Chapitre 664
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 664 : Te voilà de retour, espèce d’elfe cinglée
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« Un cadeau, tu dis ? »
marmonna Rem.
Il avait dit ça parce qu’elle avait dégainé Naidhl et se tenait comme si elle s’apprêtait à charger. Comme pour lui répondre, Sinar prit la parole.
« Si c’est un cadeau pour un fou, alors c’est forcément un duel, non ? »
Ah. Pas faux.
Ses paroles avaient un rythme qui aurait pu passer pour une chanson si on les avait mises en musique. Sa voix était claire et belle, comme une goutte de pluie tombant dans un lac paisible.
Depuis qu’ils avaient été saccagés une fois, les quartiers avaient été déplacés un peu plus loin du terrain d’entraînement. Casser des choses puis les réparer, ça allait, mais Kraiss n’allait certainement pas rester là à regarder les kronas partir en fumée aussi bêtement.
La lumière ruisselait sur le terrain d’entraînement, niché dans un coin des baraquements lorsqu’on les observait d’en haut, à quelque distance des quartiers principaux.
« Ne la prends pas à la légère, ou tu le regretteras, ma sœur. »
C’est ce que dit Audin.
C’était la fin d’un après-midi chaud et ensoleillé. Le pollen des fleurs sauvages flottait depuis l’autre bout du terrain, et une brise légère portait un mélange de senteurs d’herbe et de fleurs.
La saison était telle qu’on pouvait s’assoupir en restant simplement allongé, et qu’une courte promenade suffisait à vous remonter le moral.
Les deux personnes qui se tenaient alors sur le terrain étaient d’excellente humeur. Enkrid se réjouissait à l’idée d’un cadeau, tandis que Sinar était simplement ravie d’être de retour.
Au centre du terrain, Sinar montra clairement à tous qu’elle avait beaucoup changé. Le premier signe en fut un sourire. Ses lèvres s’entrouvrirent, et un léger sourire s’y dessina.
Un sourire pareil aurait suffi à inspirer un garde du corps prêt à mourir pour elle.
Heureusement, personne ici n’était du genre à se porter volontaire pour cette tâche sur la seule foi d’un sourire.
« Elle sourit ? »
« Elle sourit ? »
Rem et Ragna la fixèrent tour à tour, incrédules.
« Tu as appris à sourire, ma sœur. »
Audin lui rendit son sourire.
« Ça te va bien. »
Teresa le dit, sincèrement surprise.
« Hein ? »
Ropord eut un instant le vertige, puis reprit ses esprits.
« Elle est possédée par un Esprit maléfique ? »
marmonna Fell, résistant au sort qui embrumait son esprit. Même sans pouvoir magique, un sourire pareil aurait tout aussi bien pu être de la magie.
Le continent ne manquait pas d’exemples.
Le plus célèbre était l’histoire de Pelor le peintre et de Zelor l’alchimiste. Les deux frères étaient tombés amoureux de la même villageoise au même moment, et l’on disait qu’elle était si belle que n’importe quel roi, en posant les yeux sur elle, l’aurait aussitôt faite reine.
Le peintre et l’alchimiste le savaient tous les deux.
Puis un prince la vit, puis le roi, et enfin le noble le plus puissant du royaume.
Le roi, qui la voulait pour lui seul, tua son propre fils, jeune et beau. Le noble, lui, fit la guerre au roi pour l’obtenir.
Alors que la ville brûlait et que le royaume était au bord de l’effondrement sous le poids de la guerre civile, Zelor, désespéré, fit ce qu’il n’aurait jamais dû faire. Il prépara une potion appelée philtre d’amour et la lui fit boire. Elle en mourut.
Pelor fut si accablé par le chagrin qu’il ne mangea, ne but ni ne dormit, et passa une quinzaine de jours à peindre avant de mourir.
Ce tableau devint le célèbre Portrait de Dortea, une œuvre légendaire dont on disait qu’elle rendait tout homme qui la contemplait incapable d’en détacher les yeux, consumé par le désir de la posséder.
