Chapitre 627
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 627 : Une différence de niveau
= = =
Un fouet est naturellement plus rapide qu’une épée. C’est une arme qui exploite la souplesse du poignet pour produire une force centrifuge.
Quand le fouet prenait suffisamment d’élan et dépassait une certaine vitesse, il déchirait l’air dans un claquement. Sa taille n’y changeait rien.
Boum ! Fracass !
On aurait dit que le tonnerre venait de frapper juste à côté d’eux.
Ruagarne savait elle aussi faire claquer un fouet et produire un son similaire, mais le sien claquait sèchement, avec un petit pop. Là, c’était tout autre chose.
Un monstre.
Voilà ce qu’en avait pensé Fell. Ruagarne, elle, estima qu’un coup direct de ce fouet d’acier serait fatal, même avec une armure du cœur.
Tandis qu’ils évaluaient la situation, l’esprit accéléré d’Enkrid suivait les mouvements du fouet. Il détournerait les yeux, et il serait touché. S’il ne prévoyait pas sa trajectoire, il laisserait un bras ou une jambe derrière lui.
Rapide.
Il y avait eu un moment où le bras de Rem lui avait paru se plier comme un fouet, et où il avait senti la hache s’abattre à la vitesse de la lumière. Mais ça, c’était pire.
Le Géant sourit, ramena le fouet en arrière, puis le fit tournoyer. Son geste était fluide, parfaitement maîtrisé.
Clac ! Boum ! Pan ! Fracass !
Quatre autres coups de tonnerre retentirent.
Tout ce qui se trouvait sur la trajectoire du fouet aurait été réduit en morceaux. Un corps humain, par exemple, aurait été découpé en plusieurs fragments, projetés dans toutes les directions.
« Dans la forêt ! »
Ruagarne cria. Elle voulait qu’ils tirent parti du terrain. En hurlant, elle sentit du sang couler de son oreille.
Mon tympan a éclaté.
Fell était dans le même état. Le simple mouvement du fouet leur avait fait éclater les deux tympans.
Ils s’éloignèrent tous les deux du Géant. Il n’était même pas question de s’approcher.
Enkrid n’avait pas bougé pendant ces quatre claquements. Après avoir esquivé le premier coup, il était resté là, son épée à la main. Ses tympans, eux, n’avaient pas éclaté.
Jaxon lui avait expliqué qu’avec suffisamment d’entraînement, on pouvait apprendre à émousser ses sens à volonté. Enkrid s’était donc exercé à part. À force de répétitions, il avait appris à protéger son corps avec sa volonté, ce qui l’avait naturellement mené à l’Endurance, une technique de chevalier. Celle-ci permettait de résister à des coups qui, autrement, vous auraient brisé. C’était ainsi qu’il venait de protéger ses tympans. Pendant ce temps, il avait fait le tri dans ses pensées.
La distance joue en leur faveur.
C’était la bonne portée pour un fouet.
Si je réduis l’écart, il va frapper.
Et s’il feintait une charge pour l’inciter à attaquer ?
Mauvaise idée.
C’était son instinct qui parlait. Aucune approche qu’il connaissait ne lui offrait de solution évidente. Le Jeu des nombres ne pouvait pas prendre le dessus sur un adversaire pareil. Ce fouet servait à la fois d’arme offensive et défensive : l’attaque se changeait en défense dans le même mouvement. En vitesse pure, le fouet pouvait frapper deux fois pendant qu’il ne brandissait son épée qu’une seule fois.
Et s’il sacrifiait un bras pour l’attraper ?
Pourrait-il gagner avec un membre blessé ?
Même un chevalier perdait l’équilibre de façon imprévisible en perdant un bras. Il lui faudrait du temps pour s’adapter et, pendant ce temps, il se battrait de travers.
Enkrid respirait lentement, tirant instinctivement de longues inspirations ténues.
Ma tête ne trouve pas la réponse.
Alors son corps devrait trouver la voie.
Le plus drôle, c’est qu’un entraînement avec Jaxon, juste avant leur départ, avait porté précisément sur ce cas.
« Que faire quand on n’a pas le temps de réfléchir au Jeu des nombres ? »
Les paroles de Jaxon lui revinrent en mémoire.
« Tu le sens et tu réagis avec ton corps. Tu en es capable. Aiguise tes sens. »
Il ne s’agissait pas de comprendre avec l’esprit et la raison. Il fallait lire le combat à l’instinct, à l’intuition, puis agir en conséquence.
