Chapitre 647
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Révision : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 647 : L’inspiration jaillit
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La cité des elfes n’était pas petite. Ce qu’Enkrid avait vu et où il avait séjourné n’en constituait que la périphérie.
Elle est immense.
À elle seule, elle était peut-être même plus vaste que Border Guard.
La cité des elfes était divisée en plusieurs quartiers distincts, reliés par d’étroits sentiers forestiers et par ce qu’on ne pouvait décrire autrement que comme des éléments magiques.
Si Ragna venait un jour ici, il aurait toutes les raisons de l’appeler le Labyrinthe.
Ragna passerait sa vie à s’y perdre.
Même grimper aux arbres pour se repérer ne servait à rien dans de nombreux endroits, où l’épaisse canopée formait un plafond au-dessus de la tête.
Ragna ne retrouverait donc jamais son chemin ici. Cela dit, la plupart des gens ordinaires s’égareraient facilement dans un tel dédale.
Mais les elfes ne s’en souciaient pas. Ils connaissaient les lieux par cœur.
Voilà pourquoi courent ces vieilles histoires de bûcherons piégés dans la cité des elfes et qui n’en ressortent que des décennies plus tard.
Il en existait une. Un conte populaire racontait l’histoire d’un homme qui, ayant trouvé une source, y aperçut une elfe en train de se baigner, lui vola ses vêtements et s’enfuit. Il erra alors une vingtaine d’années dans la forêt avant de finir par retrouver la sortie.
De cette histoire en naquirent des dizaines d’autres. Dans certaines versions, l’homme et l’elfe avaient un enfant ensemble. Dans une autre, une hache tombée dans la source en ressortait forgée en argent pur.
Les contes de fées restent des contes de fées.
Il comprenait tout de même pourquoi ces histoires continuaient de circuler. Cette cité renfermait assez de mystères pour les faire naître.
Les elfes avaient tout enveloppé d’arbres et construit leur cité à l’intérieur. Sa structure générale commençait à se dessiner dans son esprit, à mesure qu’il assemblait les réponses que les elfes croisés en chemin lui avaient données de bon cœur.
En un sens, c’est une forteresse naturelle.
Voilà pourquoi la cité des elfes n’avait pas besoin de murailles.
Le feu en serait-il alors le point faible, si quelqu’un décidait de l’attaquer de l’extérieur ? Répandre de l’huile sur la palissade d’arbres et y mettre le feu ?
Brûler l’enveloppe extérieure, déclencher un immense incendie et voir les elfes à l’intérieur en sortir un à un.
Mais cela fonctionnerait-il vraiment ?
Les démons avaient réussi parce qu’ils avaient attaqué de l’intérieur. Depuis l’extérieur, personne n’aurait eu la moindre chance.
Ces gens maniaient l’énergie vitale et commandaient aux esprits. La force combinée du peuple elfe, Dryades et Woodguards compris, n’était pas à prendre à la légère.
Sans même parler de leurs esprits, les « murailles » formant l’enveloppe extérieure de la cité des elfes étaient constituées des corps de Woodguards morts.
Même les brûler ne serait pas chose facile. Il avait vu Bran faire brûler du tabac contre sa propre peau sans y laisser la moindre trace.
Cela dit, il était vrai qu’un Woodguard gardant le feu si près de lui avait quelque chose d’inhabituel.
Enkrid y réfléchit en s’enfonçant dans l’étang. Le terme était généreux : il s’agissait plutôt d’un lac.
C’est compris dans le forfait de relocalisation, qu’ils ont dit ?
La Source guérisseuse, ou Source des elfes. Un bassin d’eau chaude qui engourdissait agréablement les muscles fatigués.
Après l’entraînement, quand il s’y plongeait, il avait l’impression d’entrer au paradis.
Il suffisait d’y ajouter une gorgée de thé glacé aux feuilles préparé par les elfes, et le bonheur était complet.
Glou. Glou. Glou.
Enkrid savourait un instant de pur bonheur. Une chaleur intense lui lavait la peau et les pores, chassant les impuretés. Une brise fraîche flottait au-dessus de sa tête, et le thé glacé lui coulait dans la gorge comme la première gorgée d’eau après dix jours de sécheresse.
Incroyable.
Après une journée entière d’entraînement et de réflexion, se prélasser ici pendant quelques heures était devenu une habitude quotidienne.
