Chapitre 620
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 620 : Les quatre saisons de la fée
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« Je suis un rocher, peut-être ? Tu crois que je vais rester là à encaisser ton coup ? »
Voilà, en substance, ce que Rem répétait sans cesse pendant leurs combats d’entraînement.
Abattre le Feu ambulant avait été assez facile : il n’avait aucune technique et ne pouvait pas se déplacer rapidement. Les humains, c’était une autre affaire.
Concentrer sa Volonté dans un seul coup ne servait à rien si celui-ci ne touchait pas sa cible.
Bien sûr, on pouvait charger un coup de puissance. Mais que faire si l’adversaire l’esquivait ou le déviait ?
« Trop lent ! »
C’était là-dessus que Rem poussait Enkrid le plus durement.
Juger en une fraction de seconde grâce à une pensée accélérée. Insuffler sa Volonté dans la plus étroite des ouvertures.
Rem disait que tout cela était nécessaire, et il le démontrait par l’action plutôt que par les mots.
Il commençait bien par expliquer, mais ses explications étaient à peu près aussi utiles que celles d’une Goule. Le voir faire était donc bien plus convaincant.
« Écoute, imagine ça comme ça. Tu lances une pierre et l’autre type l’esquive. Qu’est-ce qui se passe ? Tu ne récupères pas la force de ton lancer, et tu as aussi perdu ta pierre. Alors oui, abattre ce Feu ambulant — ou Feu rampant, peu importe —, c’était bien, mais ça ne suffit pas. »
Enkrid écouta. Il comprenait l’idée générale, mais jugea inutile de le dire à voix haute.
« D’accord. On s’entraîne. Tu peux arrêter ton sermon. »
« Comment veux-tu que je te l’explique plus simplement ? »
Il y avait bien une bonne centaine de façons plus simples de le dire, mais discuter n’aurait servi à rien. L’entraînement reprit donc. Enkrid répéta l’exercice pendant des jours et, chaque fois, il s’amusait à un point presque exaspérant.
La hache de Rem accrochait son épée et la déviait à chaque fois, tandis que ses pieds, en mouvement constant, l’empêchaient de placer le coup unique qui lui avait permis d’abattre le Feu ambulant.
« Il faut au moins que tu sois capable de feinter ce “grand coup” depuis n’importe quelle position avant que je puisse dire que tu es vraiment utile. Bien sûr, un imbécile qui n’y connaît rien pourrait se le prendre, mais n’importe qui du niveau d’un chevalier le verrait venir de loin si tu l’annonçais aussi clairement. »
D’après Rem, rassembler sa Volonté et abattre son épée, c’était comme pousser un cri de guerre soudain. Qu’on ait envie de l’entendre ou non, ses oreilles le captaient. Qu’on veuille regarder ou non, ses yeux se tournaient vers lui. Il n’avait pas tort.
« Alors, tu répartis ta Volonté ou tu la déverses d’un seul coup. Il faut juste décider sur le moment. »
C’était une explication plus approfondie de ce qu’Enkrid avait fait face aux forces du clan gris. La pensée accélérée lui avait permis de briser leur élan ; selon Rem, la même chose devait fonctionner contre des chevaliers.
De côté, le barbare qui enseignait avait l’air de passer un excellent moment, et celui qui apprenait ne semblait pas moins s’amuser.
Tous deux s’acharnaient comme s’ils avaient perdu la tête. C’était la seule façon de le décrire.
Le Passeur apparut même dans un rêve pour lui poser la question.
« Tu t’amuses ? »
Au lieu de répondre à une question dont la réponse sautait aux yeux, Enkrid chercha à comprendre pourquoi le Passeur était venu.
« Un mur se dresse devant moi ? »
Le Passeur n’avait pas obtenu de réponse à sa propre question, mais répondit avec calme à celle d’Enkrid.
« Pourquoi te le dirais-je ? »
Jusque-là, il avait toujours semblé presque pressé de le lui annoncer, non ?
Enkrid n’insista pas. Qu’un mur se dresse ou non devant lui, rien ne changerait.
Son cœur était, comme toujours, dur et inflexible.
« Tu n’as pas répondu à ma question, fit remarquer le Passeur.
— Ça se voit, non ? »
Sa réponse disait tout sans le formuler : je le fais parce que ça me plaît.
Enkrid lui répondit, puis prit congé du Passeur. Et même si ce n’était qu’une impression, quelque chose semblait différent chez ce Passeur de ceux qu’il avait vus auparavant.