Ces paroles rejoignaient l’enseignement de Rem. De toute évidence, Jaxon cherchait à aider Enkrid dans son entraînement, même s’il n’aurait jamais admis soutenir les méthodes de Rem. Il lui avait donc enseigné cela en secret, uniquement la nuit.
Rem avait fini par s’en apercevoir et s’était mis à le charrier. Les deux hommes s’étaient encore disputés.
C’était justement ce point-là qu’Enkrid avait voulu transmettre à Fell.
Quand on réfléchit au Jeu des nombres, on ne trouve pas de réponse. Il faut réagir avec son corps d’une façon que l’adversaire ne peut pas prévoir.
Il retint le souffle lent qu’il était en train d’expirer, puis s’immobilisa. Enkrid cessa de suivre le fouet des yeux et se fia plutôt à son instinct.
Là encore, il se jugea chanceux.
Grâce à Ruagarne, il avait acquis suffisamment d’expérience face au fouet.
Un fouet se déplaçait à grande vitesse. Plus exactement, il portait des coups rapides grâce à la souplesse du poignet et à la force centrifuge. De ce fait, il suivait naturellement un rythme et un mouvement réguliers.
Le Géant fit tournoyer son fouet d’acier sans un mot. Une force monstrueuse, transmise par ses avant-bras épais, se déversa dans l’arme, qui fendit l’air dans un rugissement. Tressé avec des câbles d’acier, le fouet lacéra l’air et balaya un arc diagonal qui englobait le corps d’Enkrid. L’esquiver ne serait pas facile.
Clang !
Exactement. Ce n’était pas facile à esquiver, alors il tendit son épée pour intercepter le fouet.
Il ne pouvait pas le bloquer parfaitement, mais il pouvait tenir quelques coups. Il se contenta de lire instinctivement la trajectoire descendante et de l’arrêter.
Clang ! Clang ! Bang !
Trois autres parades. Sa prise s’engourdissait légèrement. Heureusement ou non, son épée d’acier argenté était assez résistante pour tenir face au fouet d’acier.
« Combien de temps tu crois pouvoir tenir comme ça ? »
Le Géant rugit. À cette voix tonitruante, les yeux d’Enkrid se plissèrent.
Le fouet revint, messager de mort dans un vacarme assourdissant, et s’abattit sur lui. Enkrid bondit vers un endroit où personne ne se serait attendu à le voir aller.
Il plongea droit devant lui. On aurait dit qu’il fonçait tête baissée vers la mort.
Le moindre frôlement lui aurait arraché la chair, et tout ce que le Corps d’acier tiré de l’Endurance aurait pu opposer aurait été réduit en miettes.
Le Géant sentit la victoire lui gonfler les entrailles. Puis son instinct viscéral le trahit.
Le fouet passa au-dessus de la tête d’Enkrid.
Un coup de chance ?
C’est ce que pensa le Géant.
Enkrid s’était glissé entre les arcs décrits par le fouet. Il était désormais à portée d’épée et frappa aussitôt.
Le Géant para avec la mitaine de fer fixée à son poignet gauche.
Clang.
Des étincelles jaillirent. L’épée d’acier argenté entailla l’intérieur de la mitaine. Un éclat de métal se détacha et tournoya sur le côté.
Il l’a bloqué.
Du point de vue du Géant, cette frappe chanceuse avait manqué sa cible.
Le Géant faisait deux fois la taille d’un homme adulte ordinaire, et ses enjambées étaient à l’avenant. Il profita de son allonge inhabituelle pour reculer et creuser l’écart, puis fit de nouveau tournoyer son fouet et l’abattit sans laisser à Enkrid le temps de reprendre son souffle.
Deux coups de chance de suite ? J’en doute.
S’il continuait à parer avec son épée, elle finirait par se briser. Ensuite, le Géant lui broierait les bras et les jambes, l’un après l’autre.
Je vais le défoncer morceau par morceau jusqu’à ce qu’il se pisse dessus.
Voilà ce qui se passait dans la tête du Géant.
Enkrid plongea de nouveau contre le torse du Géant.
Il s’était d’abord abaissé, puis s’était glissé sous la zone de frappe du fouet.
Fracass !
Le souffle du fouet ébouriffa ses cheveux, avec une violence suffisante pour les arracher jusqu’à la racine. Sa chevelure fut rejetée en arrière, dégageant complètement son front et ses yeux.
À travers ce front dégagé, le Géant plongea les yeux dans deux iris bleus.
Ce n’était pas de la chance.
Évidemment que non. Enkrid avait lu le rythme du fouet. Le niveau des deux hommes était clairement différent. Si l’arme n’avait pas été aussi spécialisée, le combat n’aurait même pas ressemblé de près ou de loin à un affrontement équitable.
