Chapitre 642
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 642 : Coexistence
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Combien de fois avait-il déjà affronté cette sale gueule ?
Il avait pratiquement mémorisé chaque marque gravée sur le corps de la créature. Non pas qu’il ait eu le loisir de s’asseoir pour les étudier.
Quand on n’était pas un génie, il fallait se démener comme un forcené pour entrevoir ce que les autres voyaient.
Enkrid le savait mieux que quiconque.
Et, lors de la journée précédente, bien qu’il ne fût pas un génie, il en avait lui-même entrevu un aperçu.
Il observa les pieds de la créature et les lames qui lui tenaient lieu de bras lorsqu’elle sortit de derrière la chaise de Sinar. Il ne manqua rien, pas le moindre mouvement. Dès qu’il eut tout enregistré, sa perception du temps ralentit.
Accélération de la pensée.
L’air vicié du Labyrinthe pesait plus lourd, et la gêne sur sa peau se fit plus aiguë.
Il aurait aimé émousser quelques-uns de ses sens, mais cela l’empêcherait d’affronter le Tueur unique. Il avait besoin de son Sixième Sens ; ce n’était donc pas une option.
Il devait ainsi supporter la pression et la gêne telles quelles.
C’est ce qu’il fit. Il endura sans se plaindre.
Il avait vécu cette scène tant de fois que cela ne lui faisait presque plus rien.
Dans le temps ralenti, le corps orange traça une longue ligne et fondit sur lui. On aurait presque dit une créature orangée, luisante et bardée de lames, qui chargeait à toutes jambes.
Ce n’était pas faux, puisque chaque partie du Tueur unique des démons était une arme.
La silhouette orange se démultiplia en plusieurs images rémanentes à mesure qu’elle approchait, puis se fondit de nouveau en une seule en arrivant près de lui.
Dès que le corps orange entra tout entier dans son champ de vision, les lèvres d’Enkrid s’étirèrent. Un sourire illumina son visage.
« Salut. »
Sa voix était claire, éclatante ; le mot « nette » ne lui aurait pas rendu justice. Le lunatique aux cheveux noirs et aux yeux bleus passa à l’action.
Ruagarne et Fell ne virent même pas Enkrid bouger et n’eurent pas le temps d’être surpris. Les elfes encore moins.
Seule Sinar sursauta, l’espace d’un instant.
Enkrid se rua sur le Tueur unique et abattit son épée droit devant lui, dans un mouvement vertical.
La lame décrivit un demi-cercle au-dessus de sa tête.
À première vue, le geste avait l’air franc et direct, mais…
C’était différent.
Sinar l’avait bien vu. Ce n’était pas un simple coup d’épée.
La lame d’acier argenté sembla disperser la lumière dans toutes les directions en traçant sa courbe.
Au même instant, elle s’épanouit comme une fleur, ses pétales se multipliant par dizaines.
Elle ne s’était pas réellement dédoublée. Les journées recommencées n’avaient pas seulement aiguisé son esprit.
Il ne s’était jamais contenté de s’asseoir pour réfléchir aux réponses non plus.
Chaque journée avait toujours été consacrée à l’entraînement. Ses efforts désespérés avaient véritablement fait progresser son habileté, jour après jour.
C’était une version élargie et améliorée de la lame illusoire. Il balançait son épée tout en divisant son intention meurtrière pour frapper sous plusieurs angles.
Si cela pouvait ne serait-ce qu’ébranler un peu le sang-froid de l’adversaire, ce serait déjà utile.
Contre un adversaire ordinaire, cela aurait marché. Contre le Tueur unique, non.
Démon né privé de raison, animé par la seule intention meurtrière, il portait en combat des jugements plus affûtés et plus résolus que quiconque. Il ne se laissait pas facilement berner.
La créature projeta sa lame selon la trajectoire la plus rationnelle possible, d’un mouvement spontané.
Clang !
L’épée d’acier argenté percuta la lame orange dans un mouvement tranchant.
