Chapitre 697
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 697 : Un coup de tonnerre creux
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« Méduse et créatures écailleuses. »
Il y avait aussi des ours-hiboux, et sans doute des Bêtes magiques de type chauve-souris. Il en avait vu en chemin.
Des Créatures démoniaques qui se rassemblaient pour s’en prendre à la Maison Zaun ?
« Ou est-ce autre chose ? »
Tout baignait dans l’ombre d’une intervention extérieure délibérée. L’instigateur restait invisible, mais le poids de sa présence était presque suffocant.
Les Créatures démoniaques ne se rassemblaient pas ainsi de leur propre chef. Quelqu’un l’avait forcément voulu.
La présence d’un ennemi caché derrière ce voile l’oppressait davantage encore. Comme un nuage noir au-dessus de lui, le voile qui dissimulait l’ennemi était sombre, épais et, pour l’heure, hors d’atteinte.
« Les choses auraient-elles été plus simples si j’avais emmené Rem ? »
La pensée lui traversa de nouveau l’esprit. Rem avait le don de lui barrer la route avec sa sorcellerie aux pires moments.
À plusieurs reprises, Enkrid l’avait vu se précipiter droit sur sa hache dès que quelqu’un s’essayait maladroitement à la sorcellerie devant lui.
Un jour, par curiosité, Enkrid lui avait demandé pourquoi il piquait une crise chaque fois qu’il voyait quelqu’un s’y prendre mal.
« Une crise ? Quand ça ? Appelle plutôt ça une colère justifiée. »
« Je te demande pourquoi tu fais ça. »
« Parce qu’ils sont tous nuls. »
Voilà tout ce que Rem avait répondu. Difficile d’imaginer explication plus inutile.
Enkrid y avait réfléchi seul par la suite, avait fini par comprendre, puis avait directement demandé confirmation à Rem.
« Ça t’agace quand quelqu’un qui connaît à peine les bases essaie de se faire mousser devant toi ? »
« Ouais, c’est ça. »
Ce qui le mettait un peu mal à l’aise, c’était qu’Enkrid comprenait le point de vue de Rem.
« La façon de penser de ce barbare de fou aurait-elle déteint sur moi ? »
Il s’était aussi posé la question.
Imaginez que vous soyez un cuisinier chevronné, avec une philosophie acquise à force de travail, et que quelqu’un vous mette sous le nez un bout de viande carbonisé en déclarant : « Voilà ce qu’est la cuisine. » Que feriez-vous ? À moins d’être doté d’une patience de saint, vous auriez envie de lui fracasser le crâne, surtout si vous preniez votre métier au sérieux.
« C’est une question de fierté. »
Pour résumer, la réaction de Rem revenait à crier : « Ce n’est pas comme ça que fonctionne la sorcellerie ! »
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Une voix le tira de ses pensées.
Enkrid était allongé sur le dos au bord du terrain d’entraînement, les yeux fermés. Le sol était humide, mais sa cape étalée dessous rendait l’endroit assez moelleux pour être confortable.
Il aurait préféré que le soleil sèche l’herbe, mais le temps ne s’y prêtait pas.
À l’appel, il entrouvrit un œil et aperçut Grida.
Grida était rentrée la veille au soir, après trois jours d’absence. Elle avait cherché Enkrid, discuté avec lui, puis était partie dans sa chambre se laver et dormir.
Elle avait eu du mal à trouver le sommeil. Elle s’attendait à tout instant à voir le chef de famille ouvrir brusquement sa porte et lui demander : « Qu’as-tu fait pendant ces trois jours ? Qu’as-tu découvert, ma fille ? »
Le ton n’aurait pas été chaleureux, cela dit. Son père, le chef de famille, était aussi peu démonstratif qu’un elfe. Parfois, on aurait dit qu’il n’éprouvait aucun sentiment.
Et s’il avait changé, s’il n’était plus celui qu’elle avait connu ? Cette crainte la rongeait.
Et le chef de famille n’était pas le seul. Elle s’attendait à moitié à ce que n’importe qui vienne la confronter.
À vrai dire, une partie d’elle l’espérait. Elle voulait savoir exactement quel genre de personne s’en était prise à sa famille.
