenait pas à évaluer l’écart de niveau entre eux.
Elle put toutefois le déduire de ce qu’ils se dirent ensuite.
« Tu es devenu incroyable. »
L’homme aux cheveux bruns ondulés prononça ces mots. Ragna rengaina son épée. La grande lame glissa dans son fourreau, dans son dos, en tintant doucement.
« Entraîne-toi dur chaque jour. Il n’y a pas d’autre secret. »
« … Et apparemment, tu es aussi devenu un sacré taré. »
La Maison Zaun rassemblait les gens doués. Plus précisément, quiconque manquait de talent, de discipline ou de volonté de progresser ne pouvait pas y rester.
Ceux qui ne parvenaient pas à s’adapter partaient au village des chasseurs.
En vieillissant, quand leurs forces déclinaient, ils rejoignaient le village des retraités.
Celui-ci accueillait aussi ceux qui n’avaient pas assez de talent.
Les installations comme la forge se trouvaient surtout au village des courtiers, où les habitants vivaient du commerce avec l’Empire et les compagnies marchandes de passage.
Telle était l’organisation de la Maison Zaun.
Autrement dit, c’était un endroit où ne se rassemblaient que des gens qui avaient fait leurs preuves, des hommes consacrant chaque journée à manier l’épée.
Dire à des gens pareils de simplement s’entraîner plus dur revenait presque à leur dire :
« Tu n’as aucun talent. Abandonne. »
L’homme se hérissa, mais l’écart de niveau était évident.
Ann l’observa attentivement, puis posa aussi la question à Ragna.
« Alors ? »
« Il ne se débrouille pas mal, mais à ce rythme, je ne saurais pas dire ce qu’il laissera derrière lui. »
« Non, pas ça. Son état. Est-ce que quelque chose t’a semblé anormal ? Est-ce qu’il a manqué de force à un moment où ça n’aurait pas dû arriver ? Ce genre de chose. »
« Rien. Il était probablement au sommet de sa forme. »
Un échange de coups n’était pas un combat à mort, mais c’était tout de même une conversation par l’épée. Quelqu’un du niveau de Ragna pouvait se faire une idée assez précise de l’état de son adversaire rien qu’en croisant le fer.
« Des symptômes intermittents », murmura Ann.
Aux yeux de Ragna, cette fille était en train de faire quelque chose, et lui l’aidait à le faire.
Cela aussi fera partie de ce que je laisserai derrière moi.
Enkrid protégeait les autres. Ragna l’avait vu faire bien des fois. Au début, cela ne lui avait inspiré que des questions.
Pourquoi ?
À quoi bon manier l’épée pour les autres plutôt que pour soi-même ?
Il en comprenait une partie, dans sa tête, mais pas encore avec son cœur. Suivre la voie de l’épée était simple. Et parce que cette voie était simple, il n’avait jamais connu la perte. Il en avait toujours été ainsi.
En général, un enfant né sans rang ni rien à son nom finissait par ramasser un morceau de fer. D’abord, quelque outil agricole renforcé de fer. Puis, lorsqu’il comprenait qu’il était plus fort que les gens autour de lui, il prenait une lance ou une épée.
Qu’on soit noble ou non, c’était le moyen le plus rapide de s’élever dans la société sur le continent.
Il suffisait de bien se battre.
Avec le niveau d’un écuyer, la plupart des compagnies marchandes se disputaient vos services à prix d’or. On pouvait aussi se faire un nom parmi les mercenaires.
Avec le niveau d’un chevalier junior ?
On pouvait obtenir une part dans une compagnie marchande et vivre le ventre plein jusqu’à la fin de ses jours.
Diriger une guilde de mercenaires ou fonder une compagnie de mercenaires, puis se faire absorber par une maison noble manquant de soldats, était également à portée de main.
Avec un peu de chance, on pouvait même se faire adopter par une famille noble.
Il fallait toutefois avoir moins d’années que son nouveau père.
On ne pouvait guère devenir un fils plus âgé que son propre père, après tout.
Apparemment, cela s’était déjà produit sur le continent, mais pas quand les apparences comptaient.
Bref, atteindre le rang de chevalier junior suffisait à changer complètement de statut.
Devenir un chevalier à part entière, c’était entrer dans un tout autre monde.
Même les nobles de bonne naissance n’osaient pas lever la tête devant un chevalier.
C’était ainsi que le monde fonctionnait. Avec la violence au bout des doigts, presque tout devenait possible.
La violence que Ragna avait entre les mains avait rarement été arrêtée. Il ne connaissait donc pas la douleur de la perte. Il n’avait jamais laissé partir quelqu’un qu’il voulait protéger.
