Chapitre 640
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 640 : La première lettre seulement
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Le même jour, mais dans un autre état d’esprit.
Trancher la gorge et s’en tirer.
Voilà le premier objectif. Lui trancher la gorge et s’échapper. Facile à dire, beaucoup moins à faire.
Comme toujours, Enkrid ne gâcha pas une seule version de cette journée.
Il ne mourait pas pour recueillir des informations, ni pour affûter son jugement. À chaque répétition, sans jamais se lasser, il cherchait un moyen de l’emporter et avançait vers la fin.
Cela avait apparemment beaucoup marqué le Passeur.
Peut-être bien.
« Tu ne sais même pas marcher que tu veux déjà courir. »
Le Passeur s’était mordu la langue. On pouvait se mordre la langue, mais le Passeur n’était pas un être humain. Il transmettait le sens par la Volonté. Il n’avait pas de véritables cordes vocales. Et cet endroit se trouvait quelque part dans l’esprit, ou dans un rêve. Il était donc impossible de parler en se mordant la langue.
Pourtant, le Passeur qu’Enkrid affronta lors de cette deuxième journée parlait exactement comme un homme qui venait de se mordre la langue. C’était très étrange, mais Enkrid ne chercha pas à en savoir plus.
Il avait la tête trop pleine du démon Tueur unique.
Les deux lames ont la même puissance, hein.
Le démon pouvait moduler la force qu’il mettait dans chaque coup. Quand il avait brisé la lame de son bras gauche, il avait retenu sa puissance. C’est pourquoi l’épée de son bras droit avait réussi à passer et à lui entailler l’épaule.
Ce petit salaud rusé lui avait effleuré l’épaule avant de reculer.
Si j’avais été un cheveu plus rapide, j’aurais pu parer et lui trancher la gorge. Sale bête.
Enkrid maudit la ruse du démon sans grande conviction.
À force d’employer des astuces, était-ce cela, être démoniaque ? Ou fallait-il simplement le maudire pour sa lâcheté ?
Pas vraiment le genre de réflexion qu’on attendrait d’un homme qui pratiquait l’Épée de mercenaire du Style de Vallen.
Cela dit, une technique qui semblait parfaitement légitime quand on l’utilisait soi-même paraissait toujours plus cruelle et plus sournoise quand l’ennemi la retournait contre vous.
C’est un démon. Qu’est-ce que je croyais ?
Y avait-il de quoi souffrir ? De quoi lutter ? De quoi s’épuiser ? De quoi s’effondrer ? De quoi rester étendu face contre terre à simplement respirer ?
Une nuit d’encre, sans le moindre rayon de lune.
Un mur plus sombre encore que la nuit lui barrait la route. Pourtant, nul besoin de parler de désespoir ou de défaite.
Quand on ne voyait rien, on tâtonnait de ses mains et on grimpait malgré tout.
C’est ce que faisait Enkrid.
Quand il avait employé la feinte de défaite du Style de Vallen, il avait d’abord tranché la gorge du démon, mais celui-ci lui avait ensuite planté une lame dans le cou-de-pied.
Quand il avait tenté une nouvelle fois le Souffle feint du Style de Vallen, c’était lui qui s’était fait berner. Il n’avait pas réussi à trancher la gorge et avait reçu un coup d’estoc dans la cuisse à la place.
Avant-bras, doigts, jambes, tibias : il se faisait entailler de partout.
Il ne pouvait pas non plus toujours être celui qui ouvrait la brèche décisive. Il avait dit que l’écart de niveau était mince comme une lame, mais, pour être honnête, il avait l’impression de reculer légèrement. Les victoires et les défaites s’alternaient donc sans cesse.
Bien sûr, à mesure que les journées se répétaient, Enkrid se mit à lire et à mémoriser les schémas de l’ennemi.
Un combat qui lui avait autrefois demandé plus de cent quatre-vingts affrontements, il le termina en seulement trois échanges.
Plus de trois cents fois, il dansa dans les gerbes d’étincelles, lame contre lame.
« Souple comme de l’argent. Trop souple. »
Entre deux combats, le Passeur lançait des paroles qui frôlaient l’insulte.
« Pour faire du feu, il faut du bois et de l’amadou. »
D’autres fois, il imitait un sage.
