Chapitre 690
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 690 : Entre familier et étranger
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« Haut du bras droit. Bas-ventre gauche. »
Enkrid devina les intentions de la femme qu’il supposait être la mère de Ragna. L’épée qu’elle tenait de la main droite s’abattit tandis que celle de sa main gauche jaillissait vers l’avant. Les deux lames suivaient le même rythme. Rapides, mais prévisibles.
Alors…
Facile.
Facile à parer, facile à esquiver. Ragna choisit l’esquive plutôt que de dégainer.
Il sembla à peine bouger les pieds, pourtant son corps glissa de côté. La vitesse de réaction d’un chevalier dépassait les limites de la perception humaine ordinaire.
Une personne normale serait stupéfaite par la force brute d’une Grenouille, surprise par l’agilité d’un homme-bête et terrifiée par la puissance écrasante d’un Géant.
Mais une fois devenu chevalier, il n’y avait plus de raison de s’en étonner. Ni même besoin de l’être.
À ce niveau, on pouvait déployer une force comparable et se déplacer à une vitesse similaire. C’était tout simplement ainsi.
Ragna en était la preuve, à cet instant.
Tandis qu’il se décalait, les lames de sa mère pivotèrent brusquement et le suivirent.
Toujours facile. Une lame pique, l’autre tranche. C’en était presque monotone.
Non. Pas tout à fait facile.
Était-ce parce qu’Enkrid observait la scène de l’extérieur et voyait plus clairement, ou parce que son œil s’était simplement affûté avec le temps ? Toujours est-il qu’il entrevit l’intention enfouie dans son escrime.
Ses deux lames suivaient un angle fixe, ce qui réduisait son adversaire à un nombre restreint de possibilités.
L’épée de droite s’abattait d’en haut pour menacer la clavicule, tandis que celle de gauche tranchait en diagonale vers l’extérieur, balayant le ventre et le bras d’un seul mouvement.
Esquiver de côté, c’était aller droit sur la lame.
Des épées jumelles agiles et rapides. En matière de vitesse pure, elle pouvait rivaliser avec n’importe qui.
Et c’était précisément cette vitesse qui ne laissait aucune marge de manœuvre à son adversaire.
Pas un seul geste inutile.
Dans cette position, Ragna avait deux choix : dégainer et parer, ou reculer pour mettre de la distance.
À sa place, je lui attraperais les deux poignets.
Ragna avait l’avantage physique. Autant s’en servir.
Selon la doctrine tactique de Ruagarne, c’était la bonne réponse.
Saisir ses poignets, puis lui enfoncer le front dans l’arête du nez.
Pourquoi ce choix ?
Reculer rendrait difficile de prévoir son prochain mouvement. Se contenter de parer lui permettrait de maintenir la pression.
Voilà le raisonnement. Et, dans le même temps, Enkrid comprit ce que faisait réellement la mère de Ragna.
Elle forçait son adversaire à bouger.
Si la Toile d’Aker était un art de l’épée qui entravait les mouvements de l’adversaire et réduisait ses options, sa méthode à elle était différente. Dès le départ, elle traçait le chemin et y poussait son adversaire.
Une approche proche de l’Épée correcte, mais subtilement différente dans sa méthode.
Ragna combinait trois possibilités à la fois, y compris l’approche d’Enkrid.
Quand on le peut, il faut faire plusieurs choix en même temps.
Encore fallait-il en être capable. Ragna, lui, le pouvait.
Il dégaina l’Épée courte qu’il avait emportée et para une lame. Dans le même temps, sa main gauche jaillit pour saisir le poignet droit de sa mère, tandis que son genou droit se levait et que son pied visait le menton.
Ting.
Au moment où sa lame heurta l’Épée courte tendue par Ragna, elle repartit aussitôt dans l’autre sens, retrouvant sa position initiale. Elle avait déjà vivement rejeté son corps en arrière : le coup de pied et la prise de Ragna ne rencontrèrent que le vide.
Ses cheveux blonds, tressés dans le dos, fouettèrent l’air de gauche à droite. La violence du mouvement fit onduler tout ce qu’elle portait, des vêtements jusqu’à sa chevelure.
« Hum. Tu as un peu changé, dis donc, mon fils. »
Après avoir bondi en avant puis reculé à cette vitesse, son tablier voltigea avant de retomber sur son ventre et ses cuisses. Un instant, le fourreau attaché à l’extérieur de sa cuisse apparut.
