Chapitre 605
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 605 : Fée des glaces
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Tout cela révélait au grand jour à quel point l’Église était corrompue.
« Le Dieu Gris est miséricordieux et aime tout le monde. Il est assez généreux pour tendre la main même à ceux qui se trouvent du mauvais côté de la balance. »
Ils avaient déguisé ces absurdités en nouvelles saintes écritures, et beaucoup s’étaient rangés de leur côté.
La preuve qu’au sein de l’Église et de sa foi, sous le même ciel, les prêtres corrompus étaient plus nombreux que les justes.
« Regardez donc. C’est ainsi que les choses doivent être. »
Servir le Dieu Gris rendait juste un pouvoir divin souillé.
Peut-être ce vieux dicton disait-il vrai : le camp qui criait le plus fort finissait par avoir raison.
Leurs voix s’amplifièrent sans fin.
On s’était autrefois moqué d’eux et on les avait méprisés parce qu’ils avaient perdu leur lumière. Mais si l’on acceptait simplement l’existence du Dieu Gris, tous leurs problèmes n’étaient-ils pas résolus ? Et y avait-il vraiment un dieu ? Si oui, ne devait-il pas punir chaque pécheur ? Un dieu était-il descendu sur terre pour le faire ? Avait-il châtié les méchants ? Ou même leur avait-il pardonné ?
Rien de tout cela ne s’était produit.
Pas une seule fois.
Le pouvoir divin était une force empruntée aux dieux. Pourtant, ceux-ci donnaient leur pouvoir sans en assumer la responsabilité. Ils ne faisaient que parler.
La guerre sainte avait éclaté pour bien des raisons, mais l’une d’elles ne faisait aucun doute.
L’absence de dieu.
L’autre raison était que tant de gens tenaient désespérément à affirmer que la lumière sacrée grise était juste.
On aurait dit les derniers soubresauts de ceux qui, après s’être emparés du pouvoir et des privilèges, voulaient aussi s’arroger la supériorité morale.
Une fois installés dans une position stable, ils deviendraient une véritable organisation.
N’était-ce pas ainsi que de nouvelles nations avaient vu le jour, autrefois ?
Des gens aux objectifs semblables, aux intérêts convergents, qui se rassemblaient pour former un groupe.
« Regardez donc. Tous ceux qui se sont rassemblés ici prouvent que nous avons raison. »
Muel s’enivrait de pouvoir. Son influence avait déjà énormément grandi, grâce à la gestion des guildes marchandes sous la supervision de l’Église et à l’entretien des routes qu’elle avait construites. Mais elle avait encore gagné en ampleur. Il avait l’impression d’être un créateur ouvrant les portes d’un monde entièrement nouveau.
Il décida de se laisser emporter par cette sensation.
Lui aussi ouvrirait un monde nouveau.
Tout le monde pouvait rêver.
Cela ne voulait pas dire que chaque rêve prenait la bonne forme.
* * *
Peu avant la déclaration officielle de la guerre sainte, Enkrid rentra à la Garde-frontière.
Quelle fut la toute première chose qu’il fit ?
« Rem, le froid te fait peur ? À partir d’aujourd’hui, je serai ton froid. Sors. Ragna, toi aussi. Ton propre talent t’a effrayé au point de te faire arrêter ? Espèce d’arrogant, je vais te montrer à quel point tu es insignifiant. »
Il cria cela devant le terrain d’entraînement. La porte grinça et Rem en sortit.
« Tu t’es fait mal à la tête ? »
Il avait l’air ridicule, emmitouflé de la tête aux pieds dans du cuir doublé.
Ruagarne connaissait désormais assez bien Enkrid pour savoir qu’il y avait toujours une raison derrière ses paroles et ses actes.
Elle traduisit pour lui :
« Tu ne vois pas qu’il dit qu’il est de bonne humeur et qu’il veut se battre ? »
Rem dévisagea Enkrid, l’air absent, puis prit la parole.
« Bon sang, s’il est de bonne humeur deux fois, je crois qu’il va finir par insulter mes ancêtres aussi. »
Ce n’était pas si terrible, mais Rem lui rendit la pareille à sa façon.