« Trop avide. Sauver tout le monde ? Veiller sur leurs arrières ? C’est excessif. Complètement excessif. »
Entre les paroles du Passeur, Enkrid répéta cette journée des dizaines de fois.
« Tu me sauveras ? »
Il échangeait les mêmes répliques avec Sinar. Même si, bien sûr, les mots n’étaient pas exactement les mêmes à chaque fois.
L’avenir était changeant. Rien ne garantissait qu’une journée déjà vécue se déroulerait à nouveau de la même façon.
« Tu brandiras cette épée pour moi ? »
« Est-ce que je pouvais moi aussi rester derrière toi ? »
« Tu as fini les préparatifs de ton mariage, n’est-ce pas ? Si tu rentres vivant, la cérémonie aura lieu tout de suite. »
Ils échangeaient des paroles de ce genre.
À cette dernière remarque, il répondit fermement :
« Je devrais simplement rentrer ? »
« Non. Aide-moi. »
Les paroles de Sinar lui transperçaient les os à chaque fois. Aussi vivement que le plaisir de combattre et de croiser le fer avec le démon Tueur unique.
Comme une pluie à laquelle on ne pouvait échapper, ses paroles lui faisaient mal. Elles portaient la souffrance concentrée qu’elle avait gardée en elle pendant si longtemps.
Le Passeur reprit la parole.
« Imbécile. Tu crois ne pas savoir renoncer ? C’est risible. Change ta façon de penser. À force de répéter la même journée, tu deviendras fou. C’est sur cette voie que tu t’engages. »
Enkrid gardait ses pensées tournées dans une seule direction. C’est pourquoi il n’écoutait pas vraiment ce que disait le Passeur.
Ce n’était pas la première fois.
Il se servait simplement des paroles du Passeur comme de repères quotidiens ; en gros, il comptait les journées en fonction de ce que le Passeur disait. Il avait donc fini par mémoriser chaque phrase.
Lors de la deuxième journée, le Passeur s’était mordu la langue et avait dit qu’il ne savait même pas marcher, alors courir…
Et après ? Il fouilla sa mémoire et grava la suite dans son esprit. Il s’était déjà servi des paroles du Passeur comme repères au cours des journées précédentes.
« Réponds-moi. Tu n’as pas besoin de conseils ? Je te le dirai, que tu répondes ou non. C’est ma générosité. Maintenant, voici comment t’échapper de cette journée. »
Puis vint une journée comme celle-ci.
À force de répéter les combats, Enkrid venait de comprendre que le démon Tueur unique, qui ne manifestait rien d’autre qu’une soif de sang, recourait lui-même à une technique trompeuse.
Il avait même des lames dans les orteils ?
Sa forme humaine était elle aussi une ruse. Des lames pouvaient jaillir de n’importe quelle partie de son corps.
Il n’avait pas de casque ; Enkrid avait donc supposé qu’il évitait la tête et cherchait seulement à le blesser un peu partout. Mais il dissimulait aussi un coup capable de lui fendre le crâne.
Il est fort.
Et pas seulement fort. Parmi tous les ennemis qu’il avait affrontés, il comptait sans conteste parmi les plus pénibles.
Force, vitesse, jugement, maniement des armes : tout.
Aucune forme ni aucun style particulier. Il se contentait de donner des coups d’estoc, de trancher et de frapper.
C’est précisément pour ça qu’il est si difficile à combattre.
Il était plongé dans ses pensées. Il n’avait pas pris la peine de répondre, mais le Passeur finit tout de même par lui révéler son intention.
« Si tu laisses mes paroles entrer par une oreille et sortir par l’autre, tu resteras ici pour l’éternité. Alors écoute. Prisonnier. »
Enkrid était concentré, analysait la situation et cherchait une méthode.
La voix du Passeur le pénétra comme si elle lui transperçait le corps entier. Il ignorait comment cela fonctionnait, mais impossible de ne pas l’entendre.
S’il devait décrire la chose, c’était comme si quelqu’un lui attrapait les oreilles et lui parlait directement dedans, à quelques centimètres de distance.
Le contenu n’avait rien de différent des aboiements d’un chien à visage humain, mais voilà.
