Chapitre 692
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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A KNIGHT WHO ETERNALLY REGRESSES
Chapitre 692 : Angles morts, erreurs et contradictions
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Même après qu’on eut invoqué le nom de l’empereur, le chef de famille refusa tout net. Il ne se lança pas dans de longues explications : il se contenta d’un non catégorique. L’officier recruteur poussa un gémissement contrarié, sans insister davantage.
« Espèce de vieux mulet têtu. »
C’est tout ce qu’il marmonna.
Assez fort pour que tout le monde l’entende, mais le chef de famille n’en tint même pas compte et détourna le regard en reprenant la parole. Leur ton familier montrait clairement qu’ils se connaissaient depuis longtemps.
« Tous ceux qui viennent jusqu’ici ont leurs raisons. Ragna a dit ce qu’il voulait. »
Après ce refus sans appel, le chef de famille posa les yeux sur Ann, qui avait déjà fini de manger.
De la sollicitude ?
Il avait attendu qu’Ann mange à sa faim. Ses paroles n’avaient rien de chaleureux, son attitude ne trahissait aucune douceur, mais le fait qu’il lui pose la question maintenant, à cet instant précis, disait quelque chose que sa voix ne révélait pas.
Est-ce qu’il a l’habitude de s’exprimer par ses actes plutôt que de montrer ce qu’il ressent ?
Au lieu de le laisser paraître ?
Cette idée traversa l’esprit d’Enkrid.
Les autres semblaient habitués à sa manière d’être et ne dirent rien. Alexandra Zaun se contenta de sourire doucement.
Son regard parcourut le visage d’Ann, ses mains, sa posture, sans la moindre malveillance.
Ann déglutit une fois, puis déclara ce qui l’avait amenée ici.
« J’ai entendu dire que vous souffriez d’une maladie chronique. Je pourrais peut-être vous guérir. »
Ce n’était pas une garantie, mais sa façon de le dire exprimait une certitude, une résolution inébranlable.
Sous cet angle, elle n’avait pas froid aux yeux.
Boire volontairement un remède qui pourrait la tuer, s’endormir, confier sa vie à Ragna… Il fallait plus que du courage ordinaire pour faire tout ça.
Telle était l’évaluation d’Enkrid.
« Elle parle du châtiment divin qui s’est abattu sur nous », précisa Grida. Chaque membre de la famille Zaun souffrait d’une maladie chronique qui lui était propre. Depuis quelques années, leur état n’avait fait qu’empirer.
Même après avoir entendu Ann, le chef de famille ne broncha pas. Le coin de son œil ne tressaillit même pas.
Est-ce que ce visage sait seulement changer d’expression ?
Il avait l’air du genre à rester impassible même si on lui tranchait un bras.
Non. Il ne resterait pas simplement impassible.
Si le combat était fini, il arrêterait l’hémorragie. Sinon, il sacrifierait son bras pour trancher la gorge de l’adversaire. Cette force tranquille, constante, qu’il dégageait était remarquable.
Il avait l’air de pouvoir dégainer son épée à tout instant, mais aussi de rester immobile à observer si on le prenait par surprise.
Imprévisible. C’était le mot juste.
« Un fils qui veut voir le lever du soleil, dit le chef de famille. »
Il marqua une pause, laissa son regard parcourir la pièce, puis poursuivit :
« Et une jeune femme présomptueuse qui prétend pouvoir guérir une maladie. »
« Et Schmidt », ajouta son épouse en jetant un regard à l’officier recruteur.
L’officier recruteur s’appelait donc Schmidt. Lui et le couple se connaissaient manifestement depuis un certain temps.
« Tempe, cette proposition serait aussi avantageuse pour toi et ta maison. »
Le ton de Schmidt changea. Jusque-là, il s’était exprimé en officier recruteur impérial. À présent, sa voix avait gagné en chaleur et en familiarité.
« Je refuse toujours. »
Le chef de famille répondit avec la même volonté inébranlable. Ses paroles étaient dépourvues d’émotion, mais son intention était limpide.
Schmidt gémit de nouveau.
« Comment vous appelez-vous ? »
Alexandra posa sa fourchette et son couteau, puis empila soigneusement sa vaisselle avant de se tourner vers Ann. Celle-ci rangea à son tour ses couverts avant de répondre.
« Ann. Je suis alchimiste, mais je soigne les gens. Même ici, il doit bien y avoir quelqu’un vers qui on se tourne quand on tombe malade. C’est à peu près ce que je fais. »
Dans toute communauté, il y avait quelqu’un sur qui compter quand la maladie frappait.
