Chapitre 663
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 663 : Un prix et un cadeau
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Azpen comme l’État sacré avaient tenté de former leurs propres chevaliers, avant de découvrir que les raccourcis avaient leurs limites. Face à de simples soldats, ces chevaliers fabriqués à la va-vite restaient redoutables. Mais ils ne faisaient pas le poids contre de véritables chevaliers.
Enkrid ignorait tout de ce contexte, mais il avait malgré tout choisi la bonne voie. Son instinct lui avait fait comprendre la situation ; il n’avait pas à s’en préoccuper.
Il avançait selon la théorie qu’il avait bâtie au fil du chemin déjà parcouru.
Ropord et Fell se tenaient devant lui, les lèvres serrées, et l’observaient.
« Si je te le demandais encore, ta réponse changerait-elle ? »
Enkrid posa de nouveau la question. Rien de tel que de réaffirmer sa détermination.
« Non. Je veux en devenir un. »
« Tu peux me le demander trois fois, ma réponse restera la même. Si tu t’inquiètes de mon talent, eh bien, de ton point de vue, c’est peut-être justifié. Mais je ne compte pas m’arrêter là. »
Ropord répondit sans détour. Fell se hérissa un peu, mais Enkrid hocha la tête comme si cela lui était égal.
Ropord serra les dents. Il avait beau ne pas être doué pour les joutes verbales, il n’allait pas se laisser distancer sur ce terrain-là.
S’il existait une voie pour devenir chevalier, il l’emprunterait. Quel que soit l’entraînement qu’on lui proposerait, il s’y soumettrait.
La détermination de Ropord brillait comme une étoile.
Celle de Fell n’était pas différente.
Moi aussi, j’ai du talent. Pas autant que le capitaine, mais j’en ai.
On disait que le Tueur d’idoles finissait par dévorer son propriétaire. Il s’en était pourtant emparé, convaincu de pouvoir le dompter. Il allait donc le prouver. Les Bergers du Désert s’arrêteraient-ils pour si peu ?
L’endurance et la maîtrise de soi étaient les vertus fondamentales d’un berger. Sa détermination était amplement suffisante.
N’importe qui pouvait le voir. Enkrid rassembla ses pensées et prit la parole.
« Posez vos armes. »
« … Pardon ? »
Tendu à craquer, Ropord réagit à ces mots inattendus.
« Désarmez-vous. »
Enkrid répéta sa consigne. Les deux hommes sentirent monter en eux une vague appréhension.
Fell et Ropord échangèrent un regard en coin. Un entraînement à mains nues ? La Technique d’isolement ? Ils en avaient déjà fait des tonnes.
Pendant ce temps, Ann était entrée au terrain d’entraînement, dès le matin.
« Pourquoi tu fais venir quelqu’un d’aussi occupé ? »
« Pour te donner du travail. »
« Qu’est-ce que tu mijotes, au juste ? »
Seiki arriva derrière Ann, sautillant d’un pas léger. Le Saint Homme en haillons marchait à ses côtés.
« Si je les guide, ils progresseront plus vite, dit le Saint Homme. »
Les guider vers quoi, exactement ?
« Laisse-moi essayer d’abord, dit Seiki. »
Essayer quoi, exactement ?
La même question traversa l’esprit de Ropord et de Fell au même instant.
Audin apparut aux côtés d’Enkrid, une massue de fer à la main. Elle paraissait petite dans sa poigne, mais dépassait en épaisseur l’avant-bras d’un homme adulte : une arme tout ce qu’il y avait de plus sérieux. Et Audin n’était pas le seul à en porter une. Rem aussi en avait une.
« J’étais contre cette idée, dit Ruagarne depuis quelque part à proximité. »
« J’ai choisi de suivre une autre voie, ajouta Teresa. »
Ropord éprouva le même instinct que lorsqu’il était enfant, à l’instant où sa mère avait découvert le drap qu’il avait mouillé et caché.
Ça sent mauvais.
Fell ressentit quelque chose de semblable. Il repensa au jour où on l’avait surpris en train de voler le vieux fromage que l’ancien gardait précieusement, à l’époque où il était berger.
Ça sent vraiment mauvais.
Tous deux sentirent leur instinct s’aiguiser comme une lame.
