Chapitre 662
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 662 : Un jour comme les autres
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Enkrid savait qu’il ne lui suffirait pas de brandir son épée quelques fois pour qu’une révélation extraordinaire lui tombe dessus.
Il avancerait donc pas à pas. Pour l’heure, la première chose à faire était de trouver un nom.
Appelons cela le Flux.
La base serait la technique de l’épée liée d’Aoara. Et au-delà de ça ?
Le naturel, en toute circonstance.
Comme un fleuve qui ne s’arrête jamais, qui coule sans cesse.
Pour y parvenir, il fallait manier l’épée aussi naturellement qu’on respirait.
Et comment s’entraîner ?
C’est là qu’il buta sur un mur. Comme toujours, il avait atteint les limites de son talent, mais cela ne faisait que le réjouir.
Enkrid était le genre de fou à se réjouir de rencontrer un mur, même quand il ne le voyait pas, simplement parce qu’il savait qu’il pourrait le franchir. Cette fois, il le voyait, tout près, à portée de main. Et ce n’était que le début. Il savait déjà ce qui l’attendait de l’autre côté. Chacun de ses compagnons avait parcouru ce chemin avant lui.
Ce n’était pas une différence de quantité, mais de qualité.
Cette idée le frappa de plein fouet. Des frissons lui parcoururent le corps, un éclair d’exaltation lui traversa le cœur et lui remonta jusqu’à la tête, et une joie pure jaillit de lui sans retenue.
Oh.
Ça allait être si amusant qu’il en deviendrait fou.
Pas qu’un chemin limpide se soit déjà dessiné. Pour l’instant, tout ce qu’il pouvait faire, c’était manier son épée. Alors il s’y employa. Il la brandit, tout droit, sans réfléchir, encore et encore.
Il ne connaissait qu’une seule chose, ne faisait que cette seule chose, et pourtant son sourire ne quittait pas son visage. Il maniait son épée comme un garçon qui tombe amoureux pour la première fois.
« Il a perdu la tête ? » demanda le Saint Homme en haillons, avec une inquiétude sincère dans la voix.
Pourquoi cet homme s’était-il mis tout à coup à marmonner tout seul, avant de sortir manier son épée avec un sourire pareil ?
Qu’est-ce que c’est que ça ? C’est flippant.
Quelque chose de ce genre n’aurait pas détonné.
Enkrid n’entendit pas un mot des marmonnements du Saint Homme en haillons, mais tous les autres acquiescèrent.
« Enfin, rien de nouveau. Il a toujours été cinglé. »
« Il finit toujours par revenir à lui, alors ne t’inquiète pas trop. »
« Ça va passer. C’est juste une phase. »
Rem, Ragna et Audin avaient tous entendu et répondirent à tour de rôle. Le Saint Homme en haillons claqua la langue. Il ne pouvait pas les laisser s’en tirer sans rien leur dire, à eux aussi.
« Vous êtes les derniers à pouvoir dire ça, tous les trois. »
Il venait tout juste de rencontrer Enkrid, mais il observait Rem et Ragna depuis des années. Il avait même assisté au changement de son fils adoptif. C’était déroutant de voir ces gens, qui avaient autrefois été prêts à s’entre-tuer, finir par s’entendre et se tenir tranquilles.
Comment était-ce possible ? Il le savait. À cause de ce fou là-bas, qui souriait tout seul en maniant son épée.
Oui. Un centre de gravité. Voilà ce que c’était.
Tout gravitait autour de cet homme : l’ordre de chevalerie, la ville, les gens.
Était-ce impressionnant ? Oui. Et à voir un fou pareil au centre de tout, il n’était pas étonnant qu’un tel ramassis de gens tienne malgré tout debout.
En observant l’épéiste dément, le Saint Homme en haillons sentit toutes sortes de pensées tourbillonner dans son esprit.
Parmi elles se mêlaient des regrets. Une vieille douleur.
Et si quelqu’un comme lui avait existé quand il était jeune ? Un centre capable de retenir même Overdier, capable de le retenir lui aussi ?
