Chapitre 601
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 601 : Tu ne peux vraiment pas être tranché ?
= = =
Ta tête ne te sert-elle que de décoration ?
C’était ce que les gens disaient en voyant quelqu’un incapable de réfléchir correctement, tandis que la frustration montait en eux.
Autrement dit, le Passeur était exaspéré par Enkrid, à cet instant.
Enkrid joignit les mains et prit une posture attentive. Pour bien écouter, il fallait ponctuer les propos de l’autre des sons qui convenaient, mais se tourner vers lui comptait tout autant. Incliner la tête de son côté pour lui montrer qu’on était attentif. Soutenir son regard et hocher la tête pour lui faire comprendre qu’on suivait chacun de ses mots.
Lorsqu’il fit exactement cela, le Passeur lui demanda : « Qu’est-ce que tu fabriques ? »
« Je me prépare à écouter. »
« Écouter quoi ? »
Quoi d’autre ? Ce que celui qui le trouvait exaspérant allait bien pouvoir lui raconter.
Enkrid répondit du regard plutôt qu’avec des mots.
« T’es vraiment un drôle de malade. »
Le Passeur lui adressa ce qui tenait lieu de compliment suprême, puis enchaîna avec une question.
« Tu crois vraiment qu’en le bloquant, tu vas réussir à le bloquer ? »
Ce furent ses derniers mots avant que le paysage se brouille. Le Passeur se dispersa comme des grains de sable. Le rêve prenait fin. Enkrid ne tira pas de révélation foudroyante de ces paroles. À la place, il éprouva une vague frustration tenace.
Quelque chose s’était accroché dans sa poitrine, comme une écharde qu’il n’arrivait pas à atteindre.
« Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? On dirait une Goule qui aboie. »
Alors il demanda.
Le Passeur lui adressa un sourire ténu.
« Vis éternellement. Voilà quelle est ta voie. »
Aux oreilles d’Enkrid, ces mots n’avaient aucun poids. Ils sonnaient comme une formule qu’on prononçait par devoir, parce qu’il le fallait.
« Non merci. »
Il répondit, puis ouvrit les yeux sur cette journée en se réveillant de sa sieste.
Tu crois vraiment qu’en le bloquant, tu vas réussir à le bloquer ?
N’était-ce pas déjà exactement ce qu’il s’évertuait à faire de toutes ses forces ?
La question lui resta en tête, mais son corps réagit par réflexe et fit ce qu’il avait à faire. Aller trancher les flammes.
Trancher les flammes. À voix haute, ça ressemblait à de la poésie, mais pour Enkrid, c’était une action concrète qu’il accomplissait de ses mains.
Il avait saisi l’épée longue de fer la plus dure, coupé les sangles de son armure et l’avait laissée derrière lui. À présent, il courait.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Où est-ce que tu vas ? »
Il partit en trombe sans un mot, et Ruagarne l’interpella derrière lui. Helma se tenait là, une tasse d’eau à la main, les yeux clignotants. En passant près d’elle, Enkrid mit un peu de cœur dans sa voix.
« Je ne laisserai pas les choses aller jusque-là, petite. »
Sa réponse à ces mots lancés au passage ne sembla lui parvenir que bien plus tard, car ses pensées s’emballaient déjà au rythme de ses jambes. Il entendit tout de même la voix d’Helma.
« Quoi ? »
Un seul mot, perplexe, parce qu’elle n’avait pas compris.
Je ne le laisserai pas passer. Je vais le bloquer.
Il avait prononcé ces mots tout haut et, dans sa poitrine, il dressa son épée contre eux. Puis il recommença à vivre cette journée.
Certaines journées le prenaient de court, sans lui laisser le temps de réfléchir ; ses pensées allaient à toute vitesse.
D’autres fois, le Passeur apparaissait lorsqu’il mourait.
« Je vais te montrer une voie. »
À partir de l’une de ces journées à venir, l’attitude du Passeur changea. Il devint exceptionnellement bienveillant, à l’opposé de son comportement habituel, et se mit à lui donner des conseils sans la moindre irritation.