« Ils ont dit que leur détermination était suffisante. Alors, s’ils s’enfuient, battez-les et ramenez-les. Ragna, Jaxon. »
« Ça me va. »
« Je ne leur couperai pas les chevilles. »
Les voix de Ragna et de Jaxon retentirent derrière eux. La sortie était bloquée.
Ropord se retourna et croisa le regard de Ragna.
Il savait à quel point Ragna était impitoyable pendant les combats d’entraînement. Pourtant, celui-ci le regardait à présent avec une expression presque compatissante.
« Monsieur Ragna ? »
« Accepte ton sort, trancha Ragna, coupant court à la question. »
Fell comprit que s’il devait y avoir un moment pour agir, c’était maintenant ou jamais.
« On se tire ! »
Il cria, mais il était déjà trop tard. Que pouvaient-ils faire, maintenant que le cœur des Chevaliers fous était réuni au même endroit ?
Peu après, ils posèrent leurs armes et se tinrent devant Enkrid, déchaussés et vêtus d’une simple tunique légère.
La massue à la main, Rem affichait un sourire jusqu’aux oreilles.
« Ah, je déteste vraiment ce genre de choses. Je déteste ça à un point… C’est bien la dernière chose que j’ai envie de faire, mais qu’est-ce que tu veux. »
« C’est pour votre bien, à vous deux, dit Audin. »
« On commence par vous rouer de coups de la tête aux pieds, annonça Enkrid. »
« … Qu’est-ce que tu viens de dire ? »
Fell refusait d’accepter la réalité.
« Audin. »
« Oui, frère. Je suis prêt. »
Tout commençait par le fait de tirer la Volonté de l’inconscient. Il suffisait de se faire rouer de coups assez longtemps pour qu’elle se manifeste. Enkrid en était convaincu.
Être battu à deux doigts de la mort pourrait même rendre la méthode plus efficace.
« Putain, vous êtes tous cinglés ou quoi ? »
Fell protesta encore une fois. Ropord baissa la tête et se résigna. Enkrid discernait pourtant nettement la différence de tempérament entre eux.
Ropord avait vite compris et accepté qu’il n’y avait pas d’issue. Fell l’avait su d’instinct, mais se contentait de le nier.
Paf.
« Ouh ! »
Un seul coup suffit à faire plier les jambes de Fell. Voilà à quel point la frappe était précise. Rem s’était entraîné avec acharnement pour surpasser Enkrid, et il maîtrisait parfaitement sa force.
Audin était un vétéran qui avait fait carrière en rouant le corps d’Enkrid de coups. Il ne s’était pas contenté de s’y habituer depuis longtemps : il était tout simplement doué pour ça.
La massue siffla et s’abattit sur l’épaule de Ropord.
Crac.
« Aaaah ! »
Un cri s’arracha de la gorge de Ropord. Les massues s’attaquèrent ensuite à tout le corps des chevaliers juniors. Après les avoir roués de coups pendant un bon moment, Rem prit la parole.
« Ça ressemble plus à la mise en place d’un système de punition qu’à un système d’entraînement, non ? »
Tout Rem, ça : les battre à fond avant de faire son commentaire. Et il n’avait pas tout à fait tort.
Dis-le avant de nous frapper, sauvage.
Ropord et Fell eurent la même pensée, parfaitement d’accord pour une fois, mais aucun des deux ne l’exprima.
Le lendemain, puis le jour d’après, ils reprirent le même rituel.
« Si tu en as envie, une place t’attend toujours, dit Enkrid à Teresa, qui se tenait un peu à l’écart. »
« Ça ira. »
Teresa déclina sans même prendre le temps de respirer. Ce n’était pas faute de détermination.
Elle n’avait pas encore trouvé les mots pour l’exprimer, mais elle avait déjà découvert sa propre voie. Elle était très différente de la leur.
Les coups ne servaient, au sens propre, qu’à aiguiser les sens d’une personne. Pour cela, elle n’avait pas besoin de se faire matraquer.
Ensuite, Enkrid guida les deux hommes sur la voie.