Si le corps du Tueur unique était assimilable à du métal, alors deux blocs de fer venaient de se heurter. L’onde de choc gronda jusque dans le sol, qui vibra profondément. La poussière jaillit dans toutes les directions.
L’onde de choc invisible qui émanait des deux combattants repoussa un bref instant l’air fétide du Labyrinthe.
« C’est amusant, non ? »
Après son attaque, Enkrid recula et agita son épée dans les airs. Ce seul coup avait fait vibrer profondément ses organes internes.
Il avait frappé avec une telle force. Faire circuler sa Volonté dans tout son corps, il l’avait fait tant de fois en plus de cinq cents journées recommencées qu’il aurait sans doute pu le faire en dormant.
Son coup avait incorporé des techniques assimilées, comme le Cœur de la Force surhumaine et le Fendeur de Géant, même s’il n’avait pas cherché consciemment à les employer.
À force de répéter les journées, combiner les techniques lui était devenu naturel ; son corps les avait intégrées.
Voilà pourquoi Sinar avait vu une différence. Elle avait raison.
Si les lames illusoires de l’intention meurtrière, qui taillaient l’esprit de l’ennemi, n’étaient que la fioriture, le véritable coup, celui qui infligeait des dégâts, était la frappe physique, portée avec tout son poids.
Pour distinguer l’essentiel du secondaire : les lames illusoires étaient secondaires. L’essentiel, c’était l’épée abattue droit devant lui. En apparence, les lames illusoires semblaient constituer le morceau de bravoure, mais c’était tout le contraire.
Ébranler le sang-froid de l’adversaire n’était qu’un objectif supplémentaire.
On pouvait parler d’une attaque mêlant l’illusion et le réel.
Sinar ne fut pas la seule à être surprise par ce coup.
Crac. Craquement. Clac.
Les os bougèrent à l’intérieur du corps du Tueur unique, dont les jambes changèrent de forme. Ses bras s’allongèrent dans le même temps.
Enfin, au moins, son salut avait fait mouche.
Cette chose prenait vraiment au sérieux la transformation de ses membres.
« Ça ne t’amuse pas, alors ? »
Enkrid posa de nouveau la question. Le Tueur unique ne répondit pas. Évidemment, un démon sans bouche ne pouvait pas parler.
« Il n’a ni organes vocaux ni volonté », dit Sinar.
« Je sais. »
Il le savait probablement mieux que Sinar. Mais avec ou sans bouche, la créature exprimait ses intentions assez clairement par ses actes.
Comme à l’instant. En remodelant ses membres, elle déclarait qu’elle était prête à se battre sérieusement.
Enkrid le prit ainsi. Tandis qu’il la regardait changer de forme, il modifia l’angle de ses pieds et abaissa légèrement la pointe de son épée.
Ce n’était pas une menace, mais un signe qu’il comptait prendre l’avantage au Jeu des nombres. Le Tueur unique réagit aussitôt.
Boum !
Il prit appui sur le sol et se rua sur lui. Même avec le temps étiré, il fut devant son visage avant qu’il ait pu cligner des yeux.
Une charge propulsée par des jambes qui se pliaient dans le mauvais sens.
Les éclats de pierre qu’il avait soulevés n’avaient même pas encore atteint les airs que son corps était déjà au nez d’Enkrid.
Des lignes orange ondulèrent dans son sillage. Les lames que l’envoyé abattit sur lui se dédoublèrent par dizaines, visant chaque partie de son corps, de la tête aux pieds.
Enkrid saisit une épée dans chaque main et les repoussa une à une.
Clang clang clang clang clang clang clang clang !
À partir de là, il devait diviser sa pensée, partager son esprit.
Au début, il avait essayé de la diviser en dizaines de courants, pour suivre la méthode de la créature.
Il combattait et calculait, calculait et combattait. Son nez saignait plus vite que sa pensée accélérée ne pouvait suivre.
La créature se mouvait avec plus de dynamisme, comme si elle sentait qu’il cherchait à dépasser ses propres limites. Tenter de tout calculer en même temps suffisait évidemment à lui faire tourner les yeux dans leurs orbites. Il le faisait quand même.