« Pourquoi t’investis-tu autant ? »
Dès qu’une petite question lui vint à l’esprit, Ragna la posa. Le temps était précieux. Le temps des humains était limité. Ragna le sentait jusque dans ses os.
Ann réfléchissait en silence aux symptômes intermittents, tout en griffonnant des notes avec un crayon fait de charbon broyé. Puis elle leva les yeux et croisa son regard.
Des yeux rouges brillaient sous ses cheveux dorés. On aurait dit les yeux de quelqu’un qui avait soif de savoir. La curiosité n’était-elle pas, au fond, une soif de savoir ?
Elle devait donc lui répondre franchement.
« Je déteste ce genre de choses. »
« Quel genre de choses ? »
« Je n’en suis pas encore sûre, mais quelqu’un mène une “expérience” ici. Qui que ce soit, c’est un vrai salaud, et je déteste, vraiment, profondément, absolument, qu’on utilise l’alchimie pour faire une chose pareille. »
Les paroles d’Ann avaient du poids. Si Enkrid avait été là, il aurait dit que la Volonté s’était enracinée en elle.
La Volonté prenait racine chez ceux qui étaient sincères dans leur travail et donnaient tout à chaque instant. Ann était de ceux-là.
Elle avait toujours été sincère.
Elle l’était encore, et les mots qui allaient sortir de sa bouche l’étaient aussi.
« Et puis, c’est chez Ragna, ici. »
Était-ce censé être une raison ?
Ragna posa la question du regard.
Ann mourait d’envie de le traiter d’idiot et de lui donner un coup de pied dans le tibia, mais elle se contenta de répondre calmement.
Il avait toujours été comme ça. Elle le savait en se lançant.
Quand on met en mots les raisons pour lesquelles on aime quelqu’un, le résultat sonne toujours maladroit et étrange.
Le cœur s’était simplement laissé toucher.
Un visage proche de son idéal pouvait déclencher ce mouvement, mais il ne pouvait pas être l’ancre qui retenait quelqu’un.
Et pourtant, en cet instant, le cœur d’Ann était ancré.
« Parce que je veux protéger ton père et ta mère, tes amis, tes frères et tes sœurs. »
C’était une cible un peu plus précise que la vague promesse d’Enkrid de protéger les arrières de ceux qui l’entouraient.
« Parce qu’ils pourraient devenir les grands-parents de l’enfant que j’aurai un jour. »
Ann le dit avec une certaine hardiesse. Les menaces qui avaient pesé sur sa vie pendant le voyage jusqu’ici avaient contribué à lui délier la langue.
Quand on ne sait pas à quel moment on risque de mourir, on ne peut pas se permettre de gâcher l’instant présent.
Il ne s’agissait pas de mourir au sens littéral. Elle ne se débattait pas face à une mort imminente.
Simplement.
Aujourd’hui.
Elle vivrait comme Enkrid.
Ann avait l’œil vif et l’esprit acéré. Elle avait beaucoup appris.
On pouvait appeler cela apprendre à vivre l’instant présent.
Cette façon de penser avait contribué à lui faire prendre la parole.
Et ce n’était pas la seule raison pour laquelle elle le souhaitait.
En cheminant sur la frontière entre alchimie et guérison, elle repensait parfois au jour où des gens qui étaient comme sa famille étaient morts. La même pensée lui revenait chaque fois. Ou plutôt, le même souhait.
Je veux un enfant.
Un jour, elle transmettrait ses arts de guérison à cet enfant.
Elle aurait un enfant et deviendrait mère ; elle passerait son temps à rire, pleurer, se mettre en colère et trembler d’émotion.
Et tout en faisant cela… Je répandrai le Remedium Omnia à travers le monde.
Un désir et un rêve.
Les rêves d’une personne ne se limitaient jamais à un seul. Ann voulait être mère. Elle voulait répandre sur le continent une nouvelle forme d’arts de guérison. Et…
Je veux être la femme de Ragna.
C’était le rêve qu’elle avait nourri.
Les yeux d’Ann étincelèrent tandis qu’elle parlait. À travers ses taches de rousseur, une lumière atteignit les yeux de quelqu’un qui s’était autrefois égaré, portant quelque chose de vrai.
Ragna était un homme, pas un idiot, et il se souvenait de tout ce qu’Ann lui avait montré jusque-là.
Une fille couverte de taches de rousseur qui était restée à ses côtés en lui parlant de ses rêves.
Ragna partageait désormais ces rêves. Il lui répondit donc :
« Si je rentre vivant, parlons-en à ce moment-là. »
Ann fronça les sourcils. Était-ce oui ? Non ?
La réponse était ambiguë. Pour sa part, Ragna pensait ne pas pouvoir faire mieux.
« Tu comptes mourir ici ? »
Ann lui lança la question, incisive à nouveau.