« Tu avais dit que ce serait différent ! »
cria le Géant. Un cheval faisait deux fois la taille d’un homme, mais à cette distance, le Géant était écrasant d’une façon qu’aucun cheval ne pouvait égaler.
Enkrid frappa à nouveau la gorge, comme la première fois. Sa lame légère et rapide fondit sur le cou telle une hirondelle.
Le Géant tenta encore de parer avec la mitaine de fer de sa main gauche, mais l’épée d’Enkrid s’incurva autour de celle-ci et trancha le haut de son bras droit.
La chair se déchira dans un bruit humide. Comparé au vacarme du fouet, ce n’était qu’un murmure.
Mais l’intensité d’un son ne disait rien de la force qui le produisait.
Une lame aiguisée suffisait à trancher un homme ordinaire ; contre un Géant, un coup d’épée renforcé par la volonté était plus que suffisant.
La peau épaisse du Géant s’ouvrit et le sang se mit à jaillir. Une veine avait été touchée par malchance.
Non. Enkrid avait frappé exactement là où il le voulait. Il avait délibérément visé le tendon et le vaisseau sanguin.
« Plus on connaît le corps humain, plus il est facile de se battre contre quelqu’un. Ça va de soi. »
C’était l’enseignement d’Audin. Enkrid se l’était inculqué à force de répétitions, jour après jour, sans fin.
L’expérience et la perspicacité, les leçons retenues en écoutant les autres : tout cela s’était entrelacé pour aboutir à cet instant.
Deux yeux bleus voyaient l’avenir, et les sens qui avaient lu le rythme du fouet lisaient désormais la trajectoire de chaque arme.
« Tu n’es pas un chevalier comme les autres », dit le Géant, le visage sombre. Personne ne voulait mourir.
Le Géant Hatun ne faisait pas exception. On lui avait raconté qu’Enkrid était un imbécile devenu chevalier par chance, et que c’étaient les gens autour de lui qui le rendaient difficile à affronter. Hatun avait donc attendu qu’Enkrid se retrouve seul.
Les assassins envoyés auparavant à la Garde frontière avaient tous disparu sans laisser de nouvelles, coupant tout contact, ce qui avait posé problème. Puis la nouvelle était tombée : la cible était seule. Hatun était alors venu.
« Il est au-dessus d’un Apôtre du combat. »
Le Géant continua de parler. Entre ces deux phrases, Enkrid lui avait tranché l’arrière du genou et entaillé le poignet. Celui-ci, presque sectionné, ne tenait plus que par un lambeau, et le sang en jaillissait à flots.
Impossible de manier un fouet avec un poignet dans cet état.
La Sainte Secte de la Terre Maudite comptait des Apôtres du combat, rompus aux affrontements, mais Hatun jugeait son adversaire plus redoutable encore.
« J’aurais dû envoyer l’Apôtre de l’Esprit maléfique », répéta Hatun. Cherchait-il à transmettre une information à quelqu’un ?
Impossible de le savoir. Enkrid n’insista pas.
« Je ne pourrais pas vous livrer quoi que ce soit, puisque j’ignore où se trouve la Sainte Secte de la Terre Maudite », dit Enkrid. Il donna un coup de pied dans la cuisse du Géant, bondit et abattit son épée.
L’épée d’acier argenté décrivit un demi-cercle et effleura la gorge du Géant en passant.
Un bruit sourd.
Le Géant leva sa main gauche un instant trop tard pour protéger sa gorge, mais l’épée était déjà passée. Il porta cette même main à la plaie béante de son cou et demanda : « Comment as-tu esquivé le fouet ? »
Il avait bien des raisons de s’interroger. Ce n’était pas difficile à comprendre. Quand la mort approchait, la curiosité prenait toute la place.
Son regard était chargé d’inachevé.
« Le rythme est simple », répondit Enkrid.
« … T’es complètement taré. »
Le rythme est simple ? Espèce de cinglé, tu crois que parce que tu peux le voir, tu peux vraiment l’esquiver ?
Pour les deux hommes, le combat avait eu un sens différent. Ce n’était pas sans rappeler celui qu’Enkrid avait livré contre le chevalier sacré qui avait rejoint l’Armée sainte grise.
Cette fois, l’écart de technique et d’expérience acquises par l’entraînement était simplement plus grand, sans même tenir compte de la volonté.
Le Géant mort bascula en arrière. Son corps s’écrasa au sol avec un bruit sourd, soulevant un nuage de poussière. Le sang qui s’en écoulait semblait pouvoir former un lac sur place.