Pas de conseils vagues du genre « frappe fort ». Il leur parlait en homme qui avait réellement gravi la montagne, du pied jusqu’au sommet, pas à pas. Et même en homme qui avait défriché le chemin et y avait planté des panneaux indicateurs.
« Tu veux contrer les éclairs d’instinct de Fell avec une méthode similaire ? Trouve ta propre façon de les bloquer, dit Enkrid à Ropord, avant de se tourner vers Fell. »
« Et toi, c’est pareil. N’essaie pas d’avoir un coup d’avance en devinant les calculs de Ropord. Ne prédis rien : renverse carrément l’échiquier. Que tu te serves de tes capacités physiques ou que tu fasses quelque chose qu’il n’aurait jamais vu venir, peu importe le moyen, fais-le. »
L’idée était simple.
« Inutile de donner un arc à quelqu’un qui manie bien l’épée. »
Rem, qui écoutait à côté, hocha la tête.
« C’est vrai. C’est pour ça que j’ai donné une hache à tous les soldats de mon unité. Ça leur convient. »
La comparaison était un peu tirée par les cheveux, mais pas fausse. De l’extérieur, les hommes de Rem semblaient téméraires, mais leur force de percée était exceptionnelle.
Ragna, Audin et même Jaxon écoutèrent attentivement les propos d’Enkrid.
Offensive, endurance, polyvalence. Telles étaient les trois grandes catégories, elles-mêmes subdivisées en type technique et type physique. Mais, pour l’instant, il semblait plus juste de les répartir selon l’instinct et le calcul.
Ou bien on pouvait simplement intégrer l’instinct et le calcul aux catégories existantes.
Aucune théorie n’était parfaite. Il croyait seulement qu’en réglant les choses une à une, une voie finirait par se dessiner.
« C’est vraiment fiable, cette méthode ? demanda Fell, couvert de bleus. »
Enkrid était honnête de nature, même sans influence elfique. D’autant qu’il n’avait aucune raison de mentir.
« Non. »
« Alors ? »
« Je crois que ça marchera. »
Fell grinça des dents. Un craquement retentit.
« Attends un peu que je devienne plus fort que toi. »
La rancune qui perçait dans ces mots rivalisait avec celle de n’importe quel Esprit maléfique. Si Fell mourait sur-le-champ, l’esprit qui naîtrait de lui serait peut-être du genre à dévorer les démons.
Un esprit vengeur ?
Non, ça ne colle pas.
Enkrid y réfléchit puis secoua intérieurement la tête. Ropord le regardait de ses yeux sombres, insondables, résigné, puis raviva une fois de plus sa détermination.
D’après ce qu’Enkrid voyait, Ropord semblait calme en apparence, mais détestait farouchement perdre.
La personnalité pouvait aussi servir à distinguer les tempéraments.
C’était aussi ce que recouvrait sa classification entre type physique et type technique.
Fell consacrait son temps à maîtriser des techniques. Ropord, lui, endurcissait son corps. Aucun des deux n’avait plus raison que l’autre. Ropord n’aimait pas exposer ses capacités ; il avait donc tendance à aller droit au but. Fell, au contraire, parlait librement de son talent et l’étalait sans retenue, ce qui l’orientait vers la technique.
L’escrime de ces deux-là repose sur l’instinct et le calcul.
Comme sujets d’expérience, ils étaient idéaux. Le hasard avait fait d’eux une paire aux tempéraments totalement opposés, parfaitement conscients l’un de l’autre.
Et même si l’entraînement actuel ne leur indiquait pas la voie pour devenir chevaliers, ils en tireraient tout de même quelque chose.
Au minimum, ils apprendront le Corps d’acier.
En temps normal, il fallait atteindre le rang de chevalier pour y avoir accès.
Ils doivent apprendre à l’utiliser dès le rang de chevalier junior.
La Vision du futur, le Corps d’acier, les Jambes puissantes. Tout ça.
Savoir les utiliser, c’est ce qui permet de puiser inconsciemment dans la Volonté.
La voie pour devenir chevalier. Non, le prérequis pour le devenir. On pouvait appeler ça les fondations.
Enkrid apprenait en même temps qu’il enseignait. En outre, ces deux-là remplissaient déjà, dans une certaine mesure, certaines conditions.
À l’exception du Corps d’acier.
