Chapitre 621
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 621 : Un cadeau
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Audin avait délaissé jusqu’aux exercices de l’unité qu’il avait accumulés avant de s’y atteler au dernier moment. Il était finalement devenu spectateur.
La rumeur courut que, grâce à cela, l’unité divine sous ses ordres avait entonné des louanges, déclarant que le Seigneur avait veillé sur elle.
Le dieu en question n’était sans doute pas Sinar, mais quand Audin vous rouait de coups, le nom du dieu invoqué pouvait bien changer un peu sur le moment, non ?
Pour Enkrid, c’était le genre d’histoire qui entrait par une oreille et ressortait par l’autre.
Il n’avait pas une seconde à consacrer à tout ça. Il était trop occupé à mâcher, à décortiquer, à goûter et à savourer tout ce que Sinar lui montrait.
L’art de l’épée ancestral des elfes ne cessait de stimuler son inspiration.
Pour un génie, ce n’était peut-être qu’un aperçu d’une autre voie de l’escrime, mais pas pour Enkrid.
Son inspiration s’éveillait, l’exaltation montait, et un frisson de joie lui envahissait le corps. Cette sensation, qui n’apparaissait que dans les moments de progrès, brûlait son âme comme du fer chauffé toute la journée dans une forge. Impossible de ne pas y prendre plaisir.
« Fais attention. »
Sinar lui adressa de nouveau cet avertissement et fit tournoyer sa lame. L’épée-feuille avait encore changé. La lame se divisa soudain en cinq feuilles superposées, son plat s’élargissant comme un éventail difforme.
En regardant l’épée-feuille s’étirer ainsi, il sentit l’énergie bouillonner en elle.
Est-ce de la magie ?
Naidhl était une épée magique depuis le début, considérée comme une arme compagne des elfes.
Les chevaliers utilisaient des armes gravées, tandis que ceux qui atteignaient un certain niveau grâce à la sorcellerie se servaient de ce qu’on appelait des armes héritées.
D’après ce que Ruagarne lui avait raconté, les Grenouilles utilisaient une arme dite liée.
Les hommes-bêtes et les Géants utilisaient eux aussi des armes gravées, de manière similaire, même si leur fabrication était un peu différente, lui avait-on dit.
Les elfes ne faisaient pas exception.
L’arme compagne changeait de forme en réponse à sa volonté. L’énergie qui la parcourait provoquait cette transformation.
La lame modifiée semblait peu adaptée au combat, mais l’escrime qu’elle déployait avec n’avait rien d’ordinaire.
Ses coups horizontaux étaient rapides et arrivaient sous des angles difficiles à parer. Les frappes qu’elle portait avec le plat de la lame avaient la force d’un bouclier que Teresa projetterait de toutes ses forces.
Même si Teresa n’était que chevalier junior, elle avait du sang de géant. Un coup de bouclier de sa part, porté de toutes ses forces, n’était pas à prendre à la légère.
Et pourtant, Sinar frappait du plat de sa lame à une vitesse qui semblait fendre l’air comme l’eau.
Elle tranchait et frappait exactement à la même vitesse.
C’était sans doute là le principe : une escrime qui chevauchait le vent et s’y jouait.
Si la pluie printanière avait soulevé le vent et que l’averse estivale s’était déversée en rideaux sans fin, celle-ci volait sur le vent lui-même.
Était-ce pour cela qu’on l’appelait la danse des feuilles ?
Parce qu’elle tremblait et dérivait comme des feuilles d’automne emportées par le vent ?
Les entailles et les frappes pleuvaient et fusaient sans prévenir, sans le moindre schéma. Au printemps, l’énergie avait été verte, en été, bleue ; aujourd’hui, elle déversait une énergie rouge.
Plus rouge qu’un coucher de soleil, mais sans l’éclat vif du sang. Entre les deux.
Quoi qu’il en soit, il tint bon et se perdit dans le plaisir que lui procurait cette escrime. Lorsqu’il refit surface, le combat d’entraînement était terminé.