« Moi, la Sorcière dorée, je n’ai pas encore perdu. »
C’était l’elfe qui parlait, celle qui aurait sans aucun doute poussé Pelor ou Zelor à risquer de nouveau leur vie.
Et la suite de ses paroles montra qu’elle avait eu vent des rumeurs, alors qu’elle venait à peine d’arriver.
Mais c’était logique. Le clan d’elfes qui avait émigré avait gardé les oreilles grandes ouvertes et la bouche fermée depuis tout ce temps ; ils savaient donc beaucoup de choses.
En particulier tout ce qui concernait l’idole qui avait sauvé leur peuple, cela va sans dire.
Quand Enkrid sortait en ville, des elfes se glissaient discrètement dehors, juste pour le regarder. Jaxon les avait surpris à plusieurs reprises.
Certains avaient même tenté d’envahir ses quartiers en masse avant l’arrivée de leur reine, mais chaque tentative avait échoué.
Entrer dans les quartiers où logeait Enkrid n’avait rien de simple, et aucun elfe n’avait réussi à tromper les sens de Jaxon ni à franchir le rempart magique dressé par Esther.
Puisqu’ils ne pouvaient pas agir directement, tous les elfes du clan avaient tendu l’oreille et recueilli le moindre brin de nouvelle qui circulait autour d’eux.
« Partout, on raconte que la Fleur Noire a gagné. »
Dès que Sinar l’avait appris, son retour au pas de course était devenu inévitable.
Quoi qu’il en soit, en apercevant Naidhl, Enkrid réfréna son excitation et fixa la lame du regard.
Il se rappela la Sinar d’autrefois, celle qui lui avait remis l’Épée des Quatre Saisons, et celle qui avait été capturée par le démon.
Sinar leva Naidhl et la fit tournoyer mollement au-dessus de sa tête. Quand elle tapota la lame de petits coups, le vent autour d’elle changea de direction et l’odeur des fleurs s’évanouit.
Elle prit appui au sol et se mit en mouvement. Les pas des elfes étaient toujours rapides.
Aux yeux d’Enkrid, elle sembla soudain grandir, et il étira aussitôt le temps en accélérant sa pensée avant de brandir son épée.
La pointe de la lame de Sinar s’abattit alors sur le sommet de son crâne. Dès qu’il la vit, il pivota des hanches et tourna la tête. Il esquiva par réflexe. Les pieds toujours au sol, il prit appui de toutes ses forces, dépassant les limites humaines.
Son corps glissa de côté dans un mouvement long et fluide.
Pour n’importe quel spectateur, la manœuvre aurait été remarquable. Pourtant, il ne parvint pas à esquiver complètement la lame. Le coup n’était pas mortel, mais même en tenant compte du fait qu’il s’agissait d’un duel amical, Enkrid sentit le choc lourd de la lame qui effleura son épaule.
Comment ?
Entre les lames qu’il pouvait voir, il y en avait une autre qu’il n’avait pas sentie. Une entaille qui lui évoquait à la fois la frappe écrasante de Ragna et l’estoc silencieux de Jaxon.
« Douce Brise d’hiver. »
Sinar prononça ces mots et s’arrêta.
Enkrid la regarda. Elle le regarda en retour.
Il sentit une légère chaleur émaner de tout le corps de Sinar.
Elle avait serré les dents et préparé ce cadeau. Elle ne se serait pas avancée sans maîtriser un véritable talent.
Elle l’avait vu affronter le Tueur unique et, depuis, s’était entraînée chaque jour jusqu’à s’en taillader les os pour parvenir à sa hauteur.
J’ai baissé ma garde.
Il ne s’était pas enivré d’un sentiment de toute-puissance. Il n’avait pas fait preuve d’arrogance. Il avait simplement sous-estimé Sinar.
Si je peux changer, les autres aussi.