Elle garde une épée sur elle même quand elle cuisine.
Les lames qu’elle tenait n’avaient rien de couteaux de cuisine, quoi qu’on en dise.
Un peu plus longues qu’une Épée courte, avec une lame plus épaisse… et pourtant étrangement fine pour une arme de cette épaisseur.
Du sur-mesure. À mi-chemin entre un glaive et une Épée courte.
Non. Des Armes gravées.
Il se reprit.
Elle cuisinait avec des Armes gravées sur elle.
« Ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas vus. C’est normal d’avoir un peu changé. »
Ragna affichait une assurance qu’il n’avait pas auparavant. Sa posture invitait sa mère à revenir à la charge.
Il ne s’était jamais tenu ainsi avant de quitter la maison. Quelque chose remua en la mère de Ragna.
« C’est vrai. J’ai toujours su que tu reviendrais un jour. »
« Je ne suis pas revenu. Je suis venu prendre Ilchul. »
« Ilchul ? Tu lui avais promis de le lui donner ? »
Elle jeta un regard vers son mari, qui se tenait derrière elle.
« Non. »
Le père de Ragna secoua la tête.
« Tu as gagné en fougue, mon fils. Ça fait plaisir à voir. »
Elle se retourna vers lui et le dit avec un sourire.
Cette famille a un optimisme remarquable.
Enkrid le pensa, puis repassa la scène dans sa tête. L’échange avait été bref, mais il y avait matière à réflexion.
Il avait aussi appris quelque chose.
Tous les arts de l’épée du monde ne se classaient pas forcément parmi les styles létaux, soutenus ou polyvalents.
Autrement dit, l’instinct et le calcul ne suffisaient pas à tout expliquer.
La mère de Ragna venait de le lui montrer.
La transition.
Elle passait sans cesse de la réflexion à l’instinct, et inversement. Ni polyvalente, ni parfaitement équilibrée. Plutôt comme une balançoire qui penchait d’un côté, puis se redressait.
Le tout soutenu par une vitesse extrême.
Enkrid avait baptisé son propre art de l’épée « Éclair », mais, en substance, l’Éclair était une manière d’optimiser sa pensée : réduire au minimum le nombre de variables dépendantes, dans cet instant décisif.
Cela lui rappela l’escrime de Grida. Plus précisément, sa méthode pour déjouer le calcul, bien qu’elle fût pratiquement inutile dans un vrai combat.
Pour l’utiliser au combat, il aurait fallu faire quelque chose de proche de ce qu’Enkrid avait fait contre le Tueur unique : supposer une défense parfaite et réduire ses mouvements au minimum. Mais ceux de Grida étaient beaucoup trop amples pour cela.
Cette méthode n’était donc pas faite pour les vrais combats.
Lors de son entraînement avec Grida, Enkrid avait appliqué sans cesse la logique du combat rationnel, tandis que Grida jouait le rôle de celle qui venait la perturber de l’extérieur.
Il avait donc décidé de ne lui laisser aucune ouverture pour la déstabiliser.
Ne garder qu’un nombre limité de possibilités. Choisir la meilleure parmi elles.
Voilà ce qu’était l’Éclair.
Le définir ainsi ne le rendait pas lent, mais, en matière de vitesse pure de la lame, ce que la mère de Ragna venait de montrer était encore plus impressionnant.
Une pensée qui change à toute vitesse, propulsée par une épée rapide ?
Il y avait presque certainement bien plus à découvrir que ce qu’il avait vu. Cette perspective l’enthousiasmait vraiment.
C’était sans doute pour cela qu’il ne cessait de chercher la poignée de Samcheol sans y penser, avant de la lâcher.
« Un invité qui aime se battre. »
La mère de Ragna l’avait remarqué et le lui fit observer. Enkrid venait d’ouvrir la bouche quand Grida l’interrompit.
« Ne fais pas ça. »
Un avertissement.
« J’ai suivi Ragna jusqu’ici », dit Enkrid.
Il avait envie de l’affronter sur-le-champ, mais il tint compte de l’avertissement de Grida.
