Chapitre 657
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 657 : J’ai vu la sincérité
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Tandis qu’Enkrid affinait ses sens, Kraiss tint la promesse faite par son commandant.
Il avait repéré un emplacement pour la cité des elfes. Au sud de la Garde-frontière, une bande de terre qui s’étirait vers les terres désolées, puis plus au sud encore, jusqu’au point où arrivait un ruisseau prenant sa source dans la rivière. La destination finale contournait une petite chaîne de montagnes : un endroit idéal pour qu’une forêt s’enracine.
En pratique, c’était aussi un lieu où la « sécurité » de la route sûre était difficile à garantir.
Non loin de là se dressait un pic de pierre en forme de tour, jadis utilisé comme nid par des harpies, et au pied de la chaîne s’étendait un petit bois où se cachaient souvent des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques.
Une barrière contre les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques qui remontaient du sud.
Cet endroit était donc parfait. Si les elfes étaient capables de chasser eux-mêmes les Créatures démoniaques, l’arrangement leur conviendrait également.
Sur cette pensée, Kraiss prit lui-même la direction du sud, vers l’avant-poste.
L’elfe nommé Zero les accompagna pour leur servir de guide, et son amante Nurat vint comme escorte.
Elle marchait juste à côté de Kraiss, les avant-bras visiblement plus épais qu’autrefois, une épée à la hanche. Voilà longtemps qu’elle suivait le programme de préparation physique d’Audin.
« Un arbre marche vers nous ? »
demanda Nurat.
« Pour être précis, cela s’appelle une migration. C’est un sort traditionnel du clan Woodguard. »
La réponse vint de Zero, qui se tenait de l’autre côté de Kraiss. La plupart des elfes donnaient une impression de froideur et de distance, mais pas Zero. Il exprimait ses sentiments sans détour.
Tous les elfes étaient-ils pareils ? Certainement pas. Il y avait bien sûr des différences individuelles, mais voir Enkrid rosser Zero pour affiner son ressenti l’avait aidé à comprendre assez clairement pourquoi. Cet elfe avait appris à exprimer ses émotions par la force.
Quand Enkrid s’entraînait contre lui, il ne se servait pas uniquement de son épée. Sa bouche s’activait tout autant, taillant et poignardant sans relâche.
« C’est tout ce que tu sais faire ? Tu n’as rien de mieux ? Hum. Plus menaçant qu’une libellule, au moins. Une belle technique d’épée pour tuer les moustiques. »
À force d’entendre ce genre de remarques écorcher ses sentiments, même un elfe d’une patience exceptionnelle aurait fini par apprendre à montrer sa colère.
Et dès lors que la colère trouvait une issue, les autres émotions suivaient naturellement.
Quoi qu’il en soit, lorsque les trois arrivèrent à l’avant-poste de la route sûre, le soldat de garde s’avança et les salua militairement.
Au début, quelques-uns avaient méprisé Kraiss parce qu’il avait rejoint les Chevaliers fous sans savoir se battre, mais on trouvait désormais difficilement de tels individus.
D’une part, les soldats savaient qu’ils risquaient bien plus que quelques coups s’ils se faisaient prendre. D’autre part, Kraiss disait souvent sans détour que le combat n’était pas son fort, et le reconnaissait ouvertement lui-même.
S’il le disait lui-même, qui allait le contredire ?
Cela dit, certains se montraient encore mesquins, mais Kraiss n’était pas du genre à se laisser faire.
Quand l’escouade d’assaut de Rem avait assuré son escorte pendant plusieurs semaines, les commentaires déplacés avaient complètement cessé.
Qui oserait l’ouvrir alors qu’un fou prêt à empoigner sa hache dès qu’on disait du mal de Kraiss montait la garde ?
« Qu’est-ce que tu as dit ? Tu veux rejoindre notre unité et disparaître ? »
Des rumeurs prétendaient même que des soldats enrôlés dans l’escouade d’assaut de Rem finissaient parfois par disparaître.
Des rumeurs, oui, mais les morts à l’entraînement n’avaient rien de rare. Il était évident qu’un entraînement plus dur entraînait davantage de risques de blessures ou de mort.
Rem n’avait pourtant jamais laissé mourir un seul de ses soldats.
Après cela, plus personne ne s’en prit ouvertement à Kraiss. Ce que les gens marmonnaient pour eux-mêmes ou chuchotaient quand personne ne pouvait les entendre, il s’en moquait.
