Chapitre 673
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 673 : Des regards semblables
= = =
Grida avait aimé cet endroit dès le premier regard, et plus elle y restait, plus elle l’aimait. Sans cela, elle aurait réglé ses affaires et serait partie au bout de deux mois, sans hésiter.
Elle avait parcouru le continent et vu bien des choses, mais peu d’endroits lui avaient autant plu que celui-ci.
Et elle n’était pas la seule à ressentir cela.
« C’est absolument incroyable. »
Odinkar semblait le ressentir encore plus vivement.
Il dégustait le plat du jour — de la viande hachée mélangée à de l’oignon et de la farine, façonnée en galette, grillée puis glissée dans du pain — et n’hésita pas à lever le pouce.
Du jus et du gras coulaient au coin de la bouche d’Odinkar.
C’était le genre de spectacle qui donnait envie de mordre dans ce qu’on avait soi-même à la main.
La viande grésillait, grillée à l’extérieur ; son jus envahissait la langue avant de glisser dans la gorge.
Très bien. Elle l’admettait. C’était délicieux.
Grida était d’accord. Elle leva elle aussi le pouce. La nourriture d’ici était vraiment exceptionnelle.
La viande séchée assaisonnée et le pain bien cuit étaient excellents, et le porc effiloché, rôti lentement toute la journée puis mélangé à une sauce et fourré dans un long petit pain, était encore meilleur.
Comment ça s’appelait, déjà ? Un sandwich au porc effiloché ? Et ce n’était même pas tout.
Il y avait aussi de la soupe au potiron et du jus.
Le bouillon brûlant qui réchauffait le ventre de l’intérieur, c’était autre chose.
La cuisine Zaun n’avait rien à envier à aucune autre, mais celle d’ici avait un caractère bien à elle, introuvable ailleurs.
Certains plats lui étaient familiers, mais d’autres avaient une saveur impossible à reproduire. C’était ce qui rendait l’expérience si plaisante.
Odinkar avait toujours adoré manger ; il n’était donc pas étonnant qu’il dise ce qu’il dit.
« Je peux juste ne pas rentrer ? »
« Tu peux ? »
Grida savait qu’il plaisantait et le rabroua gentiment. Et ses quatre épouses et ses enfants, qu’il avait laissés chez lui ?
« Je plaisante. Juste une blague. »
Odinkar rit, d’un rire franc et léger.
« Hé, si tu as fini de manger, viens dehors qu’on se fasse un tour. »
Enkrid l’interpella depuis l’extérieur de la salle à manger.
« Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? »
Odinkar avala ce qu’il avait en bouche et demanda :
« Tu en veux deux contre toi, ou un seul ? »
Enkrid l’interpella de nouveau depuis dehors.
Odinkar ne savait pas se retenir. C’était bien le problème quand on s’entraînait contre lui : chaque séance devait être prise comme un combat à mort. Enkrid s’était déjà mesuré à lui quelques fois, jusqu’à ce qu’Ann le mette en garde.
« Tu rêves d’être une vieille poupée de chiffon ? Tu comptes recoudre tous tes membres ? »
Même après qu’Odinkar eut failli se faire trancher la clavicule, ils s’entraînèrent encore deux fois, et Odinkar remporta l’une de ces séances. Cette fois-là, c’était Enkrid qui avait failli mourir.
Une lame était sur le point de lui transpercer la gorge quand Jaxon dégaina une dague acérée pour la bloquer.
Au même instant, Audin saisit le bras d’Odinkar.
Après cela, tous deux semblèrent convenir que ce genre d’entraînement ne pouvait plus continuer.
On aurait vraiment dit que cela ne s’arrêterait qu’à la mort de l’un d’eux.
Rem proposa alors une idée intéressante. Dans son unité, expliqua-t-il, ils faisaient parfois affronter à une personne trois adversaires de force comparable en même temps.
« C’était pas juste pour bizuter les nouvelles recrues ? »
Kraiss intervint depuis le côté, mais tout le monde savait qu’il ne s’agissait pas uniquement de bizutage.
Enfin, personne ne pouvait nier qu’une part des goûts personnels de Rem s’y mêlait.
Faire combattre quelqu’un contre trois adversaires dès le départ était déjà tout un programme. En plus, Rem n’expliquait jamais l’objectif de l’exercice, ne montrait pas comment s’en sortir, exigeait de la personne qu’elle trouve la solution avec son seul corps, puis ricanaît en la regardant se faire rouer de coups.