Magroon intervint à son tour : « Voici Enkrid, de la Garde-frontière. Il fait partie des Chevaliers fous. Vous avez peut-être entendu parler de lui par les nouvelles arrivées du village des courtiers. »
La mère de Ragna cligna plusieurs fois des yeux avant de répondre : « Ah, lui ? Le briseur de cœurs ? »
Enkrid faillit perdre son sang-froid, mais se maîtrisa.
Pourquoi ce surnom est-il arrivé jusqu’ici ?
Il se posa brièvement la question, puis l’écarta et répondit d’un ton neutre :
« Puis-je vous demander qui vous a transmis la nouvelle ? »
Il suffisait de retrouver le coupable pour découvrir la source.
Neuf fois sur dix, c’était Sinar. Cent fois sur cent, c’était Sinar.
À présent, Enkrid savait exactement jusqu’où elle avait répandu ces rumeurs.
Elle faisait courir l’histoire selon laquelle le commandant des Chevaliers fous de la Garde-frontière était surtout connu pour briser des cœurs.
À ce rythme, les enfants qui se croisaient sur la route finiraient par reprendre le surnom, puis un jour, un barde itinérant en ferait une chanson.
Au pire, même un sorcier reclus au fond d’une forêt, coupé du monde pour se consacrer à ses recherches, connaissait peut-être déjà son surnom.
Non. Là, j’exagère.
Ce n’était pas le moment de perdre la tête.
Il croisa le regard limpide qui l’observait et poursuivit : « Les rumeurs exagèrent un peu. »
« Il n’y a pas de fumée sans feu, et en voyant ton visage, je ne peux pas dire que ce soit complètement faux. Cela dit, si on croyait toutes les rumeurs, on penserait que le chef de famille est un monstre à huit bras. Alors, si c’est faux, c’est faux. Je suis Alexandra Zaun. Bienvenue chez les Zaun. »
À première vue, elle aurait pu passer pour une personne ordinaire, mais son caractère exceptionnel venait d’être confirmé.
« S’il y a quelqu’un qui a huit bras, c’est plutôt vous que moi. »
Le chef de famille avait lancé cela depuis le côté, et sa femme laissa échapper un petit rire. Malgré son âge mûr, elle avait peu de rides et paraissait remarquablement jeune.
Devenir chevalier ralentissait généralement le vieillissement.
Elle avait donc atteint le niveau de chevalier très jeune.
C’était rare. Le chef de famille était impossible à déchiffrer, et sa femme avait l’air ordinaire, mais elle était tout aussi difficile à sonder.
« Quand on est assez doué, il est naturel de cacher ses intentions. »
Jaxon avait dit cela un jour.
Enkrid avait aussi compris ce que ces mots signifiaient.
Une observation supérieure frôlait la perspicacité, et une perspicacité exceptionnelle pouvait s’approcher de la lecture des pensées. Alors ceux qui avaient un œil acéré apprenaient, à leur tour, à dissimuler leurs propres intentions.
Que ce soit par le calcul, l’instinct ou une intuition brute, cette capacité à garder un visage impénétrable s’acquérait par réflexe.
Sinon, un combat entre Ropord et Fell ne pourrait même pas avoir lieu.
Si l’un connaissait les intentions de l’autre et que ce n’était pas réciproque, l’issue serait trop facile à prévoir.
Bien sûr, certaines attaques étaient impossibles à parer, même quand on les voyait venir.
Mais les choses étaient ainsi.
« Nous préparions justement un repas pour un invité ; le moment est un peu mal choisi. Je ne m’attendais pas à vous voir, mais il y en aura largement assez. Venez manger avec nous. Allez d’abord vous laver. »
Zaun était un petit château, et quelques personnes aidaient aux tâches domestiques. Plusieurs servantes et domestiques se tenaient un peu plus loin.
Ils avaient tous des nerfs d’acier, à croire. Voir un combat à l’épée éclater dans le vestibule n’avait pas changé leur expression d’un iota.
« Je vais vous montrer le chemin », dit Grida.
Alexandra, comme s’était présentée l’épouse du chef de famille, acquiesça. « Bien. La disposition des lieux n’a pas changé. »
Les épées avaient été rangées quelque part pendant la conversation. Le geste avait été si naturel qu’Enkrid ne l’avait pas remarqué, une fois encore.
Elle les avait rengainées en pleine conversation. « Expérimentée » suffisait-il à la décrire ?
Tous les gestes discrets n’avaient pas besoin d’être extraordinaires. Mais tout de même…
Elle a vraiment quelque chose de singulier.