Il avait été surpris de voir un étang grand comme un lac sur la liste des éléments compris dans la relocalisation. À présent, l’idée de devoir le quitter lui était vraiment pénible.
Alors qu’il se reposait ainsi, quelqu’un s’approcha de lui en faisant clapoter l’eau, à travers la vapeur qui s’élevait à la surface.
L’étang était vaste. On aurait tout aussi bien pu l’appeler un lac.
La chaleur faisait rouler un voile de vapeur sur l’eau ; tant qu’on restait à une certaine distance, il était facile de ne pas prêter attention aux autres. Mais dès que quelqu’un s’approchait, ses sens le détectaient, qu’il le veuille ou non.
Ses cinq sens lui révélèrent de qui il s’agissait avant même qu’il ait besoin d’y réfléchir.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Enkrid.
« Aujourd’hui, c’est le jour du bain. »
« C’est une sorte de fête chez les elfes ? »
« Non. Je l’ai décidé moi-même. Ce matin. »
Elfe cinglée.
« Ton expression est irrespectueuse. Je suis la reine de cette cité. »
C’était évidemment Sinar.
« Et moi, je suis le sauveur de cette cité. »
« Le sauveur, dis-tu. Tu n’y vas pas de main morte. »
Elle plaisantait, sachant très bien à quoi il ressemblait.
« J’ai tort ? »
« Non, tu as raison. »
Enkrid esquissa un léger sourire. Sinar fendit la vapeur et s’approcha, assez pour qu’il la distingue nettement. Malgré tout, ils étaient tous deux dans l’eau, immergés jusqu’au cou ; on ne voyait que son visage.
Déçu ?
Non. Pas vraiment.
« J’ai entendu dire que tu avais proposé un endroit pour la relocalisation », dit Sinar en faisant onduler l’eau d’un geste du bras. Une éclaboussure parfumée de fleurs et d’herbe frappa Enkrid au front. Son mouvement souleva brièvement une partie de son corps hors de l’eau, juste le temps d’un aperçu.
Un éclair de peau pâle et ronde, et la ligne d’un avant-bras.
Enkrid hocha la tête sans protester.
« Je connaissais justement un bon endroit. »
« Merci. »
Pour une raison ou une autre, Sinar le remerciait plus souvent qu’avant.
« Je croyais que c’était toi qui me mettais la pression, en disant que je ne pouvais pas quitter la cité. »
« Je ne faisais qu’énoncer des faits. »
« Des faits déformés. J’ai entendu dire que c’était une spécialité des elfes, et j’en ai fait l’expérience moi-même. »
« De quoi tu parles ? Dans notre société, le mensonge n’existe pas. »
En voyant Sinar cligner des yeux avec son expression innocente et vide, il avait du mal à la traiter d’effrontée.
Cette tête-là, et ce qu’elle faisait. C’était de la triche. N’importe quel homme ordinaire aurait déjà eu des cœurs à la place des yeux, prêt à lui donner son âme et tout le reste.
« Bien sûr. J’imagine que tu as effacé le souvenir de tes mensonges dans le Labyrinthe. »
Elle n’avait tout de même pas déjà oublié tous les bobards qu’elle lui avait servis, notamment cette histoire où elle prétendait avoir décidé de devenir la reine des Créatures démoniaques.
« Ton ton est irrespectueux. »
« Ah. Oui. »
Après un échange de plaisanteries inutiles et un autre remerciement, elle lança : « Bon, eh bien… »
Sinar sortit de l’étang. Enkrid ne détourna pas les yeux ; il entrevit donc son corps nu. Sans intention particulière.
« Quand as-tu eu ces cicatrices ? »
La cicatrice qu’il avait aperçue sur son avant-bras se prolongeait jusque dans son dos. Des brûlures tordues, sauvages.
Sinar savait que son corps était défiguré. Voilà pourquoi, même quand elle en avait eu l’occasion, elle ne s’était jamais baignée près d’Enkrid.
Elle aurait pu le rejoindre dans l’eau sans difficulté, mais elle avait habilement évité toutes les occasions de le faire.
L’eau ruisselait sur les brûlures qui marquaient son dos, suivait les cicatrices depuis ses épaules, coulait le long de ses cuisses et tombait au sol.
Les brûlures s’étendaient nettement de son dos à ses mollets. On aurait dit que quelqu’un l’avait méthodiquement marquée au fer rouge. Rien que les regarder lui faisait mal.
