Chapitre 687
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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A KNIGHT WHO ETERNALLY REGRESSES
Chapitre 687 : L’escrime du calcul
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La nuit tombait vite en montagne. Le crépuscule s’évanouit rapidement, et la lune et les étoiles prirent la place du soleil dans le ciel obscur.
Ils ne pouvaient pas sprinter à toute allure, mais ils couraient assez vite.
Dès qu’ils atteignaient un terrain plat, leur allure doublait. Emportées par l’élan de leurs foulées, la lune et les étoiles au-dessus d’eux s’étiraient en longues traînées pâles.
Skreeee !
Un sanglier, une Bête magique qu’ils dépassèrent en courant, repéra le groupe et se lança à sa poursuite, avant de renoncer.
S’il s’était montré un peu plus tenace, il aurait eu la rare occasion de voir ses propres entrailles étalées au sol. Mais il avait eu de la chance.
Grida porta la main à la garde de son épée, puis la retira. En un instant, elle avait estimé que tuer une Bête magique ici et répandre l’odeur du sang ne ferait qu’attirer d’autres créatures errantes.
Courir sur un terrain plat, c’était presque se reposer.
Comme il l’avait promis, Magroon conduisit le groupe sur un chemin plutôt accidenté.
Le sol était jonché de rochers saillants et d’épaisses racines d’arbres emmêlées comme des pièges naturels, assez serrées pour accrocher les pieds.
N’importe lequel de ces obstacles aurait pu faire trébucher quelqu’un, mais ils étaient tous chevaliers.
Pas un seul ne ralentit à cause de telles conditions.
Ann était la seule du groupe à ne pas pouvoir suivre cette allure. Elle avait avalé deux petites pilules, s’était affaissée contre le dos de Ragna et dormait comme une morte. Il n’y avait donc pas lieu de s’inquiéter pour elle.
Paf ! Fshht ! Crac !
À l’avant, Magroon balança son épée et trancha quelques branches. Les morceaux coupés retombèrent derrière eux.
Ils contournèrent des racines et choisirent soigneusement où poser les pieds. Un rocher haut comme la taille leur barra la route, mais chacun le franchit sans même le toucher.
Ils gravirent sans hésiter des pentes qui, vues d’en bas, auraient arraché un long soupir.
Enkrid courait, plongé dans ses pensées. Tenir deux fils de réflexion à la fois était presque devenu sa spécialité ; esquiver les obstacles en courant n’avait donc rien de difficile.
Ses yeux s’étaient depuis longtemps habitués à l’obscurité et la lumière de la lune et des étoiles lui suffisait pour lire le terrain. Tant qu’il ne courait pas à toute allure, déplacer le pied juste avant qu’un obstacle ne l’accroche n’avait rien de bien compliqué.
À ses yeux, cette course était donc le moment idéal pour réfléchir tranquillement à l’escrime.
Comme tendre la main quand quelque chose vous vole dessus. Comme le patron d’un étal de viande séchée, devant son brasero, qui retourne machinalement ses brochettes.
S’il parvenait à manier sa Volonté avec autant de naturel, ses coups garderaient toute leur force, même en réponse à une embuscade soudaine.
Il avait déjà compris l’idée, mais sans la mettre à l’épreuve de son corps encore et encore, elle ne s’ancrerait jamais en lui.
Enkrid se connaissait bien. Il savait qu’avoir compris quelque chose une fois et l’avoir retourné dans sa tête ne suffisait pas à le faire pénétrer facilement en lui : il fallait répéter encore et encore.
Il pouvait donc presque se réjouir des attaques surprises comme celles qui les attendaient sur cette route.
Il se laissa absorber par ses pensées un instant. Quelque chose alerta son Sixième Sens.
Quelque chose approche.
À peine l’eut-il compris que Ragna, qui courait avec Ann sur le dos, déporta son pied avant sur le côté et changea de direction.
Boum. Le sol s’affaissa sous son pied et un trou se forma.
Une telle force dans un pas n’abîmerait pas ses bottes. Les semelles étaient renforcées de plaques de fer et le cuir extérieur était fait de peau de troll, ce qui les rendait exceptionnellement résistantes.