En réalité, pendant les trois jours, elle avait délibérément laissé des traces en se déplaçant, avec l’espoir secret que l’autre camp réagirait.
Rien ne s’était passé.
Aucune question. Aucune confrontation.
Ces pensées lui tournaient encore dans la tête lorsqu’elle s’était réveillée ce matin-là et avait aperçu Enkrid étendu dans l’herbe comme s’il prenait un bain de soleil. Sauf qu’il n’y avait pas de soleil ; impossible donc de parler de bain de soleil. Un bain d’ombre, peut-être. Ou alors elle avait simplement envie de jurer contre quelque chose.
Grida posa sa question et s’écarta aussitôt. Quelqu’un approchait par-derrière ; elle s’était décalée par pur réflexe.
« C’est jour de repos, aujourd’hui ? »
La personne qui venait d’arriver par-derrière prit la parole. Grida hocha légèrement la tête. Alexandra le lui confirma d’un regard.
« Oui », répondit Enkrid sans bouger de sa place.
Il appliquait ce que des années d’expérience lui avaient appris à la dure : le repos comptait autant que l’entraînement.
La Maison Zaun l’avait compris elle aussi.
Selon leur coutume, au moins un jour sur dix était consacré au repos, soit trois jours entiers par mois, sans exception.
Les générations précédentes savaient déjà que manier l’épée chaque jour sans jamais s’arrêter ne suffisait pas.
« C’est un système transmis et perfectionné de génération en génération. »
Rien que les observer permettait d’apprendre quantité de choses.
Le travail quotidien à l’épée forgeait le corps et débarrassait l’esprit de ses pensées parasites. Le jour de repos, lui, servait à repenser à ces longues heures d’entraînement, à réfléchir en profondeur et à résoudre les problèmes : on rassemblait alors toutes ces pensées éparses pour les mettre à profit.
La Maison Zaun appelait cela une très ancienne tradition.
Enkrid savait l’importance du repos et observait donc le même jour de repos qu’eux.
Pas de combat amical, aujourd’hui.
Il avait tout de même travaillé ses fondamentaux : tôt le matin, il avait révisé ce qu’Audin lui avait enseigné et passé du temps à manier son épée.
L’après-midi, il s’était installé là, allongé, laissant ses pensées vagabondes se mettre en ordre.
Il ne poursuivait plus l’épée avec l’angoisse désespérée d’autrefois. C’était pour cela qu’il pouvait se permettre de ne rien faire.
Aux yeux du commun, cela ressemblait encore à une journée d’entraînement. Mais quiconque avait le niveau de l’Armée permanente de la Garde-frontière parlerait tout au plus d’une demi-journée de repos. Les Chevaliers fous, eux, considéreraient sans hésiter qu’il s’agissait d’un vrai jour de congé.
De son propre point de vue, Enkrid s’était montré à peu près aussi paresseux que Ragna.
« Ce nuage est vraiment noir. »
Il désigna une masse sombre, loin à l’horizon.
« On appelle ça des nuages noirs tourbillonnants. Celui-là est particulièrement mauvais », dit Alexandra en suivant du regard la direction indiquée par son doigt.
Les nuages noirs avaient englouti le ciel. Épais. Sombres. On aurait moins dit que les nuages cachaient le soleil qu’une seconde terre noire en train de se former au-dessus d’eux.
Cette immense masse sombre était devenue un monde à part entière et avançait lentement vers eux.
« Quand la pluie commencera à tomber, la tempête nous causera de sérieux ennuis. »
Alexandra avait l’air inquiète. Enkrid se redressa et l’observa, puis détailla les maisons derrière elle.
« Les bâtiments sont en pierre à cause de tempêtes comme celle-ci ? »
Ces bâtisses témoignaient de l’ancienneté du lieu : la Maison Zaun avait pris racine ici depuis fort longtemps.
« Pourquoi ? »
Une question lui vint à l’esprit.
La Maison Zaun était puissante. Pourquoi ne pas simplement s’installer ailleurs ?
Heskal, par exemple, allait d’un village à l’autre parmi les trois alentours pour répondre aux besoins de la famille. Il avait toutefois dit que le terrain était trop accidenté pour attirer davantage de caravanes de marchands au village des courtiers.
