Chapitre 649
TRADUCTIONS À L’ESSAI
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSA ÉTERNELLEMENT
Chapitre 649 : Comment briser une limite
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L’illusion d’Aetri prit la parole.
« Sérieusement ? »
Bref, mais lourd de sens. Une question que le véritable Aetri n’aurait jamais posée.
Même si j’utilise une autre épée pendant quelque temps…
Il se serait contenté de hausser les épaules et aurait travaillé encore plus dur pour forger quelque chose de meilleur. Voilà quel genre d’homme était Aetri.
Cette idée l’effleura : ce serait pour Aetri un aiguillon tout aussi puissant que la découverte d’un nouveau style d’épée pour Enkrid.
« Cette lame s’appelle Penna. Dans la langue du continent, son nom signifie quelque chose comme “plume” ou “feuille”. »
Tout en parlant, Lafratio baissa les yeux vers la hanche d’Enkrid. Plus précisément, vers Spark.
« Tu ne pourras plus t’en servir. Donne-la-moi, s’il te plaît. »
Était-ce une coïncidence, ou l’avait-il préparée d’avance en le sachant ?
La seconde hypothèse paraissait bien plus probable.
Enkrid avait réduit l’épée d’acier argenté en morceaux et fendu Spark en partie lui aussi.
Il ne l’avait pas remarqué tandis qu’il maîtrisait et mettait en pratique l’Épée qui bloque les vagues, mais en y repensant, pas une seule arme n’en était ressortie intacte.
Les attaques du démon, embrasées d’une lumière orange, avaient été d’une violence écrasante. Elles jaillissaient comme des éclairs et frappaient comme la foudre.
Il les avait parées en alternant entre pensée à grande vitesse et réflexion dédoublée, donnant corps à l’épée qui bloque les vagues. Mais ce faisant, il n’avait pas seulement épuisé l’épée d’acier argenté : chaque fois qu’il en avait eu besoin, il avait tiré Spark et s’en était servi comme d’un bouclier de fortune. Voilà pourquoi aucune arme qu’il avait en main n’avait survécu.
En sortant du Labyrinthe, j’ai aussi perdu ma chance.
Sa chance s’était consumée en sauvant la vie de Sinar. On lui avait raconté que la lame avait noirci, puis s’était désagrégée comme des cendres. C’était ce qu’on lui avait dit.
Il ne l’avait pas vu de ses propres yeux. Il avait paré cette attaque avant de perdre presque aussitôt connaissance.
Ce n’est qu’à présent qu’il mesurait l’incroyable valeur de cette chance.
Enkrid détacha silencieusement Spark et la tendit à Lafratio. Celui-ci la prit et la posa délicatement sur le côté.
Il apprit plus tard que Spark était elle aussi passée entre les mains de Lafratio.
« Qu’en penses-tu ? »
Lafratio posa la question d’un ton neutre, mais Enkrid y décelait une pointe d’attente.
Penna. Plume.
Une lame qui portait parfaitement son nom. La poignée épousa sa main dès qu’il referma les doigts dessus. La lame s’incurvait doucement et n’était affûtée que d’un seul côté.
Lafratio s’arracha un cheveu et le posa en travers de la lame. Un léger chuintement retentit, et le cheveu se fendit en deux.
« Pour ce qui est du tranchant, c’est la meilleure de toutes celles que j’ai fabriquées. Prinkhe, la meilleure. »
Lafratio traduisit le mot elfique dans la langue du continent en parlant. Et, comme il l’avait promis, le fil était plus acéré que tout ce qu’Enkrid avait jamais vu.
« Elle n’a pas non plus besoin d’entretien. L’énergie vitale préserve son tranchant. Le métal dont elle est faite, l’argent lunaire, a été forgé en imprégnant d’énergie vitale de l’argent véritable qui retient la lumière de la lune. »
Un argent qui retenait le clair de lune, un argent véritable de la plus haute qualité, non seulement rare, mais légendaire.
« C’est presque trop beau. Une telle chose serait un trésor, même dans la ville, non ? »
Enkrid le dit sans détour. La lame faisait moins de deux empans, aussi était-il difficile de la considérer comme une arme principale, mais selon la manière dont il la manierait, elle pourrait lui servir de bien des façons.