« La Source guérisseuse a bien des usages », répondit Sinar au lieu de répondre à sa question. Jusqu’ici, elle avait laissé ses cicatrices sans les soigner parce qu’elle avait besoin de s’en souvenir.
Enkrid inclina la tête. Sinar sourit et poursuivit.
« La plupart de ces brûlures peuvent disparaître. Il n’en restera que quelques-unes. Tu retrouveras alors une peau pâle. »
« Oui. Et ? »
« Tu pourrais aussi la toucher. »
« … »
« Ce serait agréable. Très agréable. »
Pourquoi me suis-je laissé entraîner dans une conversation sérieuse avec cette elfe ?
Enkrid détourna la tête, l’air de s’en vouloir.
« Reste à mes côtés. Enfant des rêves et des possibles. »
« C’est une malédiction ? »
« Une bénédiction. »
Sinar sourit comme une fleur en pleine éclosion. C’était le même sourire que dans son rêve.
En le voyant, Enkrid sourit à son tour sans même s’en rendre compte.
Quoi qu’il en soit, le poids qu’elle portait semblait s’être envolé.
Sinar s’en alla.
Enkrid voulait rester encore un peu dans l’eau. Il ferma les yeux et se laissa flotter, tandis que la chaleur l’enveloppait. Au creux de cette chaleur, il se laissa emporter par un profond courant de pensées.
Parfois, l’inspiration surgissait sans prévenir. C’était justement l’un de ces moments.
Sinar n’a pas fait disparaître ses cicatrices.
C’était sans doute pour ne pas oublier son propre échec.
Elle avait décidé de regarder cet échec en face et de le surmonter. Non pas pour rejeter la faute sur quelqu’un, mais pour avancer vers le lendemain.
Tout comme sa propre nature influençait ceux qui l’entouraient, les changements positifs qu’il suscitait finissaient parfois par lui revenir.
Le changement de Sinar éveilla quelque chose en Enkrid.
Il ne parvenait pas à définir le lien, mais l’inspiration inonda soudain son esprit. Des fils épars se mêlèrent et se défirent, encore et encore, puis se tressèrent en un motif régulier et formèrent une structure unique.
À travers la vapeur qui s’élevait de l’étang, une vision apparut.
« C’est grâce à moi, tu sais. Alors ne m’oublie pas. »
Était-ce un vestige laissé par le démon ?
Ou bien ses pensées s’étaient-elles simplement étendues au loin, captant au passage une interférence quelconque ?
Cela importait peu. Quand Enkrid entrait dans un état de concentration, il oubliait tout ce qui l’entourait.
La vision se dissipa. Il ne prit pas la peine de la garder en mémoire.
Il s’enfonça dans l’unique chose qui se trouvait devant lui, s’oubliant lui-même, oubliant son épée, oubliant le monde. Il ne se concentra plus que sur une tâche : donner forme à l’inspiration qui venait de surgir.
Il avait de la chance. Rien ne risquait de le déranger. L’immense étang qu’ils appelaient la Source guérisseuse le maintenait doucement à flot ; il ne risquait donc pas de couler. Sa température corporelle ne baisserait pas. Et il n’avait pas à se soucier de manger.
Il aurait faim dans la source, mais celle-ci comblait aussi une partie des besoins de son corps sans qu’il ait à manger.
Enfin, c’était bien pour cela qu’on l’appelait la Source guérisseuse.
Certaines Dryades jeûnaient délibérément et s’y allongeaient deux jours d’affilée. Elles savaient que cela favorisait leur rétablissement, d’où cette habitude.
En outre, l’eau chaude faisait circuler le sang et aiguisait l’esprit.
Le vieux Conseil des elfes tenait-il autrefois ses réunions immergé dans la Source des elfes ?
Une inspiration mêlée aux autres se transforma en théorie. La première chose qui lui vint fut le reproche qu’il s’adressa à lui-même.
J’étais arrogant.
Il avait achevé l’Épée qui bloque les vagues et s’était dit que son inspiration suffisait. Ce n’était pas le cas.
Il n’y a pas de fin.
À l’époque, il avait cru atteindre la ligne d’arrivée. Mais non. La pensée se déployait d’elle-même et ouvrait de nouvelles voies. Un monde inédit cherchait à s’ouvrir en Enkrid, différent de celui de l’escrime qui s’était ouvert auparavant.
Il était en plein dans ce processus. Pour accueillir cette nouveauté, il fouilla dans ce qu’il possédait déjà et en tira tout ce qui pouvait lui servir.