« Si tu ne peux pas tout abandonner, renonce à une partie. Laisse les taudis derrière toi et affronte-le à ta manière, quand tu seras prêt. Tu devrais pouvoir tenir comme ça. »
Voilà ce que dit le Passeur. Il fallait profiter du temps que Feu ambulant passait à brûler les gens, les enfants, les mères, les bâtiments, les chevaux et le palefrenier dans les autres quartiers de la ville.
« Tout va bien ? »
Enkrid répondit fidèlement au Passeur. Les suivants lui tinrent à peu près le même discours.
« Les sacrifices sont inévitables. »
« Ceux qui doivent mourir mourront. »
« Personne ne bénira ce que tu as fait. »
« Pourquoi tu te démènes comme ça ? »
« Essaie au moins de tenir tant bien que mal à l’entrée de la place. Ça pourrait marcher, pour de vrai. Hé hé. »
Le Passeur était passé des conseils utiles à l’obstruction, et se contentait désormais de débiter des remarques inutiles, en le narguant par-dessus le marché.
À force de l’écouter, une chose lui revenait sans cesse.
Tu crois vraiment qu’en le bloquant, tu vas réussir à le bloquer ?
Cette phrase que le Passeur avait prononcée avant de changer d’avis.
« Je te dis que je fais déjà tout ce que je peux pour le bloquer. »
C’était le genre de réplique qu’on lançait dans le vide. Ensuite, les choses ne changèrent guère. Il revécut cette journée. Il brûla vif.
L’escrime d’Enkrid gagna en finesse, même si cela ne bouleversa pas la situation. Il ne gaspilla pas une seule journée et sa maîtrise ne cessa de progresser. Au fil du temps, il se familiarisa avec l’art de puiser dans sa Volonté pour trancher la forme intangible des flammes.
Les journées se succédèrent, et avec elles l’apprentissage et les percées.
Il avait l’impression d’explorer une grotte sans fin. Chaque fois, il payait le prix de son refus d’abandonner en brûlant vif, et cette douleur l’accompagnait tout au long du parcours.
Malgré tout, il n’avait pas l’impression de faire fausse route.
Trancher et tenir bon.
C’était la seule voie où l’on apercevait une lueur au bout du chemin.
Mais ce n’était pas parce qu’une lueur éclairait une route que celle-ci était la seule. Parfois, un chemin se cachait dans l’obscurité, et il pouvait bien être le bon.
Au bout du compte, le juste et l’injuste, le vrai et le faux, tout cela n’était qu’affaire de choix personnels.
Pour Enkrid, il n’y avait que deux voies. Deux voies qui n’avaient rien à voir avec celle que le Passeur lui avait suggérée.
La première consistait à continuer comme il l’avait fait jusqu’ici, jusqu’à ce que Feu ambulant ne puisse plus brûler tout le monde. Certaines personnes mourraient quand même. Des quartiers de la ville partiraient en fumée.
Il ne pouvait pas faire autrement. Tenir bon tout en protégeant tout le monde n’était pas seulement difficile : c’était impossible.
Feu ambulant était le genre de sort qu’on ne pouvait contenir que s’il s’en prenait directement à lui et à personne d’autre. Mais il visait la ville entière.
S’il ne s’activait qu’en cas de provocation, les choses n’auraient pas été aussi difficiles.
Lorsqu’il brûlait vif, il avait du mal à garder les idées claires. La douleur était si atroce que, parfois, même le courage d’Enkrid vacillait. C’était à ce point-là. Ces moments passaient, l’un après l’autre.
Malgré tout, son bras ne perdait jamais sa vigueur quand il frappait.
Au cours de l’une de ces journées qui se répétaient, Enkrid sortit son miroir en courant et lui parla.
« Je ne peux pas simplement trancher un sort comme ça ? Ce n’est qu’un sort. »
Il n’avait pas voulu changer sa façon d’obtenir des informations auprès d’Esther. Les mots lui étaient sortis par réflexe, presque comme une provocation, tandis qu’il repensait à la question : est-ce qu’en bloquant le sort, il parviendrait vraiment à l’arrêter ?
Même en courant, il vit l’expression d’Esther changer de l’autre côté du miroir.