Il avait déjà la tête prête à exploser, tant elle était pleine de Créatures démoniaques, de la Terre Maudite et de la guerre. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire si quelqu’un râlait dans son dos ?
De toute façon, Kraiss était tout simplement trop occupé à gérer ce qui lui tombait dessus.
Pour le moment, il s’agissait de découvrir la société des elfes.
Pendant tout le trajet, Zero lui avait parlé de la société elfique et avait mentionné que son objectif personnel était de tuer tous les démons du continent.
C’était un elfe qui parlait volontiers de lui-même. Il discutait avec Nurat, prenait des nouvelles de l’escorte de la Compagnie commerciale et de l’entraînement de la garde personnelle d’Enkrid, quand Kraiss l’aperçut.
Boum.
« … Une Créature démoniaque. »
Le soldat de l’avant-poste qui les escortait le murmura.
On leur avait répété plusieurs fois qu’un grand arbre viendrait jusqu’à eux, mais ce n’était pas pour autant qu’ils pouvaient rester impassibles.
Le soldat de garde saisit son arc. Celui qui se tenait à côté avait déjà encoché une flèche.
Mais est-ce que tirer servirait à quelque chose ?
Tous deux avaient cette question dans les yeux.
Boum.
Des pieds faits de racines martelèrent le sol à mesure que l’arbre approchait. Tous le virent : un arbre immense qui avançait vers eux, le soleil dans son dos, encore loin.
Quelque chose de rond flottait au-dessus des branches et, en regardant de plus près, ils virent des elfes perchés dessus, qui les observaient. Zero leva la main, paume ouverte. Un salut.
Kraiss prit sur lui et parla.
« Ne tirez pas. »
Il n’avait pas été surpris quand Enkrid lui en avait parlé. Il pouvait donc maintenant s’étonner tout son soûl.
« C’est vraiment un arbre. L’arbre marche. Un arbre est vraiment en train de marcher. »
Kraiss le répéta.
« Je sais, on me l’avait dit, et pourtant, ça me sidère. »
Nurat acquiesça à côté de lui. Heureusement qu’il faisait jour. Si cette chose était arrivée de nuit, elle aurait ressemblé à s’y méprendre à une attaque de Créature démoniaque géante.
L’arbre gigantesque avançait à grands pas, et la perspective semblait se déformer. Il était lent, mais allait vite, s’approchant d’une manière qui défiait toute notion d’échelle.
Aucun d’eux n’avait jamais rien vu de pareil.
Un arbre bien plus grand que n’importe quel géant, si haut qu’il fallait renverser complètement la tête en arrière pour en voir le sommet, marchait vers eux.
« Ce sont des invités, pas des Créatures démoniaques. »
Kraiss le répéta, et un soldat derrière lui marmonna :
« Faut que je pisse. »
« Toi aussi ? Pareil. »
« S’il te marche dessus, tu finis en tomate. »
« Génial, maintenant j’ai cette image en tête. Petit con. J’ai mal au ventre. »
Trois soldats chuchotaient entre eux. Ils semblaient parfaitement sincères, mais ce n’était pas une véritable terreur qui parlait.
S’ils avaient été vraiment terrifiés, ils n’auraient pas dit un mot.
On leur avait expliqué qu’il s’agissait d’invités, pas d’ennemis ; ils plaisantaient donc plutôt pour dissiper la tension. Cela ne voulait pas dire qu’ils étaient parfaitement détendus pour autant.
Crôa, crôa.
Soudain, plusieurs chiens à visage humain surgirent d’un côté. Des Créatures démoniaques apparaissaient parfois dans cette région.
Dans le territoire des Chevaliers fous, le sud était la zone où les Créatures démoniaques se manifestaient le plus souvent.
À l’exception de la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil, c’était le poste le plus rude de tous les avant-postes.
Les Créatures démoniaques foncèrent sans peur droit sous l’arbre. Elles couraient à quatre pattes, incapables de relever correctement la tête, et n’avaient probablement aucune idée de la véritable taille de l’arbre.
Onze chiens à visage humain poussèrent des cris de guerre et se ruèrent en avant, puis tombèrent tous en même temps en un tas désordonné.
De longues tiges fines s’abattirent sur eux et se fichèrent dans leurs corps.
Si la première spécialité des chiens à visage humain était de déchiqueter les gens avec leurs mâchoires, leur seconde était la course. Voir des créatures pareilles trébucher et tomber exactement au même moment, toutes ensemble, c’était évidemment l’œuvre des elfes.