Des perles de sueur s’étaient formées sur le front de Sinar.
En plein hiver, voir une elfe en sueur en disait long sur l’énergie qu’elle avait mise dans cette séance.
Enkrid, encore plongé dans le plaisir que Sinar lui avait offert, demanda : « Demain, ce sera l’hiver ? »
Sinar répondit avec un mince sourire. « Ce sera intéressant. »
Le quatrième jour, Sinar lui montra l’escrime de l’hiver, exactement comme son nom l’indiquait. Elle s’appelait Spark.
Naidhl s’affina jusqu’à devenir aussi fine et délicate que Spark, celle qu’Enkrid portait. L’escrime qu’elle lui montra ensuite portait parfaitement son nom.
La lame avait émis une lueur blanche. À présent, elle fusait comme un éclair, là puis disparue en un instant, telle une étincelle.
Estocade après estocade, rien que des coups d’estoc : une attaque tranchante qui sacrifiait entièrement la défense à la vitesse.
Là où l’averse estivale vous épuisait par le nombre de coups et vous obligeait à vous défendre sans répit, celle-ci donnait l’impression que chaque coup non arrêté vous percerait quelque part. Chacun était mortel. Un style d’escrime qui misait tout sur l’attaque, au détriment de la défense.
Et puisque chaque coup était mortel, la défense présentait elle aussi des brèches.
Spark, qui se consumait jusqu’à disparaître si elle ne touchait rien. Son nom convenait parfaitement à cet art de l’épée.
Dans la langue des elfes, Naidhl signifiait l’épée du printemps, et Lame-aiguille, l’épée de l’hiver.
À y regarder de plus près, la voyelle longue du mot elfique signifiait « épée », mais les elfes mêlaient dans leur langue les accents toniques, les sons brefs et les sons longs. Même la prononciation humaine la plus proche ne pouvait donc restituer toutes les nuances à la fois.
Pour un humain comme Enkrid, en savoir autant suffisait largement.
Une braise volante était rapide et acérée ; si on la perdait de vue ne serait-ce qu’un instant, elle devenait trop petite pour être aperçue.
Même dans sa zone de concentration, il ne parvenait à suivre que la pointe.
Enkrid se concentra, para, dévia et esquiva. À un moment, la voix de Sinar lui parvint.
« Au-delà de Spark, il y a la météorite. »
Ses estocades étaient si féroces. Mais elle ne l’attaquait pas avec une véritable intention meurtrière, et Enkrid parvint donc à les bloquer.
La lame de Sinar était d’une précision et d’un tranchant redoutables.
Une lame qu’elle avait fait passer au-delà de sa garde lui entailla profondément la joue, et le sang coula à flots sur le visage d’Enkrid.
« C’était dangereux », dit Audin. Seiki, qui s’était retrouvée là à regarder, s’avança et répandit de la lumière sur la joue d’Enkrid.
« Ça guérira vite. »
« Inutile de t’inquiéter. »
« Je me suis dit que beaucoup de gens seraient furieux si ce visage était abîmé. »
Seiki venait de dire quelque chose d’inutile. Malgré toute la lumière qu’elle répandait, la coupure sur sa joue ne guérissait pas en un instant. Elle avait dit qu’elle maîtrisait encore mal ses pouvoirs divins, et ça se voyait. Une bonne partie de la lumière était gaspillée.
« Tu t’amuses ? »
Sinar regarda Enkrid d’un air indifférent et lui posa la question. Il hocha la tête, un léger sourire aux lèvres.
À part la coupure sur sa joue, recevoir l’art de l’épée des quatre saisons de l’elfe avait déchaîné son inspiration.
Une nouvelle épée. Une nouvelle escrime. Cela éveillait quelque chose en lui. Et pas une technique à moitié ébauchée, mais un art élaboré au fil des générations par toute une race d’elfes.