Il l’avait déjà appris de Rem. Pourquoi l’avait-il oublié ? Voilà ce qu’était l’insouciance. Enkrid le comprit enfin.
L’elfe qui se tenait devant lui était un génie parmi les génies, le plus grand talent que son clan eût jamais produit.
Sinar avait bel et bien hérité du talent de sa mère comme de celui de son père. Seule la lenteur, propre aux elfes, de leur rapport au temps l’avait retenue.
Parce qu’ils vivaient si longtemps, les elfes en payaient le prix en perdant leur passion. Une seule fois dans leur vie, leur étincelle s’embrasait. L’Igniculus.
Le changement de Sinar était donc tout naturel. Son Étincelle brûlait encore.
« Comment as-tu fait ? »
C’était celle qui avait allumé cette flamme qui le lui demandait.
« Où serait le plaisir si je te racontais tout ? »
répondit Sinar d’un air malicieux. Sa beauté donnait tant de force à chacun de ses gestes que même cette remarque avait l’air élégante, plutôt que suffisante.
Enkrid repassa la scène dans sa tête et parvint à une conclusion.
Un style de combat extrême, axé sur les coups mortels. Voilà ce qu’était l’escrime de Sinar. C’était ce qu’elle avait peaufiné, et cela avait toujours constitué le cœur de son talent.
Plus encore, c’était une contre-attaque soigneusement conçue, élaborée après des jours de réflexion pour contrer directement l’Épée qui bloque les vagues.
C’était sans doute l’une des raisons pour lesquelles la migration avait été retardée.
« J’ai failli devenir une fleur arrachée à sa branche avant d’avoir pu éclore. »
Parlait-elle de son escrime ? Intrigué, Enkrid demanda :
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« La même chose que devenir un fruit qui n’a jamais mûri. »
Enkrid pencha la tête. Y avait-il un sens caché là-dessous ?
Sinar le regarda, puis se montra plus directe.
« Ça veut dire que j’ai failli devenir veuve sans même avoir passé ma nuit de noces. »
Une blague d’elfe pur jus, qu’il n’avait pas entendue depuis un bon moment.
« Te voilà de retour, espèce d’elfe cinglée. »
Rem le dit avec une sorte d’admiration. Revenir après tout ce temps et sortir ça d’entrée de jeu, c’était vraiment impressionnant.
« Recommençons. »
Comme toujours, Enkrid balaya la plaisanterie d’un geste, sans hésiter et de bonne humeur.
« Si je gagne, je peux t’épouser ? »
Sinar était une elfe qui ne renonçait jamais, surtout quand il s’agissait de plaisanter. Elle ne se souciait pas de la réaction de son interlocuteur.
« Tu es sérieuse ? »
« Non, je ne te forcerais pas. Ce ne serait pas une nuit agréable. »
Elle semblait avoir gagné en audace depuis qu’ils s’étaient débarrassés du démon, et ses plaisanteries étaient un peu plus osées. Mais indépendamment de cela, son talent et sa technique étaient bien réels.
Quand il s’agissait de parler de nouvelles techniques d’épée et de la prochaine étape à franchir, Sinar lui adressait une sorte de remontrance : commence par perfectionner ce que tu as déjà.
La complaisance volait en éclats. L’orientation de sa réflexion changeait. Était-ce frustrant ? Non, c’était encore plus plaisant. Ces moments où l’on transpirait et où l’on progressait, chaque pas en avant, ce temps passé aux côtés de gens capables d’argumenter avec profondeur et conviction.
Tout cela était infiniment bon.
Ce jour-là, Sinar répéta la même technique trois fois de plus, puis secoua la tête.
« Encore, et je serai épuisée. Petite pousse. »
« C’est quoi, ce surnom ? »
Enkrid en resta bouche bée.