Il endurait parce qu’il ne savait pas renoncer. Pourtant, le dénouement ne changeait pas.
C’est l’échec qui lui avait apporté la compréhension. Aucune journée, à elle seule, n’y était parvenue.
Inutile de diviser sa pensée en dizaines de courants.
Il n’avait pas progressé d’un seul bond, mais chaque journée ajoutée aux précédentes l’avait rendu plus capable.
Avoir une vue d’ensemble, voir le mouvement. De près, voir l’instant. C’était tout.
Il savait qu’il ne devait pas donner de noms aux techniques, et pourtant le voilà qui leur collait encore stupidement des étiquettes comme « pensée accélérée » et « pensée divisée ».
Ce qui comptait, ce n’était pas la définition. C’était de savoir s’en servir.
Telle était la réponse à laquelle il était parvenu.
L’Épée qui bloque les vagues supposait un combat prolongé.
Elle devait miser sur l’endurance, pas sur l’explosivité. Ce n’était pas une épée qui mettait fin au combat en une seule décharge, mais une épée qui encaissait et tenait bon.
Il avait pris l’habitude de maîtriser sa respiration et de répartir ses forces pour tenir dans les combats longs. Puis le Tueur unique avait décidé d’accélérer, il n’avait pas réussi à suivre et il était mort.
Il n’avait pas encore l’œil pour saisir l’ensemble.
C’est alors que s’était ouvert son regard sur les mouvements. Le domaine de la perspicacité. Voir loin, voir dans la durée. Une stratégie pour les combats d’endurance prenait forme.
Et pourtant, il ne pouvait pas se permettre de recevoir la moindre égratignure de la lame de la créature.
De près, voir l’instant.
S’il existait une pensée stratégique et tactique, il devait aussi exister une pensée du combat.
Une pensée entièrement tournée vers le présent, vers cet instant précis, pour parer les attaques et tenir bon. De là surgit une autre prise de conscience.
L’endurance ou l’explosivité, prises séparément, ne suffisaient pas. Miser sur l’une ou l’autre ne marcherait pas. Ce qui comptait, c’était la coexistence.
On pouvait aussi appeler cela l’équilibre : maintenir une explosivité adéquate.
Oui, le processus avait été vraiment difficile. Même Enkrid, qui considérait son incapacité à renoncer comme une force, avait passé deux respirations à se demander s’il avait vu juste, quelque part au milieu de tout cela.
Il avait rempli les conditions d’entraînement de l’Épée qui bloque les vagues.
Maintenir une explosivité adéquate.
Ce n’était pas un art de l’épée destiné à perfectionner les bases jusqu’à l’épuisement.
C’était un art de l’épée qui accélérait et divisait la pensée pour exploiter tout ce qu’il possédait déjà.
Il avait compris depuis longtemps le sens de cette technique et la manière de l’exécuter. En fusionner la compréhension avec une méthode d’entraînement, puis la mettre en pratique : voilà le résultat.
Une pluie de météores s’abattit. Les lames orange au bout de ses bras dispersèrent la lumière dans toutes les directions. Ces éclats se déchaînèrent comme s’ils allaient lui brûler les nerfs optiques.
Enkrid baissa à demi les yeux, empoigna à deux mains son épée d’acier argenté et riposta.
Amplifier ses cinq sens pour tout percevoir lui aurait mis le crâne en feu. Mais s’il maîtrisait cette amplification et ne retenait que les informations menaçant réellement son corps à l’instant présent, cela ne le sollicitait pas autant.
La Volonté qui parcourait tout son corps protégeait ses organes et sa chair, tout en donnant plus de force à son épée.
Clang clang clang clang clang clang clang clang clang !
Les météores orange manquèrent leur cible et se dispersèrent dans les airs.
Grâce à son Sixième Sens, il pouvait se permettre de cligner des yeux. Enkrid le fit, soulageant ainsi la fatigue et la tension qui s’y accumulaient.
Le Tueur unique changea de schéma d’attaque.
Il avait modifié sa tactique après avoir changé de membres.
