Chapitre 670
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 670 : Vu une fois, jamais oublié : je le peins
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« À un cheveu près. »
L’homme répondit, et Rem esquissa un sourire nonchalant. « Tu veux que je te tranche la tête si tu recommences ? À un cheveu près, qu’il dit. »
L’homme se tut. Gagnant ou perdant, il avait clairement reçu une raclée. Sa posture trahissait un déséquilibre dans la répartition de son poids entre ses jambes et, avec le sang séché qui croûtait sur son crâne, nul besoin de regarder de plus près.
Son esprit combatif ne s’était pas brisé simplement parce qu’il avait cessé de répondre. Il fusilla Rem du regard.
« Tu veux que je t’arrache les yeux ? »
Rem continuait à le provoquer, mais il ne faisait que parler.
Une vague intention meurtrière flottait entre eux, mais comparée à celle qui régnait d’ordinaire entre Rem et Jaxon, ou entre Rem et Ragna, elle avait presque quelque chose de charmant.
Enkrid les ignora et suivit des yeux les deux silhouettes qui filaient dans tous les sens derrière Rem.
L’un, c’est Audin.
L’autre était un homme qu’il n’avait jamais vu. Ses cheveux blonds et courts virevoltaient au rythme de ses coups d’épée, exécutés avec une maîtrise hors du commun.
Il frappait pour mettre la pression, puis s’appuyait sur cette pression pour jouer au Jeu des nombres.
Le Style de l’épée lourde et l’Épée correcte se mêlaient.
Il tirait de son arsenal ce dont il avait besoin, au moment opportun. Comparé au système qu’Enkrid s’était construit dans la tête, son niveau était proche de l’excellence. Enkrid se mit à sa place et tenta de deviner ses intentions.
Il laisse exprès des ouvertures.
L’homme voulait qu’Audin s’approche. Pourquoi ? Parce qu’il était sûr de pouvoir gérer la suite. Alors, qu’avait-il préparé ? Ça, Enkrid n’arrivait pas à le deviner.
Mais ce devait être une sorte de technique secrète. Le genre de chose qu’on ne dévoilait pas à la légère devant les autres.
Au fil des années, Enkrid avait affronté d’innombrables vagabonds. Beaucoup étaient sûrs de leur talent, et beaucoup d’autres ne comptaient que sur leur réputation.
Quelques-uns avaient un point commun : aucun n’était disposé à révéler facilement ses techniques.
Mais ça ne revenait pas à renoncer à toutes les occasions de progresser ?
C’était ainsi qu’Enkrid voyait les choses.
Sans éprouver ses limites et les repousser, impossible d’aller plus loin. C’était une vérité que son corps lui avait enseignée.
L’homme devant lui était du même genre. S’il n’avait pas voulu qu’on tombe dans son piège, il n’aurait eu aucune raison de laisser ces ouvertures.
Audin mordit à l’hameçon. Il réduisit la distance jusqu’à se trouver à moins d’un bras de son adversaire. Une mauvaise distance pour manier une épée, mais idéale pour se battre à mains nues.
Le combat prit fin en un instant. L’homme abattit sa main droite dans une attaque tranchante, tandis que sa gauche jaillissait vers le haut.
Si aucune de ses mains n’avait tenu d’arme, on aurait cru voir quelqu’un croiser des drapeaux de signalisation. Mais, bien sûr, sa main gauche tenait déjà quelque chose : une arme cachée.
Une seconde épée.
Une lame dissimulée. Sa cuirasse était divisée en deux parties, et, quand sa main gauche se glissa sous l’armure, un poignard courbe long comme une paume jaillit dans sa main.
Un kriss. La main qui le tenait poussa droit vers le haut.
Audin bougea comme s’il avait attendu cet instant précis. Il joignit les mains, écarta souplement les doigts pour laisser passer la lame entre eux, puis les referma dessus et appuya. Mais il ne s’arrêta pas là. Il pivota des hanches et se colla encore davantage à son adversaire.
La lame de droite manqua sa cible et le pommeau de l’épée heurta l’épaule d’Audin. Déjà si près, Audin prit appui sur son pied gauche et projeta son épaule et toute la largeur de son dos contre son adversaire.
Une charge de tout le corps, à une distance où elle aurait dû être impossible. Dire qu’il était difficile de s’en défendre était encore loin du compte.
Bam !
Un choc retentit entre eux, et l’homme recula en titubant.
Le sang coulait entre le majeur et l’annulaire des deux mains d’Audin, et une partie de la cuirasse de l’homme était enfoncée.