« Quand nous tombons malades, ou quand les symptômes de la maladie dont nous parlions apparaissent, nous allons voir Milestia. Elle est aussi la marraine de ces enfants. »
Alexandra désigna Ragna et Grida d’un geste, puis posa sur Ann un regard assuré. Était-ce un regard scrutateur ? Ou méfiant ?
Grida avait parlé de châtiment divin.
Une sentence venue du ciel.
En somme, une malédiction, comme disaient les autres.
Magroon, lui non plus, n’avait rien laissé paraître lorsqu’Ann avait dit qu’il s’agissait d’une maladie à soigner, et non d’une malédiction. Il ne lui avait pas proposé de l’examiner, n’avait montré aucune lueur d’espoir. Ce n’était pas qu’il se refusait à prononcer ces mots : cette idée ne lui avait même pas traversé l’esprit.
Ils n’attendent rien d’elle.
Ils avaient consulté d’autres guérisseurs. Ils avaient tout essayé. Voilà pourquoi.
Ou bien Milestia est une guérisseuse si remarquable qu’ils savent que, si elle n’a pas réussi, personne d’autre n’y parviendra probablement.
À son arrivée, Magroon s’était presque certainement rendu directement là où se trouvait Milestia. Son état, pendant tout le voyage, n’avait rien eu de normal.
On disait que le talent d’un alchimiste se mesurait en années. Aussi doué soit-on, c’était un domaine où l’on ne pouvait pas brûler les étapes.
Ann avait à peine vingt ans. Sa jeunesse était un autre obstacle aux espoirs qu’on aurait pu placer en elle.
Alors…
Le chef de famille va refuser.
Une prédiction fondée sur la logique.
Le chef de famille garda le silence un instant, puis prit la parole.
« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, dites-le. Ann. Et toi, Grida, tu as été absente longtemps. Je pense qu’il vaudrait mieux qu’un visage familier vous donne un coup de main. »
« Oui. Bien sûr. »
La prédiction était fausse.
« Ragna. Es-tu prêt ? »
Le regard du chef de famille se posa sur le front de Ragna. Ses cheveux arrachés et les marques des coups reçus étaient bien visibles.
« Pas aujourd’hui. »
Ragna répondit. Le chef de famille mit alors fin à la réunion : on débarrassa la table, puis il souhaita à chacun de se reposer avant de les congédier.
Enkrid glissa une question :
« Pourquoi ne m’avez-vous pas demandé ce qui m’amène ici ? »
Alexandra répondit à sa place.
« Ça me semblait évident. »
Évident ? Enkrid savait qu’il n’était pas si simple.
Être direct ne voulait pas dire être simple.
Il était venu protéger Ann. Il comptait aussi raconter ce qui s’était passé sur la route. Et comme ami de Ragna, il était là pour le soutenir. En plus, ce qui se tramait actuellement chez les Zaun n’avait rien de simple.
Enkrid était prêt à se mêler à cette affaire complexe si nécessaire. Il savait donc que sa présence ne pouvait pas se résumer en une phrase ou deux.
Ce qui signifiait que la remarque sur l’évidence comportait un angle mort. Appelons ça une erreur.
Ou carrément une contradiction.
Enkrid se fit cette remarque en silence. Quoi qu’ils disent, il leur ferait remarquer la contradiction.
Il venait tout juste de se préparer à le faire quand le chef de famille reprit la parole.
« Demain matin, nous nous affronterons à tour de rôle en combat d’entraînement : toi et moi, puis toi et mon épouse. »
Enkrid répondit sans hésiter :
« Oui. Très bien. »
Un combat d’entraînement. Le reste ne pouvait-il pas attendre un peu ?
La disparition d’Odinkar ? Il était parti de son plein gré. Ce n’était donc pas une disparition, mais un départ, volontaire ou non.
Ragna avait dit qu’il partait un moment, quand il était enfant, et il n’était revenu qu’à présent, devenu adulte.
Si Ragna avait pu le faire, Odinkar aussi.
Et puis, ne disait-on pas qu’un homme avait parfois besoin d’un terrier où s’isoler ?
C’était peut-être son tour, tout simplement.
Et l’embuscade sur la route ?
Qu’est-ce que ça changerait d’en parler maintenant au chef de famille ?
Quelqu’un avait essayé de tuer Ann et d’entraver leur voyage. C’était tout. Grida et Magroon lui raconteraient sûrement eux-mêmes toute l’histoire.
Ce n’est pas à moi d’en parler.
Alors, le combat d’entraînement, ce serait tout.
Rien de bien compliqué. Même lorsque la situation se compliquait, Enkrid savait en tirer une conclusion simple.
C’est le genre d’homme que je suis.