Le même visage à l’extérieur, mais quelque chose de différent à l’intérieur.
Ce n’était qu’une impression. Impossible de le vérifier et, même si ça l’avait été, cela n’aurait rien changé.
Enkrid continua simplement à faire ce qu’il avait toujours fait.
Ses journées étaient bien remplies. Des combats d’entraînement avec Rem pour aiguiser son jugement en une fraction de seconde. Avec Ragna, il apprenait à répartir sa Volonté sur chaque coup au lieu de la concentrer dans un seul. Avec Audin, il subissait un entraînement physique brutal. Avec Jaxon, il travaillait la visualisation sensorielle. Il avait à peine le temps de respirer.
« Ça te dirait de sentir une brise printanière ? »
C’était le début de l’après-midi. Le froid de l’hiver pesait encore de tout son poids. La lumière du soleil traversait le ciel nuageux en minces rais obliques qui striaient le sol. C’est à ce moment-là que Sinar arriva.
« On est en plein hiver, dit Enkrid.
— Je sais. »
Il comprit que la brise printanière dont elle parlait n’était pas vraiment celle du printemps. Il se souvenait qu’elle avait déjà employé cette expression, aussi lui demanda-t-il :
« Tu as déjà dit ça. Qu’est-ce que ça signifie ? »
« Difficile à expliquer avec des mots. »
Sinar dégaina son épée, celle qu’on appelait Naidhl. Srrring. Le son de la lame quittant son fourreau était plus clair que jamais.
Ce son semblait porter quelque chose en lui, comme une Volonté qui disait : regarde-moi.
Une faible lueur verte s’accrochait à la lame nue. Elle n’aveuglait pas, mais la présence qu’elle dégageait était indéniable.
Une vitalité, ou peut-être une vivacité, quelque chose de cet ordre lui parvenait par les sens.
Que cela vienne des exercices de visualisation sensorielle qu’il faisait avec Jaxon ou de ce que Sinar lui montrait, Enkrid la ressentait : cette lueur qui vivait dans sa lame.
L’énergie vitale, celle de la vie et du mouvement, était là, au fil de l’épée.
« Rassemble ton énergie vitale, et tu pourras faire ça », expliqua Sinar.
Dans sa main, Naidhl ressemblait exactement à une feuille fraîchement éclose au printemps.
Alors c’est pour ça qu’on l’appelle l’épée-feuille.
Enkrid y pensa en levant sa propre épée pour lui faire face. L’épée d’acier argenté d’Aetri. Il portait une épée courte en biais dans le bas du dos, et Spark pendait à sa hanche droite.
Il ne portait pas d’armure et avait aussi laissé de côté les gantelets de tissu dont il enveloppait d’habitude ses mains.
Les jours de combats d’entraînement et d’exercices intensifs avaient semé des douleurs musculaires dans tout son corps, sans parler des nombreux bleus. Pourtant, pas une seconde il ne songea à refuser un combat d’entraînement contre Sinar.
L’impatience lui arracha un léger sourire.
La brise printanière serait un art de l’épée. Elle était venue le lui montrer. Cette seule pensée lui procura un discret élan de joie.
Une elfe allait lui faire découvrir une nouvelle voie de l’épée.
Comme toujours, l’expression de Sinar ne laissait rien deviner.
Chaque fois qu’un sourire apparaissait sur ce visage, cela lui semblait encore remarquable.
« Ils font quelque chose d’intéressant. »
Rem était parti deux jours, prétendant entraîner son unité, puis était revenu et avait fait la grasse matinée. Le barbare aux cheveux gris se tenait devant le baraquement, la bouche grande ouverte dans un bâillement.
Combattre Enkrid, entraîner son unité et, entre les deux, poursuivre son propre entraînement pour qu’Audin, ce gros ours, ne le dépasse pas : les journées de Rem étaient tout aussi chargées. Parfois, il avait l’impression que le conditionnement physique était plus difficile que le combat lui-même.
Se plaignait-il ? Pas vraiment.
Ce matin, il travaillait la cuisse d’Enkrid quand il reçut un coup en plein front. À présent, il se frottait la bosse qui avait poussé là.
Il avait beau pousser Enkrid à bout jour après jour, il devait reconnaître que le soldat n’était plus un adversaire facile.
Il était un peu frustrant de ne pas le voir progresser plus vite, vu l’acharnement avec lequel il le poussait, mais il avançait tout de même plus vite qu’avant.
Il avait atteint un niveau qu’on ne pouvait vraiment plus ignorer.