Il lui fallut donc parcourir quelques souvenirs et en extraire une situation de son passé.
Celle qui lui revint fut le moment où il était entré dans la cité des elfes et s’était retrouvé sous une pluie de flèches.
Il avait senti les flèches et les avait brisées.
Il avait entendu le vent. Il y était parvenu grâce à la Technique sensorielle qu’il avait apprise auprès de Jaxon.
À l’époque, Enkrid avait donné un nom à cela ; il avait parlé du domaine du Sixième Sens, ou quelque chose dans ce goût-là.
Jaxon n’avait pas cherché à l’en empêcher, mais lui avait montré plus tard que tout cela relevait d’une seule et même catégorie : la Technique sensorielle englobait tout.
Il n’était pas vraiment nécessaire de donner des noms différents aux diverses formes de perception. C’était sans doute ce qu’il avait voulu lui faire comprendre.
L’Endurance en était un autre exemple. Si concentrer sa Volonté pour renforcer sa peau et ses muscles venait naturellement, nul besoin d’appeler cela une technique à part.
Mais est-ce que tout le monde en est capable ?
Utiliser naturellement sa Volonté et ses techniques, sans réfléchir ? Était-ce si facile ?
S’il s’était entraîné dès le début sans donner de nom à aucune technique, sans ces étiquettes auxquelles se raccrocher,
il n’aurait pas abandonné. Mais parvenir à son niveau actuel lui aurait demandé des efforts infiniment plus grands.
Il avait assez de doutes pour se demander s’il aurait seulement atteint le rang de chevalier.
Rien que d’y penser lui donnait le vertige, une impression de flotter dans le vide. Comme s’il avait été ligoté de la tête aux pieds et jeté du haut d’une falaise.
Il avait eu de la chance. Peut-être que la Déesse de la Fortune veillait vraiment sur lui.
Quoi qu’il en soit.
Une progression par étapes est nécessaire.
Surtout pour quelqu’un comme lui.
Les bases de sa théorie et de ses connaissances s’étaient construites au fil de ses errances sur le continent et de ses rencontres avec un maître après l’autre.
Certains lui avaient dit la même chose. D’autres, des choses totalement différentes. D’autres encore avaient tenté d’organiser leurs théories et d’en bâtir un système cohérent.
« Ce qui fonctionne pour quelqu’un d’autre ne fonctionnera peut-être pas pour toi. La méthode que j’ai mise au point n’est pas conçue pour enseigner à des gens moins doués que moi. Alors, je t’en prie, va-t’en. Maintenant. »
Les paroles d’un de ses maîtres lui revinrent en mémoire. L’homme l’avait presque supplié de partir, affirmant qu’il n’avait plus rien à lui apprendre. Ce n’était pas quelqu’un de mauvais.
Il aurait pu le chasser par la menace ou la force, mais il avait préféré user de mots.
Cela dit, la force n’aurait pas fonctionné non plus.
Même après avoir entendu cela, Enkrid s’était obstiné à traîner dans les parages pendant trois mois pour lui soutirer encore un peu de savoir, avant de finir par partir.
Puis il y avait eu les paroles d’un vieux maître d’armes installé dans une ville côtière, qui l’avaient marqué plus longtemps que la plupart des autres.
« Tu dois trouver ta propre voie. Comment ? Tu regardes en arrière et tu y réfléchis. Emprunte les routes que prennent les autres, mais choisis parmi elles celles que tu peux suivre. Prends ce qui vaut la peine d’être pris et jette le reste. »
Il avait en partie raison. Et en partie tort.
Il n’y a rien à jeter.
Il ne pouvait avancer qu’en mettant à profit tout ce qu’il avait et en se frayant un chemin à la force des ongles. Alors c’est ce qu’il avait fait.
Même si ça ressemblait à du barbotage.
Il ramperait s’il le fallait.
Sa détermination devint Volonté et se mit à briller ; la Volonté illumina son rêve qui s’embrasait.
Tout ce qui était conservé dans la bibliothèque de son expérience se déversa, tournoyant sans ordre dans son esprit. Les jours passèrent ainsi. Après avoir erré plusieurs jours dans ses souvenirs, Enkrid aperçut un panneau indicateur.
Oui. Un panneau indicateur.
Les techniques sont des panneaux indicateurs. On les nomme et l’on définit leur méthode d’entraînement.
Un chevalier débutant doit entraîner les techniques qui lui permettent de maîtriser sa Volonté.
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