Un sourire froid, un rictus méprisant, se dessina sur son visage. Dans le même temps, le trésor de ses connaissances s’ouvrit à lui. Son esprit était vraiment un coffre au trésor. Le savoir d’une sorcière valait son pesant d’or.
« Tu en serais vraiment capable ? En théorie, c’est possible. »
À ces mots, l’oreille d’Enkrid remua. Il ne se contenta pas d’être intrigué : un muscle de son oreille réagit bel et bien, comme celui d’un elfe.
« Un sort est un phénomène, et ce phénomène représente une puissance. Chaque sort est une force libérée à partir d’une réserve de pouvoir magique. Alors, qu’est-ce que ça signifie ? Et si une puissance bien supérieure à celle du sort Feu ambulant existait, sous une forme concentrée ? Et si la Volonté d’une personne dépassait le pouvoir magique emprunté à la nature elle-même ? Alors oui, ce serait possible. Hum. »
Le petit son qu’elle émit à la fin était si faible qu’il passa presque inaperçu.
À vrai dire, Enkrid était tellement stupéfait qu’il l’entendit à peine.
Dépasser le pouvoir magique de la nature elle-même ?
Il avait déjà tranché une boule de feu lancée par un sort. C’était quand, déjà ? Le souvenir était flou ; ça remontait à longtemps. Il se rappelait que c’était quelqu’un comme Lame Moineau qui avait utilisé un parchemin.
Comment avait-il fait pour la trancher ? Il n’avait pas réfléchi. Il avait simplement frappé. Il avait rassemblé toute sa Volonté et l’avait fait.
Pourquoi je ne pourrais pas recommencer ?
Parce que le feu bougeait ?
Pour reprendre les mots d’Esther, le pouvoir magique de la nature repoussait la Volonté qu’il lançait contre lui.
Voilà pourquoi il arrivait à le trancher, mais que la coupure ne tenait pas. Le sort explosait à la place.
Sa pensée suivit son cours. Par habitude, gravée dans son corps, il affronta Feu ambulant et mourut. Il mourut en essayant de sauver un enfant. Il mourut en essayant de sauver une mère. Les flammes atroces lui brûlèrent tout le corps, puis l’esprit. La journée recommença.
« On peut aussi considérer le pouvoir magique comme une question de fournisseur et de consommateur. Qu’y a-t-il entre l’offre et la demande ? Si on coupait ça… Eh bien, comme tu l’as dit, on pourrait le trancher. »
Le pouvoir magique était le lien entre le sort et son lanceur.
Cette question provocatrice avait fait sortir d’autres trésors du coffre d’Esther. Enkrid se laissa porter par ses explications.
Il n’avait pas compris les arcanes du Monde des sorts ni élaboré un nouveau cadre théorique.
Il avait plutôt songé à quelque chose de beaucoup plus brutal, et c’était sans doute la meilleure façon de le formuler.
Trahissant le souhait de son cœur — ne plus brûler vif lors de la prochaine journée —, Enkrid ouvrit la bouche.
« C’est Feu ambulant. »
Il avait lancé ces mots dans le vide, mais Ruagarne passa la tête derrière lui et demanda : « Le sort interdit ? »
Au lieu d’activer le miroir, Enkrid fit un pas en avant et déclara : « Je n’aurais jamais dû essayer de le bloquer, au départ. »
« Quoi ? »
« Pas le bloquer. Le trancher. »
« De quoi tu parles ? »
Du point de vue de Ruagarne, il avait fait une bonne sieste avant de se réveiller complètement fou.
« Tu crois vraiment qu’en le bloquant, tu vas réussir à le bloquer ? »
Voilà ce que le Passeur lui avait dit.
Quel Passeur de malheur.
Enkrid le pensa tout en courant.
Si tu voulais me le dire, tu aurais pu simplement le dire clairement.
Tous ces Passeurs qui l’avaient regardé s’acharner à bloquer le sort en ricanant. Ils lui avaient tous dit la même chose. Tout se résumait à une seule vérité.
Ne bloque pas.
Ne le bloque pas. Tranche-le et fais-le disparaître.
Et comment le trancher ? Trancher et tenir bon, c’était en quelque sorte la solution désespérée qu’il avait arrachée après mûre réflexion.