« C’est un trésor. C’est précisément pour ça que je te l’offre. »
Son ton disait que c’était évident. Pourquoi poser la question ?
Mais Lafratio ne s’arrêta pas là. Pendant les jours qui avaient semblé consacrés à courir dans tous les sens pour préparer le déménagement, le clan elfique s’était également affairé à préparer des cadeaux pour son idole.
« Tu as donné Penna ? Tu ne disais pas toujours que tu mourrais avec elle en main ? »
Alors qu’Enkrid recevait l’épée de Lafratio, une Dryade pénétra dans la pièce étouffante de chaleur.
Elle ne marchait que sur la pointe des pieds, frôlant à peine le sol ; tout son corps semblait d’une légèreté irréelle.
À la regarder assez longtemps, on finissait par penser à une feuille portée par le vent. C’était la Dryade qu’il avait déjà vue dans la clairière.
Elle sourit et tourna vers lui des yeux verts comme des joyaux, dont les pupilles luisaient de la même teinte. Sa beauté était inhumaine, mais d’une manière différente de celle de Sinar.
« Parce que je ne suis pas mort quand mon heure était venue. »
Lafratio répondit alors qu’elle approchait encore. Il s’était attendu à être englouti par le démon et la Terre Maudite, mais il avait survécu.
Contrairement à ce que laissaient entendre les paroles de la Dryade, Lafratio ne semblait nullement regretter de céder la lame. Il avait même l’air heureux qu’Enkrid l’ait acceptée.
« Nous avons quelque chose à t’offrir, nous aussi. »
La Dryade parla. Il l’avait compris au fil de ses conversations avec Sinar, mais les Dryades, parmi les tribus elfiques, semblaient davantage penser en termes de « nous » que de « je ».
On disait que les fées, ces elfes qui répandaient de la poussière, étaient semblables, tandis que les Woodguards et les autres tribus elfiques accordaient plus d’importance à l’identité individuelle.
C’était apparemment ainsi que fonctionnait la société elfique, même s’il n’avait pas vraiment besoin d’en connaître les détails.
« Viens. »
La Dryade prit Enkrid par la main et l’entraîna. Ruagarne les suivit, les joues gonflées par un sourire qu’elle s’efforçait de réprimer.
« Ton charme irrésistible brille vraiment de mille feux aujourd’hui. »
« La rumeur court que tu n’es pas seulement un briseur de cœurs, mais aussi un voleur de fiancées. »
À ces mots de Fell, Enkrid tourna la tête vers lui. Le Berger soutint son regard sans ciller. Le discernement affûté d’Enkrid jaugea la véracité de ses propos. Puis il vit le regard de Fell dériver légèrement sur le côté.
Plusieurs détails se superposèrent dans son esprit, les indices s’empilant jusqu’à laisser entrevoir la vérité.
La rumeur du voleur de fiancées, c’était Fell lui-même qui la répandait.
« Arrête de faire courir des rumeurs absurdes. »
Enkrid le dit avec assurance. Une faible pointe de Volonté imprégnait même ses paroles.
« Comment tu l’as deviné ? »
Fell n’essaya même pas de se justifier. Il n’y avait aucune raison particulière derrière tout ça. Les bergers étaient du genre à taquiner les gens avec des histoires exagérées et des récits inventés. La vieille fable du berger qui criait au loup n’était pas née de rien.
Jusqu’ici, il n’avait eu personne à tromper ni aucune raison de le faire, alors cet instinct était resté enfoui. C’était tout ce qui se manifestait à présent.
Il n’y avait pas de sens caché. C’était simplement que les elfes se laissaient si facilement prendre, et que les voir tomber dans le panneau était vraiment divertissant.
« Tes mouvements sont faciles à lire. »
En regardant Fell, Enkrid sentit surgir une idée étrangère au cadre qu’il avait établi pour la chevalerie. Il ne parvenait pas encore à la formuler, mais un fil s’était accroché quelque part.
« Facile à lire ne veut pas dire facile à arrêter. »
Fell répondit avec un sourire en coin.