Un groupe d’elfes postés dans l’arbre décochait des flèches avec une précision remarquable, échangeant des signes de la main pour changer de position.
Les cadavres des chiens à visage humain furent écrasés sous le pas de l’arbre. Boum.
Il ne resta qu’une trace sombre et visqueuse là où ses pieds étaient passés.
Les géants ambulants se rapprochèrent, et plusieurs semblaient plus hauts que l’avant-poste lui-même.
Kraiss avait fini de s’étonner ; il dit alors ce qu’il fallait dire.
« Bienvenue à la Garde-frontière. »
« Nous vous remercions de cet accueil chaleureux. Même si l’air n’est pas particulièrement agréable ici. Les elfes ne sont pas ignorants du monde. J’ai travaillé comme mercenaire par l’intermédiaire de la Guilde des renseignements, et la première ville où je me suis rendu se trouvait au sud-est d’ici. Il suffit de suivre le cours d’eau vers le bas et… »
L’elfe qui s’avança parlait sans s’arrêter, mais Kraiss suivait tout sans la moindre difficulté et trouvait des occasions de répondre.
Les arbres ambulants ne lui étaient pas familiers. Ce genre de conversation, en revanche, il le maîtrisait depuis longtemps : il était passé de l’habitude à la parfaite aisance.
« Vous nous avertissez de ne pas tenter de vous tromper ? Inutile de vous inquiéter. Oui, des Créatures démoniaques apparaissent souvent dans cette région. Des bandits armés traversent aussi parfois le sud. Je ne pense pas que cela vous posera problème, mais je peux me tromper. Si vous vous installez ici, le commandant vous en sera reconnaissant. Et même s’il ne l’est pas, l’avantage est évident. Au besoin, nous détacherons des troupes pour vous aider. Alors, si vous nettoyez la région et vous y établissez, tant mieux. Pour être précis, je pense que le meilleur emplacement pour votre établissement serait juste à l’ouest d’ici, au pied de la chaîne de montagnes. »
Les elfes ne connaissaient pas le mensonge, mais ils pouvaient déformer la vérité.
Mais ils tiennent le commandant pour une idole, alors ils ne la déformeront pas.
Malgré tout, la prudence s’imposait pour ce premier contact. L’elfe qui s’était avancé était donc manifestement habitué aux coutumes du continent.
C’était une précaution contre le risque que les humains essaient de les duper. Comme toujours lors d’une première rencontre entre deux groupes qui n’avaient pas encore appris à se faire confiance, il n’y avait là rien d’exceptionnel.
Seulement, Kraiss n’avait jamais eu l’intention de les tromper.
Avec les escrocs, il fallait parler leur langue. Mais face à ceux qui faisaient de la vérité leur arme, il suffisait de leur répondre par la vérité.
Dès le départ, Kraiss n’avait pas eu l’intention de laisser la moindre friction troubler cet arrangement.
Répondre à tout avec sincérité.
C’était tout. Et c’était suffisant.
L’elfe qui avait parlé sourit, discrètement satisfait. Un léger changement dans ses sentiments, trop subtil pour que Kraiss le remarque.
« Cela me semble convenable, mais, comme Emily me l’a appris, je crois qu’il faut vérifier. Emily fut ma première amante ; elle travaillait à l’accueil de la Guilde des renseignements. »
Kraiss laissa passer sans difficulté ce bavardage superflu, accueillit l’elfe et le guida sur la route.
Il restait ensuite beaucoup de travail administratif et diverses autres tâches, mais la plupart se déroulèrent sans accroc.
C’est ainsi que les géants ambulants migrèrent en une longue colonne. Tout le monde sursauta lorsque de gros rochers se mirent eux aussi à bouger, mais aucun soldat ne leur fonça dessus.
Quelques nobles du sud envoyèrent à plusieurs reprises des demandes de renforts, prétendant qu’une grande Créature démoniaque les attaquait. L’unité fit donc quelques sorties pour aller voir, sans plus.
Il n’y eut naturellement aucun combat.
* * *
« Encore une fois. »
C’était Rem qui le disait. Pas Enkrid. Quelque chose avait légèrement changé dans la situation.
Rem demandait un combat d’entraînement tous les jours ou tous les deux jours.
Enkrid ne se donnait pas la peine de refuser. Mais il ne se contentait pas non plus d’accepter d’un hochement de tête.
