Chapitre 675
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 675 : Eau stagnante
= = =
« Prêt, Samcheol ? »
Enkrid s’adressa à son épée. Grida, qui l’observait, choisit soigneusement ses mots.
« Je n’arrête pas de te dire de cesser ça. On dirait vraiment que tu as perdu la tête. »
Elle était sérieuse. Ce n’était même pas une épée douée d’une conscience ; pourquoi continuait-il à lui parler ?
Enkrid ne répondit pas. Il lui parlait parce qu’elle méritait qu’on lui parle, voilà tout.
L’épée s’appelait Samcheol, Trois-Fer. Son cœur était en fer météoritique, et sa lame était bordée de l’acier le plus dur et d’argent pur. Un chef-d’œuvre.
Si elle était seulement imprégnée de Volonté, on pourrait sans conteste la qualifier d’Arme gravée.
Tout ce qu’Aetri fabriquait n’était pas comme ça. Samcheol était différente. Penna semblait se loger naturellement dans la main, tandis que Samcheol donnait l’impression de ne faire qu’un avec elle.
Et, de cette façon, l’épée lui parlait.
Elle voulait se déchaîner, s’amuser, jouer en ensemble avec d’autres lames de fer. C’était ce à quoi elle aspirait. Une voix qu’Enkrid était le seul à entendre.
À vrai dire, il ne l’entendait pas vraiment. Pas exactement.
« Samcheol vient de murmurer qu’elle voulait entrer en harmonie. »
« … Je préfère ne pas être d’accord avec ça dans la plupart des cas, mais tu te rends compte que tu as l’air encore plus cinglé quand tu le dis à voix haute ? »
C’était Rem, qui était apparu à un moment donné et observait la scène.
Le jour s’était levé depuis l’aube, et Enkrid avait déjà sué à grosses gouttes pendant son entraînement. Le vent tournait et commençait à porter une chaleur nouvelle au lieu de son tranchant habituel.
Le soleil se levait plus tôt, mais les séances matinales n’avaient pas changé. La sueur du jour était donc la même que les autres. Deux mois de matins, tous identiques. En observant Enkrid, Grida se l’avoua.
Un obsédé de l’entraînement.
Même au sein de la Maison Zaun, où l’obsession pour l’escrime était la norme, les gens de ce genre étaient rares.
Je ne pensais pas qu’un homme pareil existait sur le continent.
Parfois, un étrange génie apparaissait ainsi.
Eh bien, le plus étrange, ici, c’était qu’un homme qui était clairement un génie semblait malgré tout faire du surplace.
Après deux mois d’entraînement au combat, elle n’avait constaté aucun changement notable chez Enkrid.
Il doit y avoir quelque chose.
Quelque chose qu’elle ne voyait pas, quelque chose qui avait fait de lui un chevalier et lui avait valu la reconnaissance de tous.
La brise printanière soufflait dans l’air, mais un filet de fraîcheur glissa contre sa poitrine. Grida sentit ses muscles se tendre, saisis d’une tension familière.
Son cœur accéléra légèrement. Juste ce qu’il fallait. Une pointe de tension aiguisait les réflexes.
J’ai trop fait la fête, en fait.
Même lorsqu’elle était venue sur le continent et avait erré sous prétexte de chercher Ragna, elle n’avait jamais délaissé l’entraînement.
Mais il y avait une différence nette entre s’entraîner avec des gens qui s’étaient établis quelque part et s’y étaient consacrés, et s’entraîner seule.
C’est probablement pour ça que j’ai pris un peu de retard.
Enfin, c’était la voie qu’elle avait choisie. Il fallait l’endurer. Elle ne l’avait pas choisie sans savoir que cela pouvait arriver, et elle ne l’avait certainement pas fait par paresse.
Elle s’était contentée de faire ce qu’elle devait faire. L’ordre du chef de famille de retrouver Ragna, sans aucune échéance, avait une signification similaire.
Au moins, vagabonder, manger et boire, c’était amusant.
En chemin, un noble avait prétendu être fou d’elle et avait essayé de faire d’elle sa concubine ; l’épisode avait été assez divertissant.
Le visage qu’il avait fait lorsqu’elle avait tranché les poignets de ses trois gardes du corps resterait gravé dans sa mémoire.
L’homme qu’elle avait pris pour amant était parti suivre sa propre voie ; ce moment n’était plus qu’un souvenir.
Elle chassa cette brève rêverie et prit la parole.