L’elfe n’était pas en reste non plus, à ce qu’il avait entendu. Il se demandait comment le combat allait se dérouler et se surprit à avoir hâte d’y assister.
« Tu t’ennuies ? »
Ragna était là lui aussi, pas seulement Rem. Il était resté parce qu’il comptait apprendre à Enkrid à répartir sa Volonté sur chaque coup et chaque estoc.
Comment injecter à tout moment, quelle que soit sa position, une Volonté concentrée dans son maniement de l’épée ?
Pour Ragna, il suffisait de le faire. Il le faisait, et voilà tout.
Mais Enkrid, c’était différent.
Répéter jusqu’à ce que ça devienne instinctif, songea Ragna.
Il n’en était plus à sa première leçon avec Enkrid. Il s’y était adapté, il en avait pris l’habitude.
À présent, il lui enseignait l’art de répéter encore et encore, jour après jour. Et à force, ses propres techniques s’étaient affermies, dépassant le stade de la maîtrise.
On disait qu’on apprenait en enseignant. Dans le cas de Ragna, il progressait vraiment en donnant ses leçons.
Il avait bien une raison d’être un génie.
Il avait toujours sauté les étapes pour parvenir directement au résultat. À présent, il revenait sur les étapes qu’il avait brûlées pour les examiner.
On ne pouvait pas vraiment enseigner ce qu’on n’avait pas parfaitement compris ; tout cela était donc assez naturel.
Le regard de Ragna glissa vers Sinar et Enkrid.
Il se demanda un instant si elle faisait ça par ennui, puis jugea que ce combat d’entraînement serait bénéfique à Enkrid.
Affronter autant d’adversaires différents que possible.
Tels étaient les mots du roi des mercenaires Anu, qu’il avait adressés à Enkrid avant tout cela. Anu avait-il déjà compris ce dont Enkrid aurait besoin ? Ou n’était-ce qu’une coïncidence ?
Quoi qu’il en soit, des adversaires variés étaient précisément ce qu’il fallait à Enkrid, à présent.
Il avait déjà acquis une solide expérience, mais il lui manquait encore une expérience de meilleure qualité. Telle était la conclusion de Ragna.
« C’est l’art de l’épée propre aux elfes ? »
Ruagarne était là elle aussi ; ils étaient donc trois à regarder.
Elle aidait également Enkrid à acquérir de bonnes bases à l’épée. Sa portée n’était peut-être plus ce qu’elle avait été, mais l’œil d’une Grenouille pour le combat et l’expérience de longues années ne disparaissaient pas.
Sinar brandit son épée sans se soucier du public.
Enkrid observa en même temps son jeu de jambes, sa respiration et l’angle de son bras, puis se prépara.
Observer. Absorber.
Flotter.
C’était l’impression qu’il avait. La lame tranchait clairement l’air et venait vers lui, mais on aurait dit quelque chose qui dérivait au gré du vent.
Enkrid ne rejeta pas cette impression.
Refuser de voir ce qu’on pouvait percevoir et reconnaître ne permettait pas de prétendre maîtriser une force invisible.
Rem, Ragna et Ruagarne savaient tous que le niveau d’Enkrid avait fait un bond ces derniers jours. Aussi la suite ne les surprit-elle pas particulièrement.
Clang.
L’épée de Sinar cherchait à se poser comme une feuille qui tombe, mais avant d’atteindre l’endroit visé, elle fut arrêtée.
Enkrid avait levé sa lame pour intercepter la sienne et, en maîtrisant la force, les avait pressées l’une contre l’autre dans un liement qui immobilisa le fil.
Quoi qu’il arrive, une épée devait bouger pour que quelque chose se produise. L’immobiliser, et il ne se passait plus rien.
Il avait neutralisé la technique avant même qu’elle ne commence.
C’était comme plaquer une main sur la bouche de quelqu’un avant qu’il ait pris son souffle pour chanter.
Rester là, les yeux écarquillés, à admirer la technique, c’était le genre de chose que ferait le meilleur ami d’une Goule. Complètement idiot.
Il ne s’agissait donc pas de tricher. C’était la bonne approche.
C’était en faisant tout son possible pour briser la technique de l’autre qu’on pouvait voir la véritable puissance de l’art de l’épée des elfes.
Si elle cédait aussi facilement, alors elle ne valait pas mieux que ça.
« Bien », dit Sinar, sans la moindre trace d’amusement, en ramenant son épée vers sa poitrine.
Trrring.