Le chef de famille regarda tour à tour Enkrid, Ragna et Ann. « À tout à l’heure. Le repas de ce soir devrait être animé. Cela fait longtemps que nous n’avons pas reçu autant de monde. »
Son ton ne trahissait aucune impatience. « Animé » était le dernier mot qui venait à l’esprit.
« Par ici. »
Grida salua brièvement le chef de famille et Alexandra d’un signe de tête, puis guida le groupe.
« Je dois passer quelque part », dit Magroon, avant de les quitter en chemin.
Ce ne fut qu’après s’être suffisamment éloignés du chef de famille et de sa femme qu’Ann prit la parole.
« J’allais dire que nous étions venus soigner la maladie, mais son visage est plutôt intimidant. Celui du père de Ragna, je veux dire. »
« Ah bon ? »
« Vous ne vous ressemblez pas du tout, tous les deux. »
Enkrid ajouta cela, et Ragna acquiesça.
« Ce sont mes parents adoptifs. Ce serait étrange qu’on se ressemble. »
« Ah ? »
Il l’ignorait.
Enkrid tourna la tête. Grida regarda par-dessus son épaule. « Je suis adoptée, moi aussi. Tu ne le savais pas ? Enfin, ce type n’a jamais été du genre à s’étendre sur ce genre de détails. »
Ragna ne répondit pas et se contenta de regarder autour de lui. Cela faisait longtemps qu’il n’était pas rentré chez lui. Des fragments de souvenirs enfouis dans un recoin de son esprit se réveillaient, et la nostalgie commençait à l’envahir.
« Ce couloir menait à ma chambre. Elle est toujours là ? »
On appelait cela un château, mais le bâtiment ressemblait davantage à un grand manoir. Une rangée de colonnes marquait la limite entre l’intérieur et l’extérieur.
L’ensemble n’était pas particulièrement vaste. Ragna leva un doigt et désigna un couloir qui partait sur la droite.
C’était le chemin vers l’intérieur. À gauche, on accédait à un petit jardin, toujours à l’extérieur.
« Il n’y a rien là-bas, à part la chambre du chef de famille. Ça n’a pas changé depuis deux générations. »
Les paroles de Grida firent pencher la tête à Ragna. « Je me suis un peu perdu. »
« Un peu seulement ? »
Grida semblait incrédule, mais ce n’était guère étonnant. Peu importe le temps qu’on avait passé quelque part durant son enfance, revenir après une longue absence, c’était différent. Pour Ragna, se perdre était tout à fait normal.
« Les bains sont ici. Personne ne viendra vous aider à vous laver. Chez les Zaun, chacun se débrouille. Pas de devoir, pas de service. Enfin, on vous apportera quand même des vêtements. »
Brandir une épée ne faisait pas tomber le pain du ciel. Cet endroit avait sa propre façon de fonctionner.
Garder le minimum de personnel et s’occuper du reste soi-même. C’était apparemment leur principe.
« Ça fait du bien de pouvoir enfin se laver correctement », dit Ann.
« Tu viens avec moi. »
Grida conduisit Ann dans un bain séparé du sien par un mur. Enkrid entra dans le sien et trouva une grande baignoire en bois remplie d’eau, avec un foyer sur le côté pour la chauffer au besoin.
L’eau chauffait déjà. La vapeur s’élevait au-dessus du foyer, et une grande baignoire attendait, prête à servir.
Le sens de l’orientation de Ragna était peut-être incertain, mais sa mémoire, elle, était intacte. Un souvenir ancien sembla remonter à la surface. Il prit un seau en bois et se mit à mélanger l’eau chaude et l’eau froide.
Il ne remplissait pas seulement sa propre baignoire. Il remplit aussi celle d’Enkrid. En le voyant faire, Enkrid comprit enfin quelque chose qui ne lui était pas encore tout à fait apparu : c’était la maison de Ragna.
À moitié familière, à moitié étrangère. Ce bain qu’on préparait avait les deux aspects.
« Qu’est-ce qu’Ilchul ? »
Enkrid posa la question tout en l’observant. Après tant de jours sans vraie toilette, il se sentait poisseux.
C’était probablement pour cela qu’on leur avait demandé de se laver avant de passer à table.
Ragna plongea le seau dans la baignoire avec un grand éclaboussement. Sa réponse se mêla au bruit de l’eau.
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