Enkrid tira sa conclusion, qui lui parut raisonnable, et s’en satisfit.
« Alors, à demain. Vous pouvez disposer. Que quelqu’un les conduise à leurs chambres. »
Tous sortirent sans un mot. Seul Schmidt, l’officier recruteur impérial, resta assis.
En passant devant l’entrée de la salle à manger, qui faisait aussi office de salle de réception, Enkrid jeta brièvement un regard à Schmidt.
« Par ici, je vous prie. »
Un domestique impeccablement vêtu guida Enkrid vers la sortie. Tandis que la porte de la salle à manger se refermait derrière lui, la voix de Schmidt lui parvint à travers l’ouverture qui se rétrécissait.
« Tu vas vraiment faire ça ? »
Ce n’était pas tout à fait de l’amertume, plutôt le reproche appuyé de quelqu’un qui lui en voulait.
Les deux battants se refermèrent. La longue fente entre eux sembla séparer deux mondes distincts.
À travers cette fente, le regard du chef de famille croisa un instant celui d’Enkrid.
Ambrés, peut-être.
Ses yeux reflétaient la lueur des lampes et brillaient d’un éclat orangé, discret.
Boum.
La porte était lourde et se referma avec force. Au même instant, Schmidt insista :
« Dis quelque chose. Tu sais bien que je ne fais pas ça pour moi. »
Ces mots n’avaient rien d’insouciant. Quiconque les aurait entendus aurait perçu l’inquiétude qu’ils dissimulaient.
Si ce n’est pas pour lui…
Alors, pour qui ?
La question lui vint, mais ce n’était pas à lui d’y répondre. Pour l’instant, il devait se préparer pour le lendemain.
Enkrid tourna le dos à la porte close et s’éloigna.
Être chevalier ne changeait rien à ce qu’il devait faire de ses propres mains. Un coup d’épée ne pouvait pas éliminer l’odeur de sueur incrustée dans le sous-vêtement elfique qu’il portait depuis des jours.
Même chose pour la poussière accumulée sur son manteau, qui lui servait à se protéger du vent, et la boue noire mêlée de petits cailloux qui s’était tassée sous ses bottes.
Une épée n’y pouvait rien.
Il se rappela les paroles d’un homme qui avait maîtrisé le métier de mercenaire et qui, approchant la cinquantaine, continuait de manger de l’acier. On l’appelait à juste titre le Roi des mercenaires.
Avoir survécu aussi longtemps prouvait à lui seul quelque chose sur son caractère, et montrait que la Déesse de la Fortune l’avait choisi.
Quoi qu’il en soit, il avait dit :
« Au combat, la préparation compte pour sept dixièmes. Il va sans dire que celui qui a aiguisé sa lame et entretenu son équipement part avec un avantage. »
C’était vrai. Enkrid avait gardé ces paroles comme des joyaux, tout près de lui.
Je pourrais sans doute nettoyer les semelles de mes bottes avec une lame.
Devant la chambre qu’on lui avait attribuée, il gratta les semelles de ses bottes avec la pointe de son épée courte.
Elles étaient renforcées de peau de troll de la chaîne de Pen-Hanil et de plaques de fer. Usées par endroits à force de servir, elles tenaient encore bon.
Il en leva une et la renifla. Aucune odeur aigre.
Grida, qui avait de longues années d’expérience comme guide, passa près de lui et lui lança une petite bourse de cuir.
« Mets ça dedans. Ça devrait faire disparaître l’odeur. »
Il la rattrapa d’un claquement. Elle contenait des pierres blanches ; en y regardant de plus près, il vit qu’il s’agissait de savon, vieux et desséché. Il suffisait de le laisser toute une nuit dans une botte sèche pour en faire disparaître l’odeur.
« Où vas-tu ? »
« Ça fait longtemps que je ne suis pas venue ici. Je me suis dit que j’allais faire un tour. »
Grida s’éloigna en parlant. Le soleil couchant projeta son ombre devant elle, qui rétrécit rapidement avant de disparaître.
Elle marchait à la même allure que sur le chemin jusqu’ici : exactement à la vitesse nécessaire.
Elle avait soit plusieurs endroits où s’arrêter, soit des choses à découvrir. L’un ou l’autre.
Je devrais faire une lessive.
Enkrid y songea, puis trouva le puits dans l’enceinte du château. Il puisa de l’eau et lava son sous-vêtement et son manteau avant de les essorer.
Une épée ne pouvait pas nettoyer un manteau, mais la force considérable d’un chevalier était indéniablement idéale pour essorer le linge.
Couic.
Le manteau robuste se tordit et rendit son eau à la terre.
Ragna et Ann sortirent un peu plus tard et firent à peu près la même chose.