Cette voie semblait être la seule où filtrait une lueur, alors aucune autre ne lui était apparue comme une réponse possible.
Mais à présent, il distinguait une autre route menant vers demain.
Je dois être plus puissant, c’est ça qu’elle a dit ?
Voilà ce qu’Esther lui avait expliqué.
Surpasser Feu ambulant par la force brute.
Mais devait-il maintenir cette supériorité sans interruption ? Non.
Inutile d’accélérer sa réflexion. Il n’en avait même pas besoin. Tout se résumait à un geste simple.
« Tu ne peux vraiment pas être tranché ? »
Enkrid s’arrêta devant Feu ambulant et posa la question. Le sort n’avait ni raison ni intelligence, et ne pouvait pas répondre.
Mais l’apôtre Anella, qui observait Enkrid à travers le sort, entendit la question.
* * *
Anella ne pouvait que penser qu’il s’agissait là d’une forme de folie, mais Enkrid était parfaitement sérieux.
Il existait dans le monde des êtres qu’aucune mesure quantitative ne pouvait cerner.
Enkrid était de ceux-là.
L’apôtre Anella l’avait observé. Elle l’avait étudié.
Elle avait jugé que mettre le feu à la ville ne le ferait pas renoncer facilement. Mais risquerait-il sa vie pour autant ?
À partir de là, les chances étaient égales. Quelle que soit l’issue, Anella y trouvait son compte. Elle avait prévu des objectifs pour les deux scénarios.
S’il finissait par venir à elle ? Même sans mourir, s’il subissait autant de dégâts et était grièvement blessé, elle déclencherait le piège qu’elle avait préparé et le tuerait.
Et s’il ne risquait pas sa vie, tenait jusqu’à un certain point, puis battait en retraite ?
Cela lui convenait aussi.
Les chevaliers étaient des gens qui façonnaient leur Volonté et la dépensaient. D’après tout ce qu’elle avait vu, Enkrid était du genre à ne pas pouvoir rester les bras croisés sans protéger ceux qui se trouvaient à ses côtés.
Et s’il ne sauvait qu’une partie des gens avant de s’enfuir ?
Cela lui convenait aussi.
Cette affaire visait en partie Enkrid lui-même, mais même s’il intervenait, elle servirait tout de même d’avertissement au continent : quand elle le décidait, la Sainte Secte de la Terre Maudite pouvait réduire une ville en cendres.
Cet avertissement permettrait aussi au monde de découvrir la puissance que la Sainte Secte de la Terre Maudite avait gardée cachée.
Ainsi, ils apporteraient le véritable salut à ceux qui avaient perdu leur conception naïve du salut.
« Absurde », dit Anella. Elle répondait ainsi à la question de savoir si l’on pouvait vraiment le trancher. Naturellement, Enkrid ne pouvait pas l’entendre.
Au-delà du champ de vision qui lui permettait de voir à travers le sort, à travers Feu ambulant.
Elle vit le visage calme d’Enkrid. Son expression avait à peine changé et, pourtant, il semblait satisfait, presque exalté.
La chaleur brûlante avait roussi les cheveux au niveau de ses tempes. Sous ces mèches grillées, la lumière de ses yeux bleus brûlait aussi fort que les flammes elles-mêmes.
* * *
Il leva l’épée de fer la plus dure et l’abattit. La lame chargée de Volonté trancha Feu ambulant. Le sort éclata. Il explosa. Au cœur de cette déflagration brutale, sa peau se fendit et se déchira ; les flammes lui brûlèrent les yeux et lui cautérisèrent la langue.
Cette douleur abominable revint. Pourtant, elle lui sembla moins intense qu’avant.
Pourquoi ?
« C’est ça, ta folie ? » demanda le Passeur dans le rêve.
Au lieu de répondre, Enkrid serra son épée. Même dans le monde onirique, elle avait une présence nette et tangible.
C’était parce que sa Volonté débordante affectait aussi le royaume de la vision intérieure.
Une nouvelle journée le réveilla.
Après avoir compris quelque chose de nouveau, cinq journées suffirent.
Enkrid bâtit un rempart dans son esprit et l’érigea derrière lui.
Ensuite, il lui suffisait de concentrer dans un seul coup d’épée la Volonté qui avait construit ce rempart.
