Chapitre 610
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 610 : Bien sûr
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Enkrid avait tout pesé : la situation qui l’attendait, ses capacités actuelles et la force de l’ordre de chevalerie. Il ne jugeait pas que la situation fût critique.
Il ne connaissait pas tous les visages rassemblés là-bas, mais il était venu avec une vague idée de ce qui l’attendait. Et pourtant…
« J’ai entendu dire qu’un Chevalier sacré s’était joint à eux. Ça ne t’empêchera pas d’y aller, si ? »
Kraiss lui avait posé la question.
La variable imprévisible, c’était ceux qui venaient de l’État saint.
« Ils étaient en pleine guerre de factions. En plus, les Cultistes surgissent de partout et provoquent des affrontements dans toutes les directions, et on raconte que les Créatures démoniaques ont déferlé par hordes depuis la Terre Maudite. C’est le chaos total. Impossible de prévoir leur réaction. »
Voilà ce que Kraiss lui avait dit. Enkrid s’était contenté d’acquiescer.
Même si chacun d’entre eux se retournait contre lui, il n’avait aucune intention de renoncer à sa décision.
C’était tout simplement dans sa nature. Tous ceux qui l’entouraient le savaient bien. S’il n’avait pas été aussi fou dès le départ, il ne serait jamais allé aussi loin.
Enkrid énonça donc clairement son intention.
Noah vivrait. Le monastère survivrait. Personne à l’intérieur ne mourrait.
Voilà ce qu’il avait décidé. Cette mission, il se l’était donc confiée à lui-même.
« Maintenant que nous sommes amis, ne devrais-je pas redoubler d’efforts pour t’en dissuader ? »
Noah avait parlé avec le même sérieux.
« Ah, je n’ai jamais été très doué pour écouter les autres. »
La réponse d’Enkrid laissa Noah sans voix.
« Alors reste ici et regarde. »
Sans le vouloir, il avait prononcé ces mots avec une volonté farouche. Enkrid laissa sa détermination s’exprimer. Toujours muet, Noah observa le héros qui lui avait demandé d’être son ami.
Le héros se leva, la lumière de la fenêtre dans son dos.
* * *
« Rassemblez-vous. »
Enkrid lança l’ordre en sortant de la pièce, mais tous étaient déjà réunis non loin de là.
L’un des guerriers du Corps sacerdotal d’extermination des cultes s’avança vers eux. Aucun ne semblait vouloir l’arrêter. Ils avaient trop attendu et traversé trop d’épreuves pour arriver jusqu’ici.
Le guerrier sacré sans nom avait le visage fermé. Son air pressé était teinté d’inquiétude.
« Savez-vous qui se trouve là-bas ? »
Non. Enkrid secoua la tête.
Il avait saisi l’essentiel, mais n’avait pas écouté attentivement. Il n’en savait donc vraiment rien.
Mais sur quoi comptent-ils, au juste, en venant ici ? À quoi pensent ces gens ?
Le membre du Corps sacerdotal se posait la question, mais il avait encore quelque chose à dire.
Ces gens n’étaient pas fous que de nom.
Il faut que je leur fasse comprendre le danger.
Il devait les ramener à la raison et les obliger à penser à leur propre survie.
À tout le moins, on ne pouvait pas laisser mourir bêtement des gens qui étaient venus jusque-là pour protéger ce qui était juste.
« Il y a deux Chevaliers sacrés : l’un de la lignée du Dieu des Balances, l’autre de celle du Dieu de l’Abondance. Tous deux ont fait leurs preuves. »
Le guerrier sacré sans nom parlait d’un ton grave et mesuré.
Vous comprenez maintenant à quel point c’est dangereux ?
C’était à peu près ce qu’Enkrid entendit.
Il fixa le guerrier sacré sans nom et cligna des yeux. Son regard semblait dire : et alors ?
Le guerrier sacré ne parvint pas à comprendre exactement ce que disait ce regard, mais une chose était certaine : Enkrid n’avait pas l’intention de battre en retraite.
« Ce ne sont pas des chevaliers ordinaires. Ce sont les meilleurs parmi les Chevaliers sacrés. »
Le guerrier sacré le répéta.
Comprenez-vous à quoi vous vous attaquez ?
« C’est ce qu’on raconte ? »
Enkrid jeta un coup d’œil à la cuirasse et à l’équipement du guerrier sacré, puis s’adressa à son propre ordre de chevalerie. Sa voix était neutre.
« On le sait déjà. C’est ce qu’on nous a dit. »
Rem répondit. Le guerrier sacré lui avait déjà rebattu les oreilles avec ça. Il n’avait pas cessé de parler pendant tout le trajet, répétant qu’ils couraient un danger par-ci, qu’ils couraient un danger par-là.