« C’est pas une mauvaise idée, les gars. »
« Pas mal. Si trois combattants aguerris mettent la pression à une seule personne, elle aura des choses à apprendre. Et les trois, en travaillant ensemble, auront aussi des choses à apprendre. »
Jaxon s’exprima plus longuement qu’à l’accoutumée, probablement parce qu’il voulait leur dire d’abandonner complètement ce genre d’entraînement.
Quoi qu’il en soit, rien n’empêchait un chevalier de faire comme les membres de l’unité de Rem.
Après cela, leur manière de s’entraîner changea.
Enkrid affrontait deux ou trois personnes à la fois, et Odinkar faisait de même.
Rem ou Audin se joignaient parfois à eux.
Pour Grida, le plus étrange à observer fut de voir Odinkar apprendre peu à peu à se maîtriser.
Rem assista à cette évolution, ricana et lança : « À force de se faire cogner, tout finit par rentrer. »
Jaxon affirma qu’on lui avait simplement fait perdre une mauvaise habitude et qu’on l’avait entraîné à en prendre une meilleure.
Audin déclara que tout cela était l’œuvre de la grâce divine et qu’il n’avait fait que transmettre la parole du ciel à coups de poing.
Trois façons différentes de dire la même chose.
La solution à tous les problèmes, ce serait donc de cogner dessus ?
Mais quoi qu’ils en disent, leurs gestes étaient précis. Leurs techniques, leur comportement, leur manière de s’entraîner : tout était minutieusement appliqué.
Il avait changé à force de se faire frapper ?
C’était vraiment aussi simple ? Odinkar avait marché sur le fil du rasoir entre la vie et la mort depuis son enfance pour devenir ce qu’il était. Ce n’était pas une habitude qu’on abandonnait en une seule fois.
Alors, qu’est-ce qui se cachait vraiment derrière tout ça ? Qu’est-ce qui était au cœur de ce changement ? L’observer ne suffisait pas à le comprendre. Il faudrait l’étudier sérieusement.
Magroon avait-elle déjà compris ? C’était précisément le genre de chose pour laquelle elle avait un don exceptionnel.
Quoi qu’il en soit, au centre de tout cela se trouvait un homme nommé Enkrid.
Une fois qu’ils eurent changé leur façon de s’entraîner et qu’un minimum de sécurité fut assuré, ces fous devinrent complètement déchaînés.
Enkrid, en particulier, laissait même Odinkar secouer la tête.
Ce n’était pas seulement sa manière d’aborder les entraînements. C’était la façon dont il occupait ses journées entières qui stupéfiait les gens.
Il se levait à l’aube pour entraîner son corps, puis sortait le matin sous prétexte d’aller se promener, tantôt avec une panthère, tantôt avec une sorcière en robe révélatrice et aux longs cheveux noirs ; mais un rapide coup d’œil suffisait à comprendre qu’il s’agissait aussi d’un entraînement.
Une séance d’entraînement contre une mage.
Il faisait ça au moins deux fois par semaine et, en plus, s’entraînait séparément avec un barbare, un assassin et une elfe.
Et malgré tout cela, il enseignait aux autres.
Il gérait aussi sa propre unité, même si, la plupart du temps, il se contentait de définir les grandes lignes de l’entraînement et leur laissait le reste.
« Je ne tomberai pas ! »
L’une d’elles sortait du lot : une écuyère nommée Clemen, qui, en réalité, était déjà tombée. Son enthousiasme brûlant était remarquable, quel que soit son niveau.
Une fille nommée Seiki, qui passait de temps à autre, possédait un talent naturel rare, mais semblait s’y intéresser assez peu.
D’autres se chargeaient de l’entraînement proprement dit des membres de l’unité.
Ce qui comptait, c’était le temps libre d’Enkrid. Il le passait tout entier à combattre. À s’entraîner.
Sans fin, sans repos. Il s’y consacrait, tout simplement. Sans exception. Il répétait ce programme jour après jour.
L’esprit pouvait-il tenir le coup ?
Le corps n’était pas le problème. Si l’esprit flanchait, le corps suivrait. L’esprit passait donc avant tout.
Pourtant, Enkrid absorbait tout cela sans laisser paraître la moindre émotion. C’était ce qui le rendait remarquable.
Grida y réfléchit, puis interpella un homme qui passait près d’elle. Elle avait plus ou moins appris les noms des Chevaliers fous, à présent.
« Hé, Ropord. Ça te dit un tour ? »
Elle interpella le premier membre qu’elle aperçut, et il lui répondit avec une irritation manifeste.