La scène se déploya lentement sous les yeux d’Enkrid : les bottes de commande spéciale de Kraiss projetaient de la terre, et entre elles se glissait une longue forme sombre.
« Embuscade ! »
Ragna esquiva le premier ; le cri de Grida retentit juste après. Enkrid, qui courait juste derrière Ragna, dégaina Penna et frappa au moment même où Grida lançait son avertissement.
Fshht !
La lame elfique de maître trancha en diagonale la forme sombre qui volait vers eux.
Un bras.
Il reconnut la forme au moment de la couper. Ses yeux, habitués à l’obscurité, la discernèrent à la lumière de la lune.
Un avant-bras couvert d’écailles noires.
La sensation qui lui remonta dans la main lui en apprit davantage.
Dur.
Une lame ordinaire l’aurait quand même tranché, mais pas aussi nettement que Penna.
Dur, recouvert d’écailles noires et denses. Voilà ce que lui révélaient la vue et le toucher.
Il avait tranché le bras, mais aucun cri ne retentit. À la place, du sang noir gicla dans les airs, dirigé vers le visage d’Enkrid. Le moignon du bras sectionné s’agitait pour lui projeter du sang.
Sa pensée rapide en déduisit l’intention.
Se servir d’un bras tranché comme d’une arme.
Aucune Créature démoniaque ordinaire n’aurait employé une telle tactique. Quand on lui coupait un bras, sa première réaction était de céder à la douleur : c’était instinctif.
« Écailles noires ! »
Grida cria de nouveau, mais Enkrid avait déjà esquivé le sang qui giclait. Ragna était parti à droite ; lui s’élança à gauche.
Il bondit avec le Pas de la rainette qu’il avait appris de Ruagarne et balança cette fois Penna à l’horizontale.
Une attaque ne brille qu’un instant.
La Volonté s’écoulait naturellement dans chacun de ses mouvements, sans le moindre geste inutile : le tout ressemblait à une chorégraphie. Un éclair, comme un rayon de lune, perça l’air et traça une ligne. Tout ce qui se trouva sur son passage fut tranché.
L’obscurité de la nuit. Et l’Écailleux tapi derrière ce rideau noir.
Paf.
La Créature démoniaque, tranchée à mi-corps, s’effondra sur le côté et répandit son sang noir et ses entrailles.
Enkrid maintint sa lame dans le prolongement de son coup. Le reste du groupe s’arrêta brièvement.
« Regardez-moi ces salopards. »
Grida le dit en fixant le chemin devant elle.
Aucune odeur, aucun bruit facile à repérer. Mais dans l’obscurité, leurs pupilles fendues, semblables à celles des bêtes, trahissaient leur présence. Des dizaines de paires d’yeux noirs. Une étrange lueur ne brillait que le long de la fente verticale de chaque pupille, qui dérivait dans les ténèbres.
Ssssssssss.
Le bruit des créatures s’éleva des fourrés et du dessous des épaisses racines. Une nouvelle vague d’Écailleux.
Enkrid évalua le chemin qu’ils venaient de parcourir et la meute qui leur barrait la route.
Pas de magie, pas de sorcellerie. Juste une meute d’Écailleux.
Et ils étaient moins nombreux que le groupe précédent.
« Méfiez-vous de ceux qui ont des écailles noires. Certains possèdent des capacités spéciales. »
Grida le prévint.
À la place de la magie et de la sorcellerie, donc.
Comme Grida l’avait dit, certaines Créatures démoniaques possédaient des capacités inhabituelles.
Comme celui qu’il venait de trancher.
Son corps était plus dur.
Et ce n’était pas tout, probablement.
Avaient-ils quitté un itinéraire prévu pour foncer sur ces créatures ?
Alors comment avaient-elles repéré le groupe ? Rien de plus simple. Elles l’observaient.
Mais comment ?
Comment suivait-on les mouvements de l’ennemi sur un champ de bataille ?
On envoyait des éclaireurs.
L’ennemi ne faisait-il pas quelque chose de semblable ?
Envoyer des éclaireurs au grand jour les ferait repérer. Peut-être utilisaient-ils donc quelque chose que leur camp ne pouvait ni détecter ni prévoir.