« Prouve-le en sparring. »
Enkrid lança ces mots et suivit la Dryade. Ils traversèrent quelques sentiers étroits, puis aperçurent un petit ruisseau.
Un ruisseau qui traversait une ville. C’était quelque chose.
De l’autre côté s’étendait une zone dense de feuilles, qui n’était pas visible un instant plus tôt.
L’air était si chaud qu’on avait du mal à croire que l’hiver régnait dehors, et des papillons ainsi que des abeilles y flottaient.
« Elle se porte sous ton armure. »
La Dryade qui l’avait conduit jusque-là fit un geste, et deux autres Dryades, plus petites d’une tête, apportèrent une grande feuille.
Elles la déplièrent et dévoilèrent le cadeau.
Les Dryades tissaient des fils à partir des feuilles d’arbres particuliers. Ces fils trempaient plusieurs jours dans la sève des Woodguards, puis on les retirait et on les faisait sécher au clair de lune.
Répété pendant des années, ce procédé permettait de produire un seul écheveau. On l’appelait le fil elfique.
Le cadeau qu’elles lui avaient apporté était un vêtement tissé avec ce fil. Plus précisément, une sorte d’armure intérieure à porter sous le reste de l’équipement.
Kraiss s’évanouirait s’il voyait ça.
On ne pouvait pas en apercevoir ne serait-ce qu’un morceau pour une ou deux pièces d’or.
Tout comme les humains façonnaient la même étoffe de bien des façons, il existait plusieurs sortes de fil elfique.
Celui que la Dryade lui avait tendu était fait des fils les plus résistants.
En forme de gilet, il couvrait le torse tout en laissant les membres nus. Pourtant, une simple pichenette suffisait à comprendre qu’il était aussi solide qu’une cotte de mailles en acier.
« Il résiste au feu et, comme il n’est pas en métal, il ne rouille pas. L’énergie vitale qui y est tissée fera même fuir la plupart des Esprits maléfiques rien qu’à sa vue. »
L’énergie vitale des elfes ressemblait à la vie elle-même. Et la vie était l’opposé naturel des Esprits maléfiques.
Ce n’était pas pour rien que les elfes vivaient aux confins du continent, presque à l’abri des attaques de Créatures démoniaques.
Ce n’est qu’à présent qu’il le comprenait pleinement.
Il suffit de se servir de l’énergie vitale pour tenir à distance la plupart des Créatures démoniaques.
Mais voilà que s’approchaient des choses que la seule énergie vitale ne pouvait repousser.
Si tu ne peux pas te protéger toi-même…
Alors tu acceptes la protection des autres. Voilà à quoi la situation en était arrivée.
Il n’avait pas eu besoin d’y réfléchir, mais les choses s’étaient naturellement ordonnées dans son esprit, les causes et les conséquences trouvant chacune leur place.
Demander de l’aide, c’était mettre sa fierté de côté. Et si Ermen seule, en tant que cheffe du conseil, prenait cette décision, elle se heurterait à des résistances internes. Le déménagement finirait alors par échouer complètement.
Convaincre un à un tous les elfes obstinés prendrait trop de temps. Leur lenteur avait failli les faire dévorer par le démon, mais c’était dans la nature de leur peuple, et on ne changeait pas de nature du jour au lendemain.
Mais à vouloir aller trop vite, quelque chose finirait par se briser. Quel plan pouvait réduire toute cette opposition au silence d’un seul coup ?
Il pensait en avoir une idée.
Était-ce le plan de Sinar ?
Ou celui d’Ermen.
Enkrid avait reçu cadeau sur cadeau et était devenu l’idole du clan elfique.
Quelque part dans la ville, un elfe sculptait une statue de pierre à son effigie.
Les enfants s’en procuraient une chacun, comme des talismans.
La mode passerait, comme toutes les autres, mais pour l’heure, porter une petite figurine d’Enkrid était devenu une habitude.
Et, pour le clan elfique, c’était un choix naturel.
Ils ont besoin de quelqu’un sur qui s’appuyer, mais pas de n’importe qui.
Quelqu’un en qui ils pourraient avoir confiance. Quelqu’un sur qui ils pourraient réellement compter.