Non que le Géant aurait pu se noyer dans ce lac, mais quelqu’un qui était déjà mort ne pouvait pas mourir une seconde fois.
Enkrid recula pour éviter le sang qui s’étalait.
« On dirait que la Sainte Secte de la Terre Maudite a envoyé un assassin », dit-il.
« Ce Géant ne venait pas pour se faire des amis », répondit Fell.
Enfin. Enkrid restait Enkrid. Même après avoir tué le Géant, il reprit sa route.
« Allons-y. »
« Ils ne risquent pas de nous attaquer de nouveau plus tard ? » demanda Fell, inquiet. La situation était grave.
« Même la Sainte Secte de la Terre Maudite ne peut pas envoyer des assassins de cette trempe à la chaîne », dit Ruagarne en examinant le cadavre du Géant. Tout en parlant, elle étudiait le fouet dont il s’était servi.
C’était vrai. La Sainte Secte de la Terre Maudite avait beau exercer son influence sur tout le continent et compter parmi les plus grandes puissances militaires, elle ne pouvait pas envoyer des tueurs de ce calibre par dizaines.
Ruagarne avait vu juste. L’échec de Hatun avait précipité le diocèse du continent central au bord du retrait complet.
* * *
Hatun a échoué.
L’archevêque qui reçut la nouvelle en fut accablé. La présence d’un obstacle, un homme à l’esprit si profondément brisé qu’il se disait fou, avait de quoi lui arracher un soupir d’exaspération.
Alors, impossible de le laisser en vie.
La mort de Hatun donnait une idée de la force de la cible.
S’ils pouvaient suivre à nouveau les déplacements de la cible… Il est rarement seul.
Le moment propice serait celui où il se retrouverait séparé de l’ordre de chevalerie.
« Je rassemblerai toutes les forces restantes du diocèse et j’irai moi-même », déclara l’archevêque, le Premier Apôtre. À ses yeux, une autre occasion se présenterait.
S’il est parti, il reviendra.
On ignorait son objectif exact, mais la cible retournerait à la Garde frontière. Il suffisait donc de tenir la route. Le raisonnement se tenait.
Ce que le Premier Apôtre n’avait pas compris, c’était qu’il supposait Hatun mort au terme d’un combat serré.
On avait beau recueillir des informations, impossible de tout savoir.
En vérité, un autre Cultiste avait observé le combat de loin et entendu les paroles de Hatun. Mais de là où il se trouvait, Hatun avait d’abord semblé prendre l’avantage. Une erreur d’interprétation due à un mauvais jugement.
Tant de membres compétents avaient été perdus — tant d’entre eux étaient morts en essayant d’attraper Enkrid — que les effectifs disponibles avaient été dangereusement réduits. Tel était le tragique résultat de ces pertes.
* * *
Qu’on le vise de loin ou non, Enkrid poursuivit sa route.
À partir du quatrième jour, il continua d’avancer avec Ruagarne, lui enseignant çà et là tout en profitant de ces moments pour revoir ses propres bases, jusqu’à ce qu’ils traversent une rivière.
Il connaissait un domaine noble sur leur route, mais ne s’y arrêta pas.
Il ne prêtait pas particulièrement attention au rêve du Batelier, mais celui-ci lui avait semblé lui montrer Sinar.
Elle n’a pas l’air de passer un bon moment.
Si ce que le Batelier lui avait montré était vrai, c’était bien l’impression qui s’en dégageait.
Suivant la route qu’Esther avait gravée dans son esprit, il traversa une rivière vers le sud, puis se dirigea aussi vers l’est, franchissant plusieurs cols. Après le Géant Hatun, il croisa quelques Créatures démoniaques et des bandits, mais rien qui exigeât qu’Enkrid intervienne.
« Vous dépouillez les gens ? Vous avez perdu la tête ? » Fell s’en chargea, et Ruagarne s’occupa du reste.
C’est ainsi qu’ils arrivèrent à destination. Esther avait appelé l’endroit la Forêt fantôme.
Une brume verte flottait devant les arbres. En la voyant, on pouvait croire qu’un fantôme allait réellement en sortir.
La forêt était reliée à un sentier de montagne désert, sans la moindre trace de passage. Enkrid venait de fracasser le crâne d’une Bête magique, un sanglier sauvage.
Il fit deux pas en direction de la forêt, et son esprit accéléra.
Les sons, les odeurs, le moindre frémissement de l’air sur sa peau.
Tout entra dans le champ de la Technique sensorielle, et Enkrid vit le projectile arriver.
Une flèche fendit l’air en sifflant.
= = =
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>