Quelques servantes vinrent leur remettre de petits maillets en bois pour battre le linge. Elles avaient les yeux cernés et semblaient en mauvaise santé.
« Vous allez bien ? »
Ann s’en aperçut et leur posa la question.
« Je vais bien. »
La servante répondit. Le regard d’Enkrid passa sur sa hanche. Même les servantes d’ici portaient des lames.
« Alors… »
Il vérifia son équipement, rattrapa le retard qu’il avait pris dans sa lessive, examina son épée courte et son poignard à lame cornue. Quand il eut fini, la nuit était tombée.
Il était arrivé alors que le soleil brillait encore, mais laver, manger et tout remettre en ordre lui avait pris des heures sans qu’il s’en rende compte.
Il s’allongea sur un matelas bourré de plumes et de laine. Le sommeil ne tarda pas à le gagner.
Être chevalier ne signifiait pas faire sa lessive à l’épée, et son endurance n’était pas infinie non plus.
Il fallait se reposer quand on en avait besoin. Enkrid décida que le moment était venu.
Ragna avait la chambre à sa gauche, et Ann celle d’à côté.
Ses pensées ne durèrent qu’un instant, puis il s’endormit.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, le Batelier passa près de lui, comme aperçu au détour d’un regard.
Le propriétaire de cette lampe à la lueur déplaisante prit la parole.
« Protège-le. »
Aucun objet n’avait été précisé. Difficile, donc, de déterminer exactement ce qu’il voulait dire.
* * *
« Schmidt. Cette conversation est terminée. »
Alexandra secoua la tête.
Tandis que les servantes et les pages débarrassaient la table, tous trois passèrent dans le petit salon attenant à la salle à manger.
Schmidt but une gorgée de thé infusé avec des pétales séchés. Il avait la gorge sèche. Leur obstination n’avait aucun sens à ses yeux, d’où son trouble.
« Alex. Tu as besoin d’aide. »
Schmidt était à bout, mais il savait que rien ne bougerait sans leur consentement.
« Ça ne veut pas dire que nous pouvons prendre le titre de bouclier et devenir un duché de l’Empire. »
Tempête Zaun, le chef de famille, entrelaça les doigts et posa le menton dessus avant de répondre.
« Tempe. »
« Assez, Schmidt. Je n’accepterai aucun titre impérial. »
Depuis fort longtemps, l’Empire demandait aux Zaun de rallier ses rangs.
Nous vous accorderons le titre de duc. Devenez le bouclier de l’Est. Voilà ce qu’on appelait le Duc-Bouclier.
Tempête Zaun, surnommé Tempe, avait toujours refusé.
« Pour guérir cette maladie, il faut les ressources de l’Empire. »
Schmidt le dit sans détour.
L’Empire n’était pas du genre à agir par pure bonté. Il calculait ses profits, avec rigueur et en toutes circonstances.
Schmidt voulait aider ces gens, mais pour cela, il fallait d’abord que les Zaun tendent la main.
« Nous n’en avons pas besoin. »
Le chef de famille secoua la tête.
« Ce n’est pas une malédiction. »
Schmidt le répéta.
Le chef de famille ne répondit pas. Une fois fermée, sa bouche, close comme une huître, ne s’ouvrait pas facilement. Schmidt le savait bien.
Il se tourna vers Alex, son ancienne demi-sœur, qui secoua la tête.
« Laisse tomber, Schmidt. »
« Pourquoi ? »
« Je te l’ai déjà dit maintes fois. Le chef de famille ne brandira pas son épée pour sauver sa vie au prix de celle d’un autre. Chez les Zaun, chacun est libre de brandir son épée pour défendre ce qu’il veut. »
Combler ses manques par l’épée. Trouver la liberté par l’épée. Voilà ce qu’étaient les Zaun, et voilà pourquoi ils ne deviendraient pas le bouclier de l’Empire.
Ainsi, si le chef de famille choisissait ici et maintenant de devenir le bouclier de l’Empire, les Zaun cesseraient d’être les Zaun.
Ils ne seraient plus qu’une lame chargée de trancher les ennemis désignés par l’empereur.
Les Zaun ne recherchaient pas ce genre de vie. Ils ne pouvaient donc pas accepter.
« Qu’est-ce que ça peut faire, si vous mourez ? »
Schmidt était exaspéré, mais il comprit une fois encore qu’il n’obtiendrait pas ce qu’il voulait cette fois non plus.
Dans ce monde, certaines choses valaient plus que la vie. Certains appelaient cela un rêve. D’autres, de l’entêtement ou de l’obstination.
Le chef de famille avait lui aussi quelque chose de cet ordre.
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