Le ton de Rem n’était pas tant neutre que légèrement agacé. Comme lorsqu’ils avaient quitté la garde-frontière.
La cause de son agacement ? Ce n’était pas le sermon du guerrier sacré.
Il n’y avait qu’une seule raison.
Pourquoi fait-il si froid alors que toute cette histoire se déroule ? Un sentiment de crise ? C’est quoi, ça se mange ?
Son attitude et son expression le disaient pour lui. Rien de ce que racontait le guerrier sacré ne l’atteignait.
Ragna, à côté de lui, fit mine d’y réfléchir un instant, puis répondit :
« Ils sont à moi, tous les deux ? »
Des Chevaliers sacrés ? Combattre des Chevaliers sacrés renforcés par la puissance divine pourrait être amusant. Audin, cet ours arrogant, avait dit qu’il l’entraînerait, non ? Alors, il pourrait peut-être se servir de ces deux-là pour s’échauffer en attendant le retour de cet ours arrogant.
Une fois ces deux-là abattus, il ne serait pas difficile de rouer de coups cet ours à son retour.
De bons partenaires d’entraînement. Telles étaient les pensées qui traversaient l’esprit de Ragna.
Bien sûr, personne ne pouvait savoir ce qui se passait dans sa tête.
« Je vous montrerai l’escrime du vent printanier qui chasse le froid de l’hiver. »
Sinar déclara quelque chose d’incompréhensible, alors qu’elle l’avait déjà répété plusieurs fois à Enkrid pendant le trajet.
Elle lui montrerait les arts de l’épée propres à son peuple.
Enkrid avait pris cela à moitié pour une plaisanterie.
La plaisanterie désinvolte d’une elfe ne rendait pas le talent de Sinar moins réel.
Elle était parfaitement capable de tenir parole face à l’armée qui se dressait devant eux.
En clair, elle annonçait qu’elle allait fendre cette armée avec l’escrime du vent printanier pour montrer à Enkrid à quoi cela ressemblait.
Les elfes se souciaient peu des sentiments d’autrui ; il était donc naturel qu’elle n’éprouvât aucun sentiment de crise. Même par politesse, elle n’en aurait rien montré.
Le guerrier sacré sans nom, qui observait tout cela, prit une profonde inspiration et se ressaisit.
Il avait l’impression de ne parvenir à toucher aucun d’eux, et la frustration lui comprimait la poitrine.
Ropord, Fell et Teresa se contentèrent de hocher la tête. Oh. Des Chevaliers sacrés. Voilà tout ce que leur nouvelle inspira.
Est-ce qu’on aura seulement l’occasion de les combattre ? On a peu de chances de gagner, mais ce serait quelque chose d’essayer, non ?
Ruagarne et Jaxon ne réagirent guère autrement. Jaxon se demandait s’il ne ferait pas mieux de les tuer tout de suite, tandis que Ruagarne se demandait comment Enkrid se battrait contre des Chevaliers sacrés.
Inutile de le dire à voix haute. L’ambiance parlait d’elle-même.
L’ordre de chevalerie avait été imprégné de la folie d’Enkrid. Voilà pourquoi on l’appelait les Chevaliers fous.
« Vous m’écoutez, oui ou non ? »
Le guerrier sacré sans nom ne put se retenir.
Il avait vu de ses propres yeux leur performance lorsqu’ils avaient percé les premières lignes du monastère. Il avait également entendu leurs noms : les Chevaliers fous, ou l’ordre de chevalerie du Mur de Fer.
Mais ils ne s’étaient forgé cette réputation que récemment.
Les deux Chevaliers sacrés qui montaient la garde là-bas occupaient leur poste depuis plus de vingt ans.
L’un portait le titre de Protecteur du Nid.
L’autre avait hérité du nom de l’un des apôtres du Dieu de l’Abondance. Le plus redoutable au combat de tous les apôtres, hors de la lignée du Dieu de la Guerre, Azratic, surnommé le Serpent Broyeur d’Articulations, était un désastre sous forme humaine.
En combat à mains nues, ce monstre pouvait prétendre au titre de meilleur combattant du continent.
« Il n’y aurait vraiment aucun prêtre ni aucun fidèle du Dieu de la Guerre là-bas ? »
Enkrid ne se départit toujours pas de son calme.
C’est vraiment ce que vous voulez demander, maintenant ?
Le guerrier sacré sans nom s’interrompit au milieu de son inspiration et répondit.
Il comptait répondre à la question, puis tenter de le convaincre une nouvelle fois.