Ragna sortit à son tour, contempla Enkrid un long moment et dit : « On dirait qu’il s’est vraiment cogné la tête. Il ne mâche pas ses mots. »
Son ton n’avait rien de désagréable, contrairement à ce que ses paroles laissaient entendre.
Rem et Ragna savaient parfaitement qu’Enkrid se comportait ainsi parce qu’il était de bonne humeur.
C’était un peu inattendu, certes, mais pourquoi s’en plaindre si l’intéressé était heureux ?
On pouvait dire qu’il était enthousiaste. Ou peut-être avait-il simplement l’air reposé.
Quoi qu’il en soit, le capitaine avait le droit d’avoir l’air content, et tous ceux qui le regardaient partageaient plus ou moins le même sentiment.
Sinar apprit le retour d’Enkrid et rejoignit elle aussi le terrain d’entraînement. L’elfe, d’ordinaire nonchalante, pressait un peu le pas.
Elle avait l’air d’avoir quelque chose d’important à dire.
La nuit était nuageuse. Il n’avait pas provoqué de bagarre en sortant du lit, mais s’y mettre à l’heure du coucher faisait de lui un fou vraiment impossible.
Les Chevaliers de la Folie — ou les Chevaliers fous — portaient sans doute le nom qui leur convenait le mieux.
« Si tu veux te battre, ta fiancée est là », dit Sinar.
« Qui est ma fiancée ? »
« Moi. »
Sinar n’avait absolument aucune honte. Sa plaisanterie à la manière des elfes réchauffa l’atmosphère.
Jaxon parla depuis un coin du terrain d’entraînement, à moitié dissimulé dans l’ombre, à moitié baigné par la lumière de la lune.
« Tu as rapporté quelque chose ? »
Les sens aiguisés donnaient de l’instinct. Jaxon avait posé la question.
« Évidemment. »
Enkrid répondit tout en tirant son épée.
Schring.
Dès son retour, il avait fait un détour par l’armurerie pour en prendre une. Son épée en fer le plus dur s’était brisée ; il n’avait donc pas eu le choix.
Une épée longue qu’on pouvait manier à deux mains, mais qu’il brandissait d’une seule. Plus légère que celle en fer le plus dur, elle ne lui posait aucun problème.
Il s’était déjà habitué à son poids pendant le trajet du retour et avait fini par convaincre tout le monde de se battre contre lui.
Sans un mot de plus, Enkrid abattit son épée.
Il commença par Rem. Un pas, son corps fendit l’air et sa lame s’y engouffra. Un coup d’épée où toute sa Volonté se déversait en un instant. Rem tira sa hache par réflexe et la lui opposa.
« Espèce de cinglé ! »
Sentant toute la force concentrée dans cette frappe, Rem lâcha une exclamation qui tenait davantage du cri de guerre que de l’insulte.
S’il avait retenu son coup ne serait-ce qu’un peu, cette attaque l’aurait fendu en deux.
Bien sûr, Rem l’avait compris et avait lui aussi déployé toute sa force.
Clang !
Un fracas tonitruant retentit ; une onde de choc se propagea en cercles concentriques depuis le point où l’épée avait heurté la hache.
Le vent jaillit avec fracas, dispersant la terre gelée et les petits cailloux sur le sol sec et dur.
La poussière s’éleva. Ragna plissa les yeux et repassa dans son esprit ce qu’il venait de voir.
Il y avait insufflé sa Volonté.
Enkrid savait déjà insuffler sa Volonté. Quelque chose avait donc changé.
C’était impossible à mesurer, mais pour le dire simplement, la quantité de Volonté qu’il y concentrait avait augmenté.
Autrement dit, la couleur pâle s’était approfondie, devenant plus riche.
Le mouvement était le coup vertical du Style de l’épée lourde.
Tout reposait sur la Volonté d’un coup tranchant, capable de fendre net sa cible.
C’était même une technique que Ragna lui avait enseignée. Il en fut sincèrement heureux. On aurait dit qu’Enkrid avait franchi l’obstacle et le plafond qui l’avaient jusque-là retenu.
« Laissez-moi participer. »
Ragna tira son épée et s’interposa. Il piqua en oblique, selon un angle qu’il était impossible de parer sans esquiver.