« Dresse un bouclier. »
« Un bouclier ? »
Quand il répondit, le Passeur lui fit une proposition qui laissait sans voix.
« Mets la Grenouille devant. Mets un humain devant. Utilise l’elfe pour encaisser un coup. Et tu pourras le tuer. »
On dit que les démons murmurent des paroles douces. Le Passeur était-il donc un démon ?
Probablement pas. Enkrid ne trouvait pas ces paroles douces le moins du monde.
« Bien sûr. D’accord. »
Il fit donc semblant de ne pas entendre.
D’un certain point de vue, c’était une suggestion rationnelle et raisonnable. Utiliser les gens autour de lui comme boucliers de chair et comme attrape-épées lui permettrait de l’emporter.
Cela dit, il mit tout de même en pratique une partie des conseils du Passeur.
Il donna des coups de pied dans les cadavres de Créatures démoniaques qui jonchaient le sol, les souleva avec son épée et s’en servit comme de boucliers.
Pour être honnête, le spectacle qui en résulta était plutôt absurde.
Lors d’une de ces innombrables journées, il faisait exprès de prolonger le combat lorsqu’une remarque de Ruagarne lui parvint. Il ne put qu’en convenir.
« Le démon agit de façon rationnelle, même s’il est perfide. »
Le démon était sournois, certes, mais ses réactions étaient toujours logiques.
Enkrid, lui, ne l’était pas. Il faisait des choses insensées pour fissurer le mur de logique du démon. Il tenait une dague entre ses dents tout en combattant, utilisait les cadavres de Créatures démoniaques, brisait le dallage de pierre pour en faire des armes.
Quiconque les aurait observés aurait vu un contraste saisissant.
Enkrid répéta ces journées.
Il empruntait la voie de l’irrationnel.
Il attirait l’attention de l’ennemi avec un Faux Coup, croisait de nouveau le fer et mourait. Il tenta de repousser ce qu’il avait pris pour du poison à l’aide de la Volonté du Refus.
Il le repoussa. Il crut qu’il pourrait probablement l’éliminer complètement.
Le problème, c’est que mon corps se bloque pendant ce temps.
Au beau milieu d’un combat où même un clignement d’œil était interdit, il n’avait pas le loisir d’expulser ce qui avait pénétré en lui.
Aussi bref soit-il, un temps mort apparaîtrait, et dans un tel intervalle, Tueur unique pourrait découper Enkrid en morceaux et les emballer dans du papier cadeau.
Il était donc irréaliste de surmonter ce qui s’était insinué en lui.
Sombre. Aucun chemin en vue. Et malgré tout, il avançait. Il continuait de tâtonner, et sa compréhension s’enrichissait avec lui.
Son sens synesthésique se développa, son champ de vision s’élargit, et des choses qu’il n’avait jamais pu voir auparavant apparurent à ses yeux.
La source est la même.
Cette pensée lui vint juste après qu’il se fut rappelé les paroles d’Esther. Le démon maniait lui aussi une force sans forme. Elle puisait sa source dans la puissance magique, tirée de l’air lui-même.
Il affine la puissance magique et s’en sert.
C’était apparemment ainsi qu’il procédait. Une information obtenue en tâtonnant dans le noir, aux confins de son Sixième Sens. Puis il apprit quelque chose qu’il aurait préféré ignorer.
Le démon avait tué tout le monde, et il avait aussi prévu de tuer Sinar.
C’était la détermination de Sinar. Ces mots lui étaient venus alors qu’il la questionnait, fort des informations accumulées au fil des journées répétées.
« Si tout le monde était rentré et avait attendu, j’en serais venue à bout. »
Qu’il lui faille cent ans ou mille, elle avait compté rester aux côtés du démon jusqu’à ce qu’ils meurent ensemble. Le clan des elfes pensait de même. Ils étaient prêts à sacrifier les leurs pour tuer le démon.
On disait que les elfes ne se vengeaient pas. Alors, pourquoi se battaient-ils avec tant d’acharnement ?
« Nous avons fait le mauvais choix. Au lieu d’éviter les Créatures démoniaques, nous aurions dû chercher des moyens de les combattre et de les tuer. »
Bran le lui avait dit à un moment. En partant de là, le clan des elfes avait fait volte-face et changé de cap, abandonnant le navire qu’il dirigeait vers la stabilité et la paix.