Au lieu de se fier uniquement à sa force physique brute, il élargissait son champ d’action.
Il se mit à bondir dans toutes les directions sur ses deux jambes. Comme une sauterelle, il s’élançait du sol dans un grondement, prenant les murs et le plafond pour de la terre ferme.
Il commença à se déplacer dans les trois dimensions à une vitesse terrifiante, en balançant les bras.
Ce qui n’était jusque-là venu que de face se transforma en pluie de coups, visant tout son corps : la tête, le cou, les bras, les jambes, le dos, les cuisses, chaque parcelle de lui.
Ce n’était plus seulement de face. Dans toutes les directions, en haut, en bas et sur les côtés, tout se trouvait à portée d’attaque.
Ses jambes ne suffiraient pas à suivre.
Ne bouger que lorsque c’était nécessaire, et juste assez. La pensée accélérée trouva la réponse et la transmit à la pensée du combat. En réalité, il n’y eut même pas de relais. Tout se produisait simultanément.
Puis, de nulle part, une pensée lui traversa l’esprit.
La pression particulière de la Terre Maudite pesait sur ses épaules et tout lui était désagréable : la densité de l’air, l’odeur, tout.
La lumière du soleil.
Enkrid parait encore et encore, tout en songeant à son envie de revoir la lumière du soleil. Il voulait sentir une brise fraîche sur son visage.
Dans la cité des elfes, l’odeur de l’herbe flottait partout et les fleurs embaumaient l’air.
Un bel endroit.
Il s’était contenté d’imaginer le soleil et une brise, quelque chose de doux ; l’espace d’un instant, Enkrid oublia la pression qui l’écrasait.
C’est la division de sa pensée qui lui avait offert ce répit.
La Volonté était une résolution, un désir qui naissait en lui et gagnait son corps. Ses bras et ses jambes s’allégeaient.
Un courant de pensée le comprit ; un autre l’appliqua et le mit aussitôt à exécution.
Sa pensée se divisait, chaque partie remplissant son rôle. Les attaques du Tueur unique étaient féroces et précises. De l’extérieur, on aurait pu croire qu’Enkrid tenait à peine bon. C’était ce qui rendait son exploit si remarquable.
« Quelle absurdité », marmonna Sinar. Elle était à ce point surprise. Était-elle la seule ?
Il déviait les lames encore et encore. Le contact mortel du Tueur unique des démons ne fauchait que le vide.
Le temps passa.
Enkrid ne perdait pas pied et ne se détournait pas du présent. Il s’y maintenait.
L’Épée qui bloque les vagues, l’épée qui barrait les vagues, repoussait chacune des attaques du Tueur unique.
À un moment, la créature se retourna contre Fell, mais cela ne donna rien. Enkrid s’y attendait et écarta son bras-lame.
Parer ne signifiait pas rester planté au même endroit, épée levée comme un bouclier.
L’attaque faisait partie de la défense. Il avait appris cette vérité élémentaire avant même de devenir chef d’escouade, quel qu’il soit. Il l’avait apprise et assimilée ; l’appliquer lui venait donc naturellement.
Une journée passa.
Clang ! Clang clang clang clang clang !
Plus précisément, il passa une journée entière à parer. La coexistence de l’explosivité et de l’endurance, cette épée qui tenait dans la durée, ne pouvait pas tuer le Tueur unique, mais lui n’était pas mort non plus.
Ah.
À plusieurs reprises, Enkrid fut saisi d’exaltation pendant tout ce temps.
« Achever un seul art de l’épée, c’est comme ouvrir un monde. »
Quelqu’un le lui avait dit un jour. À l’époque, les mots lui étaient simplement entrés par une oreille et ressortis par l’autre.
Celui qui les avait prononcés et l’Enkrid qui les avait entendus étaient tous deux bien trop éloignés d’une telle chose.
Et pour ne rien arranger, l’homme qui avait prononcé ces mots n’était qu’un maître d’armes dans une petite ville. Le genre d’homme qui aurait déjà de la chance s’il parvenait à devenir mercenaire de bas rang.