« Non. Mais un épéiste ne sait jamais quand il va mourir. »
« Si tu veux refuser, il te faudra une meilleure raison que ça. »
Après avoir dit tout cela, Ann rangea pour l’instant l’un de ses rêves dans un tiroir de son cœur.
Pour le moment, il faut d’abord soigner la maladie.
Ce n’était pas là-dessus qu’elle devait se concentrer.
Ragna continua de la suivre partout. Ann passa plusieurs jours à fouiller les environs et découvrit quelques éléments.
Elle a été modifiée. La maladie.
Ce n’était pas la maladie qu’elle connaissait. Les formes qu’elle prenait s’étaient multipliées.
Pourquoi ?
Pour faire simple, la personne responsable ne se contentait plus d’utiliser des rats ou d’autres animaux.
Le nombre de germes a augmenté.
Les germes, c’était-à-dire les origines de la maladie. Certains avaient été prélevés sur des rats, d’autres sur des Créatures démoniaques ou des Bêtes magiques, et d’autres encore avaient été obtenus à partir de cadavres en décomposition.
Il allait de soi qu’on utilisait aussi des plantes ou des animaux venimeux.
Ensuite, on mélangeait les ingrédients et on choisissait la méthode de propagation. Les personnes infectées développaient de la fièvre et mouraient, le corps secoué de douleurs musculaires.
Ann avait passé beaucoup de temps à étudier et à disséquer cette maladie. Elle savait qu’elle avait jusque-là reposé sur ce qu’elle appelait les germes de chaleur et les germes de douleur.
La toux ne devrait être qu’un symptôme secondaire.
Désormais, il arrivait qu’elle marque le début de la maladie.
Et il y a aussi cette faiblesse.
C’était pour cela que des symptômes inconnus étaient apparus. La preuve que quelqu’un avait continué d’étudier et d’améliorer la maladie.
Qui ?
Son maître Raban, qui l’avait élevée, était mort. Le propre maître de Raban ne pouvait pas être vivant à un âge raisonnable. Alors, qui ?
« Le continent est vaste et regorge de génies », déclara Ann avant de laisser échapper un bref rire méprisant.
Elle ne l’avait pas su avant de le constater de ses propres yeux, mais à présent, elle en était certaine.
Un nuage d’orage d’un noir d’encre lui bouchait le ciel. Ragna se tenait simplement à ses côtés, en silence.
Des symptômes qu’elle ne reconnaissait pas.
Mais je peux la guérir.
Le généreux soutien qu’elle avait reçu à la Garde-frontière avait considérablement fait avancer ses recherches.
Il me suffit de mettre au point un traitement pour chaque forme de la maladie.
Elle n’en avait pas encore trouvé. Mais avec du temps, elle pourrait la soigner. Il lui restait bien sûr des choses à comprendre, mais Ann était certaine d’y arriver.
Ses yeux brillaient d’une lumière plus vive que lors de sa déclaration.
C’était le regard de quelqu’un dont la Volonté se manifestait naturellement, portée par la certitude d’avoir foi en soi.
* * *
Quand trop de choses s’emmêlent, tout peut finir par ressembler au plan de quelqu’un.
En réalité, quand on y regarde de plus près, il arrive que ce ne soit qu’un enchaînement de hasards.
Et parfois, quelqu’un s’empare de ces hasards pour s’en servir.
D’un point de vue tactique, c’est tout à fait possible, non ?
Ne pas laisser le hasard au hasard était sans doute un privilège réservé aux esprits d’exception.
La nuit précédente, le Passeur lui était apparu de nouveau en rêve et avait parlé de protéger Ann, ou de ne pas la protéger.
Enkrid lui avait demandé :
« Pourquoi le ferais-je ? »
« Par bonté. »
En voyant le Passeur prononcer ces mots, Enkrid l’avait trouvé profondément sinistre. C’était l’impression qu’il lui faisait. Son expression ne changeait jamais ; son visage ne révélait donc rien.
Il s’était réveillé, avait fait quelques exercices et, au fil de ses pensées vagabondes, une question lui était venue :
La personne qui agit depuis l’intérieur de la Maison Zaun est-elle la même que celle qui rassemble des Créatures démoniaques à l’extérieur et répand la maladie ?
Et si ce n’était pas le cas ?
Et si l’un des deux camps avait découvert l’autre et s’en servait ?
« Penser à autre chose alors que tu te tiens devant moi. Est-ce du mépris ou une provocation ? »
Heskal, qui se tenait devant Enkrid, lui posa la question.
Ne pas laisser le hasard au hasard. Il n’avait pas voulu provoquer cette réaction chez Heskal, mais… « Disons les deux. »
Enkrid saisit l’occasion pour le provoquer.