Les lames raclèrent l’une contre l’autre plusieurs fois, puis se séparèrent. Enkrid avait essayé de maintenir le liement, mais Sinar avait dosé la pression, poussant et tirant juste ce qu’il fallait pour dégager sa lame.
Le contrôle dont elle faisait preuve était d’une finesse que même Rem, Ragna ou Audin auraient eu du mal à imiter.
L’épée-feuille se retira vivement. Puis, comme elle l’avait annoncé, la brise printanière souffla.
Un courant tiède.
Un style d’escrime qui n’avait rien à faire sous le soleil hivernal descendit, accompagné d’une lame affûtée par l’énergie vitale.
Au milieu de ces coupes douces qui s’abattaient, Enkrid sentit quelque chose effleurer son épaule avant d’avoir le temps de remarquer quoi que ce soit d’autre.
Étrange.
L’art de l’épée elfique appelé Brise printanière entrelaçait des frappes invisibles parmi les mouvements fluides et harmonieux de la lame.
Des frappes invisibles, autrement dit une lame d’énergie vitale.
L’épée s’épanouissait comme une large feuille et couvrait son front.
Passer en force ? Ou l’écarter pour attaquer le flanc ?
Les deux options semblaient valoir la peine d’être tentées. Enkrid hésita entre elles.
Il mobilisa sa Volonté et échangea des coups avec elle. Sinar était assez habile pour mériter le titre de chevalier elfe.
Il n’allait pas réussir à la neutraliser d’un seul coup. Mais ce n’était pas nécessaire.
Aucun des deux ne forçait pour impressionner l’autre. Ils échangeaient leurs techniques.
S’il tentait de passer en force, les feuilles se superposaient pour le bloquer. S’il attaquait le flanc, elles bougeaient pour l’envelopper complètement.
Enkrid se dégagea, frappa avec force pour l’écarter et se maintint ainsi hors de danger.
« Ça suffit pour aujourd’hui. À demain. »
Après un long échange, Sinar prononça ces mots et s’éloigna. Elle ne lança aucune de ses remarques sèches habituelles.
« Pas mal. »
« C’est un style défensif, conçu pour contenir les épées rapides et puissantes. »
Rem et Ragna donnèrent chacun leur avis. Enkrid hocha la tête.
Sinar revint le lendemain, en fin d’après-midi.
« Je vais te montrer l’averse estivale. »
« Je suis prêt. »
Aucune raison de refuser. Ils reprirent, et les yeux d’Enkrid s’écarquillèrent.
« L’épée change ? »
Il parlait en regardant l’épée-feuille s’allonger comme un long fouet.
Trrrring.
Au moment où Sinar annonça l’averse, la lame de Naidhl ondula et s’allongea.
« Une Épée magique », murmura Ruagarne.
La lame s’amincit en s’étirant. En un instant, elle était devenue longue et souple. Puis elle ondula, dispersa des éclats de lumière et se mit à tomber comme une véritable pluie.
Une averse d’acier déferla d’en haut.
Enkrid choisit de l’affronter plutôt que de reculer. Son instinct le lui soufflait. Il jugea qu’en essayant d’esquiver, la pluie le suivrait, et que gaspiller ses forces à l’éviter au lieu de contre-attaquer lui coûterait le combat.
Le temps passé avec Rem n’avait pas été perdu.
Ta-da-da-da-da-dang !
Si l’épée d’acier argenté avait été plus lourde, il n’aurait pas pu tout retenir.
Parmi les coups qui pleuvaient, une lame d’énergie vitale, vive et bleue, le transperça.
La veille, elle était verte. Aujourd’hui, elle était bleue.
Rapides et acérées, ces frappes dansaient au cœur de sa pensée accélérée.
Si je peux bloquer une vague, je peux bloquer une averse.
Enkrid n’avait pas encore achevé l’art de l’épée qu’il avait imaginé auparavant, celui qu’il avait nommé l’Épée qui bloque les vagues. Il exhuma cette technique inachevée et tint bon de justesse. Puis la lame se mit à se courber dans toutes les directions, cherchant ses chevilles et essayant de s’enrouler autour de ses poignets.
Si elle s’enroule, je perds la main.
La pluie suivait le vent. Elle pouvait donc faire ça aussi ?
Quoi qu’il en soit, le combat d’entraînement mit fin à la journée.
« Demain, ce sera les feuilles d’automne », dit Sinar au milieu d’une passe, avant de tourner les talons.
« J’ai hâte », répondit Enkrid.
Le lendemain, il découvrit la technique des feuilles d’automne, et le nombre de spectateurs avait alors augmenté.
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