« Je m’appelle Fell. Fell le Berger. Pourquoi tu me confonds toujours avec cet enfoiré ? »
« Ah bon ? Vous vous ressemblez. »
Sur ces mots, Fell dégaina son épée.
« En duel. »
Ils étaient amusants, tous autant qu’ils étaient. Grida échangea tranquillement quelques coups avec Fell, qui fondit sur elle. C’était agréable, ça aussi. Une Grenouille nommée Ruagarne vint les rejoindre et avança une théorie à débattre ; Magroon s’en réjouit.
« C’est difficile de croire qu’il ait atteint un tel degré de maîtrise en apprenant et en bâtissant tout ça à l’état sauvage. »
Grida ne s’était pas attendue à entendre Magroon dire une chose pareille. Pas une critique, pas une plainte, mais un compliment ? De la part de Magroon, qui avait la langue aussi acérée qu’une aiguille ?
« Grenouille, c’est toi qui as fait ça ? »
C’est ce que Magroon demanda ensuite.
« Non. Lui. »
Le doigt de Ruagarne, sans détour, désigna Enkrid. En voyant cela, Magroon pencha simplement la tête.
« Vraiment ? Intéressant. »
La réponse de Magroon fut toute simple après qu’elle eut observé Enkrid. Ses paroles ne contenaient aucune méchanceté. Au sein de la Maison Zaun, très peu de gens bénéficiaient d’un tel traitement de sa part.
On pouvait les compter sur les doigts d’une main.
Enkrid était devenu l’un d’eux. Pourtant, en l’observant de loin, Grida ne l’avait pas vu faire quoi que ce soit d’extraordinaire pour y parvenir.
Il s’était simplement approché, avait échangé quelques mots et s’était lancé dans une discussion fondée sur la théorie. Ni Enkrid ni Magroon n’avaient élevé la voix ou campé sur leurs positions. Tous deux étaient restés calmes.
Une ou deux fois par semaine, Enkrid réservait un moment pour discuter seul avec Magroon.
Intéressant.
Mais sa propre situation l’était tout autant.
Au début, il avait été question d’hommes et de femmes. À présent, elle n’en avait plus envie.
Quand deux personnes se séparaient, les choses devenaient gênantes.
Elle ne voulait pas de ça. La relation qu’elle avait avec cet homme lui convenait telle qu’elle était.
« Je ne fais pas la queue. »
Elle le dit à l’elfe, et l’elfe blonde se réjouit ouvertement.
« Je t’apporte de l’eau de source ? »
Grida avait un bleu sur l’avant-bras à cause de l’entraînement, et l’elfe lui proposait déjà quelque chose du genre.
« Heureusement que tu as changé d’avis. J’ai entendu dire que la file était longue. »
Malgré tout ce qu’on disait sur cette longue file, Grida ne se souvenait pas avoir entendu d’autres noms que Fleur Noire et Sorcière dorée.
Ah, mais les lettres, elles, arrivaient bel et bien en quantité.
Des invitations à des réceptions, des présentations par l’intermédiaire de connaissances d’une dame, ce genre de lettres lui parvenaient en nombre impressionnant.
Parmi elles se glissaient des lettres du roi, du Roi pionnier de l’Est et même d’un ordre divin.
Il avait la cote, décidément.
Même lorsqu’il se promenait hors de la ville, beaucoup de gens le reconnaissaient. Outre l’elfe qu’on appelait Sorcière dorée, d’autres elfes lui lançaient aussi des regards discrets.
« Le commandant Sinar est plus âgée, mais moi, je suis jeune. »
La professeure de tir à l’arc du corps de sécurité s’approcha d’eux et dit cela. Grida se trouvait justement près d’Enkrid, aussi observa-t-elle toute la scène avec attention.
Qu’allait-il répondre ?
« Un peu plus de quatre cents ans, ce n’est pas si vieux, non ? »
Enkrid lui retourna sans hésiter une plaisanterie typiquement elfique.
« Je n’ai même pas la moitié. »
« Pour un humain, deux cents ou quatre cents ans, c’est beaucoup dans les deux cas. »
« … Deux cents et quatre cents, ce n’est quand même pas pareil ? »
L’elfe battit innocemment des paupières, mais un calcul se lisait derrière son regard. Les elfes ne mentaient pas ouvertement, mais ils tordaient les choses. C’était ainsi qu’ils étaient. Grida le savait aussi. L’elfe cligna de ses yeux candides et insista sur la différence d’âge.