« Alors, cela suffit. »
Sinar répondit et sourit. Le coin de ses yeux indifférents se plissa en un sourire discret. Son visage exprimait une certaine satisfaction, ou quelque chose d’approchant.
Ce soir-là, juste avant d’aller se coucher, Sinar appela Enkrid.
« Qu’y a-t-il ? »
« Viens marcher un peu avec moi. »
Enkrid fit ce qu’elle lui demandait.
« Tu pars pour un rendez-vous nocturne ? » lança Rem derrière lui.
Enkrid ne répondit pas et sortit. Rem ne s’attendait pas vraiment à une réponse.
C’était une plaisanterie lancée par réflexe, à la vue d’une scène qui s’y prêtait. Ce genre de choses s’était déjà produit, ici et là. Sinar avait l’habitude de chercher Enkrid, et dernièrement, elle lui demandait surtout de la tenir parce qu’elle avait froid.
Dehors, les nuages s’étaient amassés en masse, si bien que les étoiles étaient difficiles à distinguer. La lune répandait une lueur pâle et faible.
Neigerait-il demain ?
L’air était devenu si vif et si froid que l’hiver semblait bel et bien installé.
De longs panaches de buée s’élevaient de la bouche de l’humain et de l’elfe. Ils marchaient en silence, comme s’ils profitaient simplement de leur promenade.
Le vent nocturne était chargé d’humidité. La nuit se prêtait plutôt bien à la marche.
Le cri occasionnel d’un oiseau hivernal leur parvenait. Ils longeaient une touffe d’herbe qui résistait encore obstinément au froid quand Sinar s’arrêta.
« Elles sont coriaces », dit-elle en regardant l’herbe. Puis elle se retourna. Les alentours étaient sombres, mais tous deux savaient exactement où se posait le regard de l’autre.
Leurs sens aiguisés le leur permettaient.
Ses yeux, qui auraient dû être bleus et verts à la lumière du jour, luisaient faiblement dans l’obscurité.
Croisant son regard, Sinar ouvrit la bouche. Son ton était neutre.
« Tu n’as vraiment aucun intérêt à m’épouser ? »
Il ne s’y attendait pas. Cela faisait un moment qu’elle ne plaisantait plus, et c’était pour lui dire cela qu’elle l’avait fait sortir.
« Est-ce qu’on a déjà été intimes ? »
« Alors, tu étais mal à l’aise. »
« Ça en a l’air, non ? »
« Alors, est-ce que ça t’a plu ? »
Enkrid se rappela la première fois qu’il avait entendu une plaisanterie à la manière des elfes.
C’était juste avant que je rencontre Leona, si je me souviens bien.
On aurait pu croire qu’il aurait oublié depuis le temps, mais cette journée était restée étrangement gravée dans sa mémoire.
Il avait été si décontenancé. Il avait eu envie de donner un coup de pied à Jaxon, qui lui adressait un sourire narquois.
« Non, ça ne m’intéresse pas. »
Enkrid se gratta la joue et répondit. Ce n’était pas une question particulièrement gênante. Juste une plaisanterie taquine comme d’habitude.
« Je vois. »
Sinar se détourna sans la moindre trace d’amusement. C’était bien la Sinar qui, quatre jours durant, lui avait montré une escrime digne d’une elfe démente.
« Mais c’était amusant. »
Elle murmura ces mots en se détournant.
La chaleur de ses paroles était clairement différente de la première fois qu’il les avait entendues.
« Mais c’était amusant. »
Elle avait déjà dit quelque chose de semblable la première fois qu’elle l’avait taquiné, mais cette fois, en se détournant, elle ne laissa transparaître aucune émotion qu’il aurait pu déchiffrer.
S’il avait senti la moindre émotion dans ces paroles, Enkrid lui aurait demandé : pourquoi tu dis ça ?
Mais il n’y en avait pas, alors il la laissa partir.
L’elfe repartit de son pas habituel, à la même allure, à la même vitesse que toujours.
Trois jours plus tard, Sinar avait disparu.