En faire une idole permettrait d’étouffer tout mécontentement susceptible de surgir au sein du clan avant qu’il ne prenne de l’ampleur. Voilà comment on calmait les oppositions.
Les humains allumaient un feu et s’en servaient. Les Grenouilles, quand un incendie se déclarait, se contentaient de regarder.
Les géants combattaient le feu. Les nains y chauffaient leur fer.
Les hommes-bêtes l’évitaient. Les hommes-dragons l’ignoraient.
Et les elfes ?
Ils mouillent le sol avant même que le feu ne prenne.
C’était un dicton sur l’attitude à adopter face aux événements lorsqu’ils survenaient.
Les elfes étaient toujours ceux qui se préparaient à l’avance. C’était ainsi qu’ils avaient survécu tout ce temps aux abords de la Terre Maudite.
Ils ne s’étaient pas fiés uniquement à leur énergie vitale. Leur manière d’évoluer dans le monde était la même. Rien de différent cette fois-ci.
Enkrid avait contribué à décider du lieu où ils se réinstalleraient, mais, à vrai dire, même sans cela, le clan elfique aurait trouvé un moyen de l’attirer à lui.
Cela ressemblait à un piège d’une finesse exquise, conçu avec le plus grand soin. C’était l’impression qu’il en avait. Les elfes ne mentaient pas. Alors, au lieu de mentir, ils ne disaient rien, ne laissant derrière eux ni mensonge ni vérité.
Étrangement, après toutes les réflexions qu’il avait menées ces derniers temps, cela aussi semblait toucher au bord de quelque chose qu’il avait compris.
Rien de concret ne lui venait encore à l’esprit.
Et il ne trouvait pas cela critiquable. Au contraire, il fallait leur en donner le mérite.
Il pensait avoir également compris ce que voulait Ermen.
Pas que le clan prospère, mais qu’il survive. À cet égard, Ermen était une elfe tout à fait remarquable.
Après avoir récupéré tous ces cadeaux et être revenu, Enkrid trouva la très remarquable Ermen devant son logement.
« Les préparatifs du déménagement touchent à leur fin. Accepterais-tu de voyager avec nous ? »
« Je pense qu’il vaudrait mieux que je parte devant et que vous me suiviez. Si quelqu’un voit des arbres marcher, il risque de les prendre pour des Créatures démoniaques et de paniquer. »
Ermen lui avait déjà expliqué comment s’organisait le déménagement de la cité elfique. Enkrid en avait une idée claire.
Rien à voir avec un chariot chargé de casseroles. C’était tout autre chose.
« Ah. Je suppose que les humains pourraient être effrayés. »
Enkrid allait répondre que certains chargeraient plutôt que de fuir, mais il se ravisa. Ce n’était guère important.
Il observa l’expression calme d’Ermen et prit la parole.
« À qui est venue l’idée de faire de moi une idole ? »
Il alla droit au but sans préambule, et Ermen répondit sans la moindre surprise.
« L’idée était de moi. C’est Sinar qui l’a mise en œuvre. »
Enkrid savait à présent qu’Ermen était plus avisée qu’elle n’en avait l’air. Et Ermen, de son côté, savait désormais que cet homme ne se contentait pas de bien manier une lame.
Cela ne faisait que la rassurer davantage.
N’était-ce pas bien mieux que la personne dont dépendrait leur clan soit quelqu’un comme lui, plutôt qu’un fou à la hache qui fendait des crânes d’instinct ?
Sinar lui avait parlé d’un individu de ce genre chez les gardes-frontières.
Quelqu’un qui s’était perdu et avait fini par abattre un chevalier d’une nation ennemie ?
Pour une elfe, c’était tout simplement incompréhensible.
Cela dit, les Chevaliers fous ne devaient sans doute pas être plus compréhensibles aux yeux des humains.
Mais vivre aux côtés de quelqu’un n’obligeait pas à le comprendre. Il suffisait de l’accepter.
C’était tout ce que faisait Ermen l’elfe.
« Alors… »
Le déménagement complet prendrait plusieurs mois. Une partie du clan partirait avant les autres.
Mieux vaut avancer par étapes, en tenant compte des dangers, que tout déplacer d’un seul coup.