Sur le chemin du retour vers la Garde-frontière, Enkrid s’était entraîné à ne pas concentrer toute sa Volonté dans une seule frappe, mais à la répartir.
Le plus difficile avait été de franchir le cap. Une fois la voie ouverte, l’intégrer à son corps par la répétition n’avait rien de compliqué.
Du moins, c’était ainsi qu’Enkrid voyait les choses en s’observant lui-même.
« C’est brouillon ! »
Aux yeux de Rem, c’était loin d’être le cas.
« C’est vrai », approuva Ragna.
« Tu dois t’en servir avec davantage de précision », ajouta Jaxon.
Sinar se joignit naturellement à eux.
« La botte de la fiancée. »
Elle poussa sa plaisanterie à la manière des elfes jusqu’à l’absurde, donna un nom étrange à sa technique et trancha horizontalement.
« Tu as dit que c’était une botte ? » Enkrid l’avait entendue parler de botte, mais il pivota pour esquiver la lame qui balayait l’air et lui renvoya la question.
« Ce n’est pas une technique que tu utilises souvent ? »
L’Épée de mercenaire du Style de Vallen : la diversion verbale.
Même en sachant ce que c’était, la subir lui tapait discrètement sur les nerfs.
Vallen, qui aurait été un chevalier d’une génération précédente, devait être du genre à ne pas pouvoir s’empêcher de jouer avec ses adversaires. Il n’aurait pas pu inventer autant de techniques autrement.
Certains prenaient une épée précisément pour embêter les autres.
« On recommence. »
Enkrid attendit que sa Volonté épuisée se régénère, puis brandit de nouveau son épée.
Pendant ce temps, il s’employa à parer les coups d’estoc que Rem, Ragna et Sinar lui portaient à tour de rôle.
Leur niveau avait encore progressé pendant son absence. C’était ce qui leur permettait de tenir ainsi.
Même si chaque journée répétée était courte, ils passaient chaque jour et chaque instant à manier leur épée comme des fous.
À chaque fois que sa Volonté se régénérait, il frappait de toutes ses forces. Au bout de trois séries, son épée résonna d’un claquement sec et se brisa. Elle n’avait pas résisté à sa Volonté. Le combat d’entraînement prit fin.
« Forcer la Volonté dans tout ce que tu fais, c’est vraiment tout ce que tu sais faire ? »
Rem le réprimanda, puis remit son cuir doublé autour de lui.
Ragna, Rem et Sinar dirent à peu près la même chose. Et si Audin avait été là, il aurait ajouté son grain de sel.
« Il te suffit de fortifier ton corps, frère. Si tu contrôles chaque muscle à volonté, tu gagneras aussi en précision dans l’usage de ta Volonté. »
« Tu parles d’expérience ? »
« C’est venu naturellement chez moi, frère. Mais tu n’es pas moi, alors il te faudra t’entraîner. »
La conversation aurait sans doute ressemblé à ça.
Kraiss, qui arriva en retard alors qu’ils échangeaient tous ainsi, demanda : « Tu as encore cassé une épée ? »
« Ouais. » Enkrid acquiesça. Il lui en fallait une nouvelle.
« J’ai entendu dire qu’il s’était passé beaucoup de choses. C’est vrai ? » demanda Kraiss.
« Oui. Beaucoup. Il y aura sûrement aussi l’histoire où tu as serré Esther contre toi. Moi aussi, j’ai froid, Enki. On dirait que c’est au tour de quelqu’un de me prendre dans ses bras. »
Sinar s’en mêla.
« L’hiver est censé être froid », répondit Enkrid avec calme.
Il avait essuyé tant de plaisanteries à la manière des elfes qu’il n’y avait plus rien qui puisse le déstabiliser.
« Je vais mourir de froid. »
Sinar poussa même la comédie jusqu’à se donner un air pitoyable. Elle baissa la tête et prit une mine boudeuse. Les commissures de ses sourcils s’affaissaient, un spectacle étrange.
« Allez, serre tout le monde dans tes bras, équitablement », protesta Rem.
En entendant ça, Enkrid se promit de trouver un cadeau pour Rem, un de ces jours.