Heskal était un homme posé et mesuré. Son escrime l’était tout autant.
D’après Lynox, il cachait des crocs, mais Enkrid ne les avait pas encore vus.
« Oh, pas mal. »
Anahehra, la plus belle femme de la Maison Zaun aux yeux des Géants, lança ces mots depuis l’endroit où elle observait. Naturellement, elle était la seule Géante de la famille.
Elle sourit, dévoilant ses crocs.
« Ne va pas faire l’idiot et mourir. C’est à mon tour après. »
Elle voulait dire qu’elle s’était déjà inscrite pour être la prochaine adversaire d’entraînement d’Enkrid.
Enkrid mit de côté sa réflexion sur le hasard et se concentra.
Heskal n’était pas un adversaire facile. Même sans avoir vu ses crocs, c’était évident.
Enkrid s’adressa à Heskal.
« Si tu ne peux pas me montrer tes crocs, tes molaires feront l’affaire. »
Heskal sourit à ces mots. Ses cheveux châtain clair ondulèrent dans le vent.
Le ciel était encore sombre, mais aujourd’hui, le soleil avait trouvé une brèche dans ce rideau noir et s’y était glissé, répandant une douce lumière.
Heskal parla, avec cette lumière tamisée de midi dans le dos.
« Montrer ses molaires est plus difficile que montrer ses crocs. »
Il lança son épée droit devant lui. Une estocade franche.
Mais si l’on croyait qu’il ne s’agissait que d’une estocade, on se faisait piéger. Enkrid l’avait appris au fil de leurs échanges.
Faire s’affronter le calcul et le calcul, c’était coller les boucliers l’un contre l’autre et pousser. Il avait déjà gagné de cette façon, mais il ne pouvait pas dire que cela lui avait plu.
« Je perds. »
Parce que Heskal n’avait fait que reconnaître sa défaite le premier.
Ousque.
Et dès le premier regard, Heskal avait aussi identifié la nature de cette Volonté inépuisable.
Qu’est-ce que l’instinct ?
Laisser l’épée bouger à l’intuition.
Alors, comment entraîner l’instinct ?
Briseur et Golem éclair avaient tous deux choisi de s’entraîner par la réflexion.
L’instinct et l’intuition en escrime avaient, eux aussi, besoin d’une méthode d’entraînement propre.
Tandis qu’il retournait la question dans sa tête et tentait d’élaborer un cadre, les prises de conscience qu’il avait déjà eues commencèrent à l’aider.
Vider son esprit.
Ne pas calculer. Répéter les réactions aux mouvements de l’adversaire.
Autrement dit, laisser les gestes gravés dans le corps se manifester d’eux-mêmes.
Réagir.
Il en avait déjà fait l’expérience une fois, grâce à Alexandra. Il savait combien cette expérience unique avait été précieuse.
Emprunter un chemin inconnu n’était pas la même chose qu’en parcourir un sur lequel on avait trébuché, ne serait-ce qu’une fois, par hasard.
Ne pas laisser le hasard au hasard.
La pensée qu’il avait écartée plus tôt lui revint sans prévenir. Était-ce naturel ? Il n’en savait rien. Pour l’instant, il ne faisait que suivre le mouvement.
Enkrid y réfléchit et montra une escrime qu’il appela l’épée réactive.
Briseur était défensif. Golem éclair, offensif.
Ce qu’il faisait maintenant, si l’on devait absolument le classer, relevait de la contre-attaque.
Clang. Fiu.
Trois-Fer écarta l’estocade qui arrivait et s’avança en décrivant un petit arc. Sa trajectoire ressemblait à celle d’un caillou qui ricochait en glissant de côté sur l’eau. Parer et attaquer en même temps.
Une attaque inattendue, hors de portée de tout calcul ?
Peut-être pour un chevalier ordinaire. Pas pour Heskal.
Il ne se laisserait pas prendre par une épée plus lente que celle d’Alexandra.
La mitaine de la main gauche de Heskal s’ouvrit comme une aile et devint un petit bouclier.
Clang.
Il dévia proprement l’épée avec le bouclier fixé à son bras gauche. Si l’on pouvait dissimuler des armes sur soi, on pouvait aussi y cacher un bouclier.
« Ouah ! »
Anahehra s’exclama, admirative. L’attaque comme la parade étaient impressionnantes.
« C’est incroyable, non ? »
Elle posa la question sans parvenir à détacher les yeux de l’échange. Le chef de famille, qui s’était approché sans que personne le remarque, répondit :
« Oui. »
Aux yeux du chef de famille, c’était un spectacle rare. Quand Heskal s’était-il battu à l’entraînement avec autant de passion pour la dernière fois ?
Il ne parvint pas à s’en souvenir.
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