« Tu as découvert le secret de Zaun ? »
Enkrid hocha vaguement la tête, l’épée pendant nonchalamment à son côté. Il n’y avait pas vraiment eu de secret. Grida et les autres n’avaient rien caché, ils lui avaient tout montré.
« Vous n’avez même pas essayé de le cacher. Alors, c’est quoi, ce secret ? »
« Présenté comme ça, ça a l’air plus impressionnant. »
Grida dévoila ses dents blanches. Des dents qui montraient clairement qu’elle avait continué à prendre soin de son hygiène dentaire, même en errant sur les routes.
Une fois devenu chevalier, on était rarement touché par les maladies ordinaires ; les dents n’en souffraient donc pas beaucoup non plus.
Ils tournèrent l’un autour de l’autre, épée en main, jaugeant la distance.
Rem n’était pas le seul à être sorti : Audin était là aussi. Ropord et Fell, les poignets et les chevilles liés par des cordes, s’étaient transformés en spectateurs.
En plus des séries de coups de gourdin, leur entraînement comprenait désormais des combats avec les membres entravés. En regardant les deux combattants se mettre en garde, tous deux sentirent monter l’impatience.
Déjà deux mois.
Et ils étaient toujours loin, très loin, de pouvoir seulement effleurer les orteils d’un chevalier.
Mais c’était normal. On pouvait bâtir un système avec le plus grand soin et changer les méthodes d’entraînement tant qu’on voulait : si l’on pouvait devenir chevalier du jour au lendemain, les ordres de chevalerie ne seraient pas aussi rares sur le continent.
Malgré tout, tous deux comblaient le fossé assez rapidement.
Magroon, qui les observait de côté, en avait la meilleure preuve. Grida lui avait rapporté juste avant les observations qu’elle avait accumulées pendant deux mois.
Magroon était venu les regarder, et son regard se posa naturellement sur Fell et Ropord. Chez l’un comme chez l’autre, il percevait quelque chose qui ressemblait à un pressentiment.
Ces deux-là y arriveront.
Zaun formait les chevaliers à sa manière. À l’aune de tout ce qu’il avait vu, son impression actuelle était assez proche d’une certitude pour qu’il puisse la qualifier ainsi.
Même l’impatience que ressentaient ces deux-là deviendrait le carburant de leur progression. Zaun faisait naturellement de même.
Zaun cultive la compétition.
Cette compétition attisait l’ambition, mais il y avait ici quelque chose qui allait encore plus loin.
La Garde-frontière associait la compétition à un entraînement qui semblait conçu pour vous tuer. C’était le contraire de l’approche autodirigée de Zaun.
Enkrid ne quittait pas Grida des yeux. Elle n’était jamais un adversaire facile, quel que soit le jour, mais pour être honnête, son niveau était légèrement inférieur à celui d’Odinkar ou de Magroon.
Cette évaluation n’avait pas changé.
« Alors, qu’est-ce que tu as compris ? »
Grida posa la question en se décalant d’un pas. Le soleil, derrière elle, frappait Enkrid en plein visage.
Il pivota d’un demi-pas vers la droite pour se protéger de l’éblouissement, puis répondit.
« Ne jamais s’arrêter. Toujours rivaliser. »
Pendant deux mois, il avait observé les trois membres de Zaun, discuté avec eux, les avait écoutés et étudiés. Porté par son désir d’apprendre et sa volonté de comprendre, il avait réfléchi à la question.
Il était plus facile de saisir ce qu’ils valorisaient en discutant avec eux que d’incarner leurs techniques par le corps.
C’est ainsi qu’il avait fini par comprendre.
Zaun était toujours en compétition, et cette compétition reposait sur le désir.
Si on demandait à Enkrid comment cultiver la Volonté, il répondrait ceci :
« Il faut une passion qui vous pousse vers ce que vous désirez. »
La Maison Zaun enseignait quelque chose de semblable. Comment cultiver la Volonté ? Par une ferveur sans fin.
Tel était l’enseignement de Zaun. Et Enkrid en avait découvert le cœur.
Il fallait du talent pour le comprendre. C’était probablement ce talent, réuni chez ses membres, qui avait fondé la famille.
L’enseignement de Zaun ne disait pas que la seule ferveur pouvait porter ceux qui manquaient de talent ; c’était différent de la voie qu’il avait choisie. Malgré tout, il y avait beaucoup à en apprendre.
