Chapitre 648
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 648 : C’est parce qu’il est imparfait qu’il peut être achevé
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Un chevalier junior donne un nom à sa Volonté et s’entraîne en fonction de celle-ci pour la même raison.
Une fois ce stade dépassé, on peut parler de chevalier intermédiaire. Celui-ci développe une technique raffinée et une individualité qui lui est propre.
Liervart n’en avait jamais eu. Jamal, le chevalier d’Azpen, en avait une.
Tous deux avaient été des adversaires impressionnants, du genre qu’il n’oublierait jamais, même s’il revivait cette journée un nombre incalculable de fois.
Tirant les leçons de son expérience, il voyait clairement la différence entre eux : une individualité distincte, manifeste au premier coup d’œil.
Leurs styles de combat se ressemblaient. Tous deux misaient principalement sur l’usure, mais l’individualité de Jamal était le Pillage.
C’était la condition pour devenir intermédiaire.
L’individualité. Une différence de technique visible et indéniable.
L’expérience bâtissait les fondations du savoir. Ces fondations devenaient une théorie, puis la théorie se muait en système.
Enkrid était en train de bâtir ce système.
Le chevalier avancé ne s’accrochait pas à la technique.
Rem, Ragna, Jaxon, Audin… Ils avaient donné des noms à leurs techniques, sans pour autant se laisser enfermer par ces noms.
Eux aussi avaient formalisé leurs techniques pour les lui enseigner.
Le Fendeur de Géant que Rem lui avait appris en était un exemple. Audin, Ragna, Jaxon : tous avaient fait de même.
Et en formalisant leurs techniques, chacun avait franchi un nouveau cap. Enkrid le savait pour les avoir observés à leurs côtés.
C’était pourquoi il fallait établir une théorie, un système.
On ne pouvait pas se fier entièrement à une voie suivie au seul instinct. Parfois, il fallait regarder le chemin derrière soi avant de pouvoir avancer.
Non… Même lorsqu’on avait avancé sans jamais vaciller dans ses convictions, regarder le chemin parcouru était déjà utile en soi.
Même Ragna, ce génie, n’avait pu aller plus loin qu’après avoir regardé en arrière.
Un style de combat à l’épée devait avoir un sens, un mode d’expression et une méthode d’entraînement.
Dans cette même logique, Enkrid avait commencé à ébaucher une méthode d’entraînement pour devenir chevalier.
À bien des égards, il avait eu de la chance. Il se le répéta une nouvelle fois.
S’il lui manquait ne serait-ce que quelques expériences de sa vie, il ne serait jamais arrivé jusque-là.
Cela dit, la vie elle-même était une fleur qui s’épanouissait parmi les miracles que l’on appelait le hasard.
Comme il était vain d’imaginer les chemins qu’on n’avait pas pris et de les regretter, il n’y avait aucune raison de se consoler en songeant à la route déjà parcourue.
L’important, c’était que l’attitude avec laquelle il s’accrochait à la vie ne change pas.
Enkrid n’avait pas changé depuis qu’il était devenu chevalier. On pouvait même dire que c’était précisément pour cela qu’il était arrivé jusque-là.
Quoi qu’il en soit, ici et maintenant, rien ne venait le perturber, et rien que pour cela, il avait de la chance.
Il plongea plus profondément en lui-même.
Le cadre qu’Enkrid avait construit pouvait fort bien être qualifié de cadre chevaleresque.
Bien sûr, cela ne suffisait pas à déterminer pleinement la puissance d’un chevalier. À vrai dire, cela ne permettait pas de savoir qui l’emporterait.
Trop de facteurs entraient en jeu dans les combats à mort.
Lui-même avait piégé Jamal avec une ruse peu glorieuse.
Selon les critères que je viens d’établir, je n’étais pas loin du niveau débutant, à l’époque.
Même une fois le système achevé, il ne représenterait pas tout.
Jamal, à ce moment-là, était un chevalier intermédiaire accompli.
L’issue du combat avait dépendu de la différence entre leurs Volontés respectives.
De la puissance de leur Volonté.
Il n’y avait pas que l’individualité. Les particularités de la Volonté, du pouvoir divin et de la Sorcellerie influençaient aussi le combat.