« Ça n’a pas marché. »
Sa voix trahissait de l’enthousiasme et de l’impatience, pas la moindre déception d’avoir vu sa technique contrée.
Il avait dévoilé une technique secrète et n’en faisait pas tout un plat. Toute son attention était concentrée sur le combat qui se déroulait devant lui.
Enkrid se sentit attiré par cet homme, alors que celui-ci ne lui avait rien fait de particulier et qu’ils n’avaient pas échangé un seul mot.
« Odinkar, ça suffit. »
Grida mit fin au combat. L’homme appelé Odinkar tourna la tête. Son esprit combatif brûlait toujours, mais son attitude montrait qu’il avait confiance en Audin et savait qu’il ne profiterait pas de l’ouverture.
Un entraînement n’était qu’un entraînement.
« Quel dommage. »
Il était comme Grida. Ces gens étaient venus avec un autre objectif que tuer ou se faire tuer.
Comme pour confirmer cette impression, Grida prit la parole.
« Autant nous présenter comme il se doit. Je suis Grida Zaun, voici Odinkar Zaun, et lui, c’est Magroon Zaun. Nous venons de la Maison Zaun. »
Tous les regards se tournèrent vers eux.
Zaun. Le lieu de naissance de Ragna.
Grida Zaun avait trouvé celui qu’elle était venue chercher et le désigna sans détour.
« Ragna, nous sommes venus te ramener. Tu as changé de couleur de cheveux. »
Elle leva même un doigt pour le montrer.
Tous les regards suivirent ce doigt.
« Hein ? »
Ruagarne pencha le premier la tête. L’homme aux cheveux bruns qui se tenait à l’endroit indiqué ne prit même pas la peine de regarder derrière lui.
Il savait sans avoir besoin de ses yeux qu’il n’y avait personne d’autre à côté de lui.
Jaxon avait donc toutes les raisons d’afficher sa perplexité en fixant le doigt pointé vers lui. Il laissa parler son visage.
« … ? »
S’exprimer uniquement par une mimique était un talent à part entière. Le visage de Jaxon disait : « De quoi tu parles ? »
Malgré tout, Grida insista, un sourire doux aux lèvres et une certitude inébranlable dans la voix.
« Tu fais semblant de ne pas comprendre ? Je suis Grida, celle qui n’oublie jamais un visage après l’avoir vu. »
Tout le contingent de la Garde-frontière s’était tu, chacun se demandant en silence ce qui se passait.
« C’est lui ? Il n’en a pas l’air, à mon avis. »
Odinkar le demanda. Il connaissait Ragna. Ce n’était pas lui. De toute façon, son attention s’était déjà reportée ailleurs : il avait manifestement envie d’affronter de nouveau Audin. Même après avoir rengainé son épée, il ne le quittait pas des yeux.
« Je crois que mon adversaire était peut-être le plus fort de tout l’ordre de chevalerie. Il me faut du temps. Du temps. »
Magroon ne s’y intéressait pas du tout. Que ce soit Ragna ou non, ça lui était égal. Il était simplement stupéfait qu’il existe des gens comme ça en dehors de la famille. La technique du barbare qui l’avait envoyé au tapis l’avait sincèrement impressionné, et il ne songeait qu’à l’étudier.
Il voulait trouver un coin tranquille où s’isoler pour se plonger dans l’étude de l’épée.
J’ai perdu.
Pour surmonter une défaite, il fallait l’étudier.
C’était ainsi que Magroon voyait les choses.
« C’est lui. Ragna Zaun. Le chef de famille te réclame. »
Grida le répéta. Enkrid ne reçut pas un choc foudroyant, mais il commençait à comprendre.
Certaines personnes avaient beau regarder quelqu’un, elles n’arrivaient pas à se souvenir correctement de son visage. Grida était de celles-là.
Jaxon ne savait pas quoi répondre. Il n’avait jamais vécu pareille situation.
« Pardon ? Ragna est allé voir Aetri pour faire aiguiser sa lame. »
Kraiss intervint sur le côté.
« Ah ? »
Grida pencha la tête. Aux yeux d’Enkrid, elle n’avait pas l’air du genre à cacher ce qu’elle pensait.
Elle avait elle-même décrit Ragna comme un blond aux yeux rouges. Comment pouvait-elle encore confondre les visages ?
Il ne comprenait pas sa logique et n’avait pas envie de la comprendre. Mais une chose était sûre.
Tout comme Ragna ne savait pas retrouver son chemin, cette femme ne savait pas se souvenir des visages.
Elle avait donc oublié le sien, elle aussi.
C’était la première fois de sa vie qu’une femme le regardait une fois et l’oubliait aussitôt.