Non. Et si ç’avait été quelqu’un que tous reconnaissaient ?
Il y avait eu un homme, un ami véritablement exceptionnel. Ses paroles avaient du poids, comme s’il avait été béni par un dieu, et sa nature divine comme son talent n’avaient rien à envier à ceux d’Audin aujourd’hui.
Parfois, il lui semblait être un petit frère, parfois un grand frère. Il savait porter son autorité et prendre soin des autres. La dignité, le leadership et le charisme, tout cela réuni en une seule personne.
Et son ambition était à la mesure de ses capacités.
Les choses auraient-elles été différentes s’ils l’avaient protégé lorsqu’il était devenu pape ?
Le Saint Homme en haillons connaissait déjà la réponse.
Rien n’aurait changé.
Il ne restait donc que le chagrin.
Au bout du compte, c’était Legion qui l’avait poussé à partir. Legion qui avait fait de lui un traître.
Le plus grand génie de Legion avait perdu sa famille, perdu la personne qu’il aimait, puis était parti pour la Terre Maudite, l’esprit habité par la vengeance.
Il n’avait pas versé de larmes amères. Il n’avait pas crié. Calmement, sans un mot, il avait renié tout ce qu’il avait été et s’en était allé.
« Si telle est la volonté de Dieu, alors je la refuserai. »
Ce furent ses derniers mots.
Quel idiot.
Il avait été trop exceptionnel, trop capable pour un siège censé accueillir tous les croyants. L’envie était inévitable. Nombreux étaient ceux qui voulaient le faire tomber.
Après cela, le Chevalier sacré Overdier avait étouffé ses propres opinions et juré de suivre les volontés du prochain pape, quelles qu’elles soient.
Le chagrin lui déchira la poitrine et, dans son sillage, une évidence s’imposa à lui.
Il n’avait pas besoin de savoir utiliser le pouvoir divin. Il devait être quelqu’un capable d’accueillir les autres. Quelqu’un qui savait se sacrifier.
C’était ainsi qu’on gagnait l’estime de tous.
Les Chevaliers sacrés pouvaient se charger des combats, et ceux qui savaient manier le pouvoir divin pouvaient s’en servir. Cela suffisait.
Il n’était pas nécessaire de s’entendre avec tout le monde, mais il fallait être reconnu pour son caractère, pas pour ses capacités.
Ha.
Le Saint Homme en haillons se connaissait bien. Il n’était pas fait pour occuper le siège du pape. Il ne se sentait pas capable d’assumer cette responsabilité ; mieux valait pour lui empêcher un enfant malade de mourir sous ses yeux.
La Cité sainte avait besoin de quelqu’un d’une autre trempe.
Et ici, à la garde-frontière, ils avaient besoin de quelqu’un comme cet homme, là-bas.
Pas pour écraser les autres de haut. Ni pour les commander. Ni pour les gouverner.
Ce n’est pas un roi.
Le mot juste, c’était que son rôle était tout autre.
« Son rêve, c’est de devenir chevalier, n’est-ce pas ? » demanda-t-il à Audin en se tournant vers lui, même s’il connaissait déjà la réponse. Il l’avait déjà entendue.
Plus précisément, il voulait être le genre de chevalier qui n’apparaissait que dans les chansons des bardes itinérants.
Il ne pouvait pas se résoudre à s’en moquer. Non pas à cause de ce qu’était l’homme aujourd’hui, mais parce que lui-même avait vécu quelque chose de semblable.
Et en le voyant parcourir la ville, il avait compris. Enkrid maniait son épée pour protéger ceux qui se trouvaient derrière lui.
C’était tout. Et cette seule chose l’avait mené jusque-là. C’était précisément ce qui faisait de lui un fou.
« Quel homme invraisemblable. »
Au terme de cette brève réflexion, le Saint Homme en haillons s’agenouilla sur place et se mit à prier.
Il repensa à ses fautes passées et à ses vieux chagrins, puis joignit les mains et pria sincèrement son dieu de faire briller la lumière sur la route qui attendait ce fou.