Plusieurs éléments s’assemblaient et dessinaient une réponse plausible. Son esprit établissait spontanément des liens de cause à effet, interprétait la situation et se dirigeait vers une conclusion.
La Créature démoniaque chauve-souris du premier jour.
Les chauves-souris suivaient les mouvements grâce au son.
Si leur seul besoin était d’observer, cela ferait l’affaire. Et s’il y avait dans ce terrain des créatures à la vue perçante qui le connaissaient bien, il leur suffirait d’observer de loin les arbres se briser et osciller.
À la réflexion, prédire leur itinéraire exact risquait d’échouer, mais les intercepter en temps réel, pendant leur progression, ne devait pas être difficile.
C’était probablement pour cela qu’on avait envoyé des Écailleux à cet endroit.
Leur but, c’est de nous retarder.
La preuve, cette fois, ils ne s’en prenaient pas uniquement à Ann. Leur hostilité envers elle demeurait, mais entraver l’avancée de tout le groupe était plus urgent.
S’enliser dans un combat prolongé ici n’était donc pas une bonne issue.
D’un point de vue stratégique.
« Continuez. »
C’était son ordre. Grida lui demanda :
« Et toi ? »
« Je vous rattraperai. Laissez-moi une piste. »
Lui demander s’il s’en sortirait seul aurait été un luxe. Certes, parmi les Écailleux aux écailles noires, certains avaient des capacités spéciales.
Mais de leur côté, ils avaient quelqu’un qu’on pouvait tout aussi bien qualifier de chevalier aux capacités spéciales.
Grida le pensa en silence et hocha la tête à l’intention de Magroon. Celui-ci prit la tête, et Ragna partit sans se retourner.
Son attitude était limpide : inutile de s’inquiéter, rien à remettre en question.
La meute d’Écailleux allait-elle se séparer pour les poursuivre ? Non. Quand Enkrid s’arrêta, les créatures restèrent sur place.
Celui qui tirait les ficelles avait-il aussi prévu qu’ils se sépareraient ? Difficile à dire.
L’ennemi de l’autre côté du Voile était difficile à cerner. Ils n’avaient pas assez d’informations.
Il allait donc simplement faire ce qui s’imposait, ici et maintenant.
Enkrid s’adressa à la meute qui lui barrait la route, presque de bonne humeur.
« Venez jouer avec moi. »
Si ces créatures avaient compris la parole, auraient-elles frissonné ?
Les Créatures démoniaques avaient peut-être ressenti quelque chose de semblable, mais nul ne pouvait le savoir.
Tching, tchirling !
Il rengaina Penna et dégaina Trois-Fer.
La lame d’argent véritable et celle de fer le plus dur se bousculaient, chacune voulant passer la première.
« Doucement, doucement. »
Quand Enkrid les calma, les Écailleux crurent apparemment voir une ouverture : deux d’entre eux s’étaient déjà approchés et chargeaient de chaque côté. Il balança ses épées tour à tour.
À droite, il leva l’argent véritable vers le ciel. À gauche, il abattit le fer le plus dur d’un coup puissant.
Fouuush.
Les deux Écailleux pris dans ces arcs furent fendus dans le sens de la longueur et répandirent leur sang, comme si des ailes avaient jailli de ses mouvements.
La lumière de lune, filtrant à travers le sang noir, effleura la courbe douce qui s’était dessinée sur les lèvres d’Enkrid.
« Allez-y. »
Il avait l’impression d’être tout près d’atteindre quelque chose, ce qui rendait l’instant d’autant plus grisant.
Il parla et leva la pointe de son épée au-dessus de sa tête. Deux Écailleux aux écailles noires tendirent les mains vers lui.
Télékinésie. À ce geste, Enkrid sentit des cordes invisibles s’enrouler autour de lui.
Plus forte que celle d’une Manticore ?
Ou à peu près autant ?
C’était bien ça.
Inutile. La différence de force était évidente : il pouvait tout bonnement l’ignorer et bouger.
Tzzt.
Ce son ne retentit pas réellement, mais Enkrid déchira le filet télékinétique avec son corps et se mit à courir.
Il ne fonça pas sur ceux qui avaient utilisé la télékinésie contre lui.
Il se contenta de traverser les Créatures démoniaques les plus proches, les tranchant nettes l’une après l’autre. Avec calme. Sans geste inutile.