Mais tout cela ne pouvait pas être intégré au système.
Distinguer ce qui pouvait y entrer de ce qui ne le pouvait pas, voilà ce qu’il avait fait sans hésiter dès qu’il était devenu chevalier, malgré le flot de toute-puissance qui l’avait submergé.
Cette fois encore, il fit de même.
Enkrid distingua, sépara, établit et bâtit un système.
Quel qu’il soit, il ne pourra pas être parfait.
Mais il pourra être achevé. L’important, c’est de le mener à terme et d’avancer.
Parce qu’il visait un lendemain imparfait plutôt qu’un présent parfait, il pouvait l’achever.
Alors il s’y attela.
La distinction entre débutant, intermédiaire et avancé.
Pour le moment, il la fondait sur la manière de manier la Volonté.
Pour évaluer les différences de puissance au combat, il faudrait aussi prendre en compte la condition physique, les affinités élémentaires et tout le reste.
Il laissa donc de côté la question de la victoire ou de la défaite.
Mais pour établir une méthode d’entraînement et de perfectionnement, ce genre de cadre était nécessaire.
Ce qui était établi devenait une théorie. La théorie devenait un système.
Enkrid ouvrit les yeux. Une semaine s’était écoulée, durant laquelle il n’avait fait que profiter de la source elfique, hormis le strict minimum d’entraînement. Ces deux derniers jours, il n’avait pas quitté la source une seule fois.
« Je croyais que tu t’étais noyé. »
Une voix l’accueillit dès qu’il ouvrit les yeux. Ruagarne avait dit cela en gonflant à moitié les joues, sans toutefois les enfler assez pour avoir l’air vraiment contrarié.
Enkrid cligna plusieurs fois des yeux. Des gouttelettes accumulées au coin de ses paupières tombèrent comme de la sueur, tandis que d’autres ruisselaient le long de son visage.
Sa peau lui paraissait plusieurs fois plus lisse qu’avant.
« Au moins, il n’y a pas une horde d’elfes qui attend dans le coin, comme la dernière fois. »
Enkrid sentait lui aussi qu’un bon moment s’était écoulé. Il ne s’était pas évanoui. Il s’était simplement plongé en lui-même et avait atteint un état de concentration profonde. Il avait vaguement conscience du temps qui passait.
« Tu tires des conclusions hâtives », dit Fell.
Il était là, lui aussi, légèrement de biais.
Enkrid était encore porté par l’euphorie d’avoir ouvert un nouveau monde en lui. Profitant de cette humeur, il lança une plaisanterie.
« Écuyer, fais-moi le rapport de ce qui s’est passé. »
« Qui tu traites d’écuyer ? »
Fell se hérissa, mais ne protesta pas bien vigoureusement. Peut-être l’acceptait-il, au fond de lui.
Il serait même peut-être prêt à endosser le rôle, à condition qu’on ne nomme pas Ropord écuyer à sa place.
Enkrid se leva et se sécha. Tout son corps était fripé, et ses doigts, gonflés par l’eau, ressemblaient à ceux de Grenouille. Deux jours entiers immergé, cela ne pouvait que laisser des traces.
« On dirait que tu enviais la forme de mes doigts », dit Ruagarne.
Enkrid esquissa un sourire, finit de se sécher et s’habilla. Il ne savait pas quand on les avait déposés là, mais les vêtements qui l’attendaient n’étaient pas les siens : c’étaient des habits elfiques.
Une chemise et un pantalon tissés de fils verts. On avait aussi prévu des sous-vêtements ; un peu plus loin, son équipement et son armure étaient soigneusement disposés en rang.
Enkrid n’enfila que les vêtements. Il s’était attendu à une étoffe rêche, mais elle l’enveloppa avec douceur et lui procura une sensation de chaleur apaisante, comme si des feuilles baignées de soleil lui drapaient le corps.
Il n’avait pas particulièrement soif. Ni vraiment faim.
« Quelques elfes allaient et venaient, mais aujourd’hui, ils sont beaucoup plus nombreux », dit Ruagarne.
Enkrid sortit de la source et s’engagea sur le chemin dont les elfes étaient si fiers, celui-là même qui, aux yeux de Ragna, finirait à coup sûr par devenir les couloirs du Labyrinthe.