« Ça n’efface pas ce que tu viens de dire, tu sais. Je me fiche de qui on est, noble ou pas. »
Juste à côté de lui, Rem posa la main sur sa hache. Cet homme n’avait-il pas franchi la limite, à l’instant ? N’avait-il pas, en gros, traité ce fou et tous les autres de la même manière ?
À la lettre, il avait dit qu’ils étaient les derniers à pouvoir parler. Mais Rem avait l’instinct vif, et il avait compris qu’on le traitait, avec les autres, de la même espèce de fou.
Autrement dit, on le provoquait en duel.
À l’ouest, on avait coutume de respecter les anciens, mais ce vieil homme n’était pas de l’ouest, alors cela ne changeait rien.
« Il n’a pas tort, mon frère barbare », dit Audin en essayant de s’interposer.
« Le chat sauvage prend toujours le parti du chat errant. »
Rem ne se contenta pas de poser la main sur sa hache : il la saisit. L’Arme héritée répondit à la chaleur de sa paume.
Il n’avait pas vraiment l’intention de s’en servir, mais menacer était une autre affaire.
« C’est vrai que vous êtes les derniers à pouvoir dire ça. »
Au beau milieu de tout ça, Ragna en rajouta une couche, et il ne s’en fallut pas de beaucoup pour que la bagarre éclate sur-le-champ. Il avait parlé comme si cela ne le concernait pas.
« Ce connard qui n’a aucun sens de l’orientation n’y comprend vraiment rien. Toi aussi, espèce de feignasse. »
Rem lança ces mots et tira sa hache dans le même mouvement, l’abattant droit devant lui d’un coup sec du poignet.
On aurait dit que la hache avait poussé au bout de son bras, son corps et son arme ne faisant plus qu’un.
Ragna dégaina son épée pour parer, comme si c’était une évidence, sortant une épée à deux mains comme s’il s’agissait d’une dague et se servant de la lame à moitié dégainée pour dévier la hache.
Clang !
Des étincelles jaillirent, et les yeux des deux bêtes sauvages s’embrasèrent.
« Mes frères cinglés… »
Craignant que son père adoptif ne soit blessé, Audin s’interposa. Il lança un coup de poing enveloppé de pouvoir divin et, l’espace d’un instant, sa main sembla entourée d’une masse de sable doré.
Rem vit venir le coup et bondit de côté. Ragna leva son épée à la verticale comme un bouclier et recula.
Tous trois tournoyèrent sur le terrain d’entraînement défoncé et se jetèrent l’un sur l’autre.
À côté, Enkrid marmonnait pour lui-même tout en continuant à manier son épée. Ropord et Fell l’observaient en secouant la tête quand leurs regards se croisèrent ; aussitôt, ils se mirent eux aussi à se battre.
« Qu’est-ce que tu regardes ? »
« Je regardais pas tes sales yeux. »
« On dirait que t’as un œil en trop. On va te l’arracher aujourd’hui. »
En gros, la conversation s’était déroulée ainsi.
Ruagarne les repéra un instant plus tard et sembla avoir envie de se joindre à eux. Elle attrapa donc Teresa.
« Géante métisse, si tu as progressé, ça te dit qu’on s’amuse ? »
« Pas une mauvaise idée, sœur. »
La résonance de la voix grave et singulière de Teresa rendit sa réponse plus percutante encore.
Une voix qui résonnait au plus profond de la poitrine.
Et puis il y avait le Saint Homme en haillons, agenouillé sur le côté, couvert de bijoux de la tête aux pieds, qui priait. C’était un jour comme les autres.
Plusieurs jours s’écoulèrent ainsi.
Ce fut le lendemain du jour où Ropord avait passé le rôle d’instructeur de l’entraînement de base à un écuyer nommé Clemen, qui avait fait une chute.
« C’est vraiment à moi de m’en charger ? »
« Oui. À toi. »
Clemen était officiellement écuyère chez les Chevaliers fous.
Enkrid l’avait entraînée lui-même quelques fois et savait exactement à quel point elle avait du venin.