« Hum. Tu crois que c’est une bonne idée ? »
« Qu’est-ce qui pourrait être une mauvaise idée ? »
« Je n’ai pas vraiment pour passe-temps de m’en prendre aux faibles. »
« Ha ! Qui est faible, espèce de dingue ? »
Rem entrait dans son jeu et gardait pourtant la tête froide au combat. Il se montrait enthousiaste et lançait des attaques féroces, mais le maniement de sa hache ne manquait pas de rigueur. C’était cela, le génie de Rem.
Après plusieurs séances à affiner ses sens, Enkrid savait clairement où il se situait.
Dans le cadre qu’il avait établi, ses compagnons touchaient au niveau des chevaliers chevronnés, tandis que lui se trouvait au niveau intermédiaire.
Cela dit, le cadre qu’il avait conçu tenait davantage du modèle d’entraînement que d’une mesure standard de la puissance au combat.
Ousque.
Une Volonté inépuisable était d’une efficacité écrasante au corps à corps. Grâce à elle, il pouvait tenir tête à ceux qui avaient atteint le niveau des chevaliers chevronnés.
Et aussi grâce à l’Épée qui bloque les vagues, qu’il maniait de toutes ses forces.
Ajoutez à cela une pensée divisée, qui lui permettait de concilier puissance brute et effort soutenu, et vous obteniez un combat à grande vitesse qui pouvait durer longtemps. C’était la spécialité d’Enkrid, à présent.
Il pouvait combattre longtemps, et chaque instant de ce combat était intense. Chacun de ses coups portait une force sauvage. Liervart et Jamal avaient choisi de temporiser, mais Enkrid, lui, procédait autrement.
De l’extérieur, Enkrid avait souvent tendance à pousser son adversaire plutôt qu’à temporiser. Et il n’y avait pas que Rem qui lui fonçait dessus.
« Sors de là, commandant des Chevaliers fous ! Je vais te remettre le crâne en place ! »
Ragna le provoquait et se jetait lui aussi dans la mêlée. Enkrid lui faisait face également.
« Bien sûr. Quand on manque de talent, il ne reste que le travail acharné. »
Enkrid s’amusait comme un fou. Et tandis qu’il se réjouissait, il sentait ce temps de plaisir se réduire et lui échapper.
Les soldats ordinaires et tous les combattants regardaient Enkrid et les Chevaliers fous, galvanisés par leur ardeur.
À leur tour, Rem et les autres observaient Enkrid et brûlaient du même feu, même si, en vérité, aucun d’eux ne l’avait jamais rattrapé.
Et maintenant, ils avaient pris du retard. Ils étaient véritablement à la traîne derrière Enkrid.
Il fallait être inhumain pour ne pas savourer un moment pareil.
« Je gagnerai. Quoi qu’il arrive. »
« Seigneur. »
« Je les abattrai tous. »
C’était pour cela que Rem, Audin, Ragna et Jaxon s’étaient soudain jetés dans l’entraînement comme des possédés.
« Tu comptes tuer tous les chevaliers du monde, maintenant ? »
Jaxon avait même entendu une remarque de ce genre de la part de son amante.
« Il y a quelqu’un que je dois rattraper. »
« Tu dois ? »
Elle connaissait Jaxon. Ce n’était pas quelqu’un qui employait à la légère des mots comme « devoir » ou « falloir ».
« Pourquoi est-ce que tu dois le rattraper ? »
Elle insista.
Jaxon n’avait pas vraiment réfléchi à la raison, mais, maintenant qu’il y pensait, la réponse était claire.
« Ça fait mauvais genre. »
« Quoi ? »
« Sa façon de se comporter. Ça fait mauvais genre. »
Voilà ce qu’il dit à voix haute. Au fond de lui, il pensait à autre chose.
Je suis resté pour être utile. Je ne peux pas me permettre d’être un poids mort.
Alors, il s’entraîna. Les résultats ne tardèrent pas à se faire sentir.
Quatorze jours s’étaient écoulés depuis le retour d’Enkrid à la Garde-frontière.
Audin attendait quelqu’un qu’il devait rencontrer, car cette personne s’était brièvement absentée, tandis qu’Enkrid s’entraînait comme d’habitude.
Il n’avait pas eu l’occasion de rencontrer Aetri ni de parler à Esther en tête à tête.
Il comptait voir Aetri après avoir vérifié son propre état, mais lorsqu’il lui remit les armes et les objets récupérés en chemin, Aetri lui dit en fait de repasser un peu plus tard. Quant à Esther, elle avait annoncé qu’elle vivrait quelque temps sous sa forme de panthère. L’affaire était réglée.