« Pourquoi ne nous raconterais-tu pas ce que tu as fait à Cross Guard ? » demanda Jaxon. Plus précisément, il voulait savoir comment Enkrid avait acquis une nouvelle technique.
« Il est tard. On fera ça demain. »
Enkrid regarda tout le monde. Quelle histoire pouvait-on raconter à une heure pareille ? Il était temps de dormir.
« Tu plaisantes ? Tu savais qu’il était tard ? Et tu as quand même voulu te battre ? »
Rem le dévisagea, abasourdi.
« Les combats d’entraînement sont importants. »
Enkrid répondit et partit se laver. Tous avaient le droit d’être perplexes, mais ils laissèrent tomber.
« Aucun de vous ne savait qu’il était comme ça ? » demanda Kraiss.
« J’ai froid », dit Sinar. Elle reprit une expression normale et se détourna.
À ces mots, Kraiss s’éloigna et lança : « Alors, ravive le brasero. »
« Le feu, c’est dangereux. »
Qu’étaient-ils censés faire, alors ?
Ce n’était pas vraiment une question qui appelait une réponse.
« Pas mal. »
Ragna résuma l’état actuel d’Enkrid en deux mots, puis rentra à l’intérieur.
La nuit passa ainsi. Dès le lendemain matin, entre deux combats d’entraînement qui brisaient épée après épée, Enkrid et Ruagarne racontèrent franchement à tout le monde ce qui s’était passé en ville.
C’était facile à comprendre, mais tout de même extraordinaire.
Cela dit, personne — pas même Rem — n’ouvrit la bouche dans une exclamation exagérée.
Seule Sinar, un peu à l’écart, réagit.
« Je suis déjà de glace. »
C’est tout ce qu’elle marmonna.
La ville. Le culte. Feu ambulant.
Rem écouta et se plongea un instant dans ses pensées.
En repensant à chaque fois qu’Enkrid avait franchi un cap, il remarqua un étrange point commun.
En gros, il change chaque fois qu’il va quelque part et manque de se faire tuer.
Il survivait comme par miracle et ses compétences faisaient un bond spectaculaire. Alors, pourquoi ne pas l’envoyer dans un endroit où il risquait de mourir ? Mais de tels endroits étaient-ils si répandus ?
Enkrid possédait une Volonté inépuisable et une expérience loin d’être négligeable.
En plus de cela, son instinct et ses sens ne s’étaient pas émoussés. Non, parfois, Rem trouvait même qu’Enkrid avait le flair plus aiguisé que le sien.
Sans doute grâce à cette rusée panthère.
Désormais, il serait difficile de menacer sérieusement Enkrid avec quoi que ce soit d’ordinaire.
Mais cela signifiait-il qu’il n’existait plus de véritables menaces ? Non. Lui-même n’était pas certain de pouvoir ressortir vivant de Silence, la Terre Maudite de l’Ouest.
Et alors, quoi ? L’envoyer dans la Terre Maudite ?
Il n’y avait pas d’idée plus folle. Ce n’était qu’une pensée en passant.
Le genre de pensée qui vous venait parce qu’à chaque fois qu’il se retrouvait entre la vie et la mort, cet homme repoussait ses propres limites.
C’était peut-être pour cela qu’elle lui avait traversé l’esprit.
Ou peut-être à cause de ce coup d’épée brutal et stupide qu’il avait porté en pleine nuit, quelques jours plus tôt.
Pendant l’absence d’Enkrid, Rem avait lui aussi reçu des nouvelles d’Audin et partagé ses journées entre cela et l’entraînement.
La nouvelle s’était même répandue : les membres de la Compagnie de Rem faisaient l’éloge d’Audin.
Quelqu’un aurait apparemment tenté d’ériger un sanctuaire, et on l’en aurait dissuadé.
Tout le mérite revenait à Audin, qui avait réduit leur charge d’entraînement.
Des subordonnés vraiment fous sous les ordres d’un capitaine tout aussi fou.
Quoi qu’il en soit, Rem mêla ses propres réflexions aux combats d’entraînement et poussa Enkrid un peu au-delà de ses limites.
C’était comme jouer à se pousser et se repousser au bord d’une falaise.