Et ce venin lui plaisait beaucoup, justement.
Quoi qu’il en soit, Ropord, Fell et tous les autres avaient annulé tous leurs autres engagements. À la demande d’Enkrid.
On aurait pu appeler cela le jour de la promesse.
Enkrid se leva tôt et prit son temps pour s’échauffer.
Bien.
Le printemps était bien installé, mais les petits matins restaient froids. Cette fraîcheur agréable lui convenait. Il n’eut pas besoin de bouger longtemps pour commencer à transpirer, et cela aussi lui plaisait : sentir son corps se réchauffer.
Audin était sorti avant le lever du soleil et s’était mis à s’entraîner à ses côtés avec la Technique d’isolement. Peu après le lever du soleil, Ropord et Fell apparurent à leur tour.
Enkrid ne croyait pas qu’en forçant les choses, elles finiraient par marcher si elles ne le pouvaient pas. Il s’entraînait donc régulièrement, tandis que le reste de ses tâches avançait une à une.
Il avait posé un cadre. Il avait aussi fait l’exercice de classer les tempéraments dans sa tête, et d’autres choses du même genre.
Et juste devant lui se trouvaient deux personnes aux tempéraments exactement opposés : Ropord et Fell.
Des sujets d’étude parfaits.
« Vous voulez devenir chevaliers ? »
Enkrid posa la question, bien qu’il eût à peine besoin de le faire. Ropord et Fell s’entraînaient chaque jour avec une obstination presque stupide.
Pour quelle autre raison ?
« Faut vraiment le demander ? »
Fell répondit le premier. Ropord hocha une fois la tête, fermement.
« Oui. »
Enkrid s’était posé la même question bien des fois, sur le chemin qui l’avait mené jusque-là.
Le cadre qu’il avait bâti pouvait-il leur ouvrir la voie de la chevalerie ?
Il était temps de le découvrir.
Il l’ignorait, mais toutes les autres forces combattantes avaient déjà emprunté cette voie. Vu l’influence qu’un chevalier pouvait avoir sur le cours d’une bataille, ne pas essayer aurait été étrange.
Naurillia avait naturellement voulu faire quelque chose de semblable, mais entre le comte Molsen, les Cultistes et les bandes de brigands qui s’étaient ajoutées de tous côtés, la situation s’était embrouillée au point qu’il n’y avait plus rien à démêler, et ils n’avaient même jamais réussi à tenter l’expérience.
Ces derniers temps, cependant, on avait l’impression qu’il ne s’agissait pas seulement d’une pause pour reprendre son souffle. Une paix brève semblait s’être installée.
« On dirait que les Cultistes ont vraiment été anéantis. Ceux qui opéraient autrefois en petits groupes ne donnent plus signe de vie, et les Créatures démoniaques comme les Bêtes magiques sont moins nombreuses qu’avant », dit Kraiss en faisant le point sur la situation du continent. Puis il ajouta : « Si la vie pouvait rester comme ça, je n’aurais rien à redire. »
Kraiss aussi appartenait à une génération qui n’avait connu que les champs de bataille et la Terre Maudite. Une paix pareille devait leur sembler étrangère.
On appelait cela une paix forgée par l’épée. Pourtant, ils en avaient eux-mêmes façonné une part, de leurs propres mains, et malgré tout, elle leur semblait toujours étrangère.
C’était précisément dans de telles circonstances qu’il valait la peine d’investir dans la formation. Kraiss avait anticipé les choses de quelques pas et misé sur le développement de ses troupes, n’est-ce pas ?
Bien sûr, il n’avait pas prévu que les Cultistes seraient éliminés aussi complètement.
À une époque où, sur le champ de bataille, la qualité d’une troupe comptait davantage que sa taille, la formation des chevaliers était naturellement ce dans quoi chaque faction combattante investissait le plus d’efforts.
Ropord et Fell affichaient une tension discrète, tandis qu’Enkrid, Rem, Audin et les autres se disposaient autour d’eux.
De loin, on aurait dit que les deux avaient été placés au centre et encerclés.
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