« Les fidèles du Dieu de la Guerre sont peu nombreux. Il y en a peut-être parmi eux, mais ceux qui ont atteint le rang de chevalier ou de chevalier junior seront sur le front, pas ici. »
Au sein de l’Église du Dieu de la Guerre, plusieurs choses avaient changé après la perte d’Audin. L’une d’elles était que les Inquisiteurs et leurs semblables avaient presque cessé de se mêler des affaires internes de l’Église.
Ils avaient perdu le talent qui devait guider la prochaine génération. Il aurait été étrange que rien ne change.
Le Dieu de la Guerre s’était donc retiré de toutes les affaires de l’Église. C’est pourquoi les apôtres du Dieu de la Guerre présents ici se comptaient sur les doigts d’une main.
Ce fut aussi le début d’un lent repli sur eux-mêmes pour les fidèles du Dieu de la Guerre.
Sans s’impliquer dans les affaires extérieures, ils n’avaient aucune possibilité de briguer le pouvoir. Et lorsqu’on perd du pouvoir, ses paroles ont naturellement moins de poids.
L’Église était ainsi devenue recluse.
Le pape actuel du Dieu de la Guerre se contentait de maintenir l’ordre intérieur et de se concentrer sur les tâches qui lui incombaient.
Bien sûr, il n’était pas nécessaire d’expliquer tout cela en détail.
Enkrid n’avait pas posé la question par curiosité.
« Une guerre sainte ? »
« Nous combattons pour repousser les Créatures démoniaques. »
Le visage du guerrier sacré sans nom s’assombrit nettement, puis il ajouta dans un murmure :
« On pourrait parler d’une véritable guerre sainte. »
Le front dont parlait le guerrier sacré était celui où l’on combattait pour contenir la Terre Maudite.
Enkrid acquiesça.
Même dans une situation pareille, il y avait toujours des gens pour faire ce qui devait être fait.
Sans eux, le continent se serait effondré depuis longtemps.
C’était précisément pour cela qu’Enkrid allait faire ce qu’il était venu faire.
« Azra… comment déjà ? »
« Azratic. Azratic ! »
L’urgence du guerrier sacré sans nom fit monter sa voix.
Les chevaliers ne se valent pas tous.
Il marmonna ces mots à voix basse.
« Oui, tout à fait. »
Le barbare aux cheveux gris hocha la tête à côté de lui.
Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez ces gens ?
Le Chevalier sacré Azratic n’était rien de moins qu’un serpent vieux de vingt ans. Si ce serpent vous enserrait, vous ne vous en tireriez pas avec un ou deux os brisés. Pourtant, ils ne semblaient pas comprendre le danger.
« Vous comptez vraiment vous battre ? »
« On dirait qu’on est venus faire du tourisme ? »
Enkrid répondit au guerrier sacré, puis prit la tête du groupe en direction de la porte principale du monastère. Sa réponse mit fin au sermon.
Le guerrier sacré n’avait plus rien à ajouter.
Enkrid étant en tête, il n’eut d’autre choix que de suivre.
Ils traversèrent le monastère par un chemin irrégulier, passant devant des lianes desséchées qui pendaient de la colonnade, la statue du Dieu de l’Abondance, bien plus propre que tout le reste, puis de petites habitations en forme de huttes. Le long de la route bordée de piliers, tous ceux qui vivaient au monastère étaient sortis pour regarder le groupe d’Enkrid passer. Dans leurs regards se mêlaient l’espoir et l’inquiétude.
À vrai dire, l’inquiétude l’emportait deux fois sur l’espoir.
Enkrid le remarqua et poursuivit sa route en silence.
Le guerrier sacré sans nom ignorait s’il était juste de donner à ces gens de faux espoirs ou s’il valait mieux les confronter à la réalité.
Lui non plus n’avait donc rien à dire.
Même Noah s’était débattu avec l’idée de mentir pour réconforter un enfant.
Alors qu’ils passaient devant eux, un enfant les interpella :
« Monsieur, vous êtes venu nous protéger ? »
Une prêtresse d’âge mûr posa la main sur l’épaule de l’enfant.
L’enfant n’avait rien fait de mal en posant cette question. C’était celle à laquelle toutes les personnes présentes voulaient une réponse.
Après avoir remis de l’ordre dans le monastère, Noah avait recueilli des enfants qui avaient perdu leurs parents dans la ville voisine.
« Partageons la nourriture qu’il nous reste et serrons-nous pour dormir. Ça devrait suffire », avait-il dit.
Désormais, on ne pouvait plus dire que cette décision était la bonne.
À cause de son choix d’accueillir ces enfants, plus de dix d’entre eux risquaient maintenant de finir en cadavres ici.