« Encourager ceux qui sont déjà doués à le devenir encore davantage. »
Enkrid poursuivit. Il leva la pointe de son épée en parlant. Ses lèvres bougeaient, mais ses yeux avaient déjà passé Grida au crible.
Les calculs commencèrent. Avant le combat, il envisagea tous les mouvements possibles et en évalua les probabilités.
Grida resta immobile et sourit.
« C’est ça. »
« Ceux qui prennent du retard sont écartés. »
Seuls restaient ceux qui prenaient plaisir à rivaliser entre eux. Et ainsi, ils progressaient.
« C’est ça aussi. »
Grida acquiesça.
Après le retour de Ragna, ils avaient parlé de son enfance.
« Ragna ? Quand il était petit, je dirais qu’il était un peu à la traîne, peut-être. Mais une différence sautait aux yeux. Mon frère était étrange. Son talent était bien réel. »
Ce que les autres ne comprenaient qu’en s’acharnant, lui le saisissait sans effort, de lui-même. Pourtant, il n’avait aucune ferveur. Tout venait de son talent inné, qui était à la fois une bénédiction et une malédiction.
« Un talent ordinaire donne de la ferveur, mais un talent débordant en prive. »
Voilà comment les choses s’étaient terminées. Les anciens avaient renoncé à Ragna, et Ragna s’en moquait complètement.
On pouvait dire que c’était là que sa paresse avait commencé.
« Depuis tout petit, il trouvait toujours les choses pénibles. Mais une fois quelque part, il aimait vagabonder. Il disait que parcourir une route nouvelle était amusant, ou quelque chose comme ça. »
Enkrid n’avait jamais entendu Ragna lui confier toutes les profondeurs de son âme, mais il en avait entendu quelque chose d’approchant.
Ragna avait dit que les chemins dont on voyait déjà l’arrivée ne l’intéressaient pas. Alors, quel plaisir ce devait être de partir seul à l’aventure ?
Comme il ne sait pas s’orienter, chaque chemin finit par être nouveau.
Autrement dit, se perdre n’était pas une malédiction pour Ragna, mais une bénédiction.
L’inverse de son talent.
À l’époque, sa famille avait-elle retenu Ragna de force ? Ou l’avait-elle laissé libre d’agir à sa guise ? Quand ce qu’on savait faire et ce qu’on voulait faire ne concordaient pas, quel était le bon choix ?
Enkrid connaissait la réponse. Il la respectait aussi.
« Zaun ne cherche pas à combattre la Terre Maudite, et ne poursuit rien d’autre non plus. Nous nous consacrons entièrement à un seul but, l’escrime, que nous explorons et savourons à chaque instant. »
Grida acheva sa phrase.
C’était ça. Le système de Zaun.
Ils apprenaient les uns des autres en rivalisant, s’enseignaient mutuellement et n’hésitaient pas à partager leur savoir. Ils ne dépensaient aucune de leurs forces ailleurs et restaient entièrement dans cette voie.
« On pourrait appeler ça de l’eau stagnante, mais pour éviter de croupir, nous faisons du vagabondage une obligation. À tout moment, la plupart des membres de la famille sont dispersés sur le continent. Certains restent auprès de personnes qui partagent leurs idées et laissent leur empreinte dans l’histoire. »
Enkrid n’avait pas l’intention de les critiquer pour cela.
Avoir du pouvoir signifiait-il qu’on était obligé de s’en servir ? Probablement pas.
S’il en avait besoin, il pouvait les utiliser et leur offrir en échange ce qu’ils désiraient. Mais il n’en avait pas envie.
Ne devraient-ils pas pouvoir vivre comme ils l’entendaient ?
C’était un choix qui venait du respect de la volonté et des désirs de chacun, indépendamment de son pouvoir.
Un groupe de gens qui ne voyaient que l’escrime et en avaient faim.
Un groupe qui brûlait de ferveur en rivalisant dans cette voie.
C’était pour cela qu’ils n’hésitaient pas à échanger leurs techniques et ne rechignaient pas à enseigner.
Vendre son âme à un démon pour l’amour de l’escrime ?
Zaun en était capable. Mais ses membres ne choisissaient pas cette voie. Odinkar lui avait donné la réponse.
« Si je vends mon âme à un démon, il ne me restera plus rien pour m’entraîner à l’escrime, pas vrai ? Ça ne m’intéresse pas. »
C’était d’un égoïsme absolu, mais c’était précisément ce qui les rendait intéressants.