Non pas de la patience au nom de la paix, mais la détermination de se battre.
Les préparatifs en vue de ce changement avaient eux aussi progressé par étapes.
Envoyer quelques elfes au-dehors et établir des échanges commerciaux, cela devait faire partie des préparatifs.
Enkrid tria les informations, les interpréta, les assimila, conserva ce qui lui était utile et rejeta le reste.
Malgré tout, il ignorait toujours comment tuer le démon.
Cela ne signifiait pas qu’il restait les bras croisés. Il ne passa pas une seule journée à la légère.
S’il ne savait pas, il n’avait pas d’autre choix que de continuer à avancer à tâtons jusqu’à comprendre. Alors c’est ce qu’il fit.
Quoi qu’il en soit, en combattant Tueur unique, il avait appris que le démon affinait la puissance magique et s’en servait comme source. Il produisait des effets semblables à ceux de la Volonté.
Les Créatures démoniaques naissent avec la capacité d’affiner la puissance magique.
Quand cette puissance magique affinée prenait racine dans une bête, elle devenait une Bête magique.
Indépendamment de ses réflexions sur le combat, d’autres pensées se glissèrent dans les interstices de son esprit lancé à toute vitesse.
Enkrid ne prit pas la peine de les repousser.
Quelle était la frontière entre la Volonté, la puissance divine, la sorcellerie et la puissance magique ? Où fallait-il tracer la ligne ?
Ce n’est pas la frontière qu’il faut chercher. C’est une définition.
C’est là que sa réflexion aboutit.
La Volonté se forgeait grâce aux efforts personnels déployés dans un corps entraîné.
La magie visait à transformer toute chose.
Les manifestations qu’Esther lui avait montrées au fil du temps le prouvaient. Elle changeait ses vêtements, transformait la puissance magique en feu ou en froid. Pour donner un exemple visible, elle avait créé des choses comme des lances de glace.
La transformation était l’essence de la puissance magique.
Et la puissance divine ? La résistance. Comme une pierre qui ne bougerait pas sous une pression ordinaire.
La foi comme bouclier. Voilà pourquoi.
Lorsqu’un fragment du pouvoir d’un véritable dieu résidait en elle, cette puissance pouvait transformer le corps d’autrui. La guérison en faisait partie.
Voilà pourquoi ces imbéciles gris ne peuvent pas répandre de lumière guérisseuse.
Cette compréhension était née de l’observation et de son expérience directe du phénomène.
L’unité divine dite grise ne pouvait pas répandre de lumière guérisseuse, mais elle avait conservé son agressivité.
Une puissance divine corrompue. Ce n’était plus du tout quelque chose qu’on pouvait appeler divin.
La distinction entre la sorcellerie et les autres arts entra elle aussi dans son champ de compréhension. Si la Volonté exploitait ce qui avait été entraîné, la sorcellerie allait au-delà de l’entraînement et puisait dans des ressources à venir.
Cœur de la Bête, Cœur de la Force surhumaine.
Tous deux faisaient ressortir ce qui n’avait pas encore été accompli.
Il fallait en payer le prix. Des douleurs musculaires extrêmes, ou des années de vie en moins.
Rien de tout cela n’était strictement nécessaire pour le moment, mais ces éléments s’assemblaient bien et lui indiquaient la direction à prendre.
Il répéta encore cette journée. L’espoir fleurit sur les visages du groupe d’elfes. Quand Tueur unique apparut et que le combat s’engagea, leurs expressions changèrent.
De l’espoir au désespoir.
Enkrid observa tout avec calme et tint bon.
Muscles denses.
Les muscles du démon Tueur unique avaient une densité hors norme. Il ressemblait à une sorte de chimère.
Est-ce là le but de la Terre Maudite : créer des Créatures démoniaques exceptionnelles ?
Tueur unique était-il né au terme extrême de ce processus ? C’était possible.
Quand la chance et l’habileté se conjuguaient, il lui arrivait de parvenir à lui trancher la gorge.
Il apprit ainsi que trancher la gorge de Tueur unique ne le tuait pas.
Un Sans-cœur n’a pas de cœur.