L’art de l’épée dont il parlait n’était donc probablement pas de ceux qu’employait un chevalier.
Pourtant, ces mots revinrent à Enkrid et prirent tout leur sens.
Après avoir tenu bon exactement une journée entière.
Enkrid se mit à mêler des gestes absurdes à l’Épée qui bloque les vagues.
Lever le pied gauche et l’agiter sans raison. Tirer la langue. Faire soudain un tour complet sur lui-même.
Parer seulement ne mettrait pas fin au combat. Telle était la méthode qu’il avait trouvée.
Le Tueur unique des démons avait perdu la raison, mais continuait de calculer rationnellement chacun de ses mouvements au combat.
Cela signifiait qu’il chercherait à donner un sens même aux gestes absurdes. Ses processus de calcul en seraient ralentis.
Il avait déjà essayé cette méthode assez souvent pour savoir qu’elle fonctionnait.
Une ouverture.
Enkrid lança son épée dans la brèche qu’il avait repérée.
Pfft !
Une partie de l’avant-bras de la créature fut arrachée. La blessure n’était pas profonde. Un peu de sang noir gicla. Tout au plus lui avait-il entaillé un lambeau de chair de la taille d’un ongle d’auriculaire.
La blessure se referma rapidement à mesure que la lumière orange se rassemblait et se répandait sur son avant-bras.
Ce n’était que le début. Pour atteindre son cou ou son avant-bras, il lui faudrait renoncer à l’Épée qui bloque les vagues.
Il aurait alors du mal à arrêter les coups du Tueur unique.
Si l’Épée qui bloque les vagues était un bouclier, il suffisait d’en étendre légèrement la portée. Il divisa sa pensée et y entremêla d’autres ruses.
Pour le dire simplement, c’était l’Épée qui bloque les vagues, une technique formalisée, agrémentée de la touche personnelle d’Enkrid.
De l’achèvement d’un art de l’épée à sa mise en pratique.
Tout cela s’était produit en une seule journée.
« Tu étais un génie », marmonna Fell, qui avait entrevu une partie du processus grâce à son talent inné.
« Et pas n’importe quel génie. »
Il poussa encore un soupir. Bien sûr, c’était un malentendu. Tout cela résultait d’innombrables journées accumulées les unes sur les autres.
Les bras du démon étaient tailladés, la chair mise à nu ; les zones imprégnées de lumière orange s’étendaient.
Le démon mourait. Ou plutôt, il était plus juste de dire qu’on le découpait en morceaux.
Il avait tenu bon une journée entière. Le temps qu’il aurait fallu à une personne ordinaire pour s’endormir debout s’était écoulé.
Le deuxième jour arriva. Sans dormir ni se reposer, le combat acharné continua.
Diviser sa pensée réduisait la charge imposée à son corps. En associant la pensée divisée à la pensée accélérée, il n’avait plus besoin de pousser son corps au-delà de ses limites en faisant circuler sa Volonté à l’extrême.
Le résultat fut sans appel. Une créature dépourvue de bouche et d’organes vocaux ne pouvait naturellement pas parler.
À la place, la chair tailladée laissa apparaître des poignets, des bras et des jambes sectionnés, puis des chevilles, des orteils et des doigts. Ainsi démembrée, elle reconnut sa défaite.
Ce n’était pas une victoire éclatante remportée d’un seul coup décisif. Enkrid le savait.
De l’extérieur, pourtant, cela n’aurait pas eu cette allure.
Fell se disait que si quelqu’un lui demandait de raconter la scène, il ne saurait même pas par où commencer.
Enkrid avait simplement tenu bon, encore et encore, arrachant une couche de chair après l’autre, jusqu’à découper le démon, le tailler en morceaux et le tuer.
C’était tout. Le Tueur unique gisait au sol. Enkrid avait gagné.
« Il ne nous reste plus qu’à célébrer la cérémonie de mariage », dit Sinar.
« Je te répète que ça n’arrivera pas. »
Enkrid répondit aussitôt à sa plaisanterie, puis fixa son regard sur elle.
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