C’était donc cette lacune qu’il fallait combler.
Selon le tempérament, on pouvait apprendre la Vision du futur ou s’en passer, mais il fallait tout de même en connaître les bases.
Pour le reste, il leur fallait les Jambes puissantes et le Corps d’acier.
La technique des Jambes puissantes était celle qui avait le plus marqué Enkrid. Comment aurait-il pu oublier cette scène sur le champ de bataille, la première fois qu’il avait vu un chevalier junior prendre appui au sol et bondir en avant ?
Ropord et Fell savaient déjà utiliser les Jambes puissantes, mais sans beaucoup de maîtrise. Il les aida aussi à travailler cet aspect.
Pousser les muscles des jambes jusqu’à la déchirure, puis répéter l’exercice jusqu’à ce qu’il soit ancré : c’était tout.
Pour ses propres raisons, Ropord formula une demande en cours de route.
« J’aimerais transmettre cette méthode d’entraînement spéciale aux soldats sous mes ordres. »
Enkrid n’était pas encore certain que ce régime d’entraînement soit une méthode fiable pour former des chevaliers, mais il croyait qu’il aiderait tout le monde.
À ce niveau, c’est une initiation, même selon mes critères d’entraînement.
Partager des méthodes éprouvées permettait de renforcer tout le monde et d’élever le niveau général. L’Armée permanente de la Garde-frontière avait suivi cette voie sans même le vouloir.
Désormais, on ne l’appelait plus l’Armée permanente. Elle était connue sous le nom d’Escouade des Fous.
« Avec une méthode, on peut voir la voie. Et quand on voit la voie, on ne dépasse peut-être pas les gens talentueux, mais on peut les rattraper. »
Enkrid le dit à voix haute, puis en retourna le sens dans son esprit. Quoi qu’il en soit, cela prendrait du temps. Pour certains, l’exercice pouvait être particulièrement fastidieux.
Mais Enkrid s’y consacrait sans bruit, comme il répétait chaque jour les mêmes exercices.
C’était l’un des points forts d’Enkrid.
« Ça n’a pas l’air barbant, mais tu veux aussi t’entraîner contre moi ? »
Ce fut un de ces jours-là qu’Esther apparut sous forme humaine pendant l’entraînement matinal. Combattre une mage était une discipline différente du combat ordinaire, mais cela ne manquait pas d’intérêt pour lui.
Il n’avait aucune raison de refuser. Il acquiesça, et Esther lui proposa de commencer tout de suite.
« Audin, prends l’entraînement en charge aujourd’hui. »
« Bien sûr, frère. »
Enkrid laissa Ropord et Fell aux soins d’Audin. Esther portait la même robe que précédemment et tenait un long bâton.
C’était la première fois qu’il la voyait avec un bâton. Il était apparu après qu’Enkrid eut récupéré le bâton de l’Apôtre et le lui eut offert. Elle avait gardé une partie du métal qui le composait et en avait détaché un morceau qu’elle avait apporté à Aetri, avait-elle expliqué.
« J’ai bien reçu ton cadeau. Alors, ce qui va suivre, c’est une sorte de retour d’ascenseur », dit Esther tandis qu’ils quittaient la ville.
Enkrid crut déceler une pointe d’embarras chez elle, mais cette attitude seyait si mal à une sorcière qu’il se dit qu’il se faisait des idées.
Lire les émotions des elfes et des sorcières n’avait rien de facile.
Ils se dirigèrent tous deux vers la chaîne de montagnes. En chemin, un soldat posté dans une tour de garde les reconnut et leur rendit le salut militaire.
« Continue tes efforts », lui lança Enkrid en passant. Esther poursuivit son chemin sans même lui accorder un regard.
« Tu te souviens comment t’y prendre contre une mage ? »
« Ouais. Je la repère et je la tranche avant qu’elle n’agisse. »
« Très bien. À partir de maintenant, voilà comment tu t’y prends contre une mage préparée. »
Hein ?
À peine Esther eut-elle prononcé ces mots qu’Enkrid sentit ses perceptions basculer. Soudain, elle ne lui parut plus à ses côtés, mais très loin.
Au même instant, il vit un géant de boue surgir du sol et tenter de lui saisir les pieds.