Cet endroit se trouvait au milieu de nulle part. On y trouvait des herbes rares et des fruits, mais il suffisait d’envoyer des ouvriers les récolter à part.
En somme, le village des courtiers était un bourg de forgerons et de marchands.
« Malgré tout, j’aime cet endroit. »
Heskal avait dit cela, tout en continuant de s’inquiéter de l’avenir de la Maison Zaun.
Et Lynox ? Il se disait homme à comprendre le romantisme.
« Pas de nourriture ? Alors tu vis sans nourriture. Besoin de quelque chose ? Tu le trouveras quand tu en auras besoin. »
Lui et Heskal étaient aux antipodes. Heskal croyait que la Maison Zaun pouvait devenir plus forte. Lynox ne voyait pas l’intérêt de s’en soucier.
Lynox avait lui aussi consacré sa jeunesse tout entière à l’épée, vivant comme un homme possédé. À présent, apparemment, il était obsédé par la formation de la génération suivante.
Et pourtant, son flair pour déceler les talents était notoirement mauvais. Au moins cinq fois par an, il disait à quiconque lui tombait sous la main qu’il était « le plus grand talent qu’il ait jamais vu ».
Tous les deux mois, il proclamait quelqu’un génie et l’exhibait comme un trophée.
« Ça me rappelle le mercenaire de mon village natal. »
Enkrid lui-même s’était laissé embobiner par ce genre de discours et avait pris une épée en main.
Ce n’était pourtant pas entièrement faux. La plupart de ceux qui avaient tenu bon et survécu au sein de la Maison Zaun méritaient réellement le titre de génie.
La famille comptait au moins cinq chevaliers.
« Les Chevaliers fous sont une force à laquelle on ne s’attend pas ? »
La Maison Zaun possédait elle aussi quelque chose d’approchant.
Quoi qu’il en soit, quelques jeunes sans méfiance se laissaient encore prendre aux flatteries de Lynox, mais la plupart avaient entendu assez de ses fanfaronnades pour les laisser passer d’un haussement d’épaules.
Oui, il comprenait le romantisme.
« Il ne s’intéresse simplement pas à la réalité. »
Son rêve était de parcourir le continent avec une seule épée.
« Mais tu en as déjà six, pas une seule », lui avait fait remarquer Enkrid. Lynox avait ri et répondu : « Alors j’en laisserai cinq derrière moi. »
Qu’avaient donc Heskal et Lynox en commun ?
« Une vie passée à protéger la Maison Zaun. »
Des méthodes différentes. Un même objectif.
Si Lynox restait, c’était parce qu’il attendait un génie capable de le surpasser. Il comptait lui transmettre tout ce qu’il savait avant de partir et ne pouvait s’en aller tant que ce n’était pas fait. Il croyait qu’il lui restait du travail à accomplir ici.
Et il avait raison. Lynox était vraiment doué, et réellement un excellent maître.
Il combattait avec six épées, chacune dans un style différent. Comme partenaire d’entraînement, c’était l’adversaire le plus intéressant qu’Enkrid eût affronté.
Son escrime avait dépassé le cadre des Cinq Styles de l’Épée. Il frappait et se retirait à sa guise.
Dans le système plus vaste qu’Enkrid avait bâti dans son esprit :
« Un art de l’épée qui pousse les sensations à leur paroxysme. »
Instinct et retenue : deux mots qui le décrivaient bien.
Tendre la main, et voilà que cela devenait une voie. Avancer d’un pas, et voilà que cela devenait un jeu de jambes.
Il avait élaboré plus d’une centaine de techniques d’épée et en avait démantelé plus d’une centaine.
Chaque jour, il créait quelque chose et en défaisait une autre.
On avait fini par le surnommer « le Destructeur aux Six Mains ».
« Un surnom qui ne fait pas dans la dentelle. »
Selon la classification de Grida, Lynox appartenait à la catégorie des Fouisseurs : ceux qui étudiaient sans relâche les techniques d’épée.
« La catégorie et les aptitudes, ce sont deux choses différentes. »
Voilà encore ce qu’il avait appris de tout cela.
À écouter ces récits, on aurait cru que le tempérament de Pionnier était le plus propice à former les plus grands bretteurs. Mais ce n’était pas tout à fait vrai.