Ça ne le dérangeait pas particulièrement, mais c’était un fait.
« Ce n’est pas lui. »
Enkrid intervint pour tirer les choses au clair. Grida insista encore quelques fois, puis finit par accepter.
« Même moi, je me trompe parfois. »
Cette seule phrase suffit à convaincre Enkrid que cette femme était la sœur de Ragna.
* * *
« Il a insisté pour revenir seul du marché, alors nous avons perdu sa trace. Impossible de savoir où il se trouve en ce moment. »
Le soldat qui l’avait accompagné avait essayé de l’en dissuader, mais s’il y avait bien quelqu’un qu’on ne pouvait pas arrêter, c’était Ragna. Entre le marché et les baraquements, il s’était égaré quelque part, et nul ne savait où.
Kraiss venait d’annoncer cette mauvaise nouvelle à ceux qui étaient venus chercher Ragna. Ils étaient là pour lui et devaient l’emmener avec eux ; voilà ce qu’il avait appris en se renseignant.
« Ragna a toujours été incapable de retrouver son chemin, même quand il était petit. »
Grida le dit en hochant la tête, si imperturbable qu’on aurait cru que le retrouver n’avait rien d’urgent. Les deux autres s’en moquaient complètement.
Odinkar, l’un d’eux, avait désormais étendu son attention à d’autres qu’Audin. Il laissait discrètement son esprit combatif se tourner aussi vers Enkrid. Quant à l’autre, dès que Kraiss eut fini de parler, il demanda :
« J’aimerais pouvoir m’isoler un moment dans un endroit tranquille. Ce serait possible ? »
Aucun des deux autres ne l’en empêcha. C’étaient des gens qui se contentaient de dire ce qu’ils voulaient, chacun de leur côté.
« Mais qu’est-ce qu’ils foutent là, au juste ? »
Rem exprima tout haut ce que tout le monde pensait. Kraiss faillit répondre « C’est exactement ce que je me demande », puis se ravisa.
Jaxon croisa les bras et les engloba tous les trois dans son champ de perception.
Il ne faisait aucun doute qu’il comptait les tailler en pièces ou les poignarder si les choses tournaient mal. Les trois l’avaient clairement compris et ne s’en formalisaient pas le moins du monde.
C’était franchement déconcertant.
Zaun. Ceux qui savaient connaissaient cette famille.
Depuis des générations, dans le nord, la famille avait produit quelques chevaliers, qu’on appelait les chercheurs de l’épée. Parmi les mercenaires et aventuriers itinérants, certains avaient été formés par la Maison Zaun. C’était peut-être pour une raison semblable que Barnaas, le général homme-bête d’Azpen qui avait mené des guerres, avait reconnu Ragna au premier coup d’œil.
Mais comme Barnaas l’avait repéré uniquement grâce à son talent, il se pouvait aussi que ce ne fût qu’un heureux hasard.
Enkrid avait parcouru le continent comme mercenaire et guide, mais à l’époque, son niveau était pitoyable. Ensuite, il avait passé tout son temps à la Garde-frontière. Pour lui, le nom de Zaun évoquait seulement le lieu où Ragna était né et avait grandi.
Il était donc étrange de penser que trois personnes aussi douées à l’épée appartenaient à une seule famille.
Il aurait compris s’il s’était agi d’un ordre de chevalerie. S’ils étaient venus de l’Empire, il l’aurait facilement admis. S’ils venaient de la Grande Puissance du Sud, cela lui aurait paru tout aussi naturel.
Mais une famille, c’était autre chose. Au bout du compte, ces gens étaient unis par le sang.
Comment était-ce possible ? Une lignée ? Le pouvoir de l’hérédité ?
Il avait entendu dire que ceux qui portaient le sang des anciennes familles royales naissaient avec des dons exceptionnels. Ils pouvaient, par exemple, déplacer des objets par la seule pensée ou lire dans l’esprit d’autrui.
Il avait aussi entendu dire que la première magie était née des lignées. Il tenait la plupart de ces informations d’Esther.
Existe-t-il une lignée qui rend habile à l’épée ? Une lignée qui fait de quelqu’un un chevalier ? Le talent est-il fixé dès la naissance ? Le destin, et non l’effort, est-il la seule réponse ?
Y avait-il quelque part un ancien royaume, ou une lignée qui s’était perpétuée en secret jusqu’à nos jours ?
Ce n’est pas ça.
Même si c’était la vérité, Enkrid prouverait le contraire avec son propre corps. À part le Chevalier de la Fin des Guerres, c’était l’une des choses qu’il voulait accomplir : prouver que le talent seul ne suffisait pas.