« Magroon t’observe depuis deux mois. »
Grida leva son épée. Enkrid fit de même et inclina sa lame. Ils étaient tous deux prêts.
« Fais attention, Enki. »
Tandis que les deux adversaires changeaient de position, Rem, Audin, Jaxon, Esther, Sinar, Teresa, Ropord, Fell et Ruagarne se tenaient derrière Enkrid.
Derrière Grida, Odinkar se tenait les bras croisés, tandis que Magroon avait apporté une chaise et s’y était assis.
Les regards d’Enkrid et de Grida se croisèrent.
Grida était-elle la même que lorsqu’ils s’étaient rencontrés au marché ?
Enkrid se posa la question et y répondit.
Non.
La femme, qui avait forgé son corps comme du fer pendant deux mois, lança son épée en avant. Son pied gauche partit, et l’attaque s’annonça un battement avant d’arriver ; sa vision de la scène la lui montra d’abord.
Le pied gauche frappa le sol tandis qu’elle lançait une estocade. Dès qu’il le reconnut, un coup d’épée plus vif, plus précis et plus rapide qu’auparavant fusa vers lui comme une pointe unique.
Clang !
La lame blanche heurta Trois-Fer et dévia. Inutile d’écouter sa respiration. Enkrid croisa les pieds et poussa vers l’avant.
Il réduisit la distance en un instant et abattit le pommeau de Samcheol sur le crâne de Grida, une attaque inattendue, qui rompait avec les habitudes. Grida leva l’avant-bras pour la bloquer.
Paf !
La différence de force était manifeste. Le coup la fit glisser en arrière. Résister aurait mis son bras à rude épreuve ; elle se laissa donc repousser au lieu de s’opposer à lui.
Dans le même temps, Enkrid calcula les dizaines d’attaques que Grida pouvait enchaîner.
Mais Grida n’en choisit aucune.
Tac. Tac.
Après avoir reculé, elle frappa deux fois le sol du pied, la plante de sa botte heurtant la terre.
Pour un observateur extérieur, le geste n’avait aucun sens ; pour Enkrid, il ouvrait des dizaines de possibilités.
Pourquoi a-t-elle frappé le sol ?
Une diversion ? Le début d’une technique qu’il n’avait pas anticipée ? Un pas de déplacement ? Un changement de position ? Une tactique exploitant le terrain ?
Des dizaines de pensées lui traversèrent l’esprit en un instant.
Si je ne comprends pas, j’observe sa réaction.
Le mouvement suivant révélerait la raison de ce geste.
Enkrid fit pivoter son épée pour en inverser le tranchant.
Samcheol avait deux tranchants. L’un était en acier très dur, l’autre en argent pur.
Présenté ainsi, on aurait cru que le centre de gravité de l’épée était complètement déséquilibré, mais Aetri avait ajusté la proportion de fer météoritique pour compenser.
Cela ne signifiait pas que les métaux de chaque tranchant étaient identiques. Et c’est ce qui rendait la manœuvre possible.
Il avança le côté en acier très dur et y engagea son poids. Le tranchant le plus lourd accélérait davantage la coupe : une technique qui exploitait la différence de poids entre les deux côtés de la lame.
Enkrid poussa sur son pied droit, pivota des hanches, laissa le mouvement passer par son coude et son poignet, puis frappa.
Fouu !
La lame fendit l’air et trancha l’espace où se tenait Grida.
Grida roula sur le côté pour esquiver. Comme prévu, elle ne se contenta pas de rouler. Dès qu’elle en sortit, elle planta sa main gauche dans le sol, se propulsa pour se redresser, puis se frappa la poitrine de la main droite, celle qui tenait son épée.
Boum.
Le coup fut assez violent pour que le bruit résonne.
Pourquoi ?
Pourquoi ce geste ? Préparait-elle une attaque ? Avait-elle perdu l’équilibre ?
Non.
Après qu’elle eut répété le même mouvement plusieurs fois, Enkrid accrocha le pied et trébucha. Grida, qui attendait précisément cela, pointa son épée vers lui.
Clang !
Il para le coup, mais le sang se mit à couler librement de son nez.
« C’est amusant, non ? »
Grida lui posa la question en l’observant. Le monde tournant autour de lui, Enkrid répondit tout de même.
« Ouais. »
En remontant la séquence, il n’était pas difficile de comprendre ce qu’elle avait fait.
Une série de mouvements imprévisibles qui bouleversent les calculs.
En clair, c’était ça.
= = =
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>