Des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques se trouveraient sur leur route, mais, au vu des capacités des elfes, rien de tout cela ne devrait représenter une menace sérieuse.
En revanche, les territoires alentour vont être stupéfaits en voyant passer le cortège.
Quoi qu’il en soit, Enkrid quitta la ville avant tout le monde.
« Mon fiancé, pourquoi pars-tu sans même que nous ayons conçu un enfant ensemble ? »
Les adieux de Sinar furent plutôt mémorables.
« Tu aimes dire ce genre de choses ? »
demanda Enkrid.
La gratitude de Sinar envers son sauveur était profonde comme la mer. Elle hocha lentement la tête, avec un sérieux chaleureux.
« Beaucoup. »
Quand Enkrid s’apprêta à partir, tout le clan elfique interrompit ses occupations pour venir lui dire au revoir.
Certains lui glissèrent des lettres dans les mains. D’autres lui offrirent des fruits lavés et préparés.
« Comment oses-tu faire les yeux doux à mon fiancé ? »
Sinar prononça ces mots d’un ton parfaitement égal, comme si elle faisait une remarque anodine. Elle n’était pas vraiment en colère.
Les elfes qui écoutaient ne tressaillirent même pas.
« La vraie gagnante, ce n’est pas celle qui tient jusqu’au bout ? Dame Kirhais. »
L’une d’elles alla même jusqu’à lancer un défi audacieux, mais ce n’était que de l’humour elfique.
Enkrid les écouta un moment, puis renonça à essayer de suivre.
« À plus tard. »
Sinar devait partir avec le prochain groupe, alors ce n’était qu’un au revoir provisoire.
Outre Ruagarne et Fell, Zero se joignit à eux comme guide. Ses capacités avaient beaucoup progressé en peu de temps.
Sa faculté à canaliser ses émotions dans le combat surpassait celle de tous les autres elfes. Quand le trouble s’emparait de lui, il ne se dispersait pas : il puisait dedans. Facile à dire, difficile à incarner. C’était du talent pur.
Les conseils d’Enkrid y avaient aussi contribué.
Il se mit en route et, après avoir marché quelque temps, ouvrit la bouche pour transmettre à Ruagarne ce qu’il avait compris et découvert.
De l’extérieur, cela pouvait ressembler à une conversation destinée à tuer le temps sur une route monotone, mais ce n’était évidemment pas le cas.
« Je vois. »
Ruagarne hocha la tête, puis reprit :
« Tu veux quelque chose. »
Cette Grenouille ne laissait rien lui échapper.
« Ouais. Une Grenouille dotée de l’œil d’évaluation du talent a forcément bâti une sorte de système intérieur autour de cette capacité, non ? Je me trompe ? »
Les Grenouilles voyaient les limites. Parce qu’elles les voyaient, elles pouvaient définir un terme précis. Qui disait terme disait point de départ ; en ayant les deux, on pouvait décomposer et diviser tout ce qui se trouvait entre les deux.
Elle avait raison. L’œil d’évaluation du talent des Grenouilles s’accompagnait d’un cadre.
« Apprends-le-moi. »
demanda Enkrid.
Établir un cadre pour la chevalerie n’était pas une fin en soi.
Ruagarne entrevit une nouvelle fois à quel point l’homme devant elle était remarquable.
La soif d’apprendre. C’était l’une des forces qui le poussaient. S’il avait été une Grenouille, il se serait jeté dans un fourneau en sachant qu’il pouvait y apprendre quelque chose, même s’il savait que cela le tuerait.
S’il avait été une Grenouille.
Tant que cette unique chose ne cédait pas, on ne pouvait pas mourir ; alors on se poussait sans retenue.
À bien y réfléchir, ce n’était pas si différent de la manière dont il vivait réellement.
« Je le ferai. »
Ruagarne répondit sans hésiter.
Rien à cacher, rien à retenir. L’acharnement de cet homme avait fait voler en éclats une idée qu’elle avait longtemps gardée en elle.
Les limites peuvent être brisées.
Elle le prouvait avec son propre corps. Puis, en entendant le cadre qu’Enkrid avait établi, une autre pensée lui vint.
Comment briser les limites.
C’était la voie qu’Enkrid suivait à présent.
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