Au-delà, comme Ruagarne l’avait dit, plusieurs centaines d’elfes s’étaient rassemblés, comme s’ils attendaient quelque chose.
Pourquoi ? À en juger par l’ambiance, ils s’étaient réunis parce qu’ils s’inquiétaient pour Enkrid, qui n’avait pas quitté la source elfique depuis deux jours.
Cela faisait tout de même beaucoup d’agitation pour si peu.
Ils semblaient même plus impatients et animés que lorsqu’ils étaient partis s’occuper du Labyrinthe, cette Terre Maudite qui était la leur.
Cela dit, l’enthousiasme des elfes ne se lisait jamais facilement sur leurs visages.
« Le voilà. »
Une Dryade aux yeux verts envoûtants prononça ces mots en se couvrant la bouche d’une feuille.
Certaines Dryades, plus timides, avaient l’habitude de se cacher le visage quand elles parlaient.
Celles-là évitaient jusqu’aux interactions avec les autres elfes et ne sortaient donc que par nécessité. Celle-ci était venue simplement s’assurer qu’Enkrid allait bien.
Une elfe qui ne quittait pas sa demeure plus de cinq fois par an avait attendu deux jours à cet endroit juste pour le voir.
« Un guérisseur ne devrait-il pas vous examiner ? »
« Je pourrais m’en charger. »
« Ne suis-je pas suffisante ? »
« Il est sorti de la source par ses propres moyens. Il n’avait rien. »
Les elfes ne faisaient pas de scène. Ils maîtrisaient leurs émotions et restaient rationnels et mesurés.
Même maintenant, l’endroit n’était pas particulièrement bruyant, bien qu’il ressemblât à un marché. Tous s’étaient simplement regroupés par petits groupes épars.
Parmi eux, un elfe aux cheveux courts s’avança.
Ermen était introuvable, tout comme Sinar. Pourtant, personne ne chercha à arrêter cet elfe : soit tout avait été convenu à l’avance, soit il avait autorité sur les autres.
« Si vous vous sentez bien, accepteriez-vous de m’accompagner ? »
Cet elfe était le seul à avoir réellement affaire à lui. Les autres étaient venus par pure inquiétude.
Enkrid commençait à le sentir jusque dans sa chair.
« Si tu t’ébréchais un seul ongle, des centaines d’elfes se précipiteraient pour te le limer. »
Ruagarne avait un peu exagéré, mais pas tant que ça.
Enkrid, le sauveur des elfes.
Le sens de ces mots était limpide.
Il était devenu une idole, observée par tout le clan elfique.
« C’est beaucoup trop », marmonna Enkrid.
Recevoir de la bienveillance, voir ses actes reconnus, entendre des acclamations : tout cela n’avait rien de désagréable.
Mais trop, c’était trop. Dès qu’il ouvrit la bouche, tous les elfes se turent d’un seul mouvement et braquèrent sur lui leurs yeux pareils à des perles de verre. Des centaines de regards.
En un instant, tous les sons disparurent, ne laissant place qu’à ces regards. Avec une telle intensité, ils pouvaient rivaliser avec l’attaque oculaire d’Argos, le Dieu Démon qui, disait-on, résidait dans la Terre Maudite et était à l’origine de l’Œil maléfique.
Argos était compté parmi les dieux démons nés de la Terre Maudite : une créature gigantesque dont tout le corps était couvert d’une centaine d’yeux.
« Où allons-nous ? »
Enkrid posa la question en détournant le regard de tous ces yeux. L’elfe qui se tenait devant lui était grand, avec des cheveux courts aux reflets roux et des yeux teintés d’orange pâle. Ses deux mains étaient couvertes de cicatrices.
Il avait une odeur différente.
Pas celle de l’herbe et des fleurs. Celle de la cendre et du feu, la même que celle qui collait à Aetri.
Un seul regard avait suffi à Enkrid pour deviner le métier de l’elfe.
La création de l’Épée qui bloque les vagues et, quelques instants plus tôt, l’établissement des étapes de la chevalerie avaient aiguisé son discernement bien au-delà de ce qu’il était auparavant.