Le genre de jeu où le moindre faux pas pouvait vous faire tomber et vous tuer.
Heureusement, rien de tel n’arriva. Et avant qu’un moment dangereux ne se présente, Enkrid ne manifesta pas non plus de changement soudain et spectaculaire.
Pas encore.
Rem se contenta d’y penser. Jaxon, qui avait tout observé, demanda avec sincérité : « Il a perdu la tête ? »
« C’est la saison des amours ? Cette panthère sauvage miaule et fait tout un cinéma. »
Une vie ordinaire et paisible.
Alors qu’ils profitaient de journées bien remplies depuis leur retour, la nouvelle de la guerre sainte leur parvint.
Dans des circonstances normales, quoi qu’ils fassent — servir le Dieu Gris ou non —, Enkrid n’aurait pas eu à s’en mêler personnellement.
C’était une affaire intérieure à l’État saint.
Le problème, c’était leur cible. Ils avaient jeté leur dévolu sur le monastère de Noah.
Un marchand qui avait emprunté la Route de Pierre récemment ouverte leur apporta la nouvelle ; c’est ainsi que la Garde-frontière apprit la situation.
« Je croyais que ce monastère était un repaire de démons ? »
« Ah, j’ai entendu ça aussi. Quelque chose comme quoi ils élèveraient un enfant démon et que le grand prêtre aurait vendu ses yeux à un démon. Alors le Dieu Gris se serait dressé pour les punir, ou un truc du genre. »
Une propagande de grande ampleur circulait. Elle était l’œuvre de Muel, qui se proclamait pape du Dieu Gris.
Kraiss mobilisa la Guilde de Gielpin et demanda de l’aide à Leona, rassemblant tout ce qu’il pouvait trouver comme informations.
Ce faisant, il comprit que le monastère qu’Enkrid avait brièvement visité avait été choisi comme bouc émissaire. En reconstituant l’ensemble, il devina à peu près le stratagème en cours.
Choisir un bouc émissaire, puis profiter du prétexte pour l’attaquer et rallier les gens ?
Donner une cible aux gens était dix fois plus efficace pour les rassembler que de leur demander de se réunir sans raison. Tout avait été calculé en ce sens.
Kraiss raconta tout cela à Enkrid, qui répondit simplement :
« Allons-y. »
Simple et clair.
En temps normal, ils n’auraient eu aucune obligation de s’en mêler, aucune raison de livrer ce combat, et même une victoire ne leur aurait peut-être rien apporté.
Pourtant, Enkrid prit la nouvelle épée qu’il avait reçue d’Aetri.
Ils avaient réglé les requêtes locales dans une mesure raisonnable ; Rem, Ragna et Jaxon n’avaient donc rien d’urgent à faire non plus.
Autrement dit, ils étaient libres.
Esther, Sinar, Ruagarne, Teresa, l’écuyer Ropord et Fell se joignirent également à eux.
« On dirait que tout le monde est libre », dit Enkrid.
« C’est parce qu’on a bien travaillé les autres jours », répondit Ropord.
« On est pressés. On laisse l’unité derrière nous et on part juste entre nous. »
S’ils tardaient trop, ils ne verraient que la fumée s’élevant du monastère de Noah. Ce serait donc un petit groupe d’élite. Ceux qui ne pourraient pas suivre seraient laissés derrière.
« C’est officiellement la première expédition des chevaliers », dit Kraiss en les regardant partir.
« Je suppose que oui. » Enkrid acquiesça.
Il n’était pas nécessaire de pousser un cri de ralliement, mais Enkrid ouvrit la bouche sans réfléchir.
« Les fous, allons semer le chaos. »
Rem en rajouta :
« Ça marche. »
Le visage du barbare souriant ne trahissait pas la moindre tension. Il avait appris que deux chevaliers saints avaient rejoint le camp adverse, mais son expression semblait dire : Et alors ?
« L’elfe de glace est là aussi. »
Sinar plaça sa propre réplique, mais Enkrid fit semblant de ne pas l’entendre.
Depuis son retour, elle n’arrêtait pas de réclamer qu’on la prenne dans ses bras.
Quoi qu’il en soit, il était temps de partir.
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