« Peu importe ce que chacun veut, où qu’il se trouve, s’il ne cesse pas de se pousser, il atteint un niveau élevé. »
Heskal était du même genre. Comme Grida, il appartenait à la catégorie des Gardiens : ceux qui protégeaient les membres et les biens de la famille et en transmettaient l’honneur à la génération suivante.
Gardien ou non, son escrime seule n’avait rien à envier à celle de Lynox.
Son style était celui de l’Épée correcte, calme et précise.
Aucune faille. On aurait dit qu’il cherchait à livrer un combat où ni l’un ni l’autre ne l’emportait, mais…
« Il cache ses crocs quand il se bat. Voilà pourquoi il est comme ça. Un sournois. »
Tel était le jugement de Lynox.
Ils avaient apparemment été amis et rivaux.
À présent, ils travaillaient chacun de leur côté et partageaient de temps à autre une bouteille de vin, ce qui suffisait à confirmer leur amitié.
Enkrid avait tiré ces impressions de leurs conversations et des échanges d’épée avec eux.
Et le chef de famille ?
« Solide. »
Patient, et capable d’entrer dans la gueule d’un dragon pour obtenir ce qu’il voulait. Ce n’était peut-être pas tout à fait exact, mais c’était l’impression qu’il avait eue jusqu’ici.
Et Alexandra ?
Elle essayait d’accueillir et de prendre sous son aile tous ceux qui se présentaient à elle. À ceci près qu’au lieu de leur tricoter des gants, elle s’y prenait avec une épée.
« Andante est en mission à l’extérieur depuis un mois. Le chef de famille lui aurait donné cet ordre. »
Il y avait tant de choses qu’il ne comprenait pas. Enkrid abordait les situations simplement et sans détour. Quand il ignorait quelque chose, il posait la question.
« Alex, pourquoi n’as-tu pas demandé à Grida ce qu’elle avait fait pendant ces quelques jours d’absence ? »
Un éclair sec déchira le ciel.
Les nuages d’orage noirs avaient plongé le milieu du jour dans une obscurité nocturne, mais le monde s’illumina un instant d’une lueur blanche. L’éclair balaya le groupe réuni là, puis disparut.
Mais qu’est-ce qu’il raconte ? pensa Grida. Sur son visage, pourtant, seule se lisait une légère perplexité devant cette remarque inattendue.
Elle avait tout juste réussi à garder son calme.
« Voilà une question intéressante », répondit Alexandra avec un sourire, sans se troubler.
« Vraiment ? »
Enkrid répondit avec le même calme. Son expression ne changea pas.
« Nous respectons la liberté de nos enfants. Ils sont adultes. Inutile de les prendre un par un à part pour leur demander des comptes. »
Dans des circonstances ordinaires, cela correspondait bien au caractère de la famille. Quand rien ne s’était passé, c’était la bonne attitude.
Quelques jeunes bretteurs de la Maison Zaun s’approchèrent au fil de la conversation, attirés par les voix. La plupart étaient encore très jeunes.
Jour de repos ou non, à cet âge-là, on avait la bougeotte.
« J’ai trouvé une nouvelle technique », dit l’un d’eux en s’approchant. Enkrid lui répondit d’un ton égal.
« Un jour de repos, ce n’est pas fait pour se reposer ? »
« On peut le leur répéter autant qu’on veut, ils n’écoutent jamais vraiment. »
Alexandra sourit et ébouriffa les cheveux du jeune homme.
« Je t’ai dit que tu étais en congé, aujourd’hui. »
« Mais les autres prennent de l’avance et moi, je vais rouiller. Et si je tombe malade avant d’avoir fait quoi que ce soit, je vais m’écrouler avant d’en avoir eu l’occasion. »
La malédiction. La maladie.
Tous ceux qui séjournaient chez la Maison Zaun savaient qu’il ne s’agissait pas seulement d’une malédiction. Ils s’efforçaient aussi de soigner la maladie, y compris Milestia, la vieille guérisseuse.
Les journées d’Enkrid, elles, n’avaient toujours pas changé. Se reposer ou s’entraîner. Le même jour qui se répétait.
Mais les autres, eux, ne restaient pas immobiles.
Pendant qu’il était occupé, tous ceux qui l’entouraient vaquaient à leurs propres affaires.
Ann en particulier.
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