« J’ai entendu dire qu’il existait un clan d’elfes qui travaillait le feu. »
« Oui, nous sommes la famille qui forge Naidhl et les armes des elfes. Nous nous sommes déjà rencontrés, brièvement. Je suis Lafratio. »
Le chef d’une famille en prenait le nom, comme Ermen.
L’elfe qui se tenait devant Enkrid était, pour le dire simplement, le meilleur forgeron de tous les elfes.
« Les elfes forgent des armes compagnes. Et ces armes peuvent produire des effets équivalents à ceux des Armes gravées. »
Les elfes ne disaient que la vérité. Ils n’avaient aucune raison de mentir ni de tourner autour du pot.
« J’aimerais forger une arme pour vous, Tueur de créatures démoniaques. »
En clair, il voulait lui fabriquer une Arme gravée. Au lieu de se réjouir ou de se montrer reconnaissant, Enkrid se frotta le menton, quelque peu embarrassé.
« Je suis désolé de vous dire… »
Il parla franchement, car il n’avait rien à cacher.
« …que quelqu’un m’a déjà promis de m’en forger une. »
Sauf circonstances très particulières, on ne pouvait pas fabriquer deux lames gravées. Si on appelait cela une Arme gravée, c’était précisément parce qu’on y forgeait sa propre Volonté.
« Alors, permettez-moi au moins de vous offrir un cadeau. »
Lafratio le dit sans le moindre signe de déception. Enkrid acquiesça.
Il n’avait aucune raison de refuser un cadeau. Il en avait déjà reçu beaucoup, mais tout de même.
Un objet offert par un forgeron elfe, c’était autre chose.
Enkrid avait un faible pour les armes et les armures.
Il n’avait jamais contesté l’adage selon lequel une bonne arme valait autant que le talent.
Cela ressemblait à une maxime de mercenaire, mais le fond restait le même.
Un chevalier armé d’une bonne épée.
Face à un autre chevalier qui se battait à mains nues, lequel avait l’avantage ?
S’il pouvait en tirer un avantage, il le prendrait par tous les moyens.
Enkrid n’avait pas changé. Quelles que soient les leçons qu’il tirait, sa nature restait la même. L’attitude avec laquelle il s’accrochait à la vie ne vacillait pas.
Ils dépassèrent donc les elfes rassemblés et prirent la direction de l’atelier.
Clang.
C’était le quartier du feu et du fer où Sinar s’était autrefois absorbée dans son travail.
Même dans la cité elfique, ce quartier se trouvait à l’écart. Et, s’il fallait préciser, il était à l’opposé du territoire des Woodguards, qui se tenaient à distance des flammes.
Des elfes martelaient le fer et travaillaient autour de grands fours, chacun absorbé par sa tâche.
Dans une clairière ouverte, apparurent des fours noirs et des soufflets, façonnés par un art mystérieux à même l’intérieur creux d’une souche d’arbre.
Les elfes ne tiraient pas leurs armes de la lumière de la lune ni des feuilles.
Travailler le fer exigeait du feu. C’était une vérité immuable, une évidence absolue. Tous suaient en façonnant ce qu’ils souhaitaient créer.
Aetri lui vint spontanément à l’esprit. Celui qui devait forger son Arme gravée l’attendait sûrement.
Serait-il déçu qu’il ait brisé l’épée d’acier argenté ?
Non. Cette épée lui avait été donnée pour être brisée. Il le savait, même sans qu’Aetri ait besoin de le lui dire.
Et cette épée lui avait aussi permis d’échapper à un moment terrifiant.
Lorsqu’il reverrait Aetri, il voulait lui dire que la « Chance » lui avait véritablement porté chance.
Il n’était donc pas question qu’Enkrid fasse fabriquer une Arme gravée ici.
« Voici Penna. »
Mais alors…
« Hmm. »
Enkrid claqua la langue. Son discernement aiguisé lui permettait aussi de lire les armes. Il le comprit sans même la tenir.
Lafratio la lui offrait en cadeau. C’était une épée digne d’un chef-d’œuvre, à la hauteur d’une Arme gravée.
Il en venait presque à se demander si Aetri aurait pu en fabriquer une meilleure.
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