Seules deux mains, une tête et des épaules avaient émergé de la terre ; ses doigts lui agrippaient les chevilles.
Troubler les sens, immobiliser les pieds. Des tactiques simples, mais efficaces.
Enkrid réagit dès qu’il comprit ce qui se passait.
Il trancha le poignet du géant de boue qui lui agrippait le pied. Penna s’embrasa d’une lueur bleu pâle et sectionna le poignet de la créature magique. La boue aurait dû éclabousser les airs avant de disparaître, mais elle s’y rassembla et se transforma en filet.
Ça, je ne l’avais pas prévu.
La Vision du futur ne s’était pas activée. Son adversaire était une mage, quelqu’un qui vivait pour transformer les choses. C’était donc parfaitement normal.
« La magie cherche toujours à se transformer. Si l’adversaire peut anticiper cette transformation, autant poser son bâton et abandonner. Cela dit, j’aime bien créer quelque chose qu’il ne peut pas arrêter, même s’il l’a vu venir », lui parvint la voix d’Esther, sans qu’il sache d’où.
Enkrid lui répondit en faisant tournoyer Penna, sans un mot.
Il garda les deux pieds au sol. Tout en observant le filet fondre sur lui, il retrouva la sensation éprouvée lorsqu’il avait tranché le Feu ambulant.
J’esquive ? Non. Je n’esquive pas.
Si Esther exigeait de lui qu’il affronte l’imprévisible, la réponse était de tenir sa position et d’encaisser ce qui venait, en perturbant le moins possible son équilibre.
La magie et les sorts avaient une texture. On ne pouvait la décrire que comme la première fois qu’on perçoit une odeur.
Invisible, mais présente.
Présente, mais difficile à exprimer.
Pourtant, il la percevait et pouvait donc en saisir la texture.
C’était le fruit des innombrables jours passés à trancher des sorts et à les subir.
Plutôt que de se déplacer à l’aveuglette, Enkrid levait et abaissait à répétition son bras droit, tranchant les sorts de son épée dans un mouvement régulier.
Le filet, qui s’était changé en toile visqueuse, fut sectionné. Le tranchant de Penna ne perdait pas son efficacité sous prétexte que sa cible était un sort.
Esther lança ses incantations et enchaîna les sorts.
Elle l’avait observé attentivement et comprenait à présent. Depuis qu’il avait tranché le Feu ambulant, Enkrid avait acquis la capacité de percevoir la texture d’un sort.
Par réflexe, il en écartait et en déchirait les failles. Ainsi, la plupart des sorts n’atteignaient tout simplement pas leur cible.
Rupture de sort.
Avec un peu plus de progrès, il pourrait peut-être neutraliser la magie.
Un non-mage qui neutralise un pouvoir magique ?
Le combat d’entraînement qu’ils menaient en ce moment contribuait à rendre cela possible. Si cet homme devenait un jour son ennemi, elle lui enseignait pour ainsi dire une technique mortelle. Mais cela ne la dérangeait pas particulièrement.
Les autres sorcières et mages seraient horrifiés en voyant ça. Mais si cela les horrifiait, Esther serait la première à les critiquer.
Imaginons qu’il existe une technique pour sectionner les sorts. Alors, il fallait étudier de nouveaux sorts capables d’atteindre cet adversaire, pas empêcher la diffusion des connaissances. Quelle raison pouvait-on bien avoir de s’y opposer ?
Une bande d’idiots, tous autant qu’ils étaient.
Elle savait que certains s’étaient querellés sur ce genre de sujet pendant une période absurdement longue, mais Esther estimait que cela ne la concernait pas.
Enkrid s’entraîna contre Esther une fois par semaine. Les rumeurs sur la victoire de la Fleur Noire commencèrent à se répandre lentement dans les baraquements, quand cela arriva.
« La Sorcière dorée est de retour. »
Sinar revint au printemps, alors que la belle saison était bien installée.
« Je t’ai apporté un cadeau, fiancé. »
Son fameux titre de Sorcière dorée n’avait pas changé. Ses cheveux d’or et ses yeux verts se posèrent droit sur Enkrid.
Sans la moindre hésitation, elle sortit Naidhl et se mit à parler librement du cadeau.
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