Le guerrier sacré sans nom le savait, et c’était pour cela qu’il ne pouvait pas rester à l’écart.
Pour la force, pour le pouvoir, les innocents doivent-ils vraiment mourir ? Seigneur. Donne-moi une réponse.
Le Seigneur Père ne lui répondit pas. Il était donc venu chercher la réponse lui-même.
Comme le disent les Écritures : demandez et vous recevrez, car ce qu’on désire en silence ne s’obtient jamais.
Puis un enfant du monastère posa une question, partagée à parts égales entre l’inquiétude et l’espoir.
Enkrid posa la main sur sa tête.
« Bien sûr. »
Une réponse aussi simple leur donnerait-elle espoir ? L’inquiétude s’atténua un peu, mais les nuages sombres ne se dissipèrent pas.
Bien sûr que non. Ce genre de chose ne se règle pas avec des mots seuls.
Lorsqu’ils atteignirent la porte principale du monastère, ceux qui leur faisaient face avaient réorganisé leurs forces, au moins en partie, sans doute échaudés par la percée précédente. Une silhouette était assise sur un siège élevé au centre, entourée d’autres personnes. Il s’agissait apparemment des principaux membres de la famille de goules au service du Dieu Gris.
Tandis qu’Enkrid avançait, le guerrier sacré sans nom revint à sa hauteur et reprit sans relâche ses explications. Il s’inquiétait sincèrement pour eux.
« Il n’y a pas que les deux Chevaliers sacrés. Il y a aussi des prêtres et des gens doués en magie divine. Parmi eux, un homme du nom de Noma peut lancer plus de vingt Projectiles de lumière grise en une seule salve, et chacun frappe comme un géant porté par un coup de toutes ses forces. Aussi puissant qu’il soit, un ordre de chevalerie ne peut pas foncer droit sur eux de cette manière. Si, au moins, nous mettions au point une stratégie… »
Bavard, mais supportable.
Enkrid remarqua la cuirasse cabossée qui recouvrait la poitrine du guerrier sacré. Son visage épuisé montrait clairement qu’il n’avait pas dormi depuis des jours.
Quelques jours plus tôt, il était sorti au péril de sa vie pour récupérer des provisions et avait failli mourir, n’est-ce pas ?
Il avait dû être blessé à ce moment-là, car sa jambe gauche traînait légèrement.
Cela se remarquait à peine, à moins d’y prêter attention.
Il marchait donc droit à présent, dissimulant sa douleur.
Enkrid avait aussi remarqué le trouble dans les yeux du guerrier sacré lorsque l’enfant avait posé sa question.
Pourtant, l’homme s’était redressé, avait marché la poitrine bombée, puis s’était tourné vers l’enfant qu’Enkrid avait caressé sur la tête pour lui dire de ne pas s’inquiéter.
Il sait que s’il flanche, cela affecte ceux qui l’entourent.
Noah lui avait expliqué à quelle organisation appartenait cet homme.
Le Corps sacerdotal d’extermination des cultes n’existait que pour combattre et détruire le Culte, et pourtant, le voilà ici.
Pourquoi ?
Il avait posé la question à Noah, qui lui avait répondu :
« Je ne pouvais pas rester là sans rien faire pendant que des innocents mouraient. C’est tout. »
Voilà ce qu’il avait dit.
Enkrid l’appréciait, lui aussi.
Il avait vu une situation injuste et était venu, prêt à mourir.
Sa mort changerait-elle quelque chose ? Probablement pas. À en juger par ses paroles, il le savait déjà en venant. Alors pourquoi accepter une mort aussi vaine ?
Parce qu’il croyait que c’était juste. Voilà à quoi ressemblait la conviction.
C’était précisément pour cela qu’Enkrid l’appréciait.
« Si on vous appelle “sans nom”, c’est que vous n’en avez pas ? »
Enkrid posa la question en observant le groupe rassemblé au loin.
« Oui, on ne m’en a pas encore donné. Frère. Même si ce n’est pas vraiment le moment d’en parler. »
Cette façon de l’appeler « frère » réchauffa étrangement Enkrid.
« C’est vrai. »
À peine eut-il fini de parler que de la poussière s’agita au sommet du mur du monastère et prit forme : une silhouette pâle et floue. C’était une masse grise et lumineuse qui ressemblait à une libellule.
« Sort d’explosion grise ! »
Un guerrier sacré allié le reconnut et s’écria.
Cette masse grise exploserait dès qu’elle entrerait en contact avec quoi que ce soit.
C’était un sort réservé à ceux qui avaient éveillé la lumière sacrée grise.
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