Sinar n’était pas venue non plus. Il n’avait donc vu le châtelain Graham qu’une seule fois et n’avait rien eu d’autre à faire que s’entraîner.
À vrai dire, il prenait un plaisir sincère à rosser les membres de son unité, lui aussi.
« Il m’en faut plus. Ici, ça ne me stimule pas assez. Aucun de vous ne peut me pousser dans mes retranchements. »
Enkrid s’était mis à marmonner ce genre de choses.
Pas un seul d’entre eux ne manquait d’y réagir.
« Tu as vendu ton âme au Dieu Démon quand tu as croisé ces Cultistes sur le chemin du retour ? »
demanda Rem en retirant une feuille de sa tête.
Une brise tiède soufflait. L’hiver touchait à sa fin, et la déesse appelée printemps approchait. C’était le genre d’instant qui lui rappelait Sinar et ses histoires de Brise printanière.
« Les gémissements des faibles me parviennent aux oreilles. »
Ces derniers temps, Enkrid était devenu nettement plus habile à se moquer d’eux. Il laissait pendre son épée et parlait comme s’il récitait un poème ; l’expression de Rem changea. Ces derniers jours, c’était devenu une scène familière.
« Aujourd’hui, tu es mort. Pteuh. »
Rem cracha dans sa paume et réajusta sa prise sur sa hache.
Une atmosphère s’installa, comme si quelqu’un s’apprêtait à risquer la moitié de sa vie dans ce combat.
Rem fléchit les genoux et abaissa sa posture. Il semblait prêt à bondir à tout instant.
Enkrid observa Rem grâce à son intuition, le vit sur le point de charger et leva Penna, prêt à frapper en diagonale.
Il s’attendait à ce que la journée ne diffère pas beaucoup des précédentes.
À moins que Rem ne manie correctement sa hache et n’y investisse toute sa Sorcellerie, l’issue ne changerait pas.
À cet instant, le corps de Rem sembla rétrécir. Pas littéralement : il avait mis de la distance entre eux en un éclair, ce qui lui donnait cette impression.
Il recule ?
Rem bondit en arrière, à une vitesse prodigieuse. En gardant Enkrid à l’œil, il se déplaçait en diagonale ou droit vers l’arrière aussi vite qu’en courant vers l’avant. Ses pieds frappaient le sol et le propulsaient sans hésiter, laissant des images rémanentes. Et au même instant…
Vroum, vroum, vroooooom !
Rem fit tournoyer un disque au-dessus de sa tête. Le projectile, enroulé dans sa fronde de cuir, qui tournait jusque-là à une allure modérée, se mit à pivoter à toute vitesse. Sa fronde.
« Ce n’est pas une plaisanterie. »
Viiiiiiiiii !
Au milieu du grondement que la fronde tournoyante arrachait à l’air, Rem parla, la Volonté tissée dans sa voix.
« Si tu ne peux pas le bloquer, tu meurs. »
Fioush.
La fronde libéra son projectile. Bang ! Le claquement de l’air fendu retentit.
Entre deux sons, l’intuition d’Enkrid lui révéla le point précis qui allait lui faire éclater la tête.
Même étiré par la pensée accélérée, le projectile ne ressemblait qu’à un point, un point qui se déplaçait avec une vitesse supérieure même dans ce temps dilaté.
Il sentit que c’était bien plus dangereux que la fois où il avait attrapé au vol un poignard lancé, quelle que fût l’époque.
Enkrid rejeta le corps en arrière. Le projectile lui frôla le front. Quelques mèches furent coupées, aspirées dans le creux d’air que le tir avait creusé et emportées avec lui. Puis Enkrid dut immédiatement rouler sur le côté.
Boum.
Une gerbe de terre jaillit à l’endroit où il se trouvait. Rem avait tiré une nouvelle fois, et le projectile s’enfonça dans le sol.
Il n’y avait pas qu’un seul tir.
Viiiiiiiiii !
Rem avait déjà lancé deux disques en rotation, en diagonale. Deux d’un coup.
Le disque de gauche tournait presque perpendiculairement au sol, tandis que celui de droite était presque parallèle à celui-ci.
Deux cercles affirmaient chacun leur présence, séparés d’à peine deux empans.
« Meurs, dingue. »
Rem cria ces mots, la joie dans la voix. Enkrid y vit de la sincérité.
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