Là où il en était aujourd’hui, il ne pouvait pas prétendre en être la preuve.
Je recommence cette journée.
Une malédiction, mais aussi une bénédiction. Il ne reniait pas ce qu’il en avait tiré, mais ne voulait pas affirmer que c’était la seule voie pour dépasser le talent.
Ne rétrécis pas ton champ de pensée.
Un combat, une idée : tout pouvait prendre un autre sens selon l’angle sous lequel on l’abordait.
« Enki, tu vois le champ de bataille d’un point de vue trop étroit. »
Il croyait presque entendre la voix de Ruagarne. Il prit son enseignement pour point de départ et s’efforça d’élargir sa façon de penser.
Alors, l’une des choses que son corps lui avait enseignées lui revint d’elle-même à l’esprit.
Une méthode d’entraînement bâclée, un raccourci, ne produisait jamais qu’un résultat inachevé.
Y avait-il vraiment une si grande différence entre le chevalier chimère créé par le comte Molsen et un chevalier formé à Azpen ou dans la cité sainte de Legion ?
Remodeler un corps pour lui donner l’apparence d’un chevalier ou s’enivrer de toute-puissance ne faisait pas de quelqu’un un chevalier. Utiliser la Volonté ne suffisait pas non plus.
Il fallait avancer à tâtons par soi-même. Ce n’était qu’à cette condition que cela avait un sens.
Les autres pouvaient influencer les choix auxquels on décidait de se consacrer, mais si l’on vivait selon les décisions d’autrui, le bourgeon de la Volonté ne pouvait jamais devenir une Fleur.
Alors, qu’est-ce qui avait permis à ces trois-là d’atteindre le niveau qu’ils avaient montré ? Ils avaient eux-mêmes dépassé le stade du bourgeon. Il avait fallu autre chose que le talent. Quoi donc ?
« Nous venons de la Maison Zaun. Certains d’entre vous ne nous connaissent sans doute pas très bien, mais disons que c’est une famille où se rassemblent ceux qui manient l’épée. »
Grida se présenta à sa façon, puis Kraiss ajouta ce qu’il savait de son côté.
Rien qui s’éloignât des rumeurs déjà répandues.
Une tradition transmise de génération en génération ?
Qu’était-ce donc, une tradition ?
Une philosophie transmise au fil du temps. Une famille portant le nom de Zaun devait bien avoir quelque chose à transmettre.
Rem disait que ces gens étaient bizarres, Odinkar Zaun continuait de provoquer, et Jaxon commençait à perdre patience.
« Un système bien établi. »
Enkrid marmonna. Sa voix porta assez pour que tous les regards se tournent vers lui. Voilà pourquoi la Maison Zaun produisait des chevaliers de génération en génération.
Autrement dit, ils avaient parcouru une voie qu’Enkrid devait encore emprunter.
Ruagarne fut le premier à comprendre.
« Bien sûr. Ça se tient. »
Lui non plus n’avait jamais rencontré de membre de la Maison Zaun. Cette famille était dissimulée derrière un brouillard de rumeurs.
Mais il suffisait de les voir en personne pour comprendre. Ces trois-là venaient de la même famille et tous trois étaient des chevaliers.
Cela n’aurait pas été possible sans un système bien établi.
Et alors ? Rem dit ce qu’il avait à dire.
« On les fout dehors ? »
Cette attitude qui revenait à leur laisser le choix fit montrer les crocs à Odinkar. C’était un défi. Son esprit combatif le disait clairement. Rem ne put se retenir et posa la main sur sa hache, tandis que Jaxon empoignait une dague à l’abri des regards.
Kraiss sentit le changement d’atmosphère lui hérisser la peau. Son anxiété allait et venait comme un pendule.
Ce foutu incapable de s’orienter.
Il maugréa contre Ragna et lança un regard à Enkrid, mais le commandant ne montrait aucun signe d’intervenir.
Audin aurait peut-être pu les aider, mais ce jour-là, il avait l’air d’un Homme-bête ours prêt à déchiqueter quelqu’un.
Kraiss réfléchit un instant.
S’ils tuaient ces trois-là, qu’est-ce que ça leur apporterait ? Rien.
Alors, il fallait les laisser régler ça eux-mêmes ? Il hésita un instant, puis fit preuve de sagesse.
« Je m’en vais. »
Il n’avait qu’à regarder ailleurs. Ils pouvaient se débrouiller seuls. De toute façon, les Chevaliers fous échappaient à son contrôle. Pour préserver sa santé mentale, il tourna les talons et s’éloigna.
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