Au début, Enkrid n’y prêta pas attention, mais Sinar ne revint pas, même après trois jours.
« Elle a laissé une lettre ? »
Kraiss la lui avait remise pendant une pause après l’entraînement du matin.
« Où l’as-tu trouvée ? »
« Elle avait disparu sans un mot depuis trois jours, alors j’ai regardé dans sa chambre. »
« Ah. D’accord. »
À proprement parler, Sinar appartenait aux Chevaliers fous. Personne ne pouvait vraiment lui reprocher son départ, mais Kraiss avait probablement jeté un coup d’œil parce que la chambre était vide. Il avait sans doute envoyé un camarade plutôt que d’y aller lui-même.
Enkrid reconstitua grossièrement la situation et examina la lettre.
Sinar avait dû prévoir que quelqu’un la lirait après son départ. À l’extérieur, un message était écrit d’une écriture élégante :
À Enkrid. Tout autre imbécile qui lira ceci se transformera en pomme de terre germée.
Voilà une malédiction.
En voyant cette insulte elfique, Enkrid déchira la lettre. Il arracha le sceau de cire à la main et en sortit le papier.
Elle n’avait pas choisi un papier particulièrement raffiné. Le message était bref.
J’attendrai que tu viennes me demander en mariage.
Enkrid laissa échapper un petit rire involontaire.
Elle plaisantait jusqu’à son tout dernier instant avant de partir.
Quelle elfe impossible à battre.
« Qu’est-ce qu’elle dit ? »
demanda Kraiss. Enkrid retourna la lettre pour la lui montrer.
« Je devrais être impressionné ? Mais pourquoi est-elle partie sans un mot ? »
« Elle doit avoir quelque chose à faire. »
Elle faisait désormais partie des Chevaliers fous, mais Sinar n’avait jamais été une créature du royaume.
Il se rappela aussi une remarque que Crang avait faite un jour.
Une sorte d’obligation, c’était ça ?
Enkrid ne s’inquiéta pas particulièrement pour Sinar. C’était sa décision, son choix, et il préférait le respecter.
Il aurait réagi de la même façon avec n’importe qui. Comme lorsqu’il avait essayé de s’y résoudre, au fond de lui, après que Dunbakel lui avait annoncé qu’elle partait vers l’est.
C’était tout.
Puis vint une période qu’on pouvait qualifier d’ordinaire.
« À l’entraînement. »
Le matin, il travaillait avec Audin, contractant, étirant et mettant ses muscles à rude épreuve.
« Garde la tête froide. Aujourd’hui, ça va être plus dur. »
Il s’entraînait au combat avec Rem.
« Tout le monde court. »
Il se consacrait à l’entraînement de l’unité. La seule différence par rapport à avant, c’était que ses périodes de méditation s’étaient allongées.
L’épée précise. L’Épée lourde. L’épée trompeuse. L’épée rapide. L’épée fluide.
Le génie appelé Leonessis Oniac avait réparti l’escrime en cinq catégories.
Ces cinq catégories constituent-elles donc toute l’escrime ?
Non.
Même s’il pouvait remonter le temps et poser la question à Leonessis en personne, la réponse serait la même.
Les cinq sont les fondations.
Les variations étaient une autre affaire.
Tout ce qu’il avait appris, étudié et retourné dans sa tête, ainsi que l’art de l’épée des quatre saisons de l’elfe qu’il venait d’assimiler, se trouvait en lui.
Sinar avait volontairement écarté les éléments secondaires pour se concentrer sur l’essence même de l’escrime.
C’était une escrime qu’elle voulait me montrer.
Les quatre saisons, représentées chacune par un style d’épée, avaient toutes une forme différente. Il était impossible de les définir uniquement selon le cadre des cinq styles d’épée.
Fondations, variations, expérience.
À cet instant, tout se rejoignit. Enkrid sentit quelque chose éclater dans sa tête.
C’était le moment où l’inspiration que Sinar lui avait offerte arriva à maturité, devint un fruit et tomba.
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