« Tu vois ce que je veux dire. »
Enkrid la repoussa sans détour, clairement.
Hum. C’est donc comme ça.
L’aubergiste avait aussi un faible pour lui, et un marchand géant lui avait témoigné sa sympathie. Puis une Grenouille qui fabriquait des bijoux gonfla les joues et se lança dans un long discours sur les matériaux qu’elle avait trouvés et ce qu’elle comptait en faire.
Malgré tout cela, Enkrid l’écouta jusqu’au bout. Toujours attentif, toujours présent.
En le voyant faire, Grida comprit qu’elle était vraiment tombée amoureuse de cet homme.
Pas de l’homme en tant que tel. De la personne qu’il était.
« Tu sais vraiment bien écouter. »
« J’aime la passion qui se dégage de leurs paroles. »
La façon dont il le dit, en lançant ces mots comme ça, était captivante. Grida reprit donc :
« Tu songerais à venir à Zaun ? »
Il refuserait. Un mois à l’observer lui avait suffi pour le comprendre. Cet homme déclinerait l’offre.
Pourtant, cette fois encore, sa réponse la prit au dépourvu.
« Je pourrais vous rendre visite, un jour ? »
« Hum ? »
« Je demande si je peux passer vous voir. »
« Ah. Oui. Viens. »
Oui, voilà. Cet homme ne viendrait pas vivre à Zaun. Elle ne pouvait pas le retenir. La lumière qu’il dégageait était trop vive pour cela.
Zaun était un lac calme, immobile, tandis que cet homme ressemblait au vent, libre d’aller où bon lui semblait.
Le vent pouvait se reposer au bord d’un lac, mais il ne s’y accumulait pas comme l’eau.
« Lame du Vent. Tu as déjà entendu ce nom ? Celui d’une épée ? »
« Ce n’est pas dans la chanson d’un barde itinérant ? »
« Exact. Un des ancêtres fondateurs de Zaun. »
« C’est la première fois que j’en entends parler. »
Grida lui raconta toutes sortes de choses.
« Si vous restez si près l’un de l’autre, les gens vont se faire de fausses idées. »
Sinar s’immisça dans la conversation avec une plaisanterie. Tous trois discutèrent un bon moment, puis Esther les rejoignit. Ils s’assirent alors tranquillement pour boire du thé.
Le silence était agréable. La conversation aussi. Tous étaient de bonnes personnes, chacun à leur manière.
Était-ce pour ça que Ragna ne voulait pas rentrer ?
Alors un visage inconnu pénétra sur le terrain de l’unité.
Grida se trouvait devant et héla le visiteur blond aux yeux rouges.
« Qui êtes-vous ? »
La personne cligna lentement des yeux, secoua ses cheveux en bataille, puis prit la parole. Elle avait l’air de s’être perdue quelque part. Elle empestait, et son apparence était négligée.
Au moins, elle tenait correctement une grande épée à deux mains.
« Grida ? »
« Hum, tu me connais ? Tu me dis quelque chose, mais je n’arrive pas à te remettre. C’est qui, déjà ? »
Ce visage lui était familier, pourtant. Grida fronça les sourcils.
« C’est Ragna. Qu’est-ce que tu fais là ? Tu t’es perdu ? »
« Ah, Ragna. »
C’est vrai. La route qu’elle avait empruntée pour le retrouver l’avait menée jusqu’ici.
Au début, elle l’avait cherché avec sérieux, mais elle avait fini par prendre goût à ses errances et s’était laissé porter à un rythme agréable, jusqu’à se retrouver là.
« Je suis venue te chercher. »
« Moi ? »
« Quelqu’un veut voir celui qui a quitté la maison. »
« Si quelqu’un veut me voir, il n’a qu’à venir lui-même. »
« Il ne peut pas, alors je suis venue. »
À vrai dire, si sa famille ne l’avait pas contactée, Grida aurait prolongé un peu son voyage. Cela faisait si longtemps qu’elle n’était pas partie ; elle avait vraiment trouvé des choses agréables en chemin. Des choses pénibles aussi, mais tout de même.
Quoi qu’il en soit, Ragna était là, à présent, et Grida avait quelque chose à lui dire.
« Père te cherche. »
Grida le lui annonça. Ragna la regarda, et son regard disait tout.
Et alors ? Quoi ? Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ?
Eh bien, Ragna avait pris de mauvaises habitudes, ici.
Son frère n’avait jamais eu un regard pareil. Il avait maintenant exactement le même que Rem, le barbare.
= = =
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>