Il avança le pied gauche, abattit son épée selon le Style de l’épée lourde, puis fit un grand pas du pied droit, son pied arrière, et porta une estocade.
Boum. Toc.
Puis il sentit trois intentions meurtrières dans son dos, se mit en garde et balança son épée vers l’arrière. Ses trois coups brisèrent et tranchèrent les lances de bois que portaient les Écailleux.
Parfois, la lame filait trop vite pour que l’œil puisse la suivre. À d’autres moments, il semblait s’immobiliser et bougeait si lentement qu’on aurait cru qu’il le faisait exprès.
C’était parce qu’il ne bougeait que dans la mesure nécessaire à chaque instant.
La défense s’écoule comme une vague. L’attaque ne brille qu’un instant.
Mais fallait-il séparer l’attaque de la défense ? Y avait-il une raison de ne pas les traiter comme un tout ?
Au rang de chevalier de haut niveau, l’escrime s’employait naturellement, sans division. Il pouvait donc faire de même dès maintenant.
La pensée et le mouvement ne firent plus qu’un.
Devant lui, une créature retenait son épée par télékinésie. Sur le côté, une autre avait brandi une longue lance de bois et la lui enfonçait dans le corps.
La pointe de la lance était sombre et décolorée. On y avait appliqué quelque chose. Vu tout ce qui s’était passé jusque-là, le poison était l’hypothèse la plus naturelle.
Une association d’idées naturelle.
Pas la technique ni l’entraînement.
Enkrid remania un concept qu’il avait déjà retourné dans sa tête.
Il avait classé l’escrime en coup fatal, maîtrise, polyvalence, puis technique et entraînement. Il révisa cette dernière catégorie.
Instinct et calcul. Pas technique et entraînement.
Cette distinction convenait mieux. Et elle formait une structure où, même en privilégiant fortement l’un, on développait naturellement l’autre.
Si Fell était incapable de calculer, Ropord le démolirait sans peine. Et si l’instinct de Ropord était très inférieur à celui de Fell, aucun calcul ne lui servirait à rien : un seul coup bien placé réglerait l’affaire.
Tandis qu’il continuait à retourner tout cela dans sa tête, ses deux styles d’escrime cessèrent d’avancer en parallèle et fusionnèrent naturellement en un seul mouvement.
À chaque répétition, il appliquait ce qu’il venait d’apprendre. Chaque coup était meilleur que le précédent, et chacun progressait bien plus que le précédent encore.
Ce que je fais en ce moment, c’est du calcul.
En un instant, il évaluait les possibilités, vérifiait les probabilités et frappait. Tout cela lui était aussi naturel que de respirer.
J’étais arrogant.
On lui avait dit qu’un chevalier de haut niveau maniait naturellement la Volonté.
En apparence, c’était ainsi. Mais en creusant, on retrouvait toujours la répétition.
On manie naturellement la Volonté, on affine son escrime, on laisse tout cela s’ancrer naturellement dans son corps. De la répétition. Tout n’était que répétition.
Même à cet instant, il voyait clairement ses propres lacunes.
L’art de l’épée du calcul.
Ça, il pouvait le faire, ici et maintenant. Mais l’art de l’épée de l’instinct ?
Les Chevaliers fous avaient dit à Enkrid de dissimuler ses capacités spéciales. Lui avait choisi d’en développer de nouvelles.
Quiconque l’observait aurait pu traiter cela de folie. Rem compris.
Il réfléchissait à tout cela en maniant son épée, sans que cela nuise à ses mouvements.
Un chevalier est un fléau. À lui seul, il abat mille hommes. Face aux Créatures démoniaques, Enkrid donna corps à une partie de cet adage du continent.
Bien sûr, il ne fut pas égratigné.
Il ne s’arrêta même pas pour contempler son œuvre. Dès qu’il jugea le combat terminé, au milieu d’un mouvement, il pivota et se dirigea vers l’endroit où les autres étaient partis. Voilà tout ce qu’avait accompli cette meute de Créatures démoniaques, désormais morte.
Elle leur avait fait gagner un peu de temps et avait offert à Enkrid un entraînement au combat réel. Rien de plus.
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