Il avait trouvé la méthode et avançait. Un coup d’épée porté d’un seul souffle, tout en consumant sa vie, était le résultat cristallisé d’une expérience d’une richesse et d’une densité incomparables.
Enkrid avait vécu cette expérience des dizaines, des centaines, des milliers de fois.
Il rassembla tout ce qu’il avait appris au cours de ces journées répétées.
Comment déployer sa Volonté ? Il avait compris depuis longtemps qu’elle devait couler naturellement.
Il l’avait compris lors de sa conversation avec Seiki, avant que ce cycle de journées ne commence. Auparavant, Overdier lui avait aussi entrebâillé la porte.
Laisser couler naturellement.
Il fallait ajouter quelque chose. La Volonté était intangible : il fallait donc la sentir. Jaxon ne l’avait-il pas dit ? Si on la sentait, on pouvait s’en servir.
Il fit exactement cela.
Ragna lui avait dit de se concentrer au moment de frapper. Rem lui avait conseillé de rassembler sa force en un instant.
Ils avaient tous les deux raison.
Il fit exactement cela.
Les explications qui lui avaient paru parfaitement inutiles se mirent à faire mouche, l’une après l’autre.
Avant qu’il ne comprenne, elles n’étaient rien. Une fois la compréhension venue, elles devinrent limpides.
Sa Volonté, qui ne s’épuisait jamais, déborda et se déversa dans la lame.
Sans pouvoir s’appuyer sur aucune technique ni habitude, Enkrid y déversa toute la Volonté qu’il parvenait à sentir.
Zhiing.
L’épée résonna.
Si elle n’avait pas été forgée avec tout son cœur par Aetri, elle n’aurait pas tenu le coup.
Crac.
La Volonté qui l’emplissait fendit la lame en son milieu. Quand Enkrid fit de nouveau face à Feu ambulant, tout était déjà prêt.
À part la Volonté insufflée dans l’épée, tout était comme avant.
Courir, se débarrasser de son armure et foncer en ne tenant que l’épée longue de fer la plus dure.
Feu ambulant venait de finir de brûler les deux chevaux de l’écurie quand Enkrid se retrouva devant le sort.
« Tu ne peux vraiment pas être tranché ? »
Il posa de nouveau la question. Le palefrenier, qui s’apprêtait à attaquer Feu ambulant, s’interrompit alors qu’il tendait la main vers sa fourche.
Le moment ne pouvait pas être mieux choisi.
Feu ambulant n’avait encore englouti personne.
Il leva l’épée de fer la plus dure au-dessus de sa tête.
Style de l’épée lourde, taille verticale.
La lame portait toute sa Volonté, ou du moins, chaque parcelle de cette force intangible qu’Enkrid pouvait sentir à cet instant.
S’il devait lui donner un nom, il pourrait l’appeler l’épée du Mur de Fer.
Il transforma en Volonté de trancher celle qui avait formé le Mur de Fer, puis abattit la lame.
Foumm.
D’innombrables journées s’étaient écoulées où il avait brûlé vif face à Feu ambulant. À chacune d’elles, Enkrid avait encore affûté sa technique et, sans même s’en rendre compte, déployé sa Volonté simplement pour rester debout. Chacune de ces expériences s’était fondue dans ce seul coup.
Les yeux bleus derrière la lame disparurent sous l’acier, et la Volonté qui avait tenu des armées en respect comme un Mur de Fer s’abattit comme une lame.
Foump.
Pas d’explosion. Pas de rugissement.
La lame traça simplement sa ligne, et Feu ambulant se dispersa le long de celle-ci.
Là où passa le fer le plus dur, une ligne se dessina à travers le monde. Un coup d’épée qui semblait fendre l’existence elle-même.
La Volonté, concentrée à un degré monstrueux, surpassa un instant le pouvoir magique contenu dans le sort interdit.
Personne dépourvu d’une réserve inépuisable de Volonté n’aurait même pu tenter pareille chose.
Et c’est ainsi que le sort Feu ambulant fut tranché.
Pffou.
Dans un bruit évoquant le dégonflement le plus décevant qui soit, les flammes se brouillèrent puis s’évanouirent.
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