« Je reconnais que tu es mon aîné. Et ce n’est pas toi qui seras épuisé, mais moi. Ah, si je m’effondre de fatigue, tu me prendras encore dans tes bras ? Cette étreinte était très chaleureuse. »
Sinar poursuivit, ravie, la langue plus acérée que l’épée. Enkrid ne prit pas la peine de rivaliser avec une langue aussi inspirée. Un bon tacticien savait quand combattre et quand s’abstenir.
Épée en main, il lui arrivait de charger tête baissée. Mais dans une bataille de mots, Enkrid était un vieux routier, vétéran de cent campagnes.
Il battit en retraite de manière tactique et se tut.
Ce soir-là, tout le monde se réunit et, comme ils étaient au complet, ils firent rôtir un cochon entier. Le repas était l’œuvre de Kraiss.
« On se croirait à un repas de compagnie. Faire rôtir un cochon entier, c’est exactement ce qu’il faut. »
L’appétit de ceux qui étaient devenus chevaliers n’avait rien à voir avec celui des gens ordinaires. Même un cochon entier ne suffirait probablement pas à nourrir tout le groupe.
Même Jaxon, qui semblait manger peu à première vue, avalait de sacrées portions aux repas.
Ils dépensaient simplement une énergie différente.
À la longue table dressée devant les nouveaux quartiers, Enkrid sentit toute l’attention de Kraiss.
En gros, ça veut dire : « Si vous en avez assez de vous entraîner, venez manger ici. »
On avait construit un réfectoire à part, et dehors se trouvait aussi une table en pierre. C’était celle-ci qui se dressait devant lui.
Ébréchée et fissurée par endroits, mais toujours utilisable, c’était un bloc de pierre massif, sans la moindre prétention esthétique.
Il comprit ainsi une chose : l’attention de Kraiss s’étendait même au mobilier abîmé.
« Si je vous demande d’arrêter de dégainer vos épées au milieu des repas, vous m’écouterez ? Non. Alors, à partir de maintenant, vous mangerez à l’écart des soldats. »
Kraiss n’avait pas vraiment dit ça, mais recevoir ses attentions, c’était presque comme l’entendre.
Ces derniers temps, Kraiss était très occupé.
Il était question de demander aux elfes d’aider à creuser un autre puits. En plus de cela, il s’occupait d’accords commerciaux et tentait de finaliser un nouveau contrat avec la cité marchande.
Et apparemment, ce n’était pas tout : on disait qu’il discutait aussi avec l’État sacré. Enkrid avait entendu parler du projet et pouvait deviner les intentions de Kraiss, mais tout cela l’ennuyait.
Il avait apposé son sceau sur quelques documents, à plusieurs reprises. Une chose était sûre : il ne s’intéressait pas à tout ça.
Dernièrement, il avait eu envie de confier entièrement tous ses pouvoirs au châtelain.
Cela dit, Graham, le châtelain, ne devait pas être particulièrement désireux de les recevoir.
N’y avait-il vraiment personne qui convienne à ce genre de travail ? Il devait bien y avoir quelqu’un. Sinon, Kraiss en ferait les frais, et il trouverait bien une solution.
Tandis que tout le monde mangeait et buvait, la conversation porta naturellement sur les techniques et l’escrime.
Parmi ces sujets, le système de chevalerie qu’Enkrid avait récemment établi devint tout naturellement le thème le plus discuté.
Jusque-là, ils n’avaient pas eu l’occasion de se réunir tous ensemble. Chacun avait parlé séparément avec Enkrid, mais c’était la première fois qu’ils s’asseyaient tous à la même table pour en discuter.
Puis la conversation se tourna vers l’art de manier l’épée avec naturel, sans s’enfermer dans les techniques ou les spécialités qui définissaient un chevalier de haut rang. Rem prit la parole le premier.
« Frapper avec naturel, tu dis ? Qu’est-ce qu’il y a à dire ? Comme je l’ai déjà dit, tu frappes, c’est tout. Tu frappes. »
Rem ouvrit le bal et, après avoir tout entendu, Enkrid distingua clairement la qualité propre à chacun d’eux.
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