Le transpercer en plein cœur ne le tuerait donc pas non plus, et il reviendrait à la charge.
Comme le cadavre noyé immortel que Fell avait découpé. C’était le même genre de créature.
Alors, comment l’emporter ?
Il chercha une réponse. Il la chercha sans relâche, puis en eut désespérément besoin.
Et alors, il fit un rêve. Sans aucun rapport avec le Passeur, un rêve qui semblait surgir de nulle part.
Il survint après qu’il eut enduré et péri comme lors de n’importe quelle autre journée. Il avait employé la Volonté du Refus et mis toutes ses techniques à contribution, mais avait fini par mourir d’une simple entaille superficielle.
Ce fut un rêve bref.
Une personne aux cheveux blonds et aux yeux bleus, dotée d’avant-bras épais et d’un écu qui couvrait la moitié de son corps, son extrémité inférieure en pointe, apparut et prononça quelques mots.
« Les premières lettres seulement. »
Il n’avait aucune idée de ce que cela signifiait. Quand le rêve s’acheva, le Passeur vint le retrouver comme d’habitude.
« À la fin, tu resteras ici. Piégé dans une journée pleine de souffrances. »
Il avait déjà vécu plus de deux cents journées.
« Renonce maintenant. »
Les paroles du Passeur sonnèrent faux aux oreilles d’Enkrid.
Il avait déjà ressenti cette dissonance.
Certaines paroles avaient provoqué exactement la même dissonance, avec une telle netteté.
Le Passeur ne pouvait pas se mordre la langue. Il communiquait en donnant un sens à la Volonté.
Ainsi, dans la phrase « Tu ne sais même pas marcher que tu veux déjà courir », buter sur le mot « marcher » n’était pas quelque chose que le Passeur pouvait faire.
Sa pensée accélérée sauta les étapes, saisit la situation et se mit en quête d’une réponse.
Il fouilla sa mémoire. Se rappeler des paroles prononcées des mois plus tôt était difficile, mais pas impossible.
Il avait laissé les paroles du Passeur entrer par une oreille et sortir par l’autre, tout en les utilisant comme repères pour compter les journées. C’est pourquoi il y parvint.
« Tu ne sais même pas marcher que tu veux déjà courir. »
« Souple comme de l’argent. Trop souple. »
« Pour faire du feu, il faut du bois et de l’amadou. »
« Trop avide. Sauver tout le monde ? Veiller sur leurs arrières ? C’est excessif. Complètement excessif. »
« Imbécile. Tu crois ne pas savoir renoncer ? C’est risible. Change ta façon de penser. À force de répéter la même journée, tu deviendras fou. C’est sur cette voie que tu t’engages. »
« Réponds-moi. Tu n’as pas besoin de conseils ? Je te le dirai, que tu répondes ou non. C’est ma générosité. Maintenant, voici comment t’échapper de cette journée. »
Ne garder que les premières lettres.
Marcher. Argent. Feu. Excès. Imbécile. Réponds.
Feu ambulant et son contraire ? Le contraire de quoi ? Juste avant le combat contre le démon Tueur unique, alors même qu’il avait affronté de plein fouet le choc de la société elfique, il avait su accueillir la lumière. Cette même réceptivité accueillit l’indice du Passeur.
Il ne rejetait pas d’emblée tout ce que disait le Passeur.
Feu ambulant, et son contraire.
Quand il se réveilla à nouveau ce jour-là, Enkrid aperçut une petite lueur.
C’était peut-être un tour du Passeur pour le tromper, mais son instinct lui disait que cette lueur était réelle.
Une fissure s’ouvrit dans le mur sombre et solide, et la lumière qui s’en échappa effleura sa main.
Il savait pourquoi un mur impossible à escalader pouvait susciter de la joie. Parce qu’il savait ce qu’on ressentait quand on finissait par le franchir.
Une exaltation parcourut de nouveau tout son corps. Plus de deux fois plus intense que la dernière fois qu’il s’était retrouvé devant un tel mur.
« Hé, démon. Ça te dit qu’on s’y mette pour de bon, cette fois ? »
Cette joie se tourna vers le démon.
Pour ceux qui n’avaient pas vécu ces journées à répétition, il n’était